22/03/2008 à 17h37

Rue89 et le Hall de la Chanson célèbrent les chansons de Mai 68


La commémoration de Mai 68 vous gonfle déjà ? Vous saturez par avance face à la déferlante qui a déjà démarré ? Attendez, ne désespérez pas trop vite : Rue89 et le Hall de la chanson , qui s’étaient déjà associés pour rappeler le souvenir de Barbara l’an dernier, ont uni leur forces pour vous proposer une approche ludique du joli mois de mai qui fête ses quarante printemps.

Quelles chansons entendait-on à la radio en Mai 68 ? Quels chants les révolutionnaires en herbe de la Sorbonne, du pavé parisien ou des usines en grève entonnaient-ils pour se donner du courage et serrer les rangs ? Avec Serge Hureau, chanteur et directeur du Hall de la Chanson, en collaboration avec Martine Storti, nous allons revisiter ensemble ce patrimoine musical d’un type différent.

Et cela réserve quelques surprises : en douze épisodes qui démarrent, bien sûr, ce 22 mars historique, et s’achèveront à l’heure de la « restauration » , en juin. Douze rencontres autour de témoins ou acteurs du mouvement, qui évoqueront les chansons qu’ils chantaient ou écoutaient à cette époque. Ils vous ferons aimer à leur façon cette page d’histoire encore fraiche.

Pierre Haski

► Post Scriptum en guise de disclaimer : Serge Hureau et moi étions lycéens ensemble ces années-là, et n’avons pas manqué de chanter quelques-uns de ces chants revigorants.

Lire aussi : Mai 1968 : la révolte en chantant

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  • 13 réactions
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  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 19h14 le 22/03/2008
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    Surtout n’oubliez pas François Béranger en tête de gondole.
    C’était 68. C’est maintenant. Ecoutez un peu pour voir. Vous qui ne l’avez pas connu.

    Tranche de vie

    « Je suis né dans un p’tit village
    qu’a un nom pas du tout commun,
    bien sûr entouré de bocages
    c’est le village de Saint Martin.
    A peine j’ai cinq ans qu’on m’emmène
    avec ma mère et mes frangins.
    Mon père pense qu’y aura du turbin
    dans la ville où coule la Seine

    J’en suis encore à m’ demander
    après tant et tant d’années,
    a quoi ça sert de vivre et tout,
    à quoi ça sert, en bref, d’être né

    La capitale c’est bien joli
    surtout quand on la voit d’Passy,
    mais de Nanterre ou d’ Charenton,
    c’est déjà beaucoup moins folichon.
    J’ai pas d’ mal à imaginer
    par ou c’ que mon père est passé
    car j’ai connu quinze ans plus tard
    le mêmes tracas, le même bazar

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    L’matin faut aller piétiner
    devant les guichets d’ la main d’œuvre.
    L’après-midi solliciter
    l’ bon cœur des punaises des bonnes œuvres.
    Ma mère, elle était toute paumée
    sans ses lapins et ses couvées.
    Et puis, pour voir, essayez donc
    sans fric de nourrir cinq lardons

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    Pour parfaire mon éducation
    y’a la communale on béton.
    La on fait d’ la pédagogie
    devant soixante mômes en furie.
    En plus d’ l’alphabet, du calcul,
    j’ai pris beaucoup d’ coup d’ pied au cul
    et sans qu’on me l’ait demandé
    j’appris l’arabe et l’ portugais

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    A quinze ans finie la belle vie,
    t’es plus un môme, t’es plus un p’tit.
    J’ me retrouve les deux mains dans l’ pétrole
    à frotter des pièces de bagnole.
    Huit-neuf heures dans un atelier,
    ça vous épanouit la jeunesse.
    Ca vous arrange même la santé
    pour le monde on a d’ la tendresse.

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    C’est pas fini...

