berlinale 2008 17/02/2008 à 12h17

« Tropa de Elite » : un Ours d'or et la palme de la polémique

Stéphanie Pichon | Journaliste


Sally Hawkins, meilleure interprète féminine (Tobias Schwarz/Reuters).

Le jury mené par Costa-Gavras a déjoué les pronostics. C’est le controversé « Tropa de Elite », du Brésilien José Pahilha qui a raflé l’Ours d’Or. « There Will be Blood », grand favori, est tout de même reparti avec deux statuettes.

LE PALMARÈS
Ours d’or Tropa de elite
de José Padilha
Grand prix du jury Standard Operating Procedure
de Errol Morris
Meilleur réalisateur Paul Thomas Anderson
pour « There will be blood »
Prix d’interprétation
féminine
Sally Hawkins
dans « Happy go lucky » de Mike Leigh
Prix d’interprétation masculine Reza Najie
dans « Avaze Gonjeshk-ha » (« The song of Sparrows ») de Majid Majidi
Meilleure musique de film Jonny Greenwood
pour « There Will be Blood » de Paul Thomas Anderson
Meilleur scénario Wiang Xiaoshuai
pour « Zuo You » (« In Love we Trust »)
Meilleure oeuvre innovante Lake Tahoe »
de Fernando Eimbcke

Qu’un jury de festival prenne le contre-pied du choix des critiques et journalistes est fréquent. Celui de Costa-Gavras a déjoué tous les pronostics, du moins pour l’Ours d’or. « Tropa de Elite », le premier film de fiction du Brésilien José Padilha avait soulevé malaise et controverse. L’esthétique clipée, tonitruante, la bande son assourdissante y habillent violemment un éclairage sur l’élite des policiers intervenant sans mesure dans les favelas brésiliennes pour combattre les trafiquants de drogue.

Au Brésil, le film est devenu un véritable phénomène populaire. A Berlin, il a semé le trouble. Pendant la projection presse, la moitié des journalistes avait quitté la salle, et certains critiques avaient reproché au réalisateur de faire l’apologie de la méthode forte -le magazine Variety y voit même une dérive « fasciste ».

« Ce qu’on y voit se passe vraiment au Brésil, c’est un fait. »

« J’ai voulu expliquer comment l’Etat corrompt les policiers ou les incite à la violence », s’est défendu José Padilha hier soir après la cérémonie. « Ce qu’on y voit se passe vraiment au Brésil, c’est triste, mais c’est un fait. »

Est-il si étonnant que le jury mené par Costa-Gavras à qui l’on doit des films comme « Missing », « Z » ou « Amen », ait fait le choix d’un film très politique, dans une compétition officielle (21 films au total) tristement habitée par des drames intimistes.

José Padilha lui a d’ailleurs rendu un hommage appuyé : « Costa-Gavras est un héros pour tous en Amérique latine, pour tous les films qu’il a faits. » Dans la même logique, « Standard Operating Procedure », enquête sur les sévices commis par l’armée américaine à la prison irakienne d’Abou Ghraïb, est reparti avec le prix du jury. C’était le premier documentaire jamais présenté en compétition à Berlin.

Aucune récompense pour les films français en compétition

Quant au petit chouchou de cette édition, « There Will be Blood », de Paul Thomas Anderson, il a du se contenter du prix de la mise en scène et de la musique (composée par Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead).

Daniel Day Lewis, déjà en lice pour l’Oscar du meillleur acteur, n’a pas non plus eu droit au prix d’interprétation masculine, qui est allé à l’acteur iranien Reza Najie pour son rôle de père dans le beau conte poétique et réaliste « The Song of Sparrows » de Majid Majidi.

Sans surprise, le jury a couronné la pétillante Britannique Sally Hawkins, 31 ans, pour son rôle d’une extravagante Londonienne célibataire dans la jolie comédie « Happy-Go-Lucky » de Mike Leigh.

Aucun des films français présenté en compétition n’a reçu de récompense. Erick Zonca n’a pas convaincu avec son « Julia » tourné aux Etats-Unis. Malgré de bons ingrédients de départ, le film s’embourbe trop vite dans les méandres d’un scénario frôlant parfois le ridicule.

