Enquête 23/09/2011 à 15h43

Les révélations qui ébranlent la Haute autorité de santé

David Prochasson | Journaliste

La thèse d’un médecin dénonce les conflits d’intérêts de l’institution, (trop) proche des labos pharmaceutiques.


Des médicaments dans la paume d’une main (Camerakarrie/Flickr/CC).

En pleine tempête sur le Mediator, qui a mis à jour la « bureaucratie sanitaire » de l’Afssaps, c’est désormais à la Haute autorité de santé (HAS) d’être vivement critiquée. Non par un rapport officiel mais dans une thèse de médecine générale accablante sur les rapports de la HAS avec les laboratoires pharmaceutiques.

Soutenue en juillet dernier à l’université de Poitiers par Louis-Adrien Delarue, médecin généraliste à Angoulême, elle secoue le milieu. Son titre :

« Les Recommandations pour la pratique clinique élaborées par les autorités sanitaires françaises sont-elles sous influence industrielle ? A propos de trois classes thérapeutiques. »

La Haute autorité de santé a été créée en 2004 avec pour mission de veiller au renforcement de la qualité des soins, au bénéfice des patients. Ses trois principes fondateurs sont « l’indépendance, la rigueur scientifique, la transversalité ».

La thèse de Louis-Adrien Delarue démontre qu’au moins quatre recommandations émises entre 2006 et 2008 sont erronées. Depuis 2010, le contrôle des conflits d’intérêts s’est durci, enfin... sur le papier.

Balance bénéfice-risque clairement défavorable

Louis-Adrien Delarue a étudié trois classes de médicaments utilisées pour soigner le diabète de type 2, la maladie d’Alzheimer et certains troubles articulaires. Ces pathologies fréquentes font l’objet de préconisations dans quatre guides de la HAS. « Les biais sont multiples », selon la thèse :

« Etudes scientifiques omises, présentations de données mal étayées ou connues pour être falsifiées, conclusions hâtives et mal argumentées. In fine, la HAS promeut des médicaments dont la balance bénéfice-risque est clairement défavorable et qui impactent les dépenses publiques à hauteur de centaines de millions d’euros par an. »

Certains médicaments peuvent aussi être dangereux. C’est le cas des coxibs, dont le plus connu est la marque Celebrex :

« La littérature scientifique montre que les coxibs, comme le Celebrex ou le Vioxx, peuvent provoquer de graves accidents cardio-vasculaires. »

Ces anti-inflammatoires prescrits contre les maladies articulaires sont des molécules sœurs, des « me-too », du Vioxx. Ce dernier, suspecté d’avoir causé la mort de dizaines de milliers de patients, avait provoqué un scandale mondial en 2004 avant d’être retiré du marché.

L’auteur s’étonne que les Coxibs continuent de faire l’objet de deux recommandations favorables publiées en 2007 et 2008, dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde et de la spondylarthrite ankylosante.

En raison d’une « suspicion de conflit d’intérêts », la HAS vient de suspendre ces deux dernières (en plus de quatre autres) dans l’attente d’une actualisation. Elle précise que la « qualité scientifique de ces travaux n’est pas remise en cause » et qu’ils « peuvent continuer de servir aux professionnels de santé qui doivent le mettre en perspective avec l’ensemble des connaissances disponibles ».

Les experts, VRP de l’industrie

Si ces guides étaient erronés, c’est en raison des conflits d’intérêts qui les minent. L’auteur montre comment, grâce à des logiciels informatiques performants, les laboratoires détectent les leaders d’opinion, « susceptibles de leur rapporter le plus de bénéfices financiers ».

Les experts de la HAS sont des interlocuteurs stratégiques car, à leur tour, ils influencent toute une chaîne d’acteurs, du médecin généraliste au professeur jusqu’au journaliste.

Dès 1999, l’Anaes, l’ancêtre de la HAS, édictait des règles d’indépendance strictes, notamment envers les présidents de groupes de travail en charge d’élaborer les recommandations. Selon la thèse, elles n’ont pas été respectée :

« De nombreux experts en charge de ces guides ont des conflits d’intérêts majeurs. C’est le cas notamment de tous les présidents de groupes de travail en charge d’élaborer les quatre guides de bonnes pratiques analysés. »

Deux recommandations annulées au nom de conflits d’intérêts

Deux recommandations avaient déjà été annulés à la demande du Formindep (collectif pour une formation et une information médicales indépendantes), en avril dernier. La première sur le diabète a été abrogée par le Conseil d’Etat. La seconde, sur Alzheimer, a été retiré par la HAS qui a devancé le recours.

Interrogé par Rue89, le président de l’agence, Jean-Luc Harousseau, se justifie :

« Ces recommandations ont été faites à un moment où la politique de la HAS était moins stricte qu’elle ne l’est depuis 2010.

J’espère que les recommandations prises depuis 2010 sont exemptes de conflits. A vrai dire, on n’a pas été vérifier puisque nous considérons que normalement, il n’y a pas de risques. »

Pas de risques et pourtant, Jean-Luc Harousseau lui-même, à son arrivée à la tête de la HAS, avait tardé à préciser ses liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique, remplissant une première déclaration entièrement vierge.

