19/02/2008 à 12h45

Pourquoi les grands patrons français sont si bien payés

Pascal Riché | Redchef Rue89

(De nos archives). Ils seraient aujourd’hui les mieux payés d’Europe, une augmentation difficile à justifier économiquement. Décryptage.


(Chimulus)

La Tribune a dévoilé la semaine dernière (février 2007, ndlr) une étude du cabinet Hay Group selon laquelle les rémunérations des patrons auraient augmenté de 40% en 2007. Il faut prendre ce chiffre avec des pincettes (voire avec un bazooka), d’autant plus qu’une autre étude récente, de Proxinvest, évoque une tendance inverse.

Mais ce qui est certain, c’est que les grands patrons, ceux des 100 premières entreprises françaises, sont excessivement bien payés. Il y a quelques années, ils pleurnichaient parce qu’ils étaient bien moins rémunérés que leurs homologues européens. Ils se sont rattrapés depuis, merci, puisque qu’ils arrivent désormais en tête du palmarès.

Sont-ils trop payés ? A cette question, on peut apporter une réponse morale et une réponse économique. Sur la première chacun est libre d’en penser ce qu’il veut. Pour ma part, il ne me semble pas très décent que des citoyens puissent gagner en un an autant que ce que toucherait un smicard s’il travaillait depuis l’Ancien Régime (et s’il était immortel). Et pas très normal non plus que la France soit au top du palmarès européen des rémunérations de grands patrons, alors qu’elle n’est qu’au 14e rang si l’on compare les salaires médians.

La réponse économique est plus complexe. Il s’agit de savoir si le fait d’accorder des salaires extravagants à des patrons peut être bon pour l’entreprise et pour l’économie. Sur ce point, il y a débat.

1

Le travail, le risque ou la responsabilité peuvent-ils justifier ces rémunérations ?

Les patrons du CAC 40 gagnent 100 fois plus que les patrons de petites entreprises. Travaillent-ils 100 fois plus ? Non. Prennent-ils 100 fois plus de risques ? Non. Ils en prennent plutôt moins. A la tête d’un grand groupe, vous êtes entourés de conseillers ; vous avez donc moins de risques de mettre la BNP dans le mur qu’une PME...

Ont-ils 100 fois plus de responsabilités ? Certains plaident que oui, puisque les effectifs sont bien plus importants. Mais dans ce cas, il faudrait également payer beaucoup plus l’ensemble des cadres, voir l’ensemble des salariés situés à des postes clés pour l’entreprise...

A lire, sur le sujet, cet article de Daniel Cohen dans Le Monde, à la fois lumineux et polémique. Il écrivait ainsi :

« Est-ce que le salaire des patrons récompense leur diligence, leur peine et le risque encouru ? Il y a plusieurs manières de comprendre cette question. S’il s’agit de savoir si leur diligence serait atténuée s’ils gagnaient, disons, dix fois moins, la réponse est clairement négative. Le patron d’une petite entreprise ne travaille pas moins que celui d’une grande et le risque qu’il encourt n’est pas moindre » .

2

Un patron mieux payé épouse-t-il plus facilement les conceptions de l’actionnaire ?

C’est un argument que l’on trouve à la fois sous la plume de ceux qui dénoncent le système et sous celle de ceux qui le défendent.

Autrefois, les patrons étaient des salariés. Ils partageaient les préoccupations des autres salariés de l’entreprise. Simplement, leur salaire était cinq ou dix fois plus élevé. Aujourd’hui, l’essentiel de leur rémunération est constitué par des stock options, liées au cours des actions. Tout se passe comme si une nouvelle alliance avait été passée entre actionnaires et managers, le but de cette alliance étant de se donner toutes les chances de faire grimper le cours des actions de l’entreprise. A « créer de la valeur » comment disent, dans un bel euphémisme, les financiers.

Cela a-t-il fonctionné ? Très difficile à dire. La hausse des cours des actions dépend de bien des facteurs : la mondialisation, la hausse des taux d’intérêt, la croissance générale, la confiance en l’avenir... Et s’il fallait mettre en place un mécanisme de rémunération des performances, le mieux serait de mesurer l’écart entre les résultats de l’entreprise et ceux des concurrents directs.

3

Les très hauts salaires reflètent-ils la rareté des très bons patrons ?

C’est l’explication la plus satisfaisante intellectuellement. La concurrence sur le marché des patrons serait aussi forte que sur celui des stars du football.