Robert Guédiguian semble clairement en manque d’inspiration pour son très noir « Lady Jane », polar sans énergie où sa petite troupe marseillaise semble mal vivre la crise de la soixantaine.

En marge du palmarès officiel, le premier film de Philippe Claudel « Il y a longtemps que je t’aime » est tout de même reparti avec le prix des lecteurs du Berliner MorgenPost et le prix du jury international oecuménique.

Des stars, mais une sélection morose

Ce palmarès controversé vient clôturer une compétition jugée morose, ennuyeuse et sans audace par la presse internationale. « Pour employer une formulation généreuse, la compétition est très moyenne, excepté “There Will be Blood”, tranchait dès mardi le Tagesspiegel. “Encore une fois, le comité de sélection a mis l’accent sur de beaux sujets, sans toujours prêter l’attention nécessaire aux qualités esthétiques et narratives”, accusait le quotidien berlinois.

Dieter Kosslick, directeur artistique du festival, semble avoir dépensé plus dénergie à assurer l’aura médiatique de son festival, avec la venue de Madonna, Patti Smith ou les Rolling Stones, qu’à se poser la question de la pertinence de sa sélection.

Lire aussi : tous les articles de Rue89 sur la Berlinale 2008

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  • Dominique MAMERE
    Dominique MAMERE
    Professeur d'Histoire- (...)
    • Posté à 12h41 le 17/02/2008
    • Expert 19131
      Professeur d'Histoire- (...)

    Pour ceux qui ont aimé Tropa de Elite, je leur recommande aussi « Ônibus 174 ». C’est encore plus dur.

  • riverain désinscrit
    • Posté à 12h47 le 17/02/2008
    • Internaute 24295

    un peu dommage que des journalistes quittent la salle en se contentant de « dénoncer » ce qu’ils croient être une apologie de la violence...

    pour S. Pichon : « Missing » et « Porté disparu » de Costa, c’est le même film (VO ou VF)

    • Yann Guégan
      Yann Guégan répond à riverain désinscrit
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
      • Posté à 14h32 le 17/02/2008
        éditeur
      • Journaliste 1836
        Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

      Bien vu. C’est rectifié.

  • paradoxe
    • Posté à 14h01 le 17/02/2008
    • Internaute 14804

    pour avoir visionné ce film au Brésil, je peux dire que c’est vraiment dommage qu’il reçoive un prix international, qui va conforter une certaine bourgeoisie brésilienne contre les favelas et les méchants pauvres qu’il faut combatre
    La morale à la fin est très claire, les policiers sont des gentils qui deviennent méchants à cause du trafic, de plus il est normal qu’ils torturent et agissent comme les criminels
    bref, la loi ne sert à rien, quant aux droits de l’homme n’en parlons même pas
    Un autre film brésilien « L’année ou mes parents sont partis en vacances », qui parle du temps de la dictature en 1970, n’as même pas été selectionné et pourtant c’est un film plein de poésie qui au contraire de Tropa de elite défend les droits de l’homme, quelle que soit sa condition sociale

    • riverain désinscrit
      • Posté à 15h34 le 17/02/2008
      • Internaute 24295

      Je n’ai pas encore vu ce film je ne peux donc pas répondre sur ce que vous en pensez.
      Le Brésil ne parvient pas à se débarasser du souvenir des régimes autoritaires (relation de domination entre état / classe privilégiée et peuple)
      Le contrôle de la violence et du crime présente une double difficulté :
      a) le contrôle de la violence de la société civile,
      b) le contrôle des forces répressives de l’Etat.

      Les « pauvres » qui n’ont aucune confiance dans leur police et leur justice (corruption et justice de classe) préfèrent règler seuls leurs différends.
      J’ai passé quelques temps en 2000 du côté de Recife et dans les favelas qui entourent la ville. Il y avait à l’époque de l’ordre de 45 morts violentes par semaine, et les policiers étaient tout heureux d’exhiber leur Taurus ou leur fusil d’assaut en pleine rue...

      La morale que vous décrivez s’apparente à celles que l’on trouve dans la majorité des films étatsuniens... l’état brésilien a été bon élève.
      doit-on prendre ce film au premier degré ou au contraire le voir comme une dénonciation ? Quand je l’aurai vu je jugerai...

