A la Une 27/03/2008 à 13h02

Cinéma français : le rapport alarmant du Club des 13

Olivier De Bruyn | Journaliste

Treize personnalités ont planché sur les problèmes de financement, qui touchent de plein fouet les films à moyen budget.





Cinéma UGC Les Halles, à Paris (Olivier Culmann).

Production, distribution, exploitation : à toutes les étapes, la diversité cinématographique serait-elle menacée ? Un rapport inquiétant rédigé par un groupe de treize personnalités (dont Pascale Ferran, Jacques Audiard et Claude Miller) met les pieds dans le plat parfois nauséabond de l’économie du cinéma français.

Nous avons pu lire en intégralité ce document confidentiel, dont les auteurs ont dévoilé les principaux enjeux jeudi lors d’une conférence de presse.


Marina Hands et Pascale Ferran aux Césars 2007 (V. Tonelli/Reuters).

Retour en arrière. Février 2007 : Pascale Ferran reçoit une pelletée de Césars pour son « Lady Chatterley », film plébiscité par la critique, le public et salué, lors de la cérémonie annuelle, par les professionnels. Dans la salle, on applaudit à tout rompre, y compris du côté des responsables des chaînes de télévision, pourtant peu enclins (euphémisme) à financer des films qui, comme celui de Ferran, ne respectent en rien les conformismes cathodiques…

Sur scène, la réalisatrice tire vigoureusement la sonnette d’alarme. Elle déplore notamment que les « films du milieu » -en gros ceux qui conjuguent exigence esthétique et vocation populaire (aux antipodes des produits formatés et de l’élitisme abscons)- soient aujourd’hui de plus en plus difficiles à produire. Et de s’interroger à haute voix sur la possibilité pour les descendants de Truffaut, Demy ou Resnais de donner naissance à leurs projets…

On s’en doutait : les déclarations de Pascale Ferran ne resteraient pas sans suite. Un an plus tard, à l’initiative d’un groupe de travail baptisé le Club des 13 (composé de cinéastes, scénaristes, distributeurs et exploitants, voir liste ci-dessous), un volumineux rapport de 190 pages, rédigé sans complaisance ni parti-pris, dresse un tableau quasi-exhaustif des difficultés rencontrées par les forces vives du cinéma hexagonal.

Alarmant ? Assurément. Défaitiste ? Certainement pas. La preuve : le Club des 13 propose des solutions concrètes pour que notre système de financement (longtemps considéré comme un modèle) puisse survivre.

Un paysage cinématographique bouleversé

Intitulé « Le Milieu n’est plus un pont mais une faille » (en référence à la position éminemment délicate des dits films du « milieu »), le rapport de synthèse met en lumière les modifications considérables apparues ces dernières années dans l’ensemble du paysage du cinéma français :

« On continue à vivre sur l’idée que le cinéma est à la fois un art et une industrie (puissance de la pensée de Malraux), alors qu’entre temps, il est devenu essentiellement un commerce. La marchandisation actuelle du cinéma vient de la prise de pouvoir, en tenaille, du petit et des grands écrans. C’est-à-dire la substitution du pouvoir des producteurs par celui des diffuseurs : la télévision d’un côté, les grandes groupes d’exploitation de l’autre.

“Et si, d’un côté, les directeurs d’antenne ont intérêt à ce que leurs filiales produisent des films profilés pour la télévision ; de l’autre, les multiplexes ont intérêt à une offre surabondante de films fortement médiatisés. La qualité des films compte moins alors que leur visibilité ou leur budget de promotion.” (p.7)

Le rapport (qui se garde d’opposer caricaturalement les “bons” films d’auteur aux “mauvais” films commerciaux) démonte le mécanisme redoutable et pervers qui entraîne une uniformisation de l’offre. Conséquence inéluctable : un appauvrissement de la qualité moyenne des films proposés aux spectateurs, même si, les auteurs le rappellent à juste titre, les fictions singulières et stimulantes demeurent nombreuses en France. Mais pour combien de temps ? Parmi les principaux motifs d’inquiétude :

  • La perte d’influence du producteur, au profit, notamment, des chaînes de télévision. Ces dernières financent en partie le cinéma (la loi les y contraint) mais privilégient des “produits” susceptibles de satisfaire l’audimat (et de rafler les recettes publicitaires afférentes) lors de leur diffusion cathodique. A la limite, peu importe la qualité du film et son destin commercial lors de son exploitation en salles…
  • La bipolarisation dramatique dans la production. D’un côté d’énormes budgets, en constante augmentation, alloués à des films la plupart du temps ultra-prévisibles. De l’autre des financements minimaux pour des fictions vouées de ce fait à la ghettoïsation. Au “milieu” -là où se niche la diversité- des films ambitieux à vocation populaire qui souffrent (pour les budgets moyens -4 à 7 millions d’euros- seulement 19 films produits en 2006, contre 49 en 2004).
  • Le formatage des scénarios, lié aux diktats télévisuels et à l’autocensure qui en découle :
    “Il faut écrire des films qui puissent être financés par les télévisions si l’on ne veut pas prendre le risque de devoir soit abandonner son projet, soit le tourner dans des conditions qui le mettent en péril.

    ‘D’une certaine façon, les télévisions n’ont même plus à intervenir frontalement sur le scénario. La beauté du système, sa puissance, réside même en cela : dans la majorité des cas, les réalisateurs et leurs producteurs, ont intégré tout ou partie de leurs demandes implicites dès la conception du film.’ (p.35)

  • Selon le même principe de l’uniformisation, la prédominance sur les écrans d’une poignée de comédiens jugés ‘incontournables’ par les décideurs et donc systématiquement privilégiés. (‘La liberté totale de casting est devenue en France une exception.’, p.41). Corollaire : le rôle prépondérant des agents (‘plus difficiles à joindre que les artistes qu’ils représentent’), faisant parfois la pluie et le mauvais temps dans le métier.
  • La précarisation (voire la paupérisation) dont souffrent de très nombreux scénaristes, maillons pourtant essentiels dans la fabrication des films.

Les ‘13’ ne se contentent pas d’évoquer les difficultés rencontrées par les auteurs et producteurs en amont et pendant le montage financier des films. Ils rendent compte, avec la même précision glaçante, des problèmes parfois insurmontables rencontrés par les distributeurs et exploitants indépendants.