L’idée, c’est qu’il serait toujours rentable d’engager un patron légèrement meilleur qu’un autre, quelles que soient ses prétentions financières. Pourquoi ? Parce que même un très léger surcroît de compétence a des conséquences financières énormes pour l’entreprise.

Les économistes Xavier Gabaix et Augustin Landier ont tenté de mesurer l’impact du talent des chefs d’entreprise sur la valeur de celles-ci ( « Why has CEO pay increased so much ? “ , MIT, janvier 2006). Selon eux, si vous mettez à la tête de la première entreprise le patron de la 250e entreprise, cela se traduira par une perte de valeur de 0,014% !

Cela peut sembler minime mais, appliqué aux valeurs boursières des grands groupes, cela justifie de payer très cher le patron. Pour un groupe valant en Bourse 50 milliards d’euros, cela représente 7 millions. Cette étude a fait couler beaucoup d’encre (il est assez facile de constater que les hauts revenus ne sont pas corrélés aux meilleures performances), mais admettons que telle soit la logique qui conduise à fixer de très fortes rémunérations.

Dans ce cas, il y a clairement un problème de pénurie. Sur le marché du PDG, l’offre est trop faible. La question est de savoir si cette pénurie n’est pas organisée. Ce sont en effet les conseils d’administration des grands groupes qui nomment leur patron, et ce sont d’autres grands patrons qui siègent aux conseils d’administration...

Pour résoudre le problème, il faudrait améliorer la détection de ‘ super-managers’ et la diversité de leurs parcours. Il y a peu, la plupart des grandes banques étaient dirigées par des énarques.

4

Les hautes rémunérations alimentent la défiance (pas la croissance)

Certains jeunes économistes se sont emparés de questions touchant à la culture profonde de la France. Selon eux, les principaux freins à notre croissance ne sont pas forcément ceux que l’on désigne habituellement (rigidités sur le marché de l’emploi, charges trop élevées, impôts trop lourds...). Ces freins tiennent aussi à des habitudes héritées du passé, et qui poussent les agents économiques à faire de mauvais choix, à se défier les uns des autres, à faire preuve d’incivisme. Lire par exemple ‘ Le capitalisme d’héritiers’ , de Thomas Philippon, ou ‘ La société de défiance’ , de Pierre Cahuc et Yann Algan.

Selon ces derniers, la ‘ défiance’ qui gangrène notre économie a des sources diverses : étatisme, corporatisme, clientélisme... Les Français ont l’impression que les autres citoyens ont des privilèges, des passe-droits. Dans ce contexte, l’existence de très hautes rémunérations, qui ne sont pas corrélées au risque ou aux performances, ne peut qu’accentuer ce malaise, cette défiance, au sein des entreprises et de la société, et au final nuire à la croissance. C’est ce que nous explique Yann Algan :

‘ A la différence des pays anglosaxons ou scandinaves, un Français sur deux a l’impression qu’il est impossible de devenir riche sans contourner les règles. Alors qu’on leur demande des efforts, l’affichage de rémunérations astronomiques ne peut donc qu’accroître la défiance, le sentiment que les sacrifices ne sont pas partagés, et rendre plus difficile des réformes qui devraient être consensuelles’

De ce point de vue, le télescopage de l’enquête de Hay group et du scandale de la Société Générale n’a pas été du meilleur effet.

5

Que faire ?

Les plus modérés proposent de muscler les procédures et les contrôles internes, et d’assurer une transparence totale des critères de rémunération. Des comités de rémunération ont ainsi été créés par le ministre des Finances Thierry Breton en 2005. Mais de telles politiques, fussent-elles nécessaires, ne modifieront pas profondément la donne. Ces mécanismes de transparence existent depuis longtemps aux Etats-Unis, ce qui ne les empêche pas d’être le pays où les patrons sont les mieux payés au monde...

La solution la plus simple, c’est donc de démanteler le bouclier fiscal, de mieux réguler l’attribution de stock-options et de taxer davantage les gros revenus. Le risque qui est agité est celui d’une fuite des grands patrons à l’étranger. Mais comme le remarque ici Thierry Aimar, maître de conférences en sciences économiques à l’Université de Paris-I : ‘ Empiriquement, il y a peu de demande étrangère pour des dirigeants français...’ .