Obligé de noircir les noms des experts incriminés

Symbole du tabou qui entoure ces conflits d’intérêts, le jury de thèse de Louis-Adrien Delarue lui a imposé de noircir les noms des experts incriminés. Officiellement, affirme la présidente du jury Marie-Christine Perault-Pochat, « pour le protéger de plaintes devant le conseil de l’ordre ».

La réalité semble plus nuancée. Quelques jours après la soutenance, la pharmacologue s’est inquiétée de voir la version originale de la thèse sur Internet. Dans un e-mail que nous avons consulté, adressé à Louis-Adrien Delarue et copié à tous les centres de pharmacovigilance de France, elle a tenu à ne pas s’associer aux conclusions de la thèse devant ses confrères. Et a décrédibilisé la thèse sans préciser qu’elle avait obtenu la meilleure note et la mention « très honorable » :

« Votre travail a manqué de recul, de distanciation par rapport au sujet. [...] Je vous invite à venir voir comment nous travaillons et combien en pharmacologie nous sommes loin des liens ou conflits d’intérêts. »

La thèse a été, depuis, saluée par des médecins reconnus. Le directeur de la thèse explique :

« Les professeurs universitaires et praticiens hospitaliers ne reconnaissent pas les conflits d’intérêts. C’est la première fois qu’une telle thèse, polémique, est acceptée dans une université. »

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  • kamille008
    kamille008
    si tu as Sion...
    • Posté à 21h30 le 23/09/2011
    • Internaute 123045
      si tu as Sion...

    c’est clair que tous ceux qu’il y a conflits d’intérêts chez ceux qui décident. partout, et pas seulement en médecine. c’est justement ça le gros problème du libéralisme

  • korage
    korage
    retraité
    • Posté à 21h46 le 23/09/2011
    • Internaute 151931
      retraité

    Et on s’en doutait presque pas ! ! !
    Ne pas oublier que ce qui fonctionne bien ( petits et grands services rétribués entre amis ) pour la santé et l’industrie pharmaceutique, fonctionne aussi tout autant pour les impôts ( affaire Woerth et autres ), l’armée ( affaire de Karachi et autres ), la police/gendarmerie ( affaire Hortefeux et autres ), etc... le tout avec des médias muselés,
    Bref, tout va bien en sarkoland et c’est donc tout à fait normal...
    vivement 2012 !

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 00h20 le 24/09/2011
    • Internaute 13372
      bretonne en Normandie

    Servier et Compagnie...
    Mais pourquoi ne se pose pas ici la question : d’où vient le besoin de tant de médicaments chez tant de personnes qui n’en ont pas tant besoin ?

    Quelles sont nos facultés de résistance à la publicité mensongère en matière de santé ?
    Il y a trop de confusion entre l’industrie de la maladie et le ministère de la santé , trop de confusion entre le business du dépistage et une véritable information de prévention
    Un peu comme entre les banques de placement et les banques spéculatives.

    • zénon denon 84
      zénon denon 84 répond à Jana
      Bonne
      • Posté à 09h05 le 24/09/2011
      • Internaute 30028
        Bonne

      allez donc relire
      ce beau pavé (déja ancien)–––-2004_

      « Santé ,mensonges et propagante “
      ____________________________
      Par Thierry Souccar et Isabelle Robard _______au Seuil

      une somme de détails et une enquête exceptionnelle :
      une de +

      • Jana
        Jana répond à zénon denon 84
        bretonne en Normandie
        • Posté à 10h26 le 24/09/2011
        • Internaute 13372
          bretonne en Normandie

        Bonjour Zénon denon

        Oui, merci pour ce rappel. Ce livre devait « faire grincer des dents »
        Il me semble qu’elles n’ont pas fait tant de bruit ces dents que devaient grincer..
        Ramer à contre courant est un sport difficile et à risques...
        Je souhaite que la thèse de Louis-Adrien Delarue circule beaucoup et longtemps.
        Je me souviens aussi de « la foire aux médicaments » (j’ai oublié les références...si quelqu’un les connaît ?)

         
        • zénon denon 84
          zénon denon 84 répond à Jana
          Bonne
          • Posté à 17h59 le 24/09/2011
          • Internaute 30028
            Bonne

          pas de soucis ,
          mon homéopathe m’avait dit
          qu’a sa sortie ,ce livre avait
          fait un joli tabac chez
          ses confrères et amis ...déja ça /

          Pas de soucis ____à force de tirer sur la corde ...elle casse !

        1 autres commentaires
  • abeltournesol
    abeltournesol
    auditeur
    • Posté à 09h53 le 24/09/2011
    • Internaute 88714
      auditeur

    Les empoisonneurs aux commandes
    Au nom d’un faux diagnostic sur une double cataracte, un ophtalmologue voulait me retirer deux cristallins sains pour m’implanter deux cristallins artificiels, tout ça pour se faire du fric sur le dos de ma santé et au détriment de la sécurité sociale. Bachelot VRP de l’industrie pharmaceutique n’a pas fait autre chose en commandant un « vaccin » dangereux élaboré à la va-vite pour verser 1,5 milliard aux labos. Norma Bera, VRP des mêmes labos, est toujours le bras droit de Xavier Bertrand au ministère de la santé. Sarkozy a décoré Servier le responsable du Médiator mortifère . Ils ne soucient absolument pas de notre santé, simplement de faire le plus de fric possible au détriment de notre santé. Sinon pourquoi laissent-ils empoisonner, les sols, l’eau, l’air que nous respirons et toute la chaîne alimentaire. En contrôlant l’Afssaps, l’Has et le ministère de la santé, les empoisonneurs contrôlent la pompe à fric de leurs poisons au mépris total de la santé humaine.

  • abeltournesol
    abeltournesol
    auditeur
    • Posté à 09h54 le 24/09/2011
    • Internaute 88714
      auditeur

    Les empoisonneurs aux commandes
    Au nom d’un faux diagnostic sur une double cataracte, un ophtalmologue voulait me retirer deux cristallins sains pour m’implanter deux cristallins artificiels, tout ça pour se faire du fric sur le dos de ma santé et au détriment de la sécurité sociale. Bachelot VRP de l’industrie pharmaceutique n’a pas fait autre chose en commandant un « vaccin » dangereux élaboré à la va-vite pour verser 1,5 milliard aux labos. Norma Bera, VRP des mêmes labos, est toujours le bras droit de Xavier Bertrand au ministère de la santé. Sarkozy a décoré Servier le responsable du Médiator mortifère . Ils ne soucient absolument pas de notre santé, simplement de faire le plus de fric possible au détriment de notre santé. Sinon pourquoi laissent-ils empoisonner, les sols, l’eau, l’air que nous respirons et toute la chaîne alimentaire. En contrôlant l’Afssaps, l’Has et le ministère de la santé, les empoisonneurs contrôlent la pompe à fric de leurs poisons au mépris total de la santé humaine.

    • hawksmoore
      hawksmoore répond à abeltournesol
      Arpenteur
      • Posté à 11h25 le 24/09/2011
      • Internaute 104034
        Arpenteur

      tout en creusant joyeusement le trou de la secu. a mon sens c’est de la haute trahison, ni plus ni moins !

  • citizen1963
    citizen1963
    pologne
    • Posté à 13h16 le 24/09/2011
    • Internaute 122725
      pologne

    France, il y a quelques mois. je suis dans la salle d’attente de mon toubib. Juste avant moi, il reçoit une jolie poupée , VRP jusqu’aux ongles. Quand j’entre à mon tour, mon bib, genre mèdecin de campagne qui a du mal à mettre sur l’ordonnance autre chose que « 2 bonnes nuits et basta sans arrêt maladie “ me déclare qu’il pouvait encore voyager gratis grace aux laboratoires xxxxx.

    C’est de notoriété publique, s’il y a beaucoup de mèdecins intègres, les charters affrétés par les laboratoires xxxx sont toujours pleins.

    . Pour xxx, yyy, zzzzzz , un médicament c’est un générateur de profit à 2 chiffres. ET comme la santé est notre bien le plus précieux, nous leur offrons un pont d’or. Et l’or attire toujours les crapules.

    l’HAS est publique et indépendante mais ses membres doivent avoir du mal à résister au lobbying des crapules. ...surtout quand xxxxxx , yyy, zzzz mangent au Fouquet’s .

    Nous avons, que les meilleurs fabricants de virus informatiques sont les fabricants d’antivirus.

    quid de l’industrie pharmaceutique ?

    Mais , il y a pire qu’en France. Ici en Pologne, les lobbys sont si puissants auprés des autorités ....que beaucoup de médicaments utiles et reconnus ....sont interdits de vente, au profit d’autres bien entendus.

  • philippe georgin
    philippe georgin
    beaucoup bossé
    • Posté à 13h34 le 24/09/2011
    • Internaute 140843
      beaucoup bossé

    Vous posez la question sur le déficit de la sécu ? ,connivence entre ces labos et les commissions qui décident des médocs à rembourser ,quels choix entre les plus chers ou les plus anciens qui servent à répondre aux meme maladies mais passés dans le domaine public , c’est vrai le crédit recherche ? ? Si nous parlons des déficit pourquoi y-a-t’il plus de césariennes dans certaines cliniques ,plus d’actes d’orthodonsie génération de dents bridées ,vaccins contre le cancer de l’utérus visite de la prostate alors que aucune évaluation de ces actes n’est faite.Ne demendons plus à nos médecins de préscrire des médocs à outrance mais de prendre du temps auprés des malades.

  • zelectron
    • Posté à 11h34 le 25/09/2011
    • Internaute 12718

    L’opacité règnerait-elle en maître sur toutes ces questions ? : à croire qu’il y aurait peut-être une organisation criminelle d’une certaine mafia-médicale ne voudrait absolument pas être démasquée, même par « inadvertance » (nom d’un célèbre détective)

  • DrKoala
    • Posté à 15h22 le 27/09/2011
    • Internaute 5453

    Ce qui est amusant c’est qu’il suffit de copier coller les noms caviardés dans n’importe quel éditeur de texte pour pouvoir les lire en clair.

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