Vos reactions 13/03/2008 à 11h10

Quand le management fait appel aux mathématiques quantiques

Léonard | chercheur (errer humanum est)

Beaucoup de réactions à l’article « Suicides au travail : la banque peine à briser le silence ». Parmi elles, le témoignage de Léonard.

Malgré tout l’intérêt que je porte à cet article et tout le respect dû à son auteur, je pense qu’il sous-évalue encore, et de beaucoup, l’âpreté de la condition du travail.

Voici plusieurs arguments :

  • Le faible taux de syndicalisation implique que la souffrance dans le monde du travail est une donnée qui reste aujourd’hui strictement individuelle, « compartimentalisée ». Les psychologues peuvent en parler et disserter longuement sur le sujet : le fond du problème est social, pas psychologique. Tant que des droits seront acquis à des multinationales qui seront déniés à des hommes et des femmes de chair et de sang, le problème n’aura pas avancé d’un iota vers sa résolution.
  • Le terme couramment utilisé « stress au travail » est une récupération des écoles de management.
  • Pratiquement toute étude de management et de psychologie sur le sujet est un cheval de Troie pour les adeptes du management.
  • Tout argument de management est retravaillé pour masquer une réalité verticale indiscutée : le fait que les employés de banque tournent tous les deux ou trois ans est bien entendu stupide au regard de la nullité des rapports humains avec leur clientèle. C’est évident. Nous préférons connaître notre interlocuteur et réciproquement.

    Et pourtant, comme le montre très bien l’article, cette réalité est allègrement niée. Au nom de quoi ? Sinon au nom des critères de profit accru établis par ses « supérieurs ». En termes de management, on dit « renouveler le travail ».

Allons plus loin : il n’y a pas de limite a priori à ce que peut être le management, mes amis. Et pour cela je vais donner un exemple récent. Je suis chercheur scientifique de profession. J’ai été contacté par une grosse société qui vend des systèmes de gestion pour de grandes sociétés. Je précise que je n’ai jamais travaillé pour ce genre de multinationales.

Je travaille sur des théories de physique et de mathématiques théoriques, appelées théories topologiques quantiques des champs. Ce sont des
théories complexes qui sont elles-mêmes des cas particuliers de théories encore plus complexes (non topologiques).

Mais elles ont un intérêt pour les physiciens dans la mesure où les énergies impliquées dans de tels modèles sont au-delà de tout ce qui se réalise actuellement et dans un futur assez distant ; aussi les théories topologiques, indépendantes de la métrique, qui correspondent à des théories mathématiques en principe calculables, deviennent intéressantes. On pourrait penser que tout ceci est très éloigné des considérations d’une multinationale. Eh bien détrompez-vous.

J’ai d’abord été approché par des gens me disant que ce type de théories pourrait être utile pour gérer des systèmes extrêmement complexes ; par exemple, un réseau d’hôpitaux qui gère un grand nombre de lits doit pouvoir le faire et évaluer les risques, y compris quand cela repose sur des questions de vie et de mort ; pourquoi ne pas le faire mieux qu’avec les procédés statistiques existants ? C’est le premier exemple que l’on m’a donné. Cela ne m’a pas choqué a priori. Il faut bien gérer des systèmes très complexes, y compris ou même précisément quand il s’agit de vie et de mort, me suis-je dit en me souvenant avoir fréquenté des centres de traitement du cancer par exemple.

La question d’avoir un lit ou non peut être décisive, la gestion du service de réanimation n’est pas la même que celle du service d’hospitalisation, etc. Donc cela ne m’a pas choqué a priori.

L’idée, pour simplifier, était que certains gros systèmes peuvent être évalués topologiquement quand les méthodes numériques échouent à prédire quelque chose d’utile. Puis j’ai découvert ce sur quoi un des gros numéros de la boîte travaillait, un problème effectivement très complexe : supposons que vous êtes PDG d’une multinationale et que pour différentes raisons, vous aimeriez savoir quelles seraient les réactions de vos employés et cadres si vous imposez une augmentation -globale- de tel objectif de rendement ou une diminution d’une certain pourcentage de leur salaire.

Pour une PME, ce n’est pas très difficile en général, parce que la question est essentiellement locale. Mais pour une multinationale, pouvez-vous prédire ce qui va se passer ? Une question très complexe en effet, qui affecte, par de multiples conséquences, l’économie de plusieurs pays, que les modèles statistiques ne décrivent que très imparfaitement.

Au bout du compte : pouvez-vous faire mieux avec les théories topologiques quantiques des champs ? En conclusion, l’art des 1% des vrais possédants, c’est bel et bien de réussir à faire se battre les 99% restants entre eux. La responsabilité des 10% qui entourent et protègent les possédants (ceci inclut non seulement les cadres supérieurs mais aussi les politiques à leur service, les intellectuels et les universitaires) n’en est que plus cruciale.

Faut-il préciser que j’ai refusé. Combien ont accepté ?

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  • Francis Mizio
    Francis Mizio
    Ecrivain
    • Posté à 11h30 le 13/03/2008
    • Internaute 29599
      Ecrivain

    Remarquable... On aimerait lire davantage de telles choses issues d’experts. Merci.

  • karlM
    karlM
    Précaire
    • Posté à 11h34 le 13/03/2008
    • Internaute 21378
      Précaire

    « Le monde se divise en trois catégories de gens : un très petit nombre qui fait se produire les événements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s’accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s’est produit en réalité. » Nicholas Murray Butler Président de la Pilgrim Society, membre de la Carnegie, membre du CFR (Council on Foreign Relations).

  • peuapeu
    • Posté à 11h37 le 13/03/2008
    • Internaute 30375

    Science sans conscience n´est que ruine de l´âme

  • sigmundfrit
    • Posté à 11h39 le 13/03/2008
    • Internaute 29597

    Bravo pour votre refus, même si on peut penser que d’autres seront moins regardants.
    Ce qui est très inquiétant, mais qui se manifeste depuis plusieurs décennies, c’est la déshumanisation complète des rapports entre les possédants (le capital) et le restant de l’humanité. Quand le propriétaire fermait une filature dans le nord de la France il y a 50 ans, il en subissait directement les conséquences, puisqu’il avait devant lui les conséquences sociales de ses actes. Aujourd’hui quand des actionnaires isolés dans leurs îles des Bermudes (une image) décident de supprimer 15 000 emplois, les conséquences humaines sont pour les plus compatissants seulement un concept. De même quand des technocrates décident de fermer des hôpitaux ce sont des concepts qu’ils gèrent et non des êtres humains.
    De ce que vous décrivez, il s’ensuit que du concept qu’on pourrait définir comme socio-économique, on bascule progressivement vers la pure abstraction, la formule mathématique. La gestion de l’humain (comme source de profit) enfermée dans une formule mathématique, voilà le rêve du capitaliste contemporain.
    Du point de vue psychologique, on pourrait définir ce type de relation sociale comme psychotique, l’autre que l’on ne peut plus supporter devient une pure abstraction à qui l’on dénie toute humanité.
    C’est un monde de fous.