    Quand on en a un peu là-dedans,
    on y reste pas bien longtemps
    On s’arrange tout naturellement
    pour faire des trucs moins fatigants.
    J’me faufile dans une méchante bande
    qui voyoute la nuit sur la lande.
    J’apprends des chansons de Bruant
    en faisant des croche-pattes aux agents

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    Bien sûr la maison poulaga
    m’agrippe a mon premier faux pas
    Ca tombe bien, mon pote, t’as d’ la veine
    faut du monde pour le FLN
    J’me farcis trois ans de casse-pipe
    Aurès, Kabylie, Mitidja.
    Y’a d’ quoi prendre toute l’Afrique en grippe.
    Mais faut servir l’ pays ou pas.

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    Quand on m’ relâche je suis vidé,
    j’ suis comme un p’tit sac en papier.
    Y’a plus rien dedans. Tout est cassé
    J’ai même plus envie d’une mémé.
    Quand ’ai cru qu’ j’allais m’ réveiller
    les flics m’ont vachement tabassé.
    faut dire que j’ m’étais amusé
    à leur balancer des pavés

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    Les flics, pour c’ qui est d’ la monnaie,
    Ils la rendent avec intérêt
    le crâne, le ventre et les roustons,
    enfin quoi vive la Nation !
    Le juge m’a file trois ans d’ caisse
    rapport à mes antécédents
    Moi, j’ peux pas dire que j’ sois en liesse.
    Mais enfin, qu’est-ce que c’est qu’ trois ans.

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    En taule, j’ vais pouvoir m’épanouir
    dans une société structurée.
    J’ ferai des chaussons et des balais.
    Et je pourrai me remettre à lire.
    Je suis né dans un p’tit village
    qu’a un nom pas du tout commun,
    bien sûr entouré de bocages
    c’est le village de Saint Martin.

    J’en suis encore à m’ demander, etc... »

    • Pseudo
      Pseudo répond à Jonas2
      Enfin libre : -)
      • Posté à 19h40 le 22/03/2008
      • Internaute 25947
        Enfin libre : -)

      Anastasie, vous m’anesthésiez.

      Je mesure aujourd’hui combien favorisé
      J’étais quand je travaillais chez P’tit Louis
      A Billancourt-sur-Seine dans l’entreprise modèle
      Je participais à l’expansion.
      A 5 heures du matin, levé comme à l’aveugle
      Se lever avaler son café
      S’enfoncer dans le noir, prendre le bus d’assaut
      Piétiner dans le métro c’était le pied.

      Anastasie l’ennui m’anesthésie

      S’engouffrer au vestiaire, cavaler pour pointer,
      Enlever sa casquette devant le chef.
      Faire tourner la machine, baigner toute la journée
      Dans l’huile polluée, quelle santé !
      Surtout ne pas parler et ne pas trop rêver,
      C’est comme ça que les accidents arrivent
      Et puis le soir venu, repartir dans l’autre sens,
      Vers le même enthousiasmant voyage.

      Anastasie l’ennui m’anesthésie

      Heureusement, un jour, sur Pont-de-Sèvres-Montreuil,
      Dans le bain de vapeur quotidien,
      Dans la demi-conscience, au hasard d’un chaos,
      J’ai senti dans mon dos tes deux seins.
      Je me suis retourné, je t’ai bien regardée,
      Et j’ai mis mes deux mains sur tes seins.
      Tu m’a bien regardé et tu n’as pas bronché,
      Bien mieux tu m’as souri et j’ai dit :

      Anastasie l’ennui m’anesthésie

      Tu t’appelais Ernestine ou peut-être Honorine
      Mains moi je préfère Anastasie.
      On a été chez toi, ça a duré des mois,
      J’ai oublié d’aller chez P’tit Louis.
      Qu’est ce qu’on peut voyager dans une petite carrée
      On a été partout où c’est bon.
      ... Suite
      Et puis un soir comme ça, pour éviter l’ennui
      On décidé de se séparer.

