« Un Etat endetté vaut mieux que des ménages endettés »
Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE, économiste keynésien, homme de gauche, était ce vendredi l’invité de « Parlons net », le club de la presse des sites d’informations, animé par David Abiker (France Info). D’entrée de jeu, il s’est emporté contre ceux qui s’alarment du dérapage des déficits et appellent à « serrer les boulons » pour les contenir. Fitoussi y voit une « une hypocrisie » :
« Il est normal que lorsque l’économie ralentit le décifit augmente, ce n’est pas du tout quelque chose d’extraordinaire, au contraire. Cela signifie que quand ça va mal, l’Etat prélève moins sur le secteur privé. »
Le ralentissement économique érode les recettes fiscales. Tenter de compenser cette érosion par une augmentation des impôts relèverait de la « double punition », juge l’économiste (vous allez mal ? On vous impose plus !)
Partie des Etats-Unis, la crise financière actuelle est sérieuse, mais il faut se garder de tout alarmisme, juge Fitoussi. C’est un des « avatars » normaux du capitalisme, et il n’est pas de crises auxquelles il n’y ait de réponses intelligentes. Il juge que les « subprimes » (ces titres de créances immobilières négociables sur le marché) sont une bonne idée pour faciliter l’accession des pauvres à la propriété, mais le problème est venu du fait qu’on a « voulu les faire payer les pauvres beaucoup plus que les riches ».
Jean-Paul Fitoussi considère comme anormal qu’on ait en Europe les même taux aujourd’hui (en pleine crise) qu’en juillet (en période calme) :
« N’importe quel observateur, même venu de Sirius, qui verrait cette absence de réactivité, se demanderait : ’Qu’est-ce qui se passe ? Y a-t-il un pilote dans la cabine ? ’ »
Jean-Paul Fitoussi est l’apôtre infatigable d’une « politique de croissance européenne ». Il regrette que l’économie soit perçue comme la météo : on ne devrait pas se borner à constater « s’il fait beau ou s’il pleut ». Les politiques qu’il propose passent par l’investissement public, et donc par une augmentation, au moins à court terme, des déficits publics. Il faut en passer par là pour retrouver un rythme de croissance plus élevé, et réduire plus facilement le déficit... dans un second temps.
Un tel raisonnement est critiqué par bien d’autres économistes, qui considèrent que l’on est déjà en train de léguer une dette publique insupportable aux générations suivantes. « Il vaut mieux un Etat endetté que des ménages endettés », rétorque Fitoussi, qui ajoute :
« Nos enfants héritent aussi des titres de la dette, alors arrêtons avec ces considérations de fausse morale. »
Jean-Paul Fitoussi, comme d’autres économistes, est consulté par l’Elysée. Au moins l’un des conseillers de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, partage ses critiques contre les orthodoxes de l’équilibre budgétaire. Homme de gauche, il déplore l’absence de programme du parti socialiste : « La gauche ne sait plus ce que c’est qu’être de gauche ».
L’objectif numéro un de la gauche devrait être « le retour de l’augmentation du pouvoir d’achat et du plein emploi ». Il déplore la pression idéologique ambiante, qui assimile les économistes keynésiens à des « anti-européens » : « Je suis fédéraliste ! “
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ENTOURLOUPE
Faut-il que l’on rappelle l’entourloupe qu’est la dette publique ?
Le problème vient de ce que c’est l’État lui même qui décide de ses dépenses (stables depuis des années à un peu moins de 23 % du PIB), et de ses recettes (passées de 22,3 % du PIB en 1980 à 18,8% en 2003. Soit une baisse plus que conséquente. Vous savez, le fameux paquet fiscal !)
Or quand on limite soi-même ses propres recettes, faut bien trouver d’autre source de financement pour les dépenses : c’est l’emprunt. Et à qui emprunte-t-on sous forme d’obligations du Trésor ? Aux plus riches évidemment, à ceux-là même dont on vient de baisser les impôts ! Et à qui paie-t-on les intérêts juteux de l’emprunt ? Aux mêmes, aux plus riches !
Vous avez compris la canaillerie ? La petite clique des « ménages » les plus aisés gagnent sur tous les tableaux : la baisse des recettes (diminution des impôts), et la possibilité de se faire payer des intérêts juteux (non révisables !) par l’État. On assiste ainsi à un transfert éhonté de la richesse publique vers les poches privées les plus privilégiées. Et où ils sont, les couillons de l’affaire, à votre avis ?
Je livre à la sagacité du lecteur la solution préconisée par Michel Husson, économiste « de gauche » (je dis bien « de gauche », pas ces cornichons de socialistes qui, lorsqu’ils étaient au pouvoir ne relevaient pas les recettes, mais DIMINUAIENT LES DÉPENSES, cad le propre d’une politique de rigueur imbécile qui pèse évidemment sur toute la population, à la notable exception de ceux qui ne savent plus quoi faire de leur pognon.) Écoutons donc Michel Husson :
« Il existe un autre moyen de stabiliser la dette publique que les coupes budgétaires, sous la forme d’un prélèvement exceptionnel sur les patrimoines les plus élevés qui reviendrait à annuler en partie une dette qui n’est autre chose que le fruit empoisonné de la contre-réforme fiscale. »
Simple, n’est-ce pas ?




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