    • Léonard
      Léonard répond à sigmundfrit
      Auteur(e) de l'article chercheur (errer humanum est)
      • Posté à 15h57 le 14/03/2008
      • Expert 24584
        chercheur (errer humanum est)

      Je prends ici le risque de vous décevoir un peu, mais il le faut, ne serait-ce que pour démystifier ce que j’ai écrit.

      J’ai refusé la proposition qui m’a été faite, mais la vérité est que je n’ai pas refusé pour des raisons « morales ».

      La cause première de mon refus est que je ne voyais pas vraiment comment appliquer les TQFTs aux problèmes de gestion qui occupaient cette société. Ce qui ne paraissait certes pas un obstacle a priori à la société en question. La raison seconde de mon refus est probablement que contrairement à la majorité des scientifiques aujourd’hui, j’ai un poste permanent.

      Un vrai test moral aurait été qu’effectivement, je VOIE tout de suite un moyen d’appliquer ces théories. Or avec le recul, je pense que c’est possible - et loin d’être inintéressant. Les problèmes complexes ne manquent pas et on ne peut pas s’en désintéresser. (L’exemple de la gestion des lits d’hôpitaux en est un.)

      Le fait est que je n’arrivais pas à traiter ces questions comme de purs sujets de mathématiques appliquées et à m’y projeter ainsi.

      De plus en plus de scientifiques - qui, je le dis souvent à mes collègues incrédules ou qui feignent de l’être, sont les ouvriers aujourd’hui du monde de demain - sont sensibles à l’argument selon lequel leur contribution est insuffisamment reconnue et prêts à appliquer leur intelligence à divers intérêts privés. Mais l’argument de reconnaissance n’est pertinent qu’en rapport à une situation sociale donnée.

      On ne peut donc pas faire abstraction des conditions sociales dans lequel le travail des scientifiques est produit. Car si les questions dans leur aspect scientifique sont en général passionnantes (comme la gestion de lits dans un hôpital ou dans un centre palliatif, la chaîne de production de DVD), les décisions, elles, ne sont pas le fait de la science (c’est votre choix d’investir ou non dans une chaîne de production de DVD ou dans l’accroissement du nombre de lits d’hôpitaux ou de centres palliatifs ou au contraire d’en fermer). La responsabilité de ces choix repose entièrement sur les épaules de ceux qui ont le pouvoir de décision. Les experts peuvent garantir que telle chose est possible sous telle condition ou affirmer par exemple que l’innocuité des ogm chez le rat n’est pas démontrée. Il n’en demeure pas moins que la décision de réaliser ou non la chose en question ou de permettre l’agriculture ogm plein champ n’est pas du ressort de la science. Un excellent petit livre sur ce sujet est celui du regretté Prof. Y. Leibowitz : « Sciences et Valeurs ».

      Une manière plus optimiste de dire la même chose est que ce que la science défait, elle peut le refaire. Tout dépend de ce que l’on veut. La science peut être l’instrument d’une gestion déshumanisée comme vous l’indiquez, mais elle peut être aussi celui d’une humanité plus responsable. Nous profitons tous de la science et nous en payons, d’une certaine manière, le prix. L’utilisation bonne de la science demande un surcroît de responsabilité qui, pour le meilleur et pour le pire, ne dépend pas de la science.

  • re-belle
    re-belle
    mère au foyer
    • Posté à 11h46 le 13/03/2008
    • Internaute 24966
      mère au foyer

    « supposons que vous etes PDG d’une multinationale et que pour différentes raisons (PROFITS), vous aimeriez savoir quelles seraient les réactions de vos employés et cadres si vous imposez une augmentation -globale- de tel objectif et de rendement (MAUVAISES CONDITIONS DE TRAVAIL)ou d’un certain pourcentage de leur salaire (PRECARITE DU TRAVAIL) ».

    EN FINALITE UNE THEORIE DU CHAOS ? ? ? ! ! ! ...

    • re-belle
      re-belle répond à re-belle
      mère au foyer
      • Posté à 12h52 le 13/03/2008
      • Internaute 24966
        mère au foyer

      ...ou d’une diminution d’un certain poucentage de leur salaire(PRECARITE DU TRAVAIL)

      EN FINALITE UNE THEORIE DU CHAOS ? ? ? ! ! ! ...

      (correction de mon texte en oubliant « diminution »)

    • Gringo
      Gringo répond à re-belle
      • Posté à 10h26 le 14/03/2008
      • Internaute 24805

      « une diminution d’une certain pourcentage de leur salaire. “
      Il me semblait que cela était formellement interdit par le code du travail en France ?

  • Caius
    Caius
    Expert en management
    • Posté à 11h46 le 13/03/2008
    • Internaute 35080
      Expert en management

    Votre intervention est intéressante à plus d’un titre.

    Mais pour commencer, je voudrais corriger, si vous me le permettez, votre tendance à opposer management et relations humaines. Cela est vrai d’un certain style de management, que personnellement je m’efforce de combattre.

    Mais il existe aussi un autre style de management, celui qui met l’être humain, en tant qu’individu doté de qualités spécifiques, au coeur de la problématique du management.

    Car manager, ou plutôt bien manager,ce n’est pas (seulement) s’intéresser à des indicateurs généraux, à des statistiques. Certes, l’on en a besoin pour comprendre les tendances générales. Mais il convient de se souvenir que le management repose avant tout sur la communication entre individus, et cela selon trois modalités :
    - communication descendante : donner des consignes - et quant à moi j’insiste sur un point crucial : s’assurer que les consignes seront comprises sans ambiguïté (effort d’explication) et acceptées.
    - communication ascendante : faire remonter l’information sur la réalité du « terrain » ; et là aussi j’insiste pour que cette information ne se limite pas à des indicateurs, mais qu’elle intègre, autant que possible, le « vécu » des personnes qui, sur le terrain, affrontent la réalité, parfois plus dure qu’on ne l’imagine dans les hautes sphères
    - communication transversale : permettre aux intervenants situés à un même niveau, sur des branches différentes de l’organisation, d’échanger des idées.

    Le paradoxe de la société dite « de l’information » est que l’explosion des moyens technologiques, au lieu de promouvoir un développement de cette communication riche de sens, a plutôt tendance (par manque d’attention ou par conformisme) à l’appauvrir en la cantonnant dans un cadre formel qui étouffe les possibilités d’expression. Cette situation engendre de l’incommunicabilité dans les organisations, source de frustration et de stress.

    Et contrairement à ce que vous semblez penser, ce n’est pas forcément plus facile dans une PME que dans une multinationale. La complexité d’une organisation, il existe des moyens de la « démêler », de la rendre lisible. Ce n’est pas ici le lieu de parler de ma méthodologie, mais disons seulement que c’est exactement l’objectif qu’elle poursuit. Encore faut-il - condition incontournable - que les managers - de PME comme de multinationale - prennent conscience de l’importance cruciale d’une communication de qualité, de l’aspect primordial que revêt la personnalité des individus qui, chacun à leur place, jouent une partition commune.

    Mon rêve serait d’arriver à promouvoir des organisations flexibles, bâties AUTOUR des individus et sachant tirer le meilleur parti de leurs qualités propres, et remplaçant les organisations rigides dans lesquelles on « enfiche » de force des individus qui, peut-être, ne sont pas faits pour travailler selon un schéma rigide, standardisé. Non, ce n’est pas un rêve inaccessible, mais le chemin est encore long...

    • Tophee
      Tophee répond à Caius
      en haut a gauche
      • Posté à 13h01 le 13/03/2008
      • Internaute 2159
        en haut a gauche

      Votre contribution aussi est interessante. Vous esperier contredire les theories explicitees dans la reaction de Leonard. Pour moi, vous ne faite que les confirmer.

      Oui, biensur, les theories de management prennent en compte le facteur humain. Mais le font-elle d’une facon humaine ?

      Quel est l’interet de ces theorie si ce n’est d’amener les intervenant humains, employes ou clients, a la limite du point de rupture, sans toutefois declencher cette rupture. Le seul beneficiaire est l’entreprise, aucun humain ne beneficie de ces theorie. Prenez l’example des centres da’appels : Les employes y subissent une pression enorme et le client n’obtient le service qu’il attend que rarement. Par contre, l’entreprise economise enormement.

      Je voudrais apporter un autre temoiniage. Je travaille dans la finance. et depuis longtemps, des chercheur ayant moins de scrupules que Leonard on batit une theorie de gestion de portefeuille dite « moderne ». ( Lien ) Grace a eux, les ordinateur sont capable de determinee si l’action d’une societe est situee sur la « frontiere d’efficacitee », c’est a dire si elle permet le moindre risque pour un rendement donnes. Cela permet au banque de maximiser le rendement tout en reduisant le risque. La aussi, on peut se dire que l’on est dans le monde virtuel de la finance, ou la realite des marches et deconectes de la realite des gens. Malheuresement, ces theorie d’optimisation sont sans pitie, elle sont al loriginique de la course effrenee au rendement que ce livrent les multinationales et dont les employes font trop souvent les frais.

    • Servais-Jean
      Servais-Jean répond à Caius
      43
      • Posté à 14h56 le 13/03/2008
      • Internaute 4591
        43

      @ caius

      C’est bien de défendre son fond de commerce mais ce serait encore mieux de se poser la question de savoir s’il s’agit d’un commerce équitable !

    • sccber
      sccber répond à Caius
      • Posté à 20h48 le 13/03/2008
      • Internaute 27851

      « Mon rêve serait d’arriver à promouvoir des organisations flexibles, bâties AUTOUR des individus et sachant tirer le meilleur parti de leurs qualités propres »
      Excusez, j’ai eu une vision fantasmatique, une réaction épidermique, pas du tout objective : celle de la dualité maitre/esclave, très peu rigide puisque passionnelle, et le fouet, très flexible le fouet. Vous l’avez dit, c’est ça le management, tirer le meilleur parti des salariés, le fouet ou a défaut le fromage (quand on ne peut pas faire autrement).

    • Azza
      Azza répond à Caius
      Ingénieur en informatique (...)
      • Posté à 11h35 le 14/03/2008
      • Internaute 25467
        Ingénieur en informatique (...)

      A tout ceux qui ont répondu à Caïus : je vous trouve un peu raides !

      Je m’explique : à moins (et encore) d’opter pour un système libertaire intégral, ce n’est pas demain la veille que les activités humaines se passeront intégralement de structures hierarchiques : qu’il s’agisse d’une mairie, d’une ONG, de l’armée, ou d’une entreprise capitaliste, il y a toujours d’une façon ou d’une autre une autorité et des humains qui y sont subordonnés. Même au sein d’un groupe autogéré, chacun est subordonné à l’autorité émanant des membres réunis. Les cas où des groupes autogérés, en tant qu’entité dirigeante, ont été en mesure de se comporter avec violence vis à vis de l’un ou l’autre de ses membres (alors dans la peau du subordonné) ne sont pas rare dans l’histoire (et même dans mon histoire personnelle d’ailleurs), et n’ont rien à envier aux violences du capitalisme.

      Le problème du « Management » se pose donc de manière tout aussi aigüe dans une entreprise capitaliste que dans une crêche parentale autogérée. On pourrait en fait le résumer au problème de la communication entre les individus et de la relation de chacun à l’autorité, que l’on soit dans la peau de celui qui l’exerce ou dans celle de celui qui la subit. Ce n’est pas simple et Caïus a simplement voulu montrer que ce qui prime avant tout, c’est l’intelligence des acteurs et la façon d’utiliser la violence dans ses rapports avec l’autre.

      Alors calmez vous et relisez le post de Caïus avant de lui faire un procès.

      Sinon, je suis assez amusé par les questions de gestion informatique des systèmes financiers. La finance et le commerce international sont grossièrment une sorte de partie d’échec géante. Certains joueurs ont vite compris qu’ils pouvaient augmenter leurs gains en faisant jouer un ordinateur à leur place. Ils paient des sommes folles pour s’offrir les matheux géniaux qui vont leur concocter un logiciel capable de supplanter leur adversaire (qui, lui aussi, a depuis longtemps délégué la prise de décision à ses machines).

      Londres est ainsi devenu la Mecque de l’informatique financière... et nous sommes arrivés à une situation où l’économie mondiale n’est plus qu’un gigantesque MATCH D’ORDINATEURS !

      En fait, cette situation me fait penser à une autre problématique rigolote. J’ai un ami qui a monté une boîte vendant des logiciels capables de simuler un humain dans une discution internet (Chat). Ces programmes sont très utilisés pour jouer le rôle d’hotes(ses) sur les sites internet et pour aider les visiteurs à trouver ce qu’ils cherchent.

      Certains de ces programmes peuvent être également utilisés pour faire du Chat automatique sur les sites comme Meetic : sur ces sites, le plus dur est souvent d’accrocher un début de conversation. Le dialogue initial se résume souvent à « Bonjour », « Salut », etc...

      Le petit malin qui fait effectuer ces approches en parallèle par 80 robots a plus de chance de décrocher un dialogue approfondi que le naif qui fait tout cela à la main et passe tout son temps à se prendre des rateaux dès le premier « Bjr ».

      Il est donc évident que le recours aux robots va se multiplier, avec pour conséquence inévitable que les sites auront une bonne partie de leur trafic généré par des conversations ENTRE ROBOTS ! ! !