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  • thierry reboud
    • Posté à 12h46 le 19/02/2008
    • Internaute 20923

    Avant même de lire l’article...
    OUI.
    Bon, maintenant je le lis.

    • napakatbrax
      • Posté à 12h55 le 19/02/2008
      • Internaute 23966

      Euhhh... juste un exemple, rapide, en passant : Tchuruk a multiplié son salaire par 3 tandis que le cours de l’action Alcatel a été divisé par 3...

      Sûr que les Microsoft, Google, et autres géants nous le piqueraient si on bloquait son salaire !

      Lien
      ...

      • pablico
        pablico répond à napakatbrax
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
        • Posté à 13h52 le 19/02/2008
        • Internaute 14278
          À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

        qu’il y ait des riches, et des pauvres, cela a toujours existé. Mais il faut être pauvre ou riche dans la décence ! !

        Là leur richesse devient indécente, et, la pauvreté en prend le chemin.

        Il faut vite traiter cela avec un bonne hormone de croissance : -), mais au prix ou sont remboursés les médicaments... : -(

    • Abdelkrim Bourguignon
      Abdelkrim Bourguignon répond à thierry reboud
      Bras Gauche de Jeanne Calmant
      • Posté à 14h19 le 19/02/2008
      • Internaute 32642
        Bras Gauche de Jeanne Calmant

      Erreur : « sous celle de ceux qui le défende » devrait être « sous celle de ceux qui le défendent » dans l’article (Section 2).

    • Abdelkrim Bourguignon
      Abdelkrim Bourguignon répond à thierry reboud
      Bras Gauche de Jeanne Calmant
      • Posté à 14h34 le 19/02/2008
      • Internaute 32642
        Bras Gauche de Jeanne Calmant

      Erreur : « taxer d’avantage » devrait lire : « taxer davantage » dans l’article.

    • Numerosix
      Numerosix répond à thierry reboud
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 14h48 le 19/02/2008
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Trop fort , Thierry , j’ allais ecrire exactement pile poil la meme chose ..
      Mais je lirai ce soir cet article qui m’ a l’ air super interessant , parce que la , je suis au bureau , quand meme ..
      Bon , je sais , c’est pas passionnant ce que je vous raconte , je merite la censure . allez y : TIREZ !

      • thierry reboud
        • Posté à 18h41 le 19/02/2008
        • Internaute 20923

        Pas de problème : la prochaine fois, tu me préviens et on tirera ça à pile ou face.
        Et oui, l’article est super intéressant.
        A bientôt.

  • marie 75
    • Posté à 12h48 le 19/02/2008
    • Internaute 3563

    pour une mise en place d’un salaire maxima ! ! !
    ca suffit !

    • _Toma_
      _Toma_ répond à marie 75
      • Posté à 13h52 le 19/02/2008
      • Internaute 32676

      Oui, un RMA : revenu maximum acceptable...

    • Abdelkrim Bourguignon
      Abdelkrim Bourguignon répond à marie 75
      Bras Gauche de Jeanne Calmant
      • Posté à 14h40 le 19/02/2008
      • Internaute 32642
        Bras Gauche de Jeanne Calmant

      Entièrement d’accord. Pas plus de €10.000/mois. C’est déjà 10x plus que le SMIC, avec ça un patron peut toujours manger du caviar pour le p’tit dej et offrir une écharpe Hermes à sa femme. Ceux qui sont pas d’accord n’ont qu’à partir à l’étranger. En France, on a des travailleurs, c’est eux les forces vives du pays, pas les parasites qui sucent le sang des travailleurs et les pressent comme des citrons. Il faut en finir avec l’ère du salarié jetable. On n’est pas des kleenex. Heureusement qu’on a un salaire minimum car ces patrons qui gagnent €100.000 par mois seraient bien capables d’offrir des salaires encore plus bas que le SMIC pour les jobs subalternes. Ils en seraient capables, ces ordures.

      • lamichael
        • Posté à 20h25 le 19/02/2008
        • Internaute 20431

        Ils n’ont aucun scrupule à agir de la sorte.
        Nous n’avons aucune excuse de les laisser faire.

         
        • www.laguerredesmots.com-yannick
          • Posté à 08h17 le 20/02/2008
          • Internaute 24872
            pays de gex

          Je serais partisan de créer une crise économique, arrêter le capitalisme qui, IL FAUT LE COMPRENDRE, ne sert à rien et ne fait que pourrir la société et de se lancer dans l’écosociétalisme.
          Tout débat sur comment faire pour que les patrons soient moins payés etc ne nous fera que tourner en rond, il faut discuter des sources du problème, les alternatives existent, il ne reste plus qu’à faire tomber cette économie.

