Sarkozy s'explique sur « casse-toi pauv'con »... en deux temps

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Interrogé lundi par une lectrice du Parisien, sur son échange avec un citoyen sarkophobe (et grossier) ( » -Touche-moi pas, tu m’salis ! « “ -Casse-toi, pauv con” ), le Président a donné cette réponse virile : “ Je m’appelle Sarkozy... Depuis la cour d’école, personne ne peut dire que j’ai baissé les yeux quand j’étais dans mon bon droit.”
A propos de l’échange du Salon de l’agriculture, il raconte qu’il était bousculé, qu’un “ grand type” s’est collé à lui, l’a insulté : “ Je lui ai dit ok, ne me serre pas la main, casse-toi si tu veux” , et ce, selon le Président, “ pas agressivement” . Il omet de citer le “ pauv’con” . Puis il s’interroge : “ Fallait-il lui dire merci monsieur, c’est gentil de votre part ? ‘ et commente :
Ce n’est pas parce qu’on est président de la République qu’on doit être un président guimauve, un président sur lequel on peut s’essuyer les pieds. Le Président n’a pas plus de droits, moins de droits que les autres.’
Il exprime toutefois un léger regret :
‘ J’aurais pas dû lui dire casse-toi si tu veux, j’aurais dû lui dire ’pffff’, comme je le fais toujours.’
A la fin de la réponse, il donne ce conseil à la dame, avec référence à la cour d’école, donc :
‘ Je m’appelle Sarkozy... Depuis la cour d’école, personne ne peut dire que j’ai baissé les yeux quand j’étais dans mon bon droit. Dites à vos enfants qu’il ne faut pas baisser les yeux quand on n’a rien à se reprocher.’
Dans le quotidien publié mardi, après relecture et lissage de l’Elysée, le texte est devenu :
‘ Il est difficile même quand on est Président de ne pas répondre à une insulte. J’ai sans doute les défauts de mes qualités. Ce n’est pas parce qu’on est le Président qu’on devient quelqu’un sur lequel on peut s’essuyer les pieds. Cela étant, j’aurais mieux fait de ne pas lui répondre.’
Le Parisien, dans sa version papier, précise qu’il a reçu lundi soir, tard, la version ‘ corrigée et amendée’ de cet entretien. Le retour de la copie aurait eu lieu après 23h.
C’est une pratique courante, dans la presse française, d’accepter que la personne interviewée relise le texte final. Cette pratique a un bon côté : le journaliste est plus libre de sa retranscription de l’entretien, puisqu’il sait qu’il sera relu par le principal intéressé. Souvent, il resserre l’interview, la ‘ muscle’ . Dans le cas d’un entretien ‘ participatif’ , en présence d’un groupe de lecteurs, le principe d’une relecture est plus difficile à justifier.
Et dans d’autres pays, comme les Etats-Unis, une telle pratique est impensable.
Pascal Riché
► Mis à jour le 26/02/2007 à 18h00 : propos initiaux de Nicolas Sarkozy complétés.
► Lire aussi : Hypothèses à propos du ‘ casse-toi pauv’ con ! de Sarkozy
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Les mouches ne me trouveront (...)
Les mouches ne me trouveront (...)
Neuilly, mai 68.
- Combien de fois faudra t’il te dire de ne pas renifler. Tu sais que ce n’est pas poli. Viens ici que je te mouche.
Je les observe à la dérobée.
Il refuse de souffler et se tortille comme un vers. Elle le maintient en s’escrimant avec le mouchoir pour faire disparaître la chandelle. L’opération réussie, elle lui tapote tendrement la joue.
- Alors ! Tu es quand même plus présentable comme ça. Allez ! Retourne jouer avec ton avion.
- Non. Je reste ici. Les autres m’ont dit qu’ils le casseraient s’il tombait sur le terrain de foot.
Il reste planté près d’elle. Je vois ses petits genoux cagneux bleuis par le froid et le regard suppliant qu’il lui jette. Elle a un pli douloureux au front qui dit assez combien elle aimerait avoir un fils plus grand, plus sûr de lui, capable de se faire respecter par ses camarades. Elle soupire.
- Arrête de faire le bébé. Je suis là. Je te regarde. Ils le savent et n’oseront pas t’embêter.
Il se dirige à contre coeur vers l’allée en se balançant d’une jambe sur l’autre ; l’avion bleu et blanc calé sous le bras droit suit le rythme hésitant. J’imagine qu’il va réfléchir à deux fois avant de lancer l’engin à la course capricieuse.
Quand soudain, une autre femme, escortée d’une gamine au minois déluré, vient rejoindre la mère. Elles échangent quelques amabilités.
- Cécile. Tu dis bonjour ? enjoins la mère de la fillette.
Les deux femmes échangent des bises sonores et se mettent à parler toutes les deux en même temps ; manifestement ravies de se retrouver.
Mon regard reviens sur l’allée. Je vois le garçonnet lancer l’avion de toutes ses forces en s’imaginant sans doute le regard admiratif de Cécile. Mais elle n’a pas le moindre regard pour lui. Dommage, car c’est manifestement elle qui est la cause de cette audace.
Il ramasse sa casquette de commandant de bord tombée au moment du lancer et suit avec effarement l’avion virant sur l’aile pour piquer droit au centre des joueurs. Il n’ose plus bouger. Il doit trop savoir ce qui va advenir de son avion. Et, de fait, ils sautent dessus avec leurs crampons en ricanant. Il doit entendre comme moi le froissement des ailes en balsa. Après s’être acharnés jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un pitoyable tas de débris, les joueurs se débandent en imitant le croassement des corbeaux.
- Allez p’tit curé, viens le chercher ton avion. Tu vois bien qu’y gène. Harangue le plus grand ; un brun au regard charbonneux.
Les autres ricanent. Il fait semblant de ne pas avoir entendu mais je vois ses épaules s’affaisser.
La mère, prise par la discussion, n’a rien vu de la scène. Je vois les yeux désespérés et la rage impuissante de l’enfant lorsqu’il se tourne vers elle.
Elle relève la tête. Un coup d’oeil lui suffit pour comprendre ce qui vient d’arriver à son fils. Elle esquisse le geste de lui tendre les bras mais se ravise. Je sens qu’elle se fait violence pour réfréner cet élan maternel.
De toute manière, il est manifeste que le garçon lui-même ne pourrait se résoudre à une humiliation aussi cuisante devant le regard narquois de Cécile. C’est l’âge des défis et Cécile ne doit pas rater une occasion de pratiquer ce sport. Je sens qu’il veut l’épater. Il en va sûrement de son honneur de petit mâle.
J’avais vu juste. J’entends Cécile minauder, bien rosse :
- Tu as vu ta casquette ? Elle est pleine de terre. Elle est fichue. Tu parles, une casquette en papier et carton, ça va pas...
- Je m’en fiche. J’en ai une vraie à la maison. Celle là c’est juste pour jouer.
Il retrousse ses manches comme il a vu faire aux aviateurs.
- C’est une montre que tu as là ? Une vraie ? reprend-elle.
Il avait sans doute oublié cette petite montre d’enfant en plastique bleu. Il doit se sentir un peu ridicule. Je l’entends crâner :
- C’est une vraie, mais pas chère. Je la mets en cas de bagarre pour ne pas casser la belle.
- Ben, alors ? Pourquoi t’as pas été te battre quand ils ont cassé ton avion ?
Il ouvre la bouche mais c’en est trop. Ses traits se décomposent. Je le vois soudain fondre en larmes.
- Voilà que tu pleures maintenant, s’exclame la mère. On n’a pas idée. Tu n’es pas une poule mouillée quand même ? Allez. Ça suffit pour aujourd’hui. J’en ai assez.
Elle se lève en soupirant.
- Ça devient infernal le square avec tous ces jeunes venus de je ne sais où. On va finir par ne plus venir. Ils attendent sans doute un drame à la mairie pour se décider à faire quelque chose. Et il est où le gardien ? En grève ? Encore un planqué bien payé pour ce qu’il fait. Allez, au revoir Madame Ciganier. Au revoir Cécile.
- Au revoir Madame. Au revoir mon petit , répond l’autre en se levant à son tour. J’imagine que c’est par déférence.
La mère tend sa jolie main fine vers son rejeton secoué de sanglots et reniflant.
- Allez ! Viens Nicky. On rentre à la maison.




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