      On peut s’interroger sur l’utilité d’un tel système (à part de gaspiller de l’életricité). Mais on peut s’interroger également sur l’utilité d’un système financier contrôlé par une poignée de superordinateurs cherchant à se battre aux échecs. C’est encore plus drôle si on imagine que leurs logiciels sont quasiment semblables et appliquent les mêmes modèles ! Peut-on encore croire que ce qui sort de ces affrontements correspond encore au « juste prix du marché » ? Que le système hautement cahotique constitué par ces programmes informatiques connectés en boucle sur eux même peut encore être gouverné par « l’équilibre » de la « main invisible » dont on sait depuis longtemps qu’il est une notion totalement bidon ?

      Mais c’est peut être là la raison du pourquoi : un système entièrement géré par des ordinateurs est peut être moins cahotique qu’un système faisant intervenir des humains.

      Après tout : la base de la théorie libérale de l’équilibre économique, c’est le comportement rationnel des acteurs d’une part et leur comportement statistique identique d’autre part. On sait depuis longtemps que les humains n’obéissent pas à ces lois et qu’ils sont trop imprévisibles et émotifs pour agir de manière rationnelle. Un groupe d’ordinateurs équipés d’un logiciel quasi semblable est finalement beaucoup plus proche de la définition des « acteurs économiques » : un troupeau de moutons agissant tous de la même manière...

      En remplaçant les humains par des machines, les libéraux ont réussi l’exploit d’amener l’économie à valider leurs théories obselolètes, plutôt que d’adapter leurs théories à la réalité de l’économie !

      Finalement, l’économie est une chose trop sérieuse pour ne pas la laisser diriger par des machines (rappelez vous du film « Wargames » dans les années 80).

    • sushi_destroy
      sushi_destroy répond à Caius
      • Posté à 18h21 le 19/03/2008
      • Internaute 31055

      C’est bien d’avoir un rève (même si j’y comprend que dalle)

      En tout cas c’est mieux que le cynisme quasi généralisé des commentaires de ton message.

      Bonne chance et bon courage.

  • Britaï
    Britaï
    Où qu'ont est ?
    • Posté à 12h50 le 13/03/2008
    • Internaute 29711
      Où qu'ont est ?

    Très intéressant billet effectivement, qui montre à quel point « le système » (il faudrait un jour faire une étude pour voir un peu qui précisément compose cette oligarchie) cherche à nous manager via les politiques. Alors que selon le droit, c’est encore la Nation, le peuple quoi, qui est le souverain. Mais pour combien de temps encore ? On est en présence d’un volonté de « démontrer » la soumission, ce qui est plus élégant que la simple imposition.

    On aura donc droit bientôt à François Fillon qui fait reporter l’impôt sur la fortune sur la TVA parce que se serait une conséquence logique de la théorie des cordes...

  • sigmundfrit
    • Posté à 13h45 le 13/03/2008
    • Internaute 29597

    Toutes ces théories, management, modèlisation mathématique, psycho-sociale, partent du principe que la finalité de l’homme c’est l’entreprise, c’est à dire pour la majorité de suer de la plus-value jusqu’au point de rupture pour une minorité qui se moquent des effets sur les êtres humains et la planète.
    Il est vrai que l’on aura beau faire le management repose uniquement sur cette absurdité : l’entreprise au centre du monde.
    Si on remet les choses dans le bon sens on s’apercevra que la plupart des gens qui travaillent sont dans l’entreprise parce que forcés et contraints (y compris les cadres) et que s’ils en avaient la possibilité ils feraient autre chose.
    Toutes ces méthodes (qui encouragent au passage la désyndicalisation) n’ont qu’un but : persuader les salariés du contraire.

  • Servais-Jean
    • Posté à 14h13 le 13/03/2008
    • Internaute 4591
      43

    Article trés intéressant qui permet de comprendre la logique du management.
    Rien d’étonnant à ce que cet article soit fait par un mathématicien, nombre de penseurs sont issus de cette discipline.

    Tous les outils sont bons pour extraire du capital humain le maximum de ce qu’il peut fournir et ce au mépris des êtres qui composent ce capital.
    « L’Afrique de papa c’est fini » disait une célèbre ministre. Oui l’Afrique de papa c’est fini, maintenant le terrain de jeu c’est agrandit, c’est le monde entier.

    Au Congo aprés 1830 Léopold 1er faisait couper les mains des indigènes qui ne remplissaient pas leur quota de récolte de caoutchouc et pour celà il avait ses « managers » à lui. Et lorsque le scandale a éclaté Léopold a refilé le bébé à la Belgique.
    Mais ne soyons pas naîfs, les techniques se sont affinées, sont moins voyantes, apparemment plus soft mais en fait aussi dévastatrices sinon plus car elles touchent à l’essence des êtres et non plus seulement à leurs mains.

    Que des mathématiciens, à la suite des psychanalystes refusent de participer à cette mise en coupe réglée de la planète nous permet de garder encore un peu d’espoir.

    Il faut savoir que des psychiatres se sont mis au service de grandes entreprises dont TF1. Quant aux politiques, vu qu’ils sont copieusement arrosés, promenés en jet privé ou en yacht ...mais à ce niveau là (politique) nous avons encore, mais de moins en moins et pour combien de temps, la parole.
    Sachons nous en servir.

  • bozio
    bozio
    barbatrucmuche
    • Posté à 14h28 le 13/03/2008
    • Internaute 21340
      barbatrucmuche

    ce soir sur france 2 à 23h10....un reportage qui vaut son pesant de discours...une fois n’est pas coutume, allumons nos TV ! ! !

    • Les Chats
      Les Chats répond à bozio
      En grève du zèle contre le (...)
      • Posté à 18h11 le 13/03/2008
      • Internaute 24526
        En grève du zèle contre le (...)

      A 23h10 ... bien sûr, les gens qui pourraient se révolter seront couchés car ils se lèvent tôt pour travailler.

  • bozio
    bozio
    barbatrucmuche
    • Posté à 14h30 le 13/03/2008
    • Internaute 21340
      barbatrucmuche

    au fait le titre dudit reportage : « Travailler à en mourir »

    • re-belle
      re-belle répond à bozio
      mère au foyer
      • Posté à 01h44 le 14/03/2008
      • Internaute 24966
        mère au foyer

      je suis encore là, car j’ai vu ce documentaire ! ! ! ...
      j’avais les larmes aux yeux, de regarder ces gens broyés par ce systhème « du profit avant tout meme au prix de la vie » ! ! ! ...
      de cette femme au coté de son mari qui par des cadences de travail (21 heures non-stop,une journée en compte 24)est totalement handicapé sur son lit d’hopital, tout cela pour décrocher un CDI et c’est sa femme qui la signé car à ce momment son époux etait dans le comas ! ! ! ...au total sa famille ne perçoit rien de l’entreprise ! ! ! ...

      c’est un très grand dommage que cette émmission est si tardive ! ! ! ...
      une tranche horaire où il y a un faible taux d’écoute ! ! ! ...
      on se demande si cela est fait exprès ? ? ? ! ! ! ...

      • Révolutiona
        Révolutiona répond à re-belle
        Hawwah
        • Posté à 00h18 le 15/03/2008
        • Internaute 31103
          Hawwah

        C’est le sommet de l’horreur, cette veuve à qui l’on fait signer le CDI que son mari voulait tant, et qui finalement la prive, elle, de tous ses droits !
        La société d’intérim devrait pouvoir être mise en cause, elle connaît les lois (deux ans de contrat d’intérim sans interruption équivaut à un CDI, elle doit protéger ses intérimaires, même contre eux-mêmes, de même que tous les autres employeurs en matière de santé et l’utilisateur qui dit qu’il n’y a pas de loi qui empêche de ne pas prendre de vacances, le summum de la monstruosité)... et cette société qui utilise la faiblesse de cette femme et son chagrin : aucun respect !
        Ce cas doit être signalé !

  • Lairderien
    • Posté à 15h14 le 13/03/2008
    • Internaute 22751

    Bel article qui fait froid dans le dos, mais qui rappelle simplement que nous ne sommes bien que des numéros.... donc des chiffres ! ! !

    Il me (re)confirme à postériori, mon propre sentiment qui m’a conduit à quitter le monde du travail, en profitant (lâchement) d’une compression de personnel (quel euphémisme !)et d’un plan de licenciement relativement avantageux, après 38 ans de bons et (trop) loyaux services, dans un très grand groupe sidérurgique, encore une nouvelle fois à la une de l’actualité, pour de nouvelles suppressions de postes, seulement justifiées par l’apreté au gain des actionnaires (mondialisés).

  • moguerou
    • Posté à 15h17 le 13/03/2008
    • Internaute 12815

    Mathématiques quantiques , qu’est ce que c’est ? J’ai entendu parler de la physique quantique mais jamais des des mathématiques

    • Léonard
      Léonard répond à moguerou
      Auteur(e) de l'article chercheur (errer humanum est)
      • Posté à 13h31 le 14/03/2008
      • Expert 24584
        chercheur (errer humanum est)

      La physique quantique est basée sur les mathématiques : notamment l’équation de Schrödinger, les espaces de Hilbert. Par exemple, la transformation de Fourier permet de résoudre l’équation de Schrödinger. Tous ces outils mathématiques précédaient les découvertes de la mécanique quantique. (Il en est de même pour la théorie de la relativité : l’espace-temps de Minkowski et la géométrie riemannienne précèdent la découverte de la relativité.)

      En revanche, c’est moins clair pour le formalisme de la théorie quantique des champs. Les intégrales de chemin existaient avant, mais Feynman et d’autres les ont développées dans un sens perturbatif qui ne rentrait dans aucun cadre mathématique antérieur.

      La spécificité des théories topologiques quantiques des champs est l’indépendance de la métrique, sorte de curiosité pour les physiciens, mais qui a surpris les mathématiciens, car elles produisent des invariants topologiques de variétés. En simplifiant un peu, on peut dire que dans les années 90, les mathématiciens et physiciens se sont retrouvés dans la situation inédite suivante : les physiciens attendaient et anticipaient une justification topologique de leurs théories, alors que pour les mathématiciens les invariants topologiques qui résultaient de ces théories étaient nouveaux. En un certain sens, les topologues étaient devenus les « expérimentateurs » des physiciens, non pas bien sûr au sens des expériences physiques, mais au sens où les théories topologiques étaient sensées confirmer la validité des théories physiques générales plus spéculatives - pour le moment invérifiables par l’expérience du fait par exemple des énergies qu’elles mettent en jeu.

      • Servais-Jean
        Servais-Jean répond à Léonard
        43
        • Posté à 01h45 le 15/03/2008
        • Internaute 4591
          43

        Comme j’ai rien compris j’ai mis un « top », ça doit bien valoir ça vu que j’ai pas compris.
        Signé :
        Le douanier de Fernand Reynaud.

      • marc44
        marc44 répond à Léonard
        • Posté à 16h20 le 15/03/2008
        • Internaute 24488

        Léonard,

        merci de votre papier,
        on l’accepte même en version étendue pour un numéro spécial...

        Sautons d’un Fourier à l’autre,
        et tirons pour conséquence qu’il faut tous s’engager en politique, pour débattre entre nous, pour aller éteindre les télés des victimes du mieux disant culturel (« j’ai privatisé TF1 et depuis, je dors mal ») et les impliquer dans la démocratie participative communale pour commencer. Les municipes qui démarrent sont l’occasion de cette évolution forte. Construisons avec les gens de bonne volonté la gauche !

        Biblio du jour : J.Généreux, « la dissociété », maintenant en édition de poche.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 15h28 le 13/03/2008
    • Internaute 29846
      menuisier

    Juste une question disons technique pour l’auteur de ce billet très interressant. Je crois comprendre plus ou moins le champ de vos recherches et l’intérêt qu’elles sucitent pour les patrons des grosses boites, mais je ne saisis pas comment on peut faire « rentrer » les carractéristiques humaines et matérielles spécifiques de ces groupes dans une chaîne mathématique. En informatique on dirait « saisir les données » pour les faire tourner dans le logiciel....

    • Léonard
      Léonard répond à Adéménagé le 3 janvier 2011
      Auteur(e) de l'article chercheur (errer humanum est)
      • Posté à 12h26 le 14/03/2008
      • Expert 24584
        chercheur (errer humanum est)

      A vrai dire, je me pose sincèrement la même question que vous.

  • guerzit-
    guerzit-
    Incomprenant majeur
    • Posté à 15h38 le 13/03/2008
    • Internaute 28472
      Incomprenant majeur

    Ca pourrait aider le financement de la recherche fondamentale. Le grief principal fait aux théories quantiques étant qu’elles ne sont pas rentables à court ou moyen terme...

    Imaginez l’infiniment petit au service de l’infiniment minable... Le chat de Schroedinger doit se retourner dans sa boite. Peut-être...

  • Révolutiona
    Révolutiona
    Hawwah
    • Posté à 16h10 le 13/03/2008
    • Internaute 31103
      Hawwah

    Continuons à rebondir sur ces sujets... Il faut faire pression !
    Rien à dire : sauf que déjà parler de mathématiques pour des êtres humains, c’est déjà ne pas prendre un être humain dans tout ce qu’il a de remarquable, d’estimable, d’unique, d’évanescent...
    Jean-Paul Sartre disait qu’un être humain ne pouvait pas être pris dans un réseau de déterminations : regardez les experts psychiatres qui ne peuvent savoir qui peut être dangereux, quel délinquant peut récidiver...
    Le problème des suicides, c’est de ne pas penser qu’à un instant T, l’être qui est en face de soi est fragile et qu’il y a un risque majeur de « raptus anxieux » : se donner la mort, et même plus celle de sa famille, ou tirer dans le tas...

    J’ai regardé sur la Dépêche du Midi : Daniel de la BNP a aussi laissé un message à un ami prêtre (donc, le suicide ne devait pas être vraiment sa voie naturelle), en plus il s’occupait d’un club de foot, de poussins, qui ont fait une haie d’honneur avec ballons devant son cercueil.
    Il était reconnu pour beaucoup donner.

    En faisant des recherches sur le Net, si cela vous intéresse au Canada (Québec), ils cherchent des donneurs de cerveaux pour faire des études sur le « suicide »... Ils ne précisent pas si cela doit être des futurs suicidés volontaires qui doivent remplir leur formulaire de dons...
    Lien

    Notre Ministre disait hier en montrant son beau rapport tout beau, tout neuf sur le stress que nous étions en retard par rapport aux autres pays... Pas sûre ! Ce qui m’inquiète, ce sont les dispositifs prévus par la loi non respectés par nos géants de la finance et de l’industrie.

    Il est certain que le faible taux de syndicalisation y est pour quelque chose. Dans les pays du Nord, ils se débrouillent mieux, mais apparemment les syndicats ont plus de poids. On ne les menace pas, eux, d’un délit d’entrave s’ils osent demander une enquête par expert via le CHSCT !

    • Les Chats
      Les Chats répond à Révolutiona
      En grève du zèle contre le (...)
      • Posté à 18h08 le 13/03/2008
      • Internaute 24526
        En grève du zèle contre le (...)

      « si cela vous intéresse au Canada (Québec), ils cherchent des donneurs de cerveaux pour faire des études sur le “suicide”... Ils ne précisent pas si cela doit être des futurs suicidés volontaires qui doivent remplir leur formulaire de dons... »

      Pas possible ! ! Si ce n’est pas une façon indirecte d’encourager le suicide, c’est quoi ?

      Ce monde est vraiment fou et combien de temps allons nous les laisser abîmer nos âmes, nos pensées, notre corps et nos familles sans pour cela réagir ?
      Jusqu’où ? Jusqu’au point de non retour ?

      • Révolutiona
        Révolutiona répond à Les Chats
        Hawwah
        • Posté à 19h30 le 13/03/2008
        • Internaute 31103
          Hawwah

        Les Chats,

        C’est éminemment choquant, mais c’est le moteur de recherche qui m’a piégée : j’ai tapé « suicides banques »... et il m’a aiguillée sur « banques de suicides » ! Astucieux, non !

        En fait, je crois vraiment qu’il pourrait y avoir une explication médicale. Il est connu que l’invasion de sérotonine dans le cerveau peut amener à la perte de la parole (aphasie) ou d’autres formes... Cependant, déjà à ce stade là, c’est trop tard !

        Le « karochi » au Japon viendrait de là... Cependant, il ne faut pas confondre « cause » et « effet »... L’invasion de sérotonine à l’intérieur du cerveau serait un effet d’une cause extérieure : pression sociale exercée par un individu, communauté quelconque...

        Ceci dit, léguer son corps à la science (dons d’organe) est très importante pour sauver d’autres vies... Etant frileuse de nature, l’idée que mon cerveau se fasse congeler à Montréal ne me réchauffe pas le coeur !

  • vol19
    • Posté à 18h15 le 13/03/2008
    • Internaute 13492

    Le premier fait frappant dans ce cas, et qui est une tendance actuelle, c’est ce besoin d’un modèle « eco-statistico-théorico-mathématique » pour rendre compte de réalités sociales humaines complexes. Dans ce principe, il s’agit de prendre des hommes, des « sujets » pour des objets, les modéliser comme des termites, voire des blattes, pour les intrumentaliser. C’est une vision marqué par la « perversion », l’humain n’existe plus.

    Cette démarche modélisatrice est enseignée dès les écoles de commerce, appliquer un modèle économique sur toutes sortes de sujets. Pour avoir enseigné, il y a quelques années des cours sur les organisations à l’ESSEC,j’étais très frappé de découvrir après cinq ans d’études que la prise en compte de l’irrationalité des phénomènes humains dans les organisations pour les étudiants étaient une découverte pour eux, et plus encore pour les « changements » de structure. En fait tout était fait pour amener à leur faire oublier. Le manque d’écoute des cadres français n’est pas très surprenant vu leur formation. La prise en compte des réalités sociales, c’est pour les dominés, ceux qui en subissent les conséquences, au dessus, on enseigne des outils stratégiques et des techniques relationnelles.

    Le management est domaine un peu à part un « construit idéologique » (Martinet)pour les théoriciens de la gestion, « un imaginaire leurrant » pour de sociologues comme Enriquez. Mais, il est donné d’observer une capacité de phagocyter absolument tout... la théorie du chaos, la physique, la biologie, l’éthologie, l’astrologie, les religions, l’ésotérisme,(même le vaudou)dans la pratique (surtout) et la théorie (un peu moins, il est vrai), nul ne peut avoir idée de tout ce qui a été essayé...car il faut bien croire et faire croire à quelquechose et essayer. Et justement toutes ces expérimentations se font au détriments de sciences humaines et sociales dont c’est bien le boulot d’étudier les complexités humaines, mais les entreprises et institutions n’aiment pas, la chimie prend assez mal pour diverses raisons, lorsqu’il s’agit d’occulter les leurres, ce qui ne dit pas son nom.

    Enfin j’aimerais adresser une réponse au post du gentil « expert en management » qui essaye d’appliquer de approches éthiques et psychosociales dans les entreprises. Il y a des services à rendre, éviter de se leurrer soi-même et surtout de faire prendre aux autres des vessies pour des lanternes. Clairement, les conditions actuelles sociales ne rendent pas possible l’application de ces démarches sauf dans des niches très restraintes et durant un temps limité, qu’un patron joue le jeu jusqu’au moment ou il se fera virer. Souvent, si vous faites le bilan de ce type d’action a postériori plusieurs années après vous observez que souvent ce que vous avez fait a été par la suite détourné, si d’autres « ruptures » n’ont pas encore tout changé. Sans compter que pour survivre le consultant est parfois obligé de faire ce que sa belle éthique réprouve, il s’en sortira souvent par un déni... mais tant que le plaisir est là...
    Je vous parle d’expérience pour avoir travaillé en partie vingt ans dans ce domaine.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 19h42 le 13/03/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Dans un monde quantique, toutes les conneries qui peuvent se produire VONT se produire .

    • Gringo
      Gringo répond à Numerosix
      • Posté à 10h38 le 14/03/2008
      • Internaute 24805

      Eh bien si vous dites vrai numérosix, c’est à nos hommes politiques qu’il faut vendre le modèle, pas aux entrepreneurs.

      Depuis le temps qu’ils nous promettent des choses qui ne se produisent jamais.

  • cooper59
    cooper59
    nazer c pueril et con
    • Posté à 21h15 le 13/03/2008
    • Internaute 18535
      nazer c pueril et con

    je n’aime pas le mot « management » ! suis pas un insecte social !

    • Numerosix
      Numerosix répond à cooper59
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 21h33 le 13/03/2008
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      vous êtes donc un insecte asocial..

      Cordialement

      • cooper59
        cooper59 répond à Numerosix
        nazer c pueril et con
        • Posté à 18h33 le 14/03/2008
        • Internaute 18535
          nazer c pueril et con

        absolument , c’est exactement ça ! lol !

  • vol19
    • Posté à 22h27 le 13/03/2008
    • Internaute 13492

    Sans me mêler d’un début de conversation ou je n’ai pas été convié.

    J’ai remarqué que monsieur « numérosix » a beaucoup d’humour et... sent bien les choses. C’est intéressant. Vous avez découvert tout çà comment ?

  • Gringo
    • Posté à 10h51 le 14/03/2008
    • Internaute 24805

    J’ai travaillé, au sortir de l’école, dans une très grande multinationale (pour ne pas la citer, disons, le leader de la construction et de la concession). Les méthodes de management y sont archaïques ! !

    En 2,5 ans, là-bas, pas un seul entretien annuel, par exemple. Un directeur pour 4 gamins sortis de l’école (dont moi), livrés à eux-mêmes ; lui-même n’avait que quelques années d’expérience et ne voyait pas grandir son fils. on tournait à 60-70h semaine pour suivre 2 à 3 chantiers chacun, avec la pression financière, pénale etc. 2 personnes à la DRH pour plus de 1000 employés (donc impossibles à rencontrer, entre son travail perso et le leur..). Les rapports humains avec les ouvriers nous revenaient à nous et les réunions CE-DP sont des simulacres avec un CR d’une page et demi que personne ne lit. Tout le haut de la direction se fout cordialement de ce qu’il se passe en dessous pour peu que les comptes soient bons. La 1ère fois que je me suis plains avec fracas (démission, en clair), on m’a reçu (environ 1/2h) pour me dire « souffre un peu, t’apprendras plus vite et un jour tu auras ma place ». La deuxième fois, 3 à 4 mois plus tard, j’ai fait signer ma démission.

    Alors, quand je vois ce type de gestion des ressources humaines, je me demande quand même quel type de multinationale ce genre de modèle mathématique peut intéresser ?

    • Léonard
      Léonard répond à Gringo
      Auteur(e) de l'article chercheur (errer humanum est)
      • Posté à 10h39 le 16/03/2008
      • Expert 24584
        chercheur (errer humanum est)

      Gringo, par votre expérience, il est manifeste que vous en savez beaucoup sur les rapports humains au travail.

      J’ignore à quel point et à qui les « produits de gestion » de la société qui m’a sollicité sont vendus.

      Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’elle avait des ventes, qu’elle commençait à en avoir dans le domaine de la « gestion globale des ressources humaines » et que cela concernait les cadres. Le directeur de ce département présentait cela comme un accomplissement remarquable, à la pointe de la modélisation, et était enchanté de la progression des ventes.

  • Révolutiona
    Révolutiona
    Hawwah
    • Posté à 17h40 le 14/03/2008
    • Internaute 31103
      Hawwah

    Avez-vous regardé le reportage « TRAVAILLER A EN MOURIR » hier au soir ? Edifiant !
    Un reportage qui montre la souffrance, dissèque le malaise, offre des images choc dont celui d’un homme sur un lit d’hôpital dans le coma après une crise cardiaque (il avait travaillé en tant que sous-traitant pendant deux ans sans vacances) et sa femme qui essaie de garder le contact en lui parlant à l’oreille, lui serrant les mains, un autre de 32 ans a eu une crise cardiaque et en est mort (pas de chance, impossible de faire une autopsie, sa famille l’a fait incinéré)...
    Et puis, les premières images qui me concernent, celles de managers commerciaux faisant des jeux de rôle, des scénettes dans le but de leur apprendre comment mettre « un coup de pied au c.l » pour les récalcitrants et leur dire avec force qu’ils vont se retrouver sur le trottoir s’ils ne se remuent pas davantage... Il s’agissait aussi d’un contexte d’une banque (une autre) qui n’a pas voulu faire de commentaires...
    Un médecin de pathologie professionnel commente : « on ne veut plus d’eux, mais on n’ose pas le leur dire ! ».
    Comme disait une de mes collègues, ils ne sont plus dans la « ligne du parti ».

  • Michel B.
    Michel B.
    nomade
    • Posté à 18h26 le 14/03/2008
    • Internaute 35768
      nomade

    Merci pour cet exposé édifiant. Il soulève une question : pourquoi les dirigeants de grands groupes peuvent-ils être attirés par ce type d’approche ?

    Si j’ai bien compris votre cas, ils cherchent, par cette modélisation, à acquérir une capacité à prévoir, pour pouvoir faire un choix de décision. Mais prévoir et décider, n’est-ce pas ce pour quoi on paye des dirigeants ?

    Je travaille depuis 20 ans dans une PME dont les clients sont quasi exclusivement au CAC40. Je suis sidéré de l’évolution des choses dans l’industrie : les stratégies définies sont de plus en plus courtes (on est passé de 10 à 2-3 ans en moyenne), et de moins en moins expliquées en interne, les turn over des dirigeants et des actionnaires sont toujours plus fréquents, multipliant les coups de barre stratégiques etc ..

    Tout concourt à accroître la pression court terme, et à réduire l’horizon de visibilité de l’entreprise. Et donc, au stress généré par la performance demandée, s’ajoute une forme de peur du futur, car inconnu. Le sens de l’entreprise devient gratifier ses actionnaires, et non plus ouvrir une perspective d’avenir, si non acceptée systématiquement, du moins identifiable. Ce facteur « plongeon dans l’inconnu » me semble déterminant dans le cas des dirigeants que vous mentionnez et de leur recours aux outils de prévisions, ainsi que dans les cas de suicides apparemment de plus en plus fréquents.

    Je connais l’industrie automobile française, où des suicides sont également à déplorer. Pour Renault comme pour PSA, ils ont tous eu lieu sur un même site, à Guyancourt pour la marque au losange, et à Mulhouse pour PSA.

    L’usine de Mulhouse a été créée par Peugeot pour faire contre pouvoir à l’usine de Sochaux. Pendant 20 ans, ses salariés l’ont vu grossir, l’usine était priorisée dans les investissements, c’étaient un peu les « enfants choyés » de Peugeot, leur projet d’usine se déclinait en capacités supplémentaires à intégrer. Depuis 5 ans l’usine est traitée dans la norme, avec des objectifs de progrès multiples et agressifs, pas toujours cohérents entre eux, sans visibilité sur le plan de charge à terme. Les salariés sont assez brutalement passés d’un projet très positif à un projet rude, compliqué, expliqué à force de messages anxiogènes, et surtout sans percevoir où il mène.

    Le techno-centre Renault de Guyancourt est assez récent,les gens de la conception ont longtemps été les rois chez Renault, eux qui réussissaient à récupérer par la conception le décalage de productivité chronique de Renault en fabrication. Subitement, on leur demande à eux aussi de la productivité pour concevoir plus de modèles, leur imposant des sauts de progrès monstrueux. Dans le même temps, des cadres clés partaient pour redresser Nissan.

    Dans les 2 cas, de mon humble point de vue, il y a une perte de sens de l’entreprise pour les salariés, au sens large : car je ne peux imaginer que les dirigeants ayant envisagé de recourir à votre expertise aient une vision bien claire d’où ils veulent conduire l’entreprise.

    • cooper59
      cooper59 répond à Michel B.
      nazer c pueril et con
      • Posté à 18h52 le 14/03/2008
      • Internaute 18535
        nazer c pueril et con

      pour que le travail sois devenu une fin en soi , c’est qu’on s’est demerdé comme des manches ! ça me fait penser a Pierre Carles et son excellent : attention danger travail !

    • marc44
      marc44 répond à Michel B.
      • Posté à 16h26 le 15/03/2008
      • Internaute 24488

      Alors il faut qu’on s’organise pour agir.
      Globalement on est d’accord sur le constat. Il faut le diffuser largement, et surtout au delà du public lecteur de rue89. Tractons, militons dans les quartiers populaires.

  • le corvidé
    le corvidé
    En mission expiatoire
    • Posté à 19h17 le 14/03/2008
    • Internaute 34937
      En mission expiatoire

    Après la question « slip ou caleçon », l’astrogie, la graphologie, le quotient émotionnel, nous avons le droit à la mathématique quantique.
    Jusqu’où la bêtise des DRH s’arrêtera t-elle ?
    Bientôt, une étude aura sans doute lieu sur la pilosité. Au point où les DRH en sont, il peuvent se l’autoriser.

    Les DRH deviennent pathétiques

  • vol19
    • Posté à 21h47 le 14/03/2008
    • Internaute 13492

    Désolé, il y a des choses que l’on ne peut pas laisser écrire sans réactions.

    D’abord, je me permets de prier RUE 89 pour créer un débat autour de l’organisation du travail, la souffrance au travail, car vous n’avez pas tout vu... Xavier Bertrand qui avait signé un projet vers 2006, vient de relancer une étude sur la souffrance au travail pour 2008/2009 et renvoyer en 2012 la mise en place de solutions. Au moins quinze ans de retard...
    Je suis désolé si vous laissez faire sans réagir, ne soyez pas surpris quant aux dégâts, le jour ou vous voudrez bien regarder.

    @ post de Azza 11h35/14.03.08
    Désolé,je ne peux pas laisser dire que :

    - « le problème du management se pose de manière tout aussi aigue dans une entreprise capitaliste que dans une crèche parentale autogérée »...sur le fait qu’il peut y avoir de la violence dans les deux cas... Non ! non et non ! L’environnement de l’organisation, sa finalité, sa rationalité organisationnelle : coopérative versus technocratique font que celà n’a rien à voir même s’il y a des fonctions de coordination dans les deux cas, c’est comparer un nénuphar et un éléphant... ! Trop facile !

    - « un système entièrement géré par des ordinateurs est peut-être moins cahotique qu’un système faisant intervenir des hommes » (pour un gouvernement)... en recherchant sur internet vous trouverez une liste abondante de catastrophes crées par des réponses informatiques inadaptées à une situation complexe...Le problème avec ces machines c’est ce que l’on met dedans...et l’extrême complexité et dimension aléatoire des systèmes vivants...
    (Que l’on voudrait et c’est une idéologie folle actuellement maîtriser absolument par la science (cf biopouvoir/transhumanisme etc), ou encore enfermer dans des cases, voire des prisons.

    @ Michel B
    Le problème comme vous le soulignez c’est que le temps des organisations est un temps long (qui demande cohérence, sécurité, communication...) et le temps de la finance est un temps très court. Dans certains cas, celà devient inconciliable. Le politique n’a rien fait au moment ou... maintenant, c’est bien tard. Effectivement en vingt ans, il a été possible de voir la situation se dégrader, des entreprises rachetées, vendues, fusionnées, séparées en trois quatre ans, les cadres mutés... Alors que voulez-vous ? un projet ? Remis en cause au bout de trois mois...
    Même dans le secteur parapublique, la recherche, j’ai vu tout un travail, et des projets à long terme être cassés du jour au lendemain suite à un changement de premier ministre (sans nul doute le plus con de tous) et pour des raisons de « cases » politiques.
    A part faire prendre des vessies pour des lanternes l’espace d’un moment... Que reste-il à faire de sensé pour ceux qui travaillent dans ce champs ?

    @ Leonard
    Merci de cette explication limpide sur la physique quantique, la topologie,les espaces de Hilbert qui me rappellent ma jeunesse (pas ce que préfère). Personnellement, je n’ai rien contre la science, je m’inquiète beaucoup par contre d’un retour d’idéologie scientiste qui est dans l’air avec le « biopouvoir », la génétique, l’expérience que vous rapportez qui va dans cette logique de contrôle, maîtrise d’un vivant devenu chose ou objet dans lequel son irréductible singularité, le hasard, son écoute de personnes singulières est déniée, ce qui peut mener à un nouveau totalitarisme. Dans les sciences « molles », dans des champs divers, de grandes inquiétudes se développent. Il faut le dire, c’et un problème réel et non pas une hystérie d’intello gauchos.

  • Révolutiona
    Révolutiona
    Hawwah
    • Posté à 14h25 le 15/03/2008
    • Internaute 31103
      Hawwah

    Je crains bien que nous n’ayons plus besoin un jour de mathématiques ou physique quantiques, mais plutôt de cantiques pour accompagner nos morts.

    @vol 19 :
    Plutôt que de diffuser des documentaires « édifiants » sur le sujet alors que les travailleurs sont allés se coucher, pourquoi pas organiser un débat avec notre Ministre du Travail et son beau rapport tout neuf, le patronat, les victimes encore en état de s’exprimer et de raconter leurs expériences, les syndicalistes salariés notamment ceux des CHSCT, les médecins du travail, de la sécurité sociale, les CPAM qui bloquent bien les dossiers quand ils le veulent, les Procureurs de la République qui rejettent les plaintes, les policiers, gendarmes, inspections du travail, membres d’associations spécialisées.

    Un beau petit plateau TV en début de soirée, avec reportages, témoignages, débat... comme du temps de Michel Pollack, sans langue de bois...

    Il faut avoir le courage de ses opinions et mettre le « maçon » au pied du mur !

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