        • YEAM
          YEAM répond à lamichael
          • Posté à 09h48 le 20/02/2008
          • Internaute 15863

          Nous n’avons aucune excuse de les laisser faire .
          Nous n’avons aucune excuse de les laisser faire .
          Nous n’avons aucune excuse de les laisser faire .
          Nous n’avons aucune excuse de les laisser faire .
          Nous n’avons aucune excuse de les laisser faire .
          Nous n’avons aucune ...

  • zoblugubre
    • Posté à 12h50 le 19/02/2008
    • Internaute 4511

    tiens, il serait intéressant de se pencher sur cette notion de « croissance » : de quand date-t-elle ? comment est-ce calculé ? une croissance infinie est-elle soutenable pour notre planète ?

    ce genre de choses..

    • Paff
      Paff répond à zoblugubre
      Citoyen lambda
      • Posté à 12h54 le 19/02/2008
      • Internaute 9378
        Citoyen lambda

      Oui c est clair pourquoi toujours la croissance ! ! !

    • Mengneau Michel
      • Posté à 12h56 le 19/02/2008
      • Internaute 22454

      Excellente question. Pour ma part je considère que la notion de « croissance » dans le sens économique du monde capitaliste est dépassée, voire nocive pour l’équilibre planétaire.

      • toots
        toots répond à Mengneau Michel
        void
        • Posté à 13h22 le 19/02/2008
        • Internaute 15123
          void

        « Excellente question. Pour ma part je considère que la notion de “croissance” dans le sens économique du monde capitaliste est dépassée, voire nocive pour l’équilibre planétaire. »

        Exactement.

        Les théories de la décroissance économiques ne datent pas d’hier, et seront surement tout fait vérifiées dans le futur..

        Enfin faire croire qu’une croissance infinie est possible, c’est du reve en tube pour politiciens en quète de mandat et pour patrons en quète de justification économiques...

        Lienécroissance_(économie)

      • Miju
        Miju répond à Mengneau Michel
        Photovoltaïcien
        • Posté à 09h04 le 20/02/2008
        • Internaute 28455
          Photovoltaïcien

        C’est en cela qu’il faut militer et apporter un autre point de vue que la croissance économique (la croissance, c’est malheureusement le seul point ou tous les partis politiques sont d’accord)
        L’idée de décroissance économique est apparue au début des années 70 vers la fin des trente glorieuses quand on s’est aperçu que les ressources terrestres pourraient commencer à manquer et que la Terre ne supporterait pas un développement économique toujours plus important.
        A ce moment là, les hommes commençaient déjà à consommer plus que ce que la Terre pouvait produire et la population mondiale venait de doubler pour la première fois en seulement 35ans.
        Voilà parmi beaucoup d’autres signes, les constatations qui ont suffit au fameux Club de Rome pour émettre une des première critique sur la croissance économique.

  • Paff
    Paff
    Citoyen lambda
    • Posté à 12h53 le 19/02/2008
    • Internaute 9378
      Citoyen lambda

    Merci pour nous qui cravachons au travail pour juste régler les factures en fin de mois ! ! ! !
    Combien de salaire médian touche un patron en france ?
    en angleterre ? au danemark ?
    Ce rapprochement entre actionnaires et patrons est un début de dérive de ce système capitaliste non ?

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant
    journaleux - blogueur
    • Posté à 12h56 le 19/02/2008
    • Internaute 14145
      journaleux - blogueur

    Le dessin me fait penser aux Guignols quand on voyait le Chi se baigner dans les Francs avant le passage à l’euro, parce qu’il y en aurait mois après…

    Et comme Thierry, je vais lire le sujet (dont au sujet duquel j’avais déjà entendu causer)

    Fabien
    Lien

    • angie
      • Posté à 13h05 le 19/02/2008
      • Internaute 30244

      @ fabien, bonjour !
      moi,le dessin me fait penser a Picsou... nous on est Donald...