Ces derniers ont subi de plein fouet (entre autres) l’apparition des filiales de chaînes cathodiques dans la distribution, l’essor des multiplexes (boostant incontestablement les entrées en salles, mais ne favorisant pas la diversité de l’offre), la rotation frénétique des films proposés sur les écrans (objectif avoué, selon les règles commerciales élémentaires : faire le maximum de chiffres en un minimum de temps), l’explosion des ‘marges arrière’ (tout ce qui produit des bénéfices dans les salles, mais n’est soumis à aucune taxe, contrairement au billet d’entrée), les frais de publicité (multipliés par vingt en moins de dix ans !)… On en passe.

Treize mesures pour rénover les systèmes d’aide existant

Le Club des 13, d’ores et déjà élargi à une quarantaine de membres actifs, entend faire circuler le plus largement possible son rapport (il sera publié intégralement à la mi-avril aux éditions Stock) et va prochainement interpeller les pouvoirs publics.

Il propose dès aujourd’hui treize mesures concrètes, certaines revisitant les systèmes d’aide existants, histoire de renouer avec une philosophie originelle depuis longtemps pervertie. Parmi ces propositions :

  • Le doublement de la dotation de l’avance sur recettes (stable depuis 15 ans -enveloppe moyenne : 400 000 euros par film- alors que les budgets de production ont explosé).
  • Le versement du Fonds de soutien automatique production généré par un film au seul producteur délégué (c’est-à-dire au réel initiateur du projet et non aux multiples ayant-droits).
  • 7,5% de ce fond de soutien réservé à l’écriture.
  • Une majoration de 25% de ce fonds de soutien pour les distributeurs investissant dans des films produits sans les chaînes de télévision.
  • La suppression de ce fonds de soutien pour les sociétés adossées à un diffuseur (chaînes cathodiques et groupes de télécommunications).
  • La création d’une taxe de 5,5% sur toutes les marges arrière, ‘venant abonder l’assiette du CNC et financer l’équipement numérique des salles indépendantes et la dotation de l’avance sur recettes’.

Sur le grand écran comme ailleurs, la diversité a un prix :

‘L’idée même du film comme prototype, comme objet singulier et non-reproductible, est condamnée à sa disparition dès lors qu’il est inféodé à un médium dont la logique est celle du flux, de la répétition, du déjà-vu, du produit de série.’ (p.35)

Si le cinéma français, contrairement à ce qui s’est produit ailleurs en Europe, continue d’exister, il le doit à son système original de financement, gravement mis à mal ces dernières années. Le Club des 13 tient le pari qu’il n’est pas trop tard pour ‘tout remettre à plat’ et repenser en profondeur l’économie des films. A suivre de près…

Composition du club des 13 : Cécile Vargaftig (scénariste), Jacques Audiard, Pascale Ferran, Claude Miller (cinéastes), Denis Freyd, Arnaud Louvet, Patrick Sobelman, Edouard Weil (producteurs), Fabienne Vonier (distributrice), Stéphane Goudet, Claude-Eric Poiroux, Jean-Jacques Ruttner (exploitants), François Yon (exportateur).

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  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 13h35 le 27/03/2008
    • Internaute 29846
      menuisier

    Que l’on fasse en sorte que les films « autres » soient produits dans de bonnes conditions financières est indispensable, bien sûr, pour tout le monde.

    Mais il ne faudrait pas oublier de réformer le système de l’avance sur recette qui fait la part trop belle à UN certain type de cinéma (pour faire court les héritiers de la Nouvelle Vague), laissant systématiquement de coté tout ce qui ne relève pas d’un cinéma litéraire. Il serait bon que ces différentes aides soient alouées dans une meilleur transparence comme on dit maintenant, pour que l’on ne puisse soupçonner de copinage leur attribution...

    De plus, une fois le film produit et tourné, on en fait quoi ?

    En absence de la création d’un système de distribution autre que les majors à multiplexes, le film restera condamné à une diffusion confidentielle.
    Et c’est là où ça coince car subventionner un réseau de type art et essai est preque impossible : Les majors veillent jalousement à ce que l’on ne « fausse pas le jeu de la concurence », voir les procès fait aux municipalités qui aident une salle A et E.

    Je crois que le cinéma « autre » en salle est d’ores et déjà mourant et condamné définitivement. On ne s’en sortira pas.
    Reste la possibilité de numériser les salles de manière à pouvoir programmer plus facilement, pour un cout moindre (on économise sur les copies), mais de là à s’adosser sur un réseau suffisant pour assurer la rentabilité...
    Malheureusement l’avenir de ces films est sur le dvd, nulle part ailleurs je pense.

    • joker
      • Posté à 14h27 le 27/03/2008
      • Internaute 19640

      Un bon point serait d’interdire aux multiplex de diffuser le même film dans plusieurs salles d’un même cinéma. En effet, lorqu’on voit que dans un cinéma de 15 salles 7 ou 8 salles sont occupées par 3 films (Harry Potter, Spiderman et Pirates des caraïbes), il y a forcement des films sacrifiés et qui manquent l’occasion de trouver leur public.

      • La Grenouille
        La Grenouille répond à joker
        • Posté à 16h09 le 27/03/2008
        • Internaute 30444

        Très juste.
        Les mutliplex (ou plutôt ces supermarchés du cinéma où on y boit, on y mange, on y papotte, on y pisse et occasionnellement on y regarde un film ; humour je précise) ont tendance à parier sur les blockbusters (normal ça fait recette) avec 2 voire 3 salles pr un même film (parfois plus) : Spiderman 3 en VO, 2 salles pour la VF, ou 4 salles pour Bienvenue chez les chtis.

        A côté, on a des films comme There Will Be Blood (certes US) qui se trimballe 120 copies ds tte la France.

         
        • joker
          joker répond à La Grenouille
          • Posté à 16h18 le 27/03/2008
          • Internaute 19640

          Où des films qui sont déprogrammés au bout de une ou deux semaines... En ce qui concerne « There will be blood » malgré ses oscars, n’était projeté que dans une salle dans ma ville ; les chtis, dans 4 ou 5. Alors vive le cinéma Français mais que les Etats Unis comprennent que lon n’est plus prêts à se contenter des daubes prémachées et sans saveur qu’il nous servent me semble primordial également !

        • joker
          joker répond à La Grenouille
          • Posté à 16h18 le 27/03/2008
          • Internaute 19640

          Où des films qui sont déprogrammés au bout de une ou deux semaines... En ce qui concerne « There will be blood » malgré ses oscars, n’était projeté que dans une salle dans ma ville ; les chtis, dans 4 ou 5. Alors vive le cinéma Français mais que les Etats Unis comprennent que lon n’est plus prêts à se contenter des daubes prémachées et sans saveur qu’il nous servent me semble primordial également !

          • Kereven
            Kereven répond à joker
            • Posté à 17h26 le 27/03/2008
            • Internaute 29900

            « There will be blood » c’est français comme son nom l’indique : -)

            • joker
              joker répond à Kereven
              • Posté à 17h39 le 27/03/2008
              • Internaute 19640

              Justement non, c’est pour ça que j’ai précisé que même si j’aimais le cinéma français et que je me réjouis de ses succés, il ne faut pas négliger les oeuvres intéressantes venant de l’étranger et se contenter des « blockbusters ». Je me suis peut-être mal exprimé.

        • hogan
          hogan répond à La Grenouille
          actif
          • Posté à 17h34 le 27/03/2008
          • Internaute 25474
            actif

          Peut-on aller au cinéma comme on va au parc d’attractions ?

        5 autres commentaires
    • impasse89
      • Posté à 23h37 le 27/03/2008
      • Internaute 36897

      Le DVD présente lui aussi ses problèmes de distribution et ses couts. La fabrication d’un stock, sont référencement dans des points de ventes, son réapprovisionnement, la reprise des invendus, etc. Autans de raisons qui font que seul une partie (la majorité mais pas la totalité) des films sont édités en DVD. La VoD (vidéo à la demande) représente, selon moi, une solution parfaite pour une distribution simple et adaptée. Faible cout de « mise en linéaire » et surtout, pas de réapprovisionnement, pas de « date limite de vente » pour cause de volume faible.
      Maintenant, quand on voit que une petite minorité de ces films sont proposés par ce biais, on ne peut que le regretter, pour eux comme pour ceux qui pourrait contribuer au financement en aval de la création (vulgairement, les clients ;) ). Un jour, peut être que les ayants droits verront les choses différemment...

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à Adéménagé le 3 janvier 2011
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 09h55 le 28/03/2008
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Le problème de l’attribution est tout de même difficile à résoudre dans la mesure où l’audiovisuel et le cinéma sont de toutes petites économies et qu’ils font logiquement travailler peu de monde. Ainsi en quelques années on arrive assez vite à connaître des gens, qui vous connaissent en retour, etc.
      Aussi dès qu’un projet arrive en commission il est fréquent qu’il puisse exister un rapport au moins indirect entre un ou des membres et l’auteur.
      Pour autant il existe des modérations non négligeables :
      la première c’est qu’on se fait assez vite dans ce milieu des amis et des ennemis, souvent très francs. Du même coup vous pouvez aussi bien être servi que desservi dans un comité lambda.
      La deuxième c’est que les comités au CNC en particulier sont recomposés chaque année, ce qui évite des collusions répétées d’une part, et de se heurter au même mur d’autre part. (Je note ici que personne ne fera le reproche du peu de mobilité dans les comités de lecture des grands groupes cinéma ou audiovisuel).
      La troisième c’est que la sélection dans certains fonds est anonyme (Fonds d’aide à l’innovation, notamment), ce qui évite tout soupçon de connivence.

      Maintenant toutes ces mesures ne sauraient en aucun cas être des gages de qualité. Et il serait assez absurde de reprocher au système la qualité des sujets qu’il reçoit.

  • ex-riverain
    • Posté à 13h45 le 27/03/2008
    • Internaute 35098
      x

    c´était le premier volet de notre série « l´industrie de la culture », ou la « poterrisation » des esprits..la culture étant devenue un produit, elle se prête aussi bien aux processus de standardisation, normalisation, etc.

    • marigae
      marigae répond à ex-riverain
      • Posté à 15h12 le 27/03/2008
      • Internaute 9147

      Quand on voit ce qui s’est passé avec les « tomates » et autres « maîs » en terme de ’standardisation’, il faut se dépecher de faire des AMAP-cinéma ! -)

  • A.V.
    • Posté à 14h06 le 27/03/2008
    • Internaute 24685

    Le cinéma français est d’abord une grande famille consanguine, chasse gardée d’une certaine élite sociale. Et comme toute société consanguine, elle montre des signes de tares.
    L’âge du numérique aurait dû mettre le cinéma à la portée de beaucoup plus de créateurs. Malheureusement, c’est tout l’inverse. Dans le cinéma comme dans le reste, la mondialisation apporte la réponse : la part des blockbusters dans la production française continue à augmenter ; et quand on veut un film d’auteur, on pioche dans les films du tiers-monde, et toute la jet-set parisienne crie au génie.

    • La Grenouille
      La Grenouille répond à A.V.
      • Posté à 16h12 le 27/03/2008
      • Internaute 30444

      Oui avec tte la clique de C+ qui recycle les gens passés chez eux : Robin des Bois, Omar & Fred, Les Nuls, Ramzy plus les potes Depardieu, De Caunes et cie.

      Toujours les mm tronches dans les mm films.

      • C. Creseveur
        C. Creseveur répond à La Grenouille
        D'actualité, de dessin surtout
        • Posté à 10h02 le 28/03/2008
        • Internaute 7715
          D'actualité, de dessin surtout

        Les Robins des bois ne sortent pas spécialement de la grande famille. Ils viennent du café théâtre. Eric, Ramzy et Jamel idem. Ils n’étaient absolument pas connus du grand public quand ils ont commencé dans « H ».
        J’ai un peu le sentiment que vous leur reprochez leur réussite.

         
        • A.V.
          A.V. répond à C. Creseveur
          • Posté à 13h53 le 28/03/2008
          • Internaute 24685

          Entièrement d’accord avec vous. Les comiques, c’est un cas à part. L’humour Bobo-bling-bling-coton, c’est un peu fade. Alors, le peuple est le bienvenu pour faire rire.

