Simon, joueur de poker sur Internet, 3 200 euros pour trois
Pour renverser le cliché du « joueur de poker qui ne pense qu’au fric », Simon a ouvert son porte-monnaie à Eco89.
A défaut d’être une vocation, Simon (qui préfère ne pas donner son nom de famille) considère son « métier » comme une nécessité :
« Je sais que je ne sers à rien. Je suis totalement improductif. A l’arrivée, je n’ai pas construit une table ou une chaise. Mais j’ai besoin d’argent. »
Comme il l’a tout de suite précisé, les chiffres, ça le connaît. A 25 ans, le bac est son seul diplôme. Il considère le poker comme « une bénédiction ». Même si au début, il s’y est mis par défi :
« Je suis entré sur le site avec 50 euros. J’avais prévu de faire 1 000 euros en un mois. J’y suis arrivé en deux semaines. »
Un métier très stressant
Simon ne joue pas n’importe comment. Que du « cash game », jamais de tournoi, « c’est trop peu payé ». Il ne joue pas en mode Texas hold’em, parce que ça l’ennuie, mais tourne sur des tables de Omaha. Il se « pose un peu à la table pour jauger les joueurs » et attend « le joueur moyen, prêt à jouer gros ». D’ailleurs, il refuse les tables dont le pot de départ requis est au-dessus de 100 euros, pour éviter de rencontrer les bons joueurs.
S’il trouve cette situation avantageuse, il décrit un métier « très stressant » :
« Tu crées de la tension avec les autres joueurs en permanence pour essayer de les faire craquer. »
L’incertitude est une autre une source d’angoisse :
« Il y a des jours ou je bosse toute une journée pour perdre 700 euros. Je préférerais être sûr de gagner 100 euros chaque jour. »
Il juge la réglementation difficile pour les joueurs sur Internet. Depuis le mois de juillet, les Français ne peuvent jouer qu’entre eux, sur des sites en « .fr ». Un désavantage :
« Les Américains ont une autre notion de l’argent. C’est dur de trouver des Français qui s’amusent à perdre beaucoup. »
Cela favorise aussi le fait de « se retrouver face aux réguliers qui ont généralement un bon niveau ». Selon lui, la taxe prélevée sur les sommes mises en jeu, dite « rake », est « étouffante pour les joueurs » :
« Quand on se pose cinq heures et qu’on gagne 500 euros, c’est ce que la taxe ramasse. »
En couple avec Marianne depuis quelques années, ils ont donné naissance à un garçon, Timour, il y a quatre mois.
Ressources : environ 3 200 euros par mois
Revenus issus du poker : 3 000 euros
L’arrivée de son fils a mis un coup d’arrêt à son activité :
« Je ne peux pas jouer quand je m’en occupe, j’ai besoin de concentration. »
Jusque-là, il gagnait autour de 5 000 euros par mois ; ces derniers mois, c’était plus 3 000 voire 2 500 euros, en jouant près de quatre heures par jour devant son ordinateur. De 11 heures à 13 heures, et de 18 heures à 20 heures. Une somme qu’il peut préciser grâce à l’historique de son compte de joueur, qu’il vérifie fréquemment.
Complément de revenu : 200 euros par mois en attendant le RSA
La famille bénéficie de multiples avantages :
- 200 euros d’allocations par mois,
- une prime de 900 euros à la naissance de l’enfant.
Il vient aussi de faire les démarches pour bénéficier du RSA, ce qui lui permettra d’obtenir environ 700 euros en plus par mois. Malgré ses 3 000 euros de revenu, ça ne le dérange pas de toucher le RSA : il considère que l’Etat surtaxe les sites de poker et que les joueurs réguliers comme lui perdent beaucoup d’argent.
Pas d’APL, puisque l’appartement appartient aux parents de Marianne.
Ce que gagne Simon finance les dépenses de toute la famille. Marianne travaillait pour un label de musique mais a arrêté depuis la naissance de son fils :
« J’ai bossé un peu plus de deux ans, puis négocié un licenciement a l’amiable, ce qui m’a donné le droit de toucher un petit chômage. »
Aujourd’hui, Marianne a l’intention de se faire inscrire au chômage.
Dépenses fixes : 2 380 euros par mois
Loyer : 650 euros par mois
C’est donc dans un 40 m2 parisien, situé non loin de la station de métro Duroc que Simon et sa famille ont établi domicile depuis deux ans. Le prix des charges, du gaz et de l’électricité est inclus dans le loyer qu’ils versent aux parents de Marianne.
Cigarettes : 350 euros par mois pour deux
Courses : 800 euros par mois
Internet et téléphone : 200 euros à deux
Entretien du cheval : 150 euros
Simon a acheté un pur sang arabe à Marianne, qui est passionnée par les chevaux. Cette somme couvre les besoins en nourriture, vétérinaire et hygiène.
Loisirs : environ 20 euros
Simon et Marianne n’ont plus le temps de sortir. Mais ils s’accordent une bière ou deux par semaine au café en bas de chez eux.
Transports : environ 10 euros par mois
Le couple ne possède pas de voiture et se déplace en métro quand c’est vraiment nécessaire. Simon privilégie la marche à pied.
Voyages : 200 euros
Ils effectuent deux allers-retours par mois pour se rendre en Bretagne, dans la maison qui appartient à la famille de Marianne.
Mutuelle : 0 euro
Marianne et Simon bénéficient de la mutuelle de leurs parents.
Epargne : 50 euros par mois
Un versement « plus pour faire plaisir au banquier qu’autre chose ».
Impôts : 0 euro
Ce que gagne Simon n’est pas imposable. Il dispose donc d’une somme confortable pour faire vivre sa famille, même s’il juge « le coût de la vie très cher » à Paris. Faute d’avis d’imposition, il ne peut pas inscrire son enfant à la crèche.
Dépenses aléatoires : le reste
Frais pour Timour : environ 700 euros par mois
Simon n’arrive pas encore à chiffrer précisément les dépenses mensuelles pour son fils, qui sont trop variables. Mais entre les frais de médecins et l’achat de la poussette, des vêtements, des biberons, des couches et autres, il estime ce budget à 700 euros par mois.
Cadeaux et remboursement des dettes : tout le reste
Comme le dit Marianne, « Simon n’est pas matérialiste ». Il ne s’achète presque rien. Mais il fait des cadeaux à sa fiancée comme le pur sang arabe qui vit en Bretagne dans la maison de ses grands-parents, un MacBook, des bijoux ou encore des vêtements.
Depuis qu’il s’est mis au poker il y a un an, il a achevé de rembourser des dettes qui s’élevaient à près de 20 000 euros. Il refuse de dire comment il les a contractées, mais il est « fier d’avoir pu les rembourser intégralement ».

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Au vu des commentaires et de la haine que ce portrait suscite, je reste perplexe. Certains y voient de la publicité flagrante pour le poker en ligne, et à la façon dont sont diabolisés les joueurs de poker, moi-même étant (petit) joueur en ligne, j’éprouve un certain malaise face à la violence de certains propos, comme si je devais avoir honte de me faire parfois un peu d’argent de poche grace à ce jeu.
Oui, même si j’y ai pensé, je n’en vis pas. J’ai parfois fait des mois à 400-500 euros, et ça m’a bien aidé, parce que figurez-vous que je suis au chômage aussi, suite à un licenciement économique. Mais si j’ai pensé à en vivre, c’était aussi, même de manière fictive, pour me débarasser des contraintes que m’imposait l’état en tant que chômeur (une bien mauvaise expérience), et donc m’affranchir de tout ça, leurs aides, leurs alloc, et devenir indépendant. Une sorte de vision utopique pour contrer l’absurdité palpable de ce système. Me sentir libre. Car à défaut d’offrir le bonheur, l’argent offre une certaine liberté.
Cela dit, le portrait dressé semble un peu caricatural, et il est très clair que sa demande de RSA (apparement il ne le touche pas encore) est le tsunami qui déclenche les pires hostilités.
Je conçois qu’avec plus ou moins 3000 euros par mois, non imposable, c’est de l’abus. Mais cela reste légal...
Alors effectivement il évoque les taxes prélevées sur ses mises. Je sais que certains sites affichent le montant précis de la taxe lorsqu’une main est jouée, peut-être aurait-il été judicieux qu’il calcule sur un mois le montant des taxes prélevées par le site, par rapport à ce qu’il investit. Je crois même que c’est séparé (pot + site + état), je ne suis plus sûr.
Bon, ensuite, c’est une peu une situation idyllique : rien que les parents qui « offrent » logement, mutuelles, abri pour le pur-sang...
Quitte à prendre quelqu’un se faisant un salaire grace au poker, j’imagine qu’il y avait d’autres cas à analyser. Parce que j’imagine aisément que certains doivent en vivre. On repère assez vite les réguliers, et les BONS réguliers, car il y en a, et bien au contraire, lorsqu’on espère aller loin dans un tournoi, mieux vaut ne pas être, et ne pas jouer au con.
Au final je me dis que : soit c’est un fake, soit vous avez trouvé le parfait portrait d’un mec qui s’en prendra plein la gueule pour pas grand chose, mais qui représentera le parasite que certains tentent de déconcer à longueurs de journées, ceux qui ruinent la France... (j’essaie d’imaginer le même article sans la question du RSA).




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