« En Afghanistan, il faut négocier avec les talibans »
Eric Margolis, spécialiste de la région, estime que la guerre ne peut être gagnée, et conseille d’associer au pouvoir les Pachtouns.
L’Américain Eric Margolis, chroniqueur pour le Toronto Sun, est l’un des experts les plus réputés de l’Afghanistan. Il a publié un livre sur les guerres en Afghanistan, au Cachemire et au Tibet, qui fait référence.
Il se définit politiquement comme un « républicain tendance Eisenhower », mais sa vision du monde est assez radicalement différente de celle des néo-conservateurs américains qui ont conseillé Bush. Son empathie pour le monde musulman tranche avec le discours dominant.
De passage en France, il nous a rendu visite. Il connaît l’Afghanistan depuis longtemps : il avait couvert la guerre des moudjahedins contre l’occupant russe, dans les années 1980. A l’époque, les Soviétiques avaient déployé 160 000 hommes, et face à une communauté pachtoune déterminée, ils n’avaient pas réussi à contrôler le pays, malgré des appuis pro-communistes importants.
« Il ne peut y avoir de solution militaire »
Selon Margolis, les pays occidentaux et leurs 70 000 hommes ne pourront pas davantage gagner la guerre actuelle. « Il ne peut y avoir de solution militaire », juge-t-il. Il faut donc selon lui sortir du piège en donnant aux Pachtouns une représentation politique, et même en ouvrant une négociation avec les ennemis, les talibans. (Voir la vidéo.)
Selon Margolis, la poursuite de cette guerre est une terrible erreur. Que faire ? Selon Eric Margolis, la clef est en Europe, et plus précisément en France, « la mieux placée pour engager le processus diplomatique ». (Voir la vidéo.)
Mais Nicolas Sarkozy ne semble pas du tout avoir pris le chemin proposé par Margolis : il vient d’annoncer l’envoi de 700 soldats supplémentaires en Afghanistan, alors qu’il avait déclaré pendant la campagne qu’il examinerait l’hypothèse d’un retrait des troupes françaises.
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La preuve de vie de Roméo Langlois, bientôt libéré par les Farc ? 








Ce qui est fascinant, c’est de constater à quel point la guerre d’Afghanistan a été, dès le début, dépourvue de tout but politique (ce que, d’ailleurs, souligne très bien Margolis).
D’entrée, cette guerre n’a été qu’une opération de vengeance -ce qui (à l’extrême rigueur et dans le contexte consécutif à l’attaque de septembre 2001) pouvait même se concevoir, sinon se comprendre. Autant dire que l’impasse présente résulte avant tout du bricolage des origines, sans compter la méconnaissance de la région dont a fait preuve la première administration Bush.
En l’état actuel des choses, les corps expéditionnaires occidentaux en Afghanistan ne servent à rien d’autre qu’à faire la guerre pour la guerre.
L’autre enseignement qui devrait être tiré des propos de Margolis, c’est que nous avons maintenant affaire à des pays qui ne sont pas nécessairement disposés à adopter nos références politiques. Des pays soumis à la globalisation ne sont pas forcément pour autant disposés à accepter la standardisation, notamment politique, qui va avec.
C’est particulièrement vrai de la notion d’état-nation telle que nous la comprenons : dans certaines régions, cette conception ne correspond tout simplement à rien. Les talibans ne nous plaisent sans aucun doute pas, il n’en demeure pas moins qu’ils représentent une expression réelle d’une partie incontournable des Afghans. Il faudra donc bien en passer par cette purge. Si nous voulions nous en dispenser, il ne fallait pas aller les chercher en leur déclarant la guerre.




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