        1 autres commentaires
  • batila-
    • Posté à 14h42 le 27/03/2008
    • Internaute 34191

    Excellent article.
    Je doute cependant que ces propositions soient adoptées. Comme toute activité générant de l’argent, le cinéma attire de nombreuses personnes qui ne sont interessées que par cela. Le cinéma est devenu un bout de viande sur lequel un nombre trop important de personnes -qui n’ont rien à voir avec la création de films proprement dite (ni scénariste, ni dir de prod, ni réalisateur, ni monteur, ni mixeur ; bref pas impliquées dans la prépa, le tournage et la post prod)- se nourissent allégrement. Et cette utilisation du cinéma à des fins mércantiles a des conséquence sur la place des techniciens et artistes dans le processus de création. Elle a des conséquences aussi sur les rapports entre les tenants des différentes façons de travailler l’image, soutenues par des visions extrèmes du cinéma.
    Un exemple : Il y a 10 ans, les chefs monteurs avaient droit à un assistant (parfois stagiaire) mais le passage au numérique a considérablement dévalorisé leur travail : il se contente aujourd’hui de traitement d’image à l’aide de logiciels (avide, final fck, etc...)représentants une considérable avancée technique. Et les productions leurs payent rarement un assistant, de ce fait. Mais qu’en est-il du travail essentiel de tout cinéaste : comment raconter une histoire ?
    Alors qu’un chef monteur pouvait autrefois se concentrer sur l’histoire, en laissant tout le travail technique de traitement d’image ( qu’il a lui même fait pour un chef au début de sa carrière) à son assistant, il est obligé de tout faire lui même, au détriment de sa sensibilité et de sa compréhension de l’histoire.
    Alors même que le défi estétique et l’exigence de fiction devraient être en harmonie, ils se confrontent car ils « utilisent » une seule personne qui fait donc le choix de répondre plutôt à l’un qu’à l’autre.
    Comme une belle image est plus « vendeuse » qu’une belle histoire (pour les mêmes raisons exposées par le club des 13 : pub et diffusion télé) on choisit souvent de favoriser la première. Et on se retrouve avec deux camps : ceux qui font des films genre « clip Msix » et ceux qui ne font que raconter une histoire sans trop se prendre la tête sur la qualité de l’image. Les premiers taxent les seconds de non-professionalisme et en tirent un grand avantage puisque leurs discours offensifs dénués du doute intrinsèque à tout oeuvre artistique sont plus convaincants (aux yeux des décideurs d’aujourd’hui) que ceux des seconds beaucoup plus réservés et conscient de la difficulté d’être fidèle à la fois aux réalisateurs et aux distributeurs. Les exigences des uns se confrontent aux exigences des autres, en laissant une partie(souvent les « historiques ») sur le carreau.
    Combien de chef monteur ayant appris à monter en découpant des bandes pour un autre chef monteur, par exemple, se sont faits doubler par des jeunes connaissant les logiciels sur le bout des doigts, mais n’ayant ni une véritable formation artistique ni un réel vécu ?
    Ce clivage effrayant n’est, on le voit, pas présent chez la plupart des réalisateurs étrangers qui conjuguent les deux exigences sans en préférer une !
    Mais ceux qui tentent de faire face aux deux exigences, en france, sont pris entre les feux des deux camps opposés et sommés de choisir le leur...
    Comment a-t-on pu entrer dans une telle guerre ?
    D’autant que l’argent du cinéma a parfois des origines (blanchîment) et des destins (partis politiques) troublants...

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à batila-
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 16h16 le 27/03/2008
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Dites-nous en plus !

  • Prolo du livre
    • Posté à 14h35 le 27/03/2008
    • Internaute 12784

    Je ne fais pas parti du monde du cinéma, mais de celui des livres.
    Peut être de manière naïve, j’ai l’impression que les constatations du Club des treize, sont évidentes.
    Qu’il y ait une autocensure dans la création à fins de formatages, une main mise de la diffusion/distribution, tout ça me parait évident. On peut constater ces phénomènes dans toutes les industries artistiques comme la radio et la musique, le livre et ses points de ventes, etc.
    Peut être cette évidence parce que ces réflexions sont évidentes dans mon secteur d’activité.
    Là où cette réflexion est pertinente, c’est lorsqu’elle apporte des solutions.
    Solutions qui dans le livre ont été (en majeure partie) apportées par la loi Lang sur le prix unique du Livre.
    Mais je pense pas que ça soit sur ce gouvernement qu’il faille compter pour ça ! ! !
    La culture un produit ? On a l’impression que les différents professionnels ne s’en rendent compte qu’à l’instant. Après s’être bien gavé.

  • joker
    • Posté à 14h39 le 27/03/2008
    • Internaute 19640

    Olivier,
    Je ne savais pas que vous officiez sur RUE89 ! Vous avez abandonné Première ?

    • Adéménagé le 3 janvier 2011
      Adéménagé le 3 janvier 2011 répond à joker
      menuisier
      • Posté à 15h43 le 27/03/2008
      • Internaute 29846
        menuisier

      Si il est réelemnt journaliste, il avait pas le choix.

      • joker
        • Posté à 15h50 le 27/03/2008
        • Internaute 19640

        C’est vrai que « Première », magazine auquel je suis très attaché ; je lui dois mes plus grandes découvertes cinéphiles ; n’est plus à la hauteur (il m’en coûte de dire ça) de celui que je lisais il ya quinze ans, et loin de là ! Cela devient malheureusement n’importe quoi.

  • guyome
    • Posté à 14h42 le 27/03/2008
    • Internaute 11884

    Si les propositions me semblent répondre aux problèmes de finacements du « cinéma du milieu », il ne me paraît pas apporter de réponses pour sa diffusion. Les multiplexes monopolistiques, où les télé, ne favorisent pas le diversité des productions, des films comme ’la vie des autres’, ’la graîne et le mulet’, n’ont pas eu le public qu’ils meritaient...
    Réformer - en supposant que ça fasse - la porduction mais pas la diffusion, cela a-t-il un sens ?

  • P. Martin
    • Posté à 14h58 le 27/03/2008
    • Internaute 2454

    Des actions comme celle d’Olivier Martinez à l’encontre de plusieurs site web, et de Fuzz en particulier, vont surement arranger la situation du cinéma...

  • marigae
    • Posté à 15h01 le 27/03/2008
    • Internaute 9147

    Je souhaite longue vie à ces propositions qui ont trouvé des portes paroles, mais les obstacles seront encore nombreux. Alors pour qu’elles grandissent et se multiplient il leur faut d’autres terrains, supports, engrais.
    Proposition (hasardeuse) :
    Les 13 fondent une coopérative/asso/société.., ils rachètent des « roulottes » et des « video proj » et se lancent dans une énorme campagne estivale de projections de plein-air, festival qui pourrait s’appeler « En plein milieu » : objectif : sensibiliser et relancer d’autres lieux de diffusion.
    En effet, si il faut inverser le « rapport de force », il faut de l’énergie, du monde, des essais.