  • moondancer
    • Posté à 15h31 le 17/02/2008
    • Internaute 32460

    A mon avis, Tropa de Elite n’est pas un film avec un message univoque, encore moins un message « crypto-fasciste ». TdE n’est absolument pas un film qui met sur le seul dos des « pauvres » la responsabilité du commerce de la drogue (Paradoxe a-t-il vraiment vu et compris les dialogues du film ?). Au risque de radoter, je pense que ce film est bien plus dense que ne le disent ses détracteurs (peut-on d’ailleurs sérieusement critiquer un film quand on ne l’a pas vu en intégralité ?) et qu’il laisse au spectateur pas mal de liberté d’interprétation.

    • paradoxe
      paradoxe répond à moondancer
      • Posté à 15h41 le 17/02/2008
      • Internaute 14804

      je suis brésilienne et ce film m’a été montré par des amis bourgeois de Sao Paulo en novembre, comme une « preuve “ s’il en fallait une, que la dictature et sa violence étaient indispensables pour contrer la lutte contre la drogue et la violence dans les favelas
      il suffit d’ailleurs de voir comment sont montrés les étudiants qui se dévouent au sein de la favela dans le film...comme des pauvres utopistes qui n’ont rien compris au problème
      je précise que j’ai vu ce film en vo, puisque le portugais est ma langue maternelle

  • simondamien
    • Posté à 15h56 le 17/02/2008
    • Internaute 32463

    J’ai moi aussi vu le film au Bresil, ou je vis depuis 1 an et demi. Comme Moondancer, je pense que le message du film est plus complexe que ce qu’on peut lire dans les critiques.

    En ce qui concerne la corruption de la police, le film est tres proche de la realite (collusion avec les trafiquants, tournee de fin de journee pour recuperer la « remuneration » de la protection accordee aux commerçants...)

    Je ne comprends pas la remarque de Paradoxe (« La morale à la fin est très claire, les policiers sont des gentils qui deviennent méchants à cause du trafic ... »). Ce n’est pas ce que j’ai retenu du film, et je ne pense pas que ce soit le message que le realisateur voulait faire passer.

    Le film insiste plus sur la complexite du trafic du drogue, notamment l’implication des classes moyennes et des « social elites » - qui ont beau jeu de denoncer la violence et la corruption de la police mais finalement s’en accomodent parfaitement (et en profitent au quotidien, puisque cette corruption leur assure une forme d’impunite vis a vis de la loi).

    Ce qu’on peut reprocher au film, c’est de montrer - de nouveau - le visage le plus violent du Bresil. On pourrait egalement regretter que le film ne cherche pas plus a comprendre l’origine de cette violence, de ces desequilibres. Mais on ne peut pas dire de ce film qu’il fait l’apologie de la violence ou qu’il justifie les methodes du BOPE ...

    • Dominique MAMERE
      Dominique MAMERE répond à simondamien
      Professeur d'Histoire- (...)
      • Posté à 16h48 le 17/02/2008
      • Expert 19131
        Professeur d'Histoire- (...)

      Entièrement d’accord. On voit bien le paradoxe des fils à papa qui financent le crime en se fournissant en drogue dans les favelas. C’est le genre à critiquer et à se plaindre des favelas, des politiques corrompus, en famille, mais ce sont les premiers à financer la pègre en achetant de la drogue. Playboyzinhos de merda !

    • Manoplas
      Manoplas répond à simondamien
      En los madriles
      • Posté à 22h01 le 17/02/2008
      • Internaute 23174
        En los madriles

      A voir sur le sujet : Noticias de uma guerra particular, ou encore Falcão, Meninos do trafico.
      Le premier traite de ces tropas de elite, et des relations avec les trafiquants, la corruption du pouvoir politique, l’abandon d’une population condamnée à rester sur les morros ou juste descendre faire le ménage dans les maisons ultra protégées de la bourgeoisie de Rio.
      Le deuxième traite de Rio, et a été réalisé par un musicien de hip hop nommé MVBill, ancien trafiquant repenti sur l’utilisation des enfants dès leur plus jeune âge dans le système du narcotrafic.
      L’avantage de ces deux documentaires est de montrer plusieurs face au problème, même si je n’irais pas jusqu’à parler d’objectivité.