      • nipivime
        nipivime répond à angie
         ; -
        • Posté à 13h54 le 19/02/2008
        • Internaute 503
           ; -

        ou Pluto... courant partout, sans toujours tout comprendre, mais indispensable aux héros

      • skalpa
        skalpa répond à angie
        actif et militant ?
        • Posté à 14h43 le 19/02/2008
        • Internaute 7181
          actif et militant ?

        en parlant de picsou, une petite image

        Lien

         
        • Abdelkrim Bourguignon
          Abdelkrim Bourguignon répond à skalpa
          Bras Gauche de Jeanne Calmant
          • Posté à 20h28 le 19/02/2008
          • Internaute 32642
            Bras Gauche de Jeanne Calmant

          Trop fort ! ! Et trop vrai aussi...

        1 autres commentaires
  • thierry reboud
    • Posté à 12h58 le 19/02/2008
    • Internaute 20923

    En particulier sur le deuxième point, la question est de savoir si le cours de bourse d’une entreprise est le reflet fidèle (je ne dis même pas exact) de sa santé, de sa capacité à se donner un avenir.
    Je repense en l’occurrence à l’exemple de Messier. Pendant quelque temps, son action (certes aidée par la spéculation) à la tête de Vivendi a propulsé le cours de l’action à des sommets aberrants. De ce point de vue, on pourrait considérer que pendant ce laps de temps-là, il a été un bon patron. La suite a montré ce qu’il en était.
    Or c’est la même politique qui a présidé à la hausse et à la chute. A la conclusion, on a surtout l’impression que Messier a été incapable d’inscrire son action dans la durée.

    Or j’observe que la plupart des grands patrons si grassement rémunérés sont avant tout des hauts fonctionnaires propulsés là par leur entregent plus que par leurs mérites propres. Peut-être y a-t-il là l’une des explications au scandale que nous éprouvons à constater leurs revenus : ces gens-là ne sont en aucun cas des entrepreneurs. Et quand après ils viennent nous prêcher les vertus du risque, eh bien, j’ai l’impression que le risque est bon à condition qu’il leur soit épargné (voir l’affaire Forgeard et les divers parachutes en or).

    Je ne suis certes pas fana du capitalisme néo-libéral, mais il me semble qu’un libéral conséquent devrait être au moins aussi consterné que moi.

    • Claude-le-breton
      • Posté à 13h44 le 19/02/2008
      • Internaute 30706

      Le cours de bourse est le reflet de la confiance du marché en la capacité d’une entreprise à se donner un avenir (pour reprendre en partie vos termes). Chacun sait que la confiance repose en grande partie sur des éléments subjectifs. Messier en est un très bon exemple. Après, il y a chez les entreprises comme chez les hommes des « suicidaires » (de la part des actionnaires en particulier), Alcatel en est un bon exemple. Mais il en est aussi, on parle moins de celles-là, qui créent régulièrement de la valeur grace à un très bon management. On peut citer Air Liquide, Lafarge, L’Oréal, Michelin, et quelques autres ... Regardez l’évolution de ces entreprises sur 20, 25 ans (et la continuité de leur management sur cette période !). Leurs patrons ont-ils été trop payés ? On peut certes en discuter mais le moins que l’on puisse reconnaitre, c’est que leurs salaires n’ont pas appauvri leurs entreprises. Malheureusement, le libéralisme fait que, pour avoir les unes, il faut accepter le risque d’avoir les autres.

      • folamour
        • Posté à 15h48 le 19/02/2008
        • Internaute 27480

        Peut-être que chez « l’Oréal ou Michelin les salaires des patrons n’ont pas appauvri l’entreprise », ils sembleraient plutôt penser que c’est le salaires des ouvriers qui grèvent leur budget. Mais les salariés de ces boites ont tendance à vouloir dire le contraire en ce moment. Etonnant non ?

         
        • Claude-le-breton
          • Posté à 16h54 le 19/02/2008
          • Internaute 30706

          « Mais les salariés de ces boites ont tendance à vouloir dire le contraire en ce moment » : dire le contraire de quoi ?
          Que les salariés de L’Oréal défendent leurs intérêts en essayant d’avoir une part plus importante du « gateau », quoi de plus normal. Encore fallait-il que le « gâteau » existe ! Quant à Michelin, j’ai eu tord en effet de prendre cet exemple (même si, sur le long terme, l’entreprise le mérite), ce n’était pas le moment.

          • thierry reboud
            • Posté à 19h40 le 19/02/2008
            • Internaute 20923

            Concernant votre réponse, vous n’avez pas tort, bien entendu. Le problème est que la confiance du marché semble bien plus s’établir sur des valeurs spéculatives que sur des arguments économiques à proprement parler.