    Bref...RDV à l’apero avec vos chaises pliantes, dans le jardin d’à côté, pour un film du milieu.

  • ClaireChar
    • Posté à 15h01 le 27/03/2008
    • Internaute 16497

    Je ne suis absolumment pas de ce milieu mais mon ami a récemment aidé un ami producteur (tout petit producteur) de films à produire un film
    Ce film a été filmé et terminé, il est passé au festival de l’Alpe d’Huez a été visionné plein de fois par plein de « spécialistes », en gros les critiques sont dithyrambiques, toutefois aucun distributeur n’a voulu le distrtibuer car trop original, trop compliqué à promouvoir, pas de tête d’affiche.
    J’ai du coup réalisé à cet instant à quel point on nous servait que de la soupe avec des gros noms (sachant que un dany boon ou un michael young sont des gros noms par ex)
    C’est vraiment tristoune

  • parousnik
    • Posté à 15h48 le 27/03/2008
    • Internaute 18991

    Ce n’est pas seulement le cinéma qui est touché par l’imbécilité et l’appauvrissement intellectuel c’est toute la culture.
    La censure de l’information et donc des informations culturelles ont des conséquences sur le cinéma mais sur toutes les filières des arts...
    La propagande déversée par PPDA, Poudejudas et tant d’autres surpayés, uniquement pour essayer de nous faire avaler les couleuvres , sans même ciller en mentants pourtant ils savent que d’un clic aujourd’hui encore, nous pouvons et nous contrôlons la véracité de ce qu’ils répétent des prompteurs... Ce sont de mauvais acteurs qui jouent speackerins/journalistes et la baisse de fréquentation de ses à jt et aussi un problème pour la désinformation...
    Aujourd’hui les ploutocrates ne font plus bruler les livres ou interdire d’apprendre à lire ou à écrire comme naguère avant l’industrialisation, c’est plus subtile et des sites analyses les méthodes et les raisons comme : Lien
    Les premières évolution qu’on réclamé les peuples des qu’ils ont été « autorisé » à se cultiver c’est la démocratie et le communisme, horreur...le partage et la solidarité, alors les dictateurs et les ploutocrates savent que « seul l’intelligence » peut leur faire mordre la poussière et c’est pour cela que presque tout ce que stardisé et mis en évidence sous les projecteurs et nul...intellectuellement parlant.
    Les auteurs commerciaux font « fortune » car après tout devenir idiot, c’est plus facile que de se battre pour ses idées,ses réves et ceux des autres...et même l’avenir de ses enfants...

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 16h23 le 27/03/2008
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Le phénomène est terrible et inquiétant, parce qu’il semble que la marchandisation de la culture comme elle a lieu aux US est désormais concrète aussi chez nous : on le voit pour le livre avec des sorties massives et courtes où seuls surnagent des blockbusters lancés à grands renforts de pub. Les petits n’ont que quelques semaines devant eux dans les librairies pour se faire une place. C’est exactement là où nous en arrivons pour le cinéma. C’est triste.

  • G.
    G.
    • Posté à 16h25 le 27/03/2008
    • Internaute 33410

    Difficile de croire que les propositions (ni très originales, ni très audacieuses) du groupe des 13 qu’on pourrait résumer par « plus de fric » soient payées de retour par l’actuel gouvernement qui, par ailleurs, s’apprête à faire un gros cadeau fiscal aux productions étrangères qui tournent en France (crédit d’impôt international). Cette mesure actuellement en discussion risque de profiter plus à ceux qui profitent déjà plus : les majors américaines et les industries techniques. Ainsi les producteurs français pourront devenir des exécutants des studios US et enfin produire de « bons » films, c’est-à-dire : des films mieux calibrés que des poulets de batterie et produisant le temps de cerveau disponible nécessaire à la consommation desdits poulets.

    Le cinéma ne fait évidemment pas exception au royaume pourri des industries culturelles (livre, musique) et plus largement, dans les périphéries du pouvoir. Et oui ! L’art est le fait du prince, c’est comme ça, et le prince n’est apparemment pas le peuple comme on voudrait le faire croire, mais plutôt un trader hyperactif cocaïné muni d’un parachute en or massif et d’un passeport du Lichtenstein, de Monaco ou des Bahamas.

    Il n’y aura pas de salut dans la culture, sans lutte commune pour la défense des autres biens communs : la santé, l’éducation, la justice, qui eux aussi voient attaqués les principes de liberté d’égalité et de solidarité qui en fondent les institutions.

    Alors que le Festival de Connes s’apprête à célébrer les 40 ans de son annulation en 1968, je souhaite que les 13 et les autres, sauront, comme les cinéastes qui avaient annulé l’édition de 68, montrer leur solidarité avec les autres secteurs du bien commun, ou le cinéma français mourra et je changerai de métier, mais c’est pas grave…

    Je rappelle le message laissé « avec toute [leur] affection » par ceux qui ont permis à la France de ne pas être dans le camp des vaincus après la seconde guerre mondiale :

    Lien

  • florence grand
    • Posté à 16h43 le 27/03/2008
    • Internaute 36624

    moi je suis sceptique, problème de production oui c’est sur mais surtout de visibilité ! Je suis fan de film de « genre » (horreur... je n’aime pas trop cette expression) et la plupart des salles ne projettent plus ou alors deux semaines pas plus ce type de film !
    Chaque année il y a des perles qui sortent en salles mais lesquelles surtout si on habite pas a Paris c’est un vrai casse tête ! Il faut réhabiliter le cinéma de quartier ! ! !

  • andelle
    • Posté à 16h51 le 27/03/2008
    • Internaute 1104

    SI ça continue les grands cinéastes français seront belges.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 16h53 le 27/03/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Il n’ y a pas que la censure ou les problemes de financement . il y a l’environnement . A partir du moment ou 90 % des films français sont mauvais ,et qu’ aucun critique n’ose le dire, on a meme plus le reflexe de chercher le film français qui pourrait etre original et aller le voir au cinema .
    C’est comme pour la presse, quand les nouveaux titres qui apparaissent ne sont que des merdes comme Closer, Public ou CQ , on espere meme plus trouver un nouveau journal interessant chez son marchand de journaux ..