      Anastasie l’ennui m’anesthésie

      La morale de ce tango, tout à fait utopique,
      C’est que c’est pas interdit de rêver
      C’est que si tous les prolos, au lieu d’aller pointer,
      Décidaient un jour de s’arrêter,
      Et d’aller prendre leur pied où c’que ça leur plairait
      Ce serait bien moins polluant que l’ennui,
      Y aurait plus de gars comme moi, comme j’étais autrefois
      Qui se répétaient tout le temps pour tuer le temps :

      Anastasie l’ennui m’anesthésie

    • Rolling Thunder
      Rolling Thunder répond à Jonas2
      • Posté à 19h50 le 22/03/2008
      • Internaute 24422

      Bravo pour cet hommage à Béranger qui le mérite bien. Bien agréable de lire ses paroles (surtout quand nos « zartistes » vous font un tabac avec 3 phrases débiles répétées sans fin). Les chansons de circonstance ne sont pas souvent bonnes (naïves, voire bêtasses ; cf « en avant la zizique » de Boris Vian)) ; une des seules à ma connaissance qui sauve le genre « Paris Mai » de Nougaro. Vive les souvenirs !

    • nahera
      nahera répond à Jonas2
      • Posté à 20h10 le 22/03/2008
      • Internaute 6180

      Ouf, le retour en arrière ! ! !
      Incroyable : lire le premier vers a suffi pour que tout revienne....je vais de ce pas rouvrir le placard aux 33 tours. Merci !

      Quoique...ça fout quand même un coup au moral car beaucoup de choses sont encore d’actualité 40 ans après...

  • nada
    • Posté à 19h46 le 22/03/2008
    • Internaute 25026

    Dans la version moderne on peut écouter Loïc Lantoine, Renaud Papillon Paravel, Fred, Ridan et recommencer du début avec NTM, etc ...
    Mais la majorité d’entre nous est si bête, respect aux animaux ! que je me demande si la lutte pourrait aboutir un jour !

  • andriouchka
    • Posté à 20h07 le 22/03/2008
    • Internaute 34387

    ah mai 68 et la libération sexuelle ! Ecoutez la sensuelle Juliette Gréco et son « déshabillez-moi »

    Lien

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 20h52 le 22/03/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    2008 celebrant 1968, ca me fait plutot penser a une chanson de Brassens :

    A peine sortis du berceau,
    Nous sommes allés faire un saut
    Au boulevard du temps qui passe,
    En scandant notre « Ça ira “
    Contre les vieux, les mous, les gras,
    Confinés dans leurs idées basses.

    On nous a vus, c’était hier,
    Qui descendions, jeunes et fiers,
    Dans une folle sarabande,
    En allumant des feux de joie,
    En alarmant les gros bourgeois,
    En piétinant leurs plates-bandes.

    Jurant de tout remettre à neuf,
    De refaire quatre-vingt-neuf,
    De reprendre un peu la Bastille,
    Nous avons embrassé, goulus,
    Leurs femmes qu’ils ne touchaient plus,
    Nous avons fécondé leurs filles.

    Dans la mare de leurs canards
    Nous avons lancé, goguenards,
    Force pavés, quelle tempête !
    Nous n’avons rien laissé debout,
    Flanquant leurs credos, leurs tabous
    Et leurs dieux, cul par-dessus tête.

    Quand sonna le ‘ cessez-le-feu
    L’un de nous perdait ses cheveux
    Et l’autre avait les tempes grises.

    Nous avons constaté soudain
    Que l’été de la Saint-Martin
    N’est pas loin du temps des cerises.

    Alors, ralentissant le pas,
    On fit la route à la papa,
    Car, braillant contre les ancêtres,
    La troupe fraîche des cadets
    Au carrefour nous attendait
    Pour nous envoyer à Bicêtre.

    Tous ces gâteux, ces avachis,
    Ces pauvres sépulcres blanchis
    Chancelant dans leur carapace,
    On les a vus, c’était hier,
    Qui descendaient jeunes et fiers,
    Le boulevard du temps qui passe.