            A propos de ce que vous dites du partage des bénéfices, je me fais la remarque qu’à en croire les employeurs, ce n’est JAMAIS le moment de redistribuer le gâteau. En revanche, leur augmentation à eux est TOUJOURS urgente. Je ne sais pas pour vous, mais moi, il y a quelque chose qui me chagrine.

        2 autres commentaires
      • Natalia
        • Posté à 08h44 le 20/02/2008
        • Internaute 17890

        Les salariés de l’Oréal étaient en grève cette semaine...

  • TARPON
    • Posté à 12h58 le 19/02/2008
    • Internaute 27263

    Etre patron n’est pas une sinecure surtout en France : tirer des profits d’une entreprise avec des gens qui ne pensent qu’à en faire le moins possible releve de l’exploit.Etre representé par un marchand de meubles au Medef n’est pas non plus la situation revés car comment faire comprendre à ce patron de PMLE qui rame que l’on est au dela de ses petits problemes quotidiens ? Avoir à la tete de l’etat un type qui n’en pince que pour Bolloré et Lagardere ,nous oblige à un long chemin de croix.Regardez notre pauvre copain Proglio ,le general des eaux ,il a beau partager les faveurs de la Generale des sceaux,madame Rachida ,il a eu baisef de contrats lors du voyage en Chine.Dur,je vous dis ,d’etre patron,alors si on peut s’« indemniser un peu.

    • lioe
      lioe répond à TARPON
      berlin
      • Posté à 13h10 le 19/02/2008
      • Internaute 6423
        berlin

      si j ai bien compris le TARPON c est pour PATRON.
      Comment pout on vous aidez ,euh une petition ou alors une collecte, non j ai une idee on fait une chanson RUE89BAND et on verse tous les benefices Miserables Empleyeurs De France

    • LG240
      LG240 répond à TARPON
      • Posté à 02h40 le 21/02/2008
      • Internaute 23978

      C’est dur d’être un petit patron en France, on est -relativement - d’accord. Mais l’article parle explicitement des grands patrons. Il ne faut pas confondre ceux qui prennent des risques pour créer une boîte à partir de rien et qui se payent si il reste de l’argent et certains hauts fonctionnaires qui viennent pantoufler dans le privé en touchant des rémunérations de footballeurs : risque = 0, création d’entreprise, d’emploi, de valeur = 0 et jackpot assuré. c’est non seulement parfaitement immoral mais en plus complètement contre-productif économiquement. Je serai pour interdire de se déclarer patron celui qui n’a pas créer sa boîte. Tiens tout d’un coup, le MEDEF serait décapité ; -)

      • Prolo du livre
        Prolo du livre répond à LG240
        • Posté à 12h07 le 21/02/2008
        • Internaute 12784

        Et on pourrait décapiter le reste ! ! !

        A ça ira, ça ira, ça ira...

  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 13h02 le 19/02/2008
    • Internaute 31199
      Enterré vivant

    Ce qui est important maintenant dans les grands goupes dans l’ordre : les profits immédiats, les actionnaires, les produits, les clients, les sous-traitants et enfin les salariés.
    La recherche et le développement, comme les salaires, sont considérés comme des coûts et non comme des investissements productifs. L’innovation est un risque qu’il est impossible de mesurer exactement. C’est comme ça que l’on va droit dans le mur.
    Tout ça grâce aux crânes d’oeuf surdiplomés qui se partagent le gateau, en se servant eux-mêmes en priorité. Merci à Bouton Messier, Haberer, Forgeard, et aux héritiers Lagardère, Michelin, Bouygues entre autres.

    • Lemmy
      Lemmy répond à Pépé61
      Headbanger since 1980
      • Posté à 01h52 le 21/02/2008
      • Internaute 24508
        Headbanger since 1980

      Rien à ajouter, surtout concernant la part faite à la recherche, de plus en plus basse. Mais il est un point qu’il faudrait qu’ils prennent en compte : les salariés, dans cette chaîne économique, sont aussi des clients !

      Et sans clients, que vaut une entreprise ?

      Henry Ford l’avait compris, voilà près d’un siècle de cela !

  • Anthropia
    • Posté à 13h06 le 19/02/2008
    • Internaute 17441

    Très intéressant papier.

    Mais je crains que cela ne soit la logique même de cette rémunération qui est à considérer.

    Cette rémunération achète la bonne volonté des patrons à exécuter fidèlement la politique des actionnaires, sans état d’âme pour ce qui concerne les salariés.

    On achète donc leur trahison à la logique industrielle ou de service, à la logique interne à l’entreprise, tout ce qui compte étant de dégager des bénéfices et de bien rémunérer les actionnaires.

    Les patrons sont des ’larbins’ qu’il faut bien payer pour qu’ils restent fidèles au conseil d’administration.

    Et cela restera le cas, tant que les logiques financières capitalistiques multi-nationales ne céderont pas le pas devant l’intérêt d’une entreprise et d’une nation.

    C’est en prisme la logique de la mondialisation qui se joue dans leurs salaires, que les états ont laissé courir. Cela commence avec la libre circulation des capitaux (merci l’Europe) et la faible fiscalisation des stocks-options (merci DSK, qui a appuyé cette logique).

    Lien

    • nipivime
      nipivime répond à Anthropia
       ; -
      • Posté à 14h27 le 19/02/2008
      • Internaute 503
         ; -

      j’abonde... papier très intéressant.

      Cela dit, les arbres (si feuillus soient ils) ne doivent pas cacher la forêt qu’a fait pousser ce capitalisme post-participatif. Car l’échelle indécente des revenus n’est pas le fait que des patrons. L’ensemble de la pyramide (base large, et pointe très pointue...) est en cause.

      Sous les « patrons », ceux qui sont suivis par ce genre d’étude, toute une petite équipe de hauts dirigeants se partage également des sommes abominables. Hélas, les dernières évolutions de règlements en faveur de la transparence (qui exigent la publication des revenus des PDG) ne vont pas jusque là.

      Sous cette petite équipe, tous les cadres dirigeants, eux aussi mis au parfum des pratiques, et encouragés dans l’espoir d’un jour faire partie de cette petite équipe, cadres dirigeants qui sont en compétition permanente (compétition qui rejaillit sur leurs troupes) et eux aussi rémunérés avec largesse, salaires, variables, stock options, avantages divers (combien d’entre eux paye un seul repas ?)

      Sous ces cadres dirigeants, les « hauts cadres ». Eux aussi, très très bien payés, pour des rôles que toute réflexion en profondeur jugerait parfois complètement inutiles. Mis en réserve, pour accéder peut être un jour au delà de ce « plafond de verre » qui sépare les mortels des cadres dirigeants. Eux aussi, stock options, taxis, formations inutiles, secrétariat au service.. Un peu moins à chaqe étage, mais chaque étage responsable.

      Puis, la masse des cadres, qui n’ont plus de « cadre » que le statut depuis la démocratisation des années 70 (je veux dire que souvent, ils n’encadrent rien du tout). Mais qui admirent, ou sont poussés à admirer, ceux au dessus d’eux qui « réussissent ». Et puis l’ensemble des salariés de ces grands groupes, qui souvent, parenthèse, vont râler contre la fonction publique sans avouer, sans voir, qu’eux mêmes sont dans un environnement hyper protégé... bien payés

      Et les étudiants, révant désormais de cette vie la.. Et les actionnaires, qui ne sont pas tous des millionnaires (qui n’a pas de compte titre ou de placement à sa banque, parmi ceux qui gagnent un peu leur vie). Etc etc

      Bref.. l’ensemble de la pyramide contribue au maintien du sommet. Et oublier cela ne permettra pas de remettre en cause ce qui, tous ici, nous gene tant.

      Merci pour l’article, cela dit
      N)

  • yapadebug
    • Posté à 13h06 le 19/02/2008
    • Internaute 840

    La collusion entre patrons et actionnaire est contre-productive pour la croissance. En effet, le patron ne défend plus l’entreprise, mais ses actionnaires, et ce n’est pas du tout la même chose. Il doit le plus souvent privilégier les gains immédiats aux dépends des investissements dans la production. En privilégiant les gains immédiats, on tue la poule aux oeufs d’or.
    Quant à la rémunération des patrons, elle est le plus souvent indécente, gagner tous les mois une vie de SMIC, c’est immoral et inutile, d’autant plus que la rémunération n’est que rarement liée aux performances de l’entreprise (voir les parachutes dorés de certains patrons qui ont planté leur entreprise).

  • ventrachou-rouge
    ventrachou-rouge
    côte sud Vendee
    • Posté à 13h11 le 19/02/2008
    • Internaute 1761
      côte sud Vendee

    Les grands patrons sont non seulement des marchands d’esclaves, mais aussi des escrocs !
    Le système encourage ce genre de dérives.
    Les parachutes dorés, les jetons de présence, les stock options, c’est du social ça ? ?

  • Gringo
    • Posté à 13h13 le 19/02/2008
    • Internaute 24805

    La fracture est mondiale et la facture sociale.

  • Anthropia
    • Posté à 13h14 le 19/02/2008
    • Internaute 17441

    Un des soucis avec les patrons français, c’est qu’ils n’ont pas la même déontologie que dans les pays anglo-saxons.

    Dans ces pays-là, on n’ose pas et on n’obtient pas une augmentation si on a foiré.

    Mais en France, se joue une prime à l’incompétence, sur la foi des diplômes et des grandes écoles, on accorde toujours le bénéfice du doute.

    C’est comme vous le dites bien une affaire de réseau d’influence, d’échanges de bons procédés d’un conseil d’administration à l’autre.

    Si ce n’était pas le cas, croyez-vous que Minc continuerait de sévir, alors qu’il a planté Le Monde par sa politique d’achats inconsidérés, course en avant pour camoufler le déficit des comptes du quotidien en acquérant des groupes bénéficiaires (exemple le groupe La Vie-Télérama, dont les bons résultats ont artificiellement fait augmenter les résultats du groupe Le Monde).

    De même pour Tchuruk que quelqu’un cite plus haut.

    Il y a une logique de clans, qui prend ses racines à Neuilly et ailleurs (où ces gens se regroupent)et dans le copinage des réseaux d’écoles. Solidarité avant tout, quelque soit la compétence, c’est un ami.

    Et le bouclier fiscal de Sarko sanctionne ce système.

    On ne joue pas dans la même cour, et on n’a pas les leviers d’action. On n’a que la rue et les élections, c’est peu.

    Lien

    • yapadebug
      yapadebug répond à Anthropia
      • Posté à 13h23 le 19/02/2008
      • Internaute 840

      Le grand patronat français est une mafia.

    • Photine
      Photine répond à Anthropia
      • Posté à 14h46 le 19/02/2008
      • Internaute 11770

      Je ne suis pas sure du tout que les patrons des « pays anglo-saxons » aient plus de déontologie (morale ?) que les autres.
      Le cliché porte d’ailleurs sur les allemands et les scandinaves, d’habitude, mais le scandale fiscal actuel et le succès de Millenium nous démontrent que l’absence de morale personnelle est fort répandue quelque soient les pays.
      Les scandales Enron, les pots-de-vin versés aux candidats américains (en + des dons officiels), les marchés passés au RU et aux EU pour l’Irak, etc.
      Le mois dernier, c’était le montant des primes versées aux patrons de wall street qui faisait les titres économiques.

      Non, en France, le « patronat » se distingue par sa petite taille et comme le dit l’article, chacun fixe le salaire de tous les autres et chacun voit son salaire fixé par tous les autres.

      Quant au marché international du « patron français », c’est vrai qu’ il fait bien rire...

      Lien

      • yapadebug
        yapadebug répond à Photine
        • Posté à 15h11 le 19/02/2008
        • Internaute 840

        Disons qu’aux USA, les règles du jeu sont plus strictes. Exemple, l’affaire ENRON, 23 ans de prison. En France l’affaire EADS, rien !

         
        • Hatamoto
          Hatamoto répond à yapadebug
          Vendeur de temps de cerveau (...)
          • Posté à 17h39 le 19/02/2008
          • Internaute 29766
            Vendeur de temps de cerveau (...)

          Ouais mais ya encore de la contestation de la part des médias à ce sujet ... bientôt avec la dépénalisation, les médias n’auront qu’a fermer leur gueule : ’(

        1 autres commentaires
  • dalun
    • Posté à 13h22 le 19/02/2008
    • Internaute 29964

    le scandale financier actuel en Allemagne, n’est il que le problème de l’Allemagne ? ? ? comme le nuage de tchernobyl.....j’ai un doute.

    • yapadebug
      yapadebug répond à dalun
      • Posté à 13h24 le 19/02/2008
      • Internaute 840

      En France quand un journaliste enquête sur ce genre d’affaire, il a des ennuis avec la justice. Voir l’affaire Clearstream.

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