  • geff
    geff
    www.ecapote.com
    • Posté à 16h58 le 27/03/2008
    • Internaute 17855
      www.ecapote.com

    Je suis une de ces personne qui fréquente les multiplex, pourquoi ?

    -Le prix, (carte illimité, face à des billets compris entre 6 et 11€ !)
    -Le confort, les salles indep avec de l’eau qui tombe du toit, je veux bien être solidaire, mais il y a des limites,
    -Le choix, entre le nombre de salles, plus les cinémas partenaires il n’y a que très peu de films que je ne peux pas potentiellement voir..

    voilà pour le portrait type, qui n’enchantera c’est sûr pas certain, mais qui représente 95% de ceux qui fréquentent les salles.

    Le cinéma est pour moi un loisir, et je pense que le cinéma français est malade d’un coté de sa recherche artistique et c’est de ces films dont on parle ici, et pour une seconde catégorie de sa folie médiatique.

    Parlons des seconds, ca sera vite dit. Quand on voit les efforts déployés pendant des semaines de promo pour nous vendre astérix (un parmi tellement d’autres, que dire du retour des bronzés), qu’aucun présentateur (VRP) n’a osé critiqué, et les déceptions qui s’en suivent de la part de spectateurs, c’est un très mauvais point pour le ciné francais. Sur ce point les blockbuster américains sont parfois très peu originaux, mais ils remplissent à 100% leurs objectifs soit d’humour, soit d’action, soit de suspens etc, le spectateur n’est pas transcendé, mais le contrat est rempli.

    Maintenant venons en aux films dit d’auteurs. Pourquoi vouloir être artistique rime avec soit étrange, soit illisible ou hyper violent... Grosso modo, pourquoi veut on adapter l’art moderne, dont le monochromes ne subjugues que les hypocrites dingues du MOMA, au cinéma. Là je vais reprendre l’exemple américain.. Si si.. :) Un grand réalisateur scénariste tel que Tarantino, a commencé avec Réservoir Dogs, un film 100% basé sur le scénario et le jeu d’acteur, qui financièrement ne coûterait pas un kopec à tourner (si l’on excluait des acteurs coûteux).

    Bref, la longueur ne facilitant pas la lecture, je vais m’arrêter à ce résumé, sortons du schéma : film à petit budget = film alternatif imbuvable du grand public, mais recentrons nous sur un travail d’écriture important. Même les comédies on ne sait plus faire, il n’y a plus que des comédies dramatiques cad des blagues pendant 10min, suivi d’une histoire pleurnichade.

    • elmadj
      elmadj répond à geff
      • Posté à 17h53 le 27/03/2008
      • Internaute 8304

      Ouai ouai, le fameux discours d’un cinéma élitiste qui ennuie le commun des mortels. Le spectateur lambda ne comprend pas, etc… Juste une remarque, le cinéma comme tout objet de culture n’est pas qu’un loisir et ne doit s’arrêter à cela. De toute façon, la force d’évocation et l’empreinte psychique que créé le cinéma démontre bien que le cinéma n’est pas qu’un simple loisir, comme la lecture. Cela demande un effort et c’est bon de faire des efforts, car on en sort grandi. Celui qu’on nomme « Le grand public » ne devrait pas être pris pour un imbécile, ou alors nous le sommes tous, c’est le lot de l’humanité de trainer son ignorance. Pourquoi toujours la facilité, la simplification, la vulgarisation, le tout-cuit. Il faut laisser la chance à la réflexion à quiconque, même malgré lui et l’humanité avancerai mieux, non ?

      Le cinéma d’auteur est loin d’être un cinéma systématiquement abscons ou imbuvable, ce n’est pas le connaitre que de dire cela.

      Je le vis tous les jours dans ce milieu (difficile, s’il en est) : des avalanches d’idées reçues, de conformisme, d’allégeance systématique, de complexe de supériorité, c’est terrible… L’humilité, l’ouverture est très rare. et souvent le public est pris pour un con… cette politique commence à s’épuiser, je crois que les publics en ont marre (tout comme moi) de voir les mêmes foutus films et surtout de ne pas pouvoir prendre le temps de trouver des « perles » qui leur conviendraient. Je dis les publics, car je pense que le formatage statistique des envies du soit-disant « grand-public » est une grosse erreur à tout point de vue, et du point de vue économique aussi, c’est la catastrophe. Avoir une vision plus large, plus simple, plus direct, plus ouverte, plus différencié, plus horizontale que verticale, serait certainement plus bénéfique.

      Il n’y a pas un public mais des publics, eux-même fait de plusieurs individus… Pour un artiste, l’indéfinie est plus intéressant que le définie. Ce qui différencie le devenir de l’étalon.

      • geff
        geff répond à elmadj
        www.ecapote.com
        • Posté à 19h26 le 27/03/2008
        • Internaute 17855
          www.ecapote.com

        dommage que la rédaction ai choisi de montrer votre commentaire sans le mien, ca fait un peu bizard, surtout que je pense que ma pensée, même si elle est soumise à contradiction, représente une part très importante des avis, qui se retrouve en l’occurrence non représentée.

        vous notez « le cinéma comme tout objet de culture n’est pas qu’un loisir et ne doit s’arrêter à cela », et vous avez tout à fait raison !

        et je pense que mon évocation de loisir est mal choisie (j’ai malheureusement assez peu d’arrogance !) si je voulais préciser ma pensée, dans ce qui sort du pur divertissement, même si c’est un genre qu’il ne faut pas dénigrer, ça serait bien malheureux, et surtout très très très hypocrite, mais donc du ludique, ou du démonstratif, c’est que l’objet de l’art, si il est inaccessible, est inutile. On pourra arguer que s’est une question de pré requis etc.. Mais qu’est ce qui est le plus détonnant, le plus subservif, et donc le plus efficace dans sa démonstration ?

        Une oeuvre acclamée par la critique, imperméable à la compréhension commune sans une explication de son auteur, ou un 1984 (bouquin en l’occurrence je n’ai pas vu le film) écrit sans fioriture, mais au combien évocateur ? Dans sa lignée d’autre si sont essayés avec succès, Fight club, V for vendetta, 2 blockbuster, pourtant au combien porteur d’un message, qu’il plaise ou non..

        Cette conversation sera malheureusement illisible par le fait du choix éditorial, mais je tenais à préciser ma pensée, sur laquelle m’avez fait le plaisir de débattre.

  • batila-
    • Posté à 17h27 le 27/03/2008
    • Internaute 34191

    on peut penser que la crise du cinéma français favorise la distribution de films américains sur nos écrans.
    Savez vous que la corée du sud a été obligé de faire passer son quota de diffusion de films nationaux à 20 % sur son propre territoire, il y a un peu plus d’un an ?
    Il y a trois ans, j’étais régulièrement fasciné par la capacité de réalisateurs asiatiques à faire des films bien scénarisés et beau à la fois.
    Il y en a de moins en moins...
    C’est une tendance mondiale.
    La discorde en france (qui nous empêche de faire de bons films) permet d’envisager une disparition progressive du cinéma français. Il apparaît que cette discorde nationale permet la diffusion de plus en plus large de films étrangers (souvent américains) et populaires et rend la production de films français anecdotique et impopulaire : donc non rentable.
    Et aucun acteur bankable au états-unis (américain ou non) ne prendra la peine de soutenir un film français (cad de vendre son nom à une autre entreprise que les studios qui l’emploient le plus souvent). Et aucun acteur français ne peut bénéficier du même traitement qu’un acteur américain ce qui logiquement apporterait des investisseurs aux cinéma français, ou alors pour le faire taire (ainsi marion cotillard ne travaillera plus en france -trop chère- ou pas aux états-unis -infréquentable- plus certainement dans aucun des deux...).

  • Mbrown
    • Posté à 17h36 le 27/03/2008
    • Internaute 37099

    Merci pour cet article.
    C’est à la lecture de nombreux commentaires que j’ai envie de réagir.
    En effet, l’industrie du cinéma américaine est ici souvent diabolisée alors que l’article porte sur le système français de financement.
    Ces raccourcis me semblent hatifs.
    D’autant plus que c’est souvent dans la production nord-américaine que j’ai trouvé beaucoup de très bons et surprenant films du « milieu ».

    • G.
      G. répond à Mbrown
      • Posté à 06h05 le 28/03/2008
      • Internaute 33410

      Tout à fait d’accord. Mais c’est en probablement parce que le « milieu » américain est à la fois plus large et plus haut en termes de budgets et de nombres de films produits. Au fait milieu, ça fait « middle » en anglais... Les films de milieu seraient donc ceux de la middle class ? intéressant...

  • compte supprimé 23.01.09
    • Posté à 17h57 le 27/03/2008
    • Internaute 31991

    Il faudrait quand même parler aussi de l’engagement des collectivités locales dans le soutien à la production cinématographique et audiovisuelle , soutien qui est en constante augmentation . Total des crédits votés en 2007 : 52 M€ (en 2003 : 28 M€) .

    En 2007, les engagements du CNC représentaient 13,8 M€ sur l’écriture et la production cinématographique et audiovisuelle, soit 27% des crédits des fonds territoriaux.

    Lien

    la suppression en 1984 du British Film Fund, fonds de soutien à l’industrie cinématographique, a amené le cinéma anglais a produire des films sociaux avec des budgets plus modestes et avec de nouveaux réalisateurs formés à la télévision (Ken Loach, Mike Leigh, Stephen Frears) .

  • Anne Honym
    • Posté à 17h49 le 27/03/2008
    • Internaute 23916

    Ce qui est fou, c’est que les scénaristes de télévision ont exactement le même problème que les scénaristes de cinéma ! L’autocensure, les projets qu’on sélectionne pour toucher le plus petit dénominateur commun, sans compter l’intervention tacite (hop ! sans les mains) des patrons de chaîne, écrire une fiction de qualité en France c’est le parcours du combattant, et tout ça en sachant qu’il faudra refaire le chemin de croix pour une éventuelle seconde saison, même si ça marche ! Ce sont les patrons des chaînes commerciales qui vérolent la création audiovisuelle en France !

  • levraidebat
    • Posté à 17h56 le 27/03/2008
    • Internaute 25720

    L’Union européenne permettra-t-elle encore longtemps à la France d’avoir un système national de promotion du cinéma tricolore ? ...

    Pas sûr du tout

    Lien

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 18h08 le 27/03/2008
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Comme en 68, les scénaristes, les réalisateurs les acteurs doivent proposer des actions concrètes de boycott... Le constat de la marchandisation du cinéma est fait, avec le club des 13 il est temps d’agir concrètement... Lien

  • _Nada
    • Posté à 19h41 le 27/03/2008
    • Internaute 19204

    Je suis supris que, pour une (et unique ?) fois, l’ensemble des maux du cinéma français ne soit pas mis sur le (large) dos « des méchants pirates d’Internet ».

    Si seulement ce rapport peut enfin mener à une vrai réflexion du milieu cinématographique (et audiovisuel en général) sur son mode de fonctionnement ... je dis aleluia !

  • nayko
    nayko
    Troubadour urbain
    • Posté à 19h43 le 27/03/2008
    • Internaute 14789
      Troubadour urbain

    Coup de cœur, coup de gueule ...

    Petit état des lieux vu de mon coin de France (Montpellier). Ici, nous avons la chance d’avoir un cinéma indépendant en centre ville : le Diagonal. Il y a seulement 2 ans, il y avait 4 cinémas Diagonal qui pouvaient offrir un vaste éventail de la production cinématographique mondiale. Hors, après une coupe des subventions de la région, le Diagonal a dû fermer 3 cinémas. Heureusement, un des 3 a pu être repris par la chaîne de cinéma « Utopya », ce qui nous laisse encore le chois entre deux cinémas de qualité.
    Mon coup de cœur va au gérant de ce cinéma et à son équipe, qui nous propose un cinéma de qualité, une programmation très variée et le déroulement hebdomadaire de séances/débats toujours très intéressante et conviviale. Le tout à un tarif abordable (7 euros la place, réductions, abonnements).
    Mon coup de gueule est à l’attention des pouvoirs publics. On ne peut pas parler de concurrence entre les multiplexes et les salles indépendantes, elles ne sont pas dans la même catégorie. Les multiplexes sont en concurrence avec les supermarchés peut-être mais pas avec les cinés indés. Il y a déjà deux multiplexes ici et un troisième en prévision, sans compter un Gaumont au centre ville. Leurs programmations et totalement identique. Quel intérêt d’en ouvrir un de plus ? ? ? ? Pourquoi diable interdire les subventions ? Est ce que l’industrie du disque s’offusque de la distribution sur le marché d’artistes indépendants qui ont pu sortir leurs projets grâce à des subventions ? Il faut donc d’urgence se pencher sur ce problème pour qu’au moins, on puisse choisir notre cinéma. Si demain, seuls les multiplexes subsistent, je ne mettrais plus les pieds souvent dans une salle obscure, parole de passionné...

  • Nicolas Brousse
    Nicolas Brousse
    Etudiant à Paris
    • Posté à 20h43 le 27/03/2008
    • Internaute 118
      Etudiant à Paris

    En prenant du recul, la cinématographie est une belle invention, un concept innovant, et qui attire de nombreuses personnes. De nos jours, les films rivalisent les livres. Il y a là, et depuis toujours, un marché très intéressant.

    On retient surtout des films américains. Là-bas, les budgets sont plus larges et la possiblité de réaliser un film est plus facile qu’en France. Les films français, eux, nous marquent moins en général. Ce qui me désolé, c’est que les films deviennent commerciaux - surtout en France. Où est passé l’art de faire un film ? Et pourquoi donc l’argent doit être un enjeu pour un film ? L’exemple le plus flagrant, et le plus récent est bien entendu Astérix et Obélix ; 75 millions d’euros de budget, sans compter 25 millions d’euros de publicité, et des entrées qui ne sont pas à la hauteur des attentes. A l’inverse, le fameux « Bienvenue chez les Ch’’tis », le nouveau hit, a fait plus de 12 millions d’euros d’entrées - bien au-delà des objectifs - avec un budget bien plus réduit : un peu plus de 10 millions d’euros.

    Alors, donnez la chance aux « petits » réalisateurs de faire carrière et d’impressionner le public. Les crédits pour les films ne doivent pas qu’aller aux « grands »...

  • NuklearCocroach
    NuklearCocroach
    ex GeneralSubverciòn
    • Posté à 22h00 le 27/03/2008
    • Internaute 36938
      ex GeneralSubverciòn

    Boulversifiant ! J’arrête le p2p...demain...si j’ai pas oublié d’ici la...c’est combien la place de cinoche en moyenne en France ? ? ?

  • jac le rat
    jac le rat
    aventurier
    • Posté à 23h02 le 27/03/2008
    • Internaute 29819
      aventurier

    Des films qui prennent aux tripes... au ventre, à la tête...
    cela dit, je n’en fais pas moi-même...
    Peut-être, comme dans le temps, faut recommencer à se battre ?
    Après tout, faire du ciné, comme lutter, sur tous les fronts ?
    Et ne plus pleurnicher sur les subventions, finalement perverses...

  • sul
    sul
    • Posté à 01h08 le 28/03/2008
    • Internaute 19502

    Je suis projectionniste,président d’un cinéma itinérant et realisateur de documentaires.
    Pour résumer ma situation dans dix ans risque d’être compliquée :
    -projectionniste : Avec l’arrivée du numérique le travail sur pellicule risque de s’effectuer uniquement dans les cinémathèques.
    -président d’un circuit indépendant et itinérant : Notre situation est déjà bien compromise avec la suppression des budgets dans toutes les DRAC(direction régionale des affaires culturelles) de France .En effet les circuits itinérants étant déjà les moins bien lotis au niveau de l’exploitation.A quand une vraie politique de démocratisation de l’accès à l’image ?
    -réalisateur de documentaires : J’ai réalisé des documentaires qui ont été présentés dans divers festivals mais ceux ne correspondant pas aux critères télévisuels (52mn) je n’ai jamais pu en faire ma profession ;
    En conclusion je pense que le milieu du cinéma n’échappe pas à la standardisation et le CNC ferait mieux de se pencher rapidement sur le problème .

  • Maxfrerot
    • Posté à 09h42 le 28/03/2008
    • Internaute 23114

    Je suis technicien caméra et je travaille sur des long - métrages depuis 8 ans. En 12 films j’ai pu constater l’extrème justesse des propos de Pascale Ferran et du club des 13.
    J’ai travaillé sur des comédies à gros budget où l’argent coulait à flot et où le rire gras dominait, chez les comédiens comme chez les scénaristes.
    J’ai également participé à plusieurs « films du milieu », comme les nomme Pascale Ferran, et j’ai vu des réalisateurs, des producteurs, inquiets, repousser la date de tournage car une chaine télé avait dit non à cause du comédien principal pas assez connu.
    D’autres demander un rabais sur les salaires parce que le film était trop long pour des distributeurs de multiplexes ( ils perdent une scéance par jour au delà de 2 h 15 de films car ils son t obligés de passer des tunnels de pub avant chaque film ou bien c’est plus cher) entrainant un moindre financement des banques.

    Les cinéastes qui arrivent encore, dans ce contexte, à raconter des histoires comme ils l’entendent sont rares parce qu’ils sont souvent dégoutés, obligés à trop de compromis ( « et si on prenait Clavier ? », « et si le méchant qui gagne on se rend compte que finalement il est gentil sinon c’est trop dur ? ») ou à couper dans leur budget et donc dans leur choix artistique ( « il doit s’enfuir en Andalousie, il va plutôt s’enfuir dans le Lanquedoc-Roussillon, ils nous donnent de l’argent etc...) et pour cela il faut les soutenir car ils sont le cinéma français. Le reste c’est du divertissement ; c’est important de se divertir mais le divertissement formaté télévisuel n’ a pas besoin d’aides publiques, il a besoin de commerciaux et il les a.
    Contrairement aux mauvais poncifs mal énoncés de Déluge le menuisier, le cinéma produit des films volontairement stupides ( Bronzés 3, Astérix 3 , les Ch’tis) pour gagner plein d’argent et laisse des miettes au cinéma artistique.
    Et c’est pourtant ce cinéma qui fait avancer l’art, la recherche, le questionnement nécessaire à sa vitalité. Kubrick s’inspirait d’Ophuls, Tarantino encense Godard, Van gogh (de Pialat)est un chef-d’oeuvre total. Ce sont ces cinéastes, avec tant d’autres, qui ont nourri le 9ème art de leur travail artistique. Les Blockbusters leurs doivent tout et nous aussi. Si l’on ne se décide pas à contrer l’uniformisation du cinéma, on ne verra plus de films tels que Lady Chatterley, Ne Le Dis A Personne, Smoking No Smoking, Gabrielle, De Battre Mon Coeur S’Est Arrété etc....

    Il faut se battre pour sauver la spécificité de notre cinéma, unique au monde.

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