  • jissé
    jissé
    Ingé retraité
    • Posté à 23h28 le 22/03/2008
    • Internaute 23393
      Ingé retraité

    Bonsoir.

    « posté » sur le sujet ’général’ mai 68.

    Quelqu’un pourrait-il retrouver un 33 tours des poemes de Jean-Marc Tennberg, interdit en France avec sur la pochette une « dédicace » au Gal de G. ?

    Une « perle rare » - que j’avais achetée en Belgique - et que j’ai - comme un ? ? - donné il y a belle lurette.

    Bons oeufs à tous.

    Jc

    PS : Dans la nuit du 17 au 18 mai 68, tout le quartier Latin fêtait ... La naissance de ma fille

  • A déménagé le 13-10-2012
    • Posté à 23h49 le 22/03/2008
    • Internaute 19357
      non connue

    C’est un peu plus vieux mais ça vaut le détour

    Lien

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 01h13 le 23/03/2008
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    en 68, il y avait Evariste et « la révolution »

    Lien

    Le père Legrand dit à son p’tit gars
    - Mais enfin bon sang qu’est-ce qu’y a
    Qu’est-ce que tu vas faire dans la rue fiston ?
    - J’vais aller faire la révolution

    ...

    • Numerosix
      Numerosix répond à caro
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 08h53 le 23/03/2008
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Who is that beast
      Qui inventa
      le calcul integral
      INTEGRAL CALCULUS !

  • Philippe Tixier
    Philippe Tixier
    Citoyen
    • Posté à 10h40 le 23/03/2008
    • Internaute 10848
      Citoyen

    Brassens avait des colliques néphrétiques et hospitalisé pendant mai 68, je pense qu’il a réagit avec cette chanson

    BOULEVARD DU TEMPS QUI PASSE

    Paroles & Musique : Georges Brassens

    Rém Sol7 Do7 Fa7 Sib La7
    A peine sortis du berceau, Nous sommes allés faire un saut, Au boulevard du temps qui passe,
    Rém Sol7 Do7 Fa7 Sib La7 Rém
    En scandant notre « Ça ira », Contre les vieux, les mous, les gras, Confinés dans leurs idées basses.

    On nous a vus, c’était hier, Qui descendions, jeunes et fiers, Dans une folle sarabande,
    En allumant des feux de joies, En alarmant les gros bourgeois, En piétinant leurs plates-bandes.

    Jurant de tout remettre à neuf, De refaire quatre-vingt neuf, De reprendre un peu la Bastille,
    Nous avons embrassé, goulus, Leurs femmes qu’ils ne touchaient plus, Nous avons fécondé leurs filles.

    Dans la mare de leurs canards, Nous avons lancé, goguenards, Force pavés, quelle tempête !
    Nous n’avons rien laissé debout, Flanquant leurs credos, leurs tabous, Et leurs dieux, cul par-dessus tête.

    Quand sonna le « cessez le feu », L’un de nous perdait ses cheveux, Et l’autre avait les tempes grises.
    Nous avons constaté soudain, Que l’été de la Saint Martin, N’est pas loin du temps des cerises.

    Alors, ralentissant le pas, On fit la route à la papa, Car, braillant contre les ancêtres,
    La troupe fraîche des cadets, Au carrefour nous attendait, Pour nous envoyer à Bicêtre.

    Tous ces gâteux ces avachis, Ces pauvres sépulcres blanchis, Chancelant dans leur carapace,
    On les a vus, c’était hier, Qui descendaient jeunes et fiers, Le boulevard du temps qui passe.

  • dalun
    • Posté à 12h45 le 23/03/2008
    • Internaute 29964

    j’avais un disque qui mélait les chansons et des sonores des manifestations : » fait que ton reve soit plus long que la nuit « .c’etait le titre de ce curieux trente- trois.