  • paradoxe
    • Posté à 16h07 le 17/02/2008
    • Internaute 14804

    simondamien pour en avoir débattu longuement sur place avec la bourgeoisie locale, je persiste et signe que le message qui a été vehiculé et compris par les « paulistas » en tout cas, c’est qu’il faut laisser les policiers agir comme ils veulent(ben oui, ils s’accomodent, ça les arrange !) et surtout pas penser aux respects des individus, ce ne sont que des pauvres et des drogués en plus !
    Qu’en Europe ce film soit consideré comme un documentaire de la realité brésilienne actuelle je le conçois
    Reste, que pour les classes dirigeantes et riches du pays, donner un prix européen et renomé à un film pareil est une incitation à continuer ce type de politique
    Lula se bat actuellement dans le pays pour faire changer les choses et c’est deja assez difficile comme ça
    Aujourd’hui les écoles, la vie dans les favelas, est financé par le trafic de drogue , je ne pense pas que ce soit une répression policière qui fera changer cela, mais une vrai politique sociale qui viendra se mettre en place

    • toots
      toots répond à paradoxe
      void
      • Posté à 02h24 le 18/02/2008
      • Internaute 15123
        void

      « simondamien pour en avoir débattu longuement sur place avec la bourgeoisie locale, je persiste et signe que le message qui a été vehiculé et compris par les “paulistas” en tout cas, c’est qu’il faut laisser les policiers agir comme ils veulent(ben oui, ils s’accomodent, ça les arrange !) et surtout pas penser aux respects des individus, ce ne sont que des pauvres et des drogués en plus ! »

      Cela me fait penser à Montiesqueu écrivant à propos de l’esclavage, qui était si ironique que même les esclavagistes le prenait pour un texte sérieux..

      Serait-ce le cas ici ?

      • paradoxe
        paradoxe répond à toots
        • Posté à 10h20 le 18/02/2008
        • Internaute 14804

        Des spots actuellement à la telé au Brésil, ou un grand acteur de « novela » demande justement des bénevoles pour aider à ouvrir des écoles et alphabetiser les gamins des favelas........ce film montre les fils de bourgeois bénevoles comme des utopistes, qui ne vont dans les favelas que pour mieux acheter leur drogue
        Ce n’est qu’en passant par l’éducation de ces gamins,en leur donnant la possibilité de s’en sortir, qu’on arretera ce puissant trafic qui nourri des familles entières, tout ça est loin d’etre explicité dans tropa de elite
        ce film est une critique de la politique sociale de Lula,et un message pour un retour aux forces armées et à une police toute puissante, comme du temps de la dictature
        Alors oui, le message n’est peut etre pas clair, mais c’est peut etre voulu ?

  • simondamien
    • Posté à 16h43 le 17/02/2008
    • Internaute 32463

    Paradoxe, vivant a SP, je sais que les paulistanos comprennent / justifient la violence de la police. Mais je n’ai pas dit que j’etais d’accord avec ça - j’ai juste dit que, selon moi, le message du film ne porte pas uniquement sur la violence de la police, mais egalement sur la complaisance des elites

    Je suis aussi d’accord quand tu dis que le fond du probleme est dans la politique sociale du pays - a ce niveau la, je ne sais pas si Lula est le meilleur exemple vu la corruption generalisee dans ses gouvernements successifs.

    Enfin, quand on sait que les attaques du PCC en 2006 ont ete dirigees depuis une prison, ou que les trafiquants de Rio ont fait brule 50 personnes dans un bus sur la Linha Vermelha a Noel 2006, on peut parfois comprendre la tentation pour la police - et pour les citoyens - de justifier la violence policiere.

  • paradoxe
    • Posté à 17h17 le 17/02/2008
    • Internaute 14804

    Le héros de ce film est un flic qui torture, et non la violence policière ne se justifie pas...la preuve, ça ne marche pas que je sache et c’est de pire en pire non ?
    Pendant les années de dictature, la violence policière bien que n’atteignant pas celle d’autres pays d’amérique latine a été quand même pas vraiment dans la lignée des droits de l’homme
    Aujourd’hui au Brésil, l’élite hurle au loup parce qu’ils doivent payer des impots pour financer en particulier la « bolsa familia », qui est donné à chaque famille par enfant scolarisé....c’est comme ça qu’on va lutter contre le PCC, pas en mettant en avant une police d’élite, violente, qui a tous les droits
    Ce film m’a été montré par l’élite de Sao Paulo, qui ne se sentait nullement attaquée, mais qui au contraire m’expliquait que ce n’est que des gens comme ces flics la qui pourraient arreter le trafic et le PCC....on a vu ce que ça a donné en Colombie
    Quant aux playboisinhos, ce qui m’a été dit c’est qu’il fallait pas qu’ils s’impliquent dans l’aide des favelas et que les ONG ça servait à rien...faut laisser faire les flics ! mort aux pauvres et aux traficants ! ! (sauf les bonnes ein ? faut quand meme pas déconner)
    Que la corruption existe au Brésil, c’est malheureusement exact et on ne changera pas la donne en deux minutes...c’est toute une culture et une éducation sur des longues années à changer
    Reste , que comparé aux anciens gouvernements, Lula est ce qu’il y a de mieux pour que le pays avance enfin,mais ce n’est que mon avis
    N’as tu pas remarqué, qu’on parle beaucoup plus de corruption maintenant qu’avant ? Ben oui, avant ça existait, ça arrangeait tout le monde et...on en parlait pas ; -)
    Je trouve, par ailleurs curieux que ce film, très bien realisé par ailleurs, ai beneficié d’autant de moyens et de pub

    • unagi-
      unagi- répond à paradoxe
      卑語
      • Posté à 21h16 le 19/02/2008
      • Internaute 24252
        卑語

      bah non, ce n’est pas curieux, le film est excellent, la « condamnation » sans appel » ;

  • machinchose
    • Posté à 18h43 le 17/02/2008
    • Internaute 8651

    je n’ai pas vu le film mais je rappellerais pour mémoire que « starship troopers » de Verhoeven a été pris au premier degrès (film fasciste clair) par de très nombreuses critiques américaine. (alors même qu’il est clairement la dénonciation d’une dérive fascisante et abrutissante)

    Idem pour le très sombre « fight club » qui décrit une organisation quasi-fasciste et deshumanisante mise en place par les héros du film. Pris au premier degré il est limite.

    Dans les deux cas le coté primaire de la narration serve précisemment comme une picure de rappel glaçante au risque assumé de conforter les abrutis dans leur position.

    Du coup je me demande si les « bourgeois » qui brandissent le film ne seraient pas passé à coté de son coté dénonciateur tant ils sont aveugles eux même plus leur dérive.

    • paradoxe
      paradoxe répond à machinchose
      • Posté à 10h38 le 18/02/2008
      • Internaute 14804

      l’ennui c’est que ce sont eux qui tiennent les renes du pays, et qu’un prix européen ne peut que les confirmer dans leurs sentiments

      • unagi-
        unagi- répond à paradoxe
        卑語
        • Posté à 21h18 le 19/02/2008
        • Internaute 24252
          卑語

        alors autant censurer, vous avez raison

  • Miliciano
    • Posté à 08h00 le 18/02/2008
    • Internaute 24208

    Je sais pas si c’etait l’intention de l’auteur du film. Mais le film a l’air de cautioner les agissements de cette police d’elite. je ne pense que ce montre le film est le probleme, mais ce que ne montre pas le film. C’est a dire le point de vue de ce qui vive dans les favelas, et je pense c’est pourquoi ce filme pose un reel problem. Et aussi important, c’est le fait qu’il critique seulement jeune petite bourgeoisie qui consomme de la drogue, et non la grande bourgeoisie qui est la cause de cette inegalite et donc du traffique de drogue et de la violente repression policiere.

    • unagi-
      unagi- répond à Miliciano
      卑語
      • Posté à 23h38 le 18/02/2008
      • Internaute 24252
        卑語

      je viens tout juste de voire « tropa de elite », une chose m’a surprise c’est l’empathie qui s’installe envers le capitaine.
      Je comprend et je perçois la polémique suscitée et je la perçois et ne la comprend pas. J’imagine un documentaire sur cette unité ou sur sur n’importe quelle troupe d’élite en situation de combat. Ou peut être le contrepoint dans cette situation. Et pourtant à mon sens il est présent tout le long du film par la révolte du propre corps du capitaine et c’est cette résistance interne et cette autodestruction qui pointent la fracture entre l’engagement, l’esprit de corps et le mensonge dans la structure même des mp et leur rôle et au delà, la société brésilienne. je suis gré au réalisateur de ne pas borner son scénario par un regard en contre ou un discours plus politisé.
      Je suis terrifié par ce que j’ai vu, fasciné aussi. La complexité interroge mais toutes les réponses se dévoilent en filigranes, elles sont ténues, ébranlent.
      Costa gavras a été parfait.

    • unagi-
      unagi- répond à Miliciano
      卑語
      • Posté à 21h13 le 19/02/2008
      • Internaute 24252
        卑語

      avez vous vu le film ?

  • Eljorge
    • Posté à 13h33 le 18/02/2008
    • Internaute 32565

    « Le film “ Troupe d’élite ” a créé une polémique. Ancré dans une stratégie de marketing magnifiée de désordre, qui a cohabité avec la reproduction “ illégale ” de millions de copies avant même que le film ne sorte en salles, il a fini par jouer un rôle qui se démarque dans la réflexion sur un aspect paradigmatique de la réalité brésilienne contemporaine : la violence dans les périphéries des grandes agglomérations urbaines. Rien que cela serait déjà une bonne nouvelle. Mais le film est bon dans sa dimension esthétique, et suggestif dans sa dimension éthique. En ne présentant pas d’issue, le film révèle une vision nihiliste qui, pour autant, ne peut pas être identifiée comme une perspective réactionnaire. C’est la logique qui engendre la société qui a besoin de la police du Bope, qui est violente et autoritaire. Il n’y a pas de gloire à exploser la tête d’un bandit avec un 12 mm, mais une conscience assumée de la nécessité de sa fonction pour le bon ordre de la société, qui ne comprend pas mais connaît les rouages. L’ordre, ici, c’est le chaos. »

    Tel est le début d’une analyse menée par João Ferrer et traduite ici :
    Lien

    Dans ce texte, l’auteur va dans le sens d’un film plus complexe que la lecture « fascisante » qui peut en être faite. Il dit que le film ne montre pas d’issue au cycle violence/corruption/pauvreté que connaissent certaines favelas du Brésil. Mais il pense que ce film pousse à la réflexion.

    Moi je pense qu’une question importante qui est posée par ce film est : comment ce film est-il perçu ? Et là, on connait les réponses : ça dépend par qui ! C’est le problème de l’interprétation des films et autres discours artistiques ou non. Le réalisateur ne maîtrise pas l’interprétation qui peut être faite.

    Aussi, je comprends que certains réagissent mal. Mais je me dis que le jury de Berlin, et Costa Gavras en particulier, ont voulu plébisciter un film qui non seulement est techniquement très très bien fait (on aime ou pas, c’est une autre question) mais pousse aussi à la réflexion.

    a+
    Jorge

  • moondancer
    • Posté à 13h55 le 18/02/2008
    • Internaute 32460

    Merci El Jorge de nous apporter ce texte de ce M. Ferrer et permet de commencer à élever le débat.

  • carioca
    carioca
    Proffesseur Universitaire
    • Posté à 15h01 le 18/02/2008
    • Expert 32561
      Proffesseur Universitaire

    Je ne suis pas cineaste mais membre de la « classe moyenne -haute » de Rio et j´habitte un quartier moins violent (mais, comme touts les autres, entourré de favelas) depuis 47 ans.
    Le film n´est pas un simple documentaire mais un portrait trés precis de la realité de Rio.
    Qu´on n´aime pas voir cette violence exposée doit expliquer pour quoi la pluspart même des citoyens ferment les yeux ou minimisent les consequences. Les chifres qu´on a ici sont comparables a ceux des conflits comme la Palestine, l´Iraq et l´Afeganistan mais on ne peut pas penser a ça et vivre une vie normale dans une ville si belle et si interessante comme Rio. Le film viens exposer cette realité et aussi avertir au consomateurs des petites quantitées de drogue des touts les soirs chez des amis, aux nightclubs, ....., qu´ils sont une partie importante de cette chaîne de violence.
    Ceux qui se sont pris aux aspects artistiques ou ont même inventé des tendences facistes ( ? ? ? ? ?) dans l´histoire, n´ont aucune idée du contraste cotidien de Rio ou viennent ici seulment pour visiