Le Tibet et les JO de Pékin : Sarkozy aux abonnés absents
Les autorités chinoises ont eu lundi un avant-goût de ce qui les attend d’ici au 8 août, et pendant la durée des Jeux olympiques de Pékin, si elles s’enferment dans leur attitude inflexible. Malgré une sécurité draconienne, quelques manifestants de Reporters sans frontières ont réussi à déployer une banderole pendant le discours du représentant chinois à Olympie. Les Chinois devaient s’y attendre puisque la cérémonie était retransmise sur leur télévision en léger différé, ce qui a permis de censurer les perturbateurs.
Mais l’avertissement est clair. Ces jeux promettaient d’être controversés, le Tibet les a transformés en patate chaude. D’abord pour le gouvernement de Pékin : il a certes réussi à convaincre sa population que les Chinois sont les victimes des émeutes de Lhassa, il y a dix jours, mais le reste du monde a surtout compris que les Tibétains en avaient assez d’être opprimés.
Le paradoxe est que la répression chinoise a sans doute été plus mesurée qu’elle ne l’aurait été sans les JO. Mais le monde n’en sait rien en l’absence de témoins au Tibet, et, surtout en raison des excès verbaux en provenance de Pékin : pour des raisons internes, le pouvoir chinois a retrouvé des accents de la révolution culturelle pour dénoncer la « clique du dalaï lama ».
Et comble de provocation, on apprenait hier la condamnation à 5 ans de prison d’un homme dont le seul crime a été de faire circuler sur Internet une pétition demandant « des droits, pas des Jeux »...
Il n’y a pas que Pékin qui soit embarrassé par cette crise. Nicolas Sarkozy est sorti lundi d’un trop long silence sur les événements du Tibet, dans une lettre au président chinois Hu Jintao. Visiblement, l’Elysée a choisi de faire profil bas, le président se contente d’appeler à la retenue et au dialogue, difficile de faire moins ! Au contraire du premier ministre britannique Gordon Brown qui a annoncé qu’il rencontrerait le dalaï lama, ou de la Chancelière allemande Angela Merkel, qui l’a déjà reçu. Le président français, lui, n’a même pas prononcé son nom et laisse cette tache à Rama Yade. Pourquoi cette prudence ou cet embarras ? On n’ose penser à une réponse purement mercantile...
Pourtant, l’enjeu risque d’être très politique pour Nicolas Sarkozy. Un sondage publié hier indique que 53% des Français sont pour que le président de la République boycotte la cérémonie d’ouverture à laquelle il a annoncé qu’il participerait. Si un boycottage des Jeux serait assurément contre productif, ne rien faire serait une faute morale qui se retournerait contre le chef de l’Etat.
Au cours des prochaines semaines, il lui faudra soit convaincre Pékin de faire des gestes significatifs, et en particulier nouer un improbable dialogue avec le dalaï lama actuellement voué aux gémonies ; soit, plus probablement, trouver le moyen de prendre ses distances avec des Jeux qui viennent récompenser un pays qui, s’il s’est profondément transformé, reste autoritaire et brutal - loin d’un esprit olympique, il est vrai, oublié depuis longtemps.
Pierre Haski
► Edito diffusé mardi 25 mars sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.
- 4193 visites
- 54 réactions















13
La preuve de vie de Roméo Langlois, bientôt libéré par les Farc ? 








RSS
La Chine accuse le dalaï-lama de vouloir prendre les JO en otage
TIBET | 19h31 Plus d’une semaine après les émeutes à Lhassa, la Chine a de nouveau accusé dimanche le dalaï-lama de vouloir « prendre en otage les Jeux olympiques » du mois d’août, tout en promettant à sa « clique » la défaite.
Des soldats chinois patrouillent dans les rues de Kangding, dans la province du Sichuan, le 23 mars 2008.
| 23 Mars 2008 | 19h31
« En 2008, le monde entier attend avec impatience les Jeux olympiques, mais la clique du dalaï-lama veut prendre en otage les Jeux et forcer le gouvernement chinois à céder sur la question de “l’indépendance du Tibet”, a dénoncé Pékin dans un article publié à la fois par le Quotidien du peuple, l’organe du Parti communiste chinois, mais aussi dans le journal de l’Armée populaire de libération et d’autres journaux.
Mardi, le Premier ministre Wen Jiabao avait déjà accusé le chef spirituel du bouddhisme tibétain et sa “clique” d’avoir voulu “saboter” les Jeux olympiques, qui doivent s’ouvrir à Pékin le 8 août.
Cette nouvelle mise en cause du dignitaire tibétain intervient alors que la flamme olympique doit être allumée lundi à Olympie (Grèce). Elle doit ensuite passer par Lhassa, capitale du Tibet, avant de rejoindre Pékin, ont assuré cette semaine les autorités chinoises.
“Peu importe que le dalaï-lama et ses partisans se camouflent derrière le prétexte de la ‘paix’ et de la ‘non-violence’, leurs activités de sabotage visant à la séparation sont vouées à l’échec”, a encore prévenu dimanche la presse chinoise.
L’article fait référence à des épisodes de violences qui se seraient produits au cours des 50 dernières années afin de convaincre les lecteurs que le discours de non violence prôné par le dalaï-lama constituerait “un mensonge du début à la fin”.
L’agence Chine Nouvelle a indiqué que 94 personnes avaient été blessées entre le 14 et le 19 mars, dans de violentes manifestations dans la province du Gansu (nord-ouest). Parmi les blessés figurent 64 policiers, deux responsables locaux et un civil, a précisé l’agence. Le gouvernement tibétain en exil a affirmé que 19 manifestants tibétains avaient été tués par balles dans cette province du Gansu.
Selon le dernier bilan donné vendredi de sources officielles chinoises, les émeutes ont fait 19 morts, dont 18 civils “innocents” et un policier. Ce bilan faisait également état de 241 policiers et 382 civils blessés, soit un total de 623 blessés, auxquels s’ajoutent désormais les 94 blessés du Gansu.
Le gouvernement tibétain en exil a fourni de son côté un bilan “confirmé” de 99 morts au Tibet et dans les provinces chinoises voisines.
Chine Nouvelle a assuré dimanche que le calme revenait dans les zones secouées par des manifestations violentes, notamment les provinces de l’ouest proches du Tibet (Qinghai, Gansu et Sichuan) où vivent des minorités tibétaines.
A Ngawa, dans le Sichuan (sud-ouest), plus de la moitié des commerces étaient de nouveau ouverts samedi, a assuré Xinhua. Le chef local du parti communiste, Kang Qingwei, a annoncé que les écoles rouvriraient lundi, admettant implicitement qu’elles avaient été fermées pendant une semaine.
Dans cette province, la Chine avait annoncé jeudi, pour la première fois depuis le début de la crise tibétaine, que la police avait tiré “en légitime défense” et blessé quatre émeutiers au cours de troubles le 16 mars. Des groupes pro-tibétains avaient de leur côté fait état de huit morts dans la manifestation de Ngawa.
Les manifestations ont commencé le 10 mars à Lhassa à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement de 1959 contre le pouvoir chinois (la Chine communiste avait pris le contrôle du Tibet en 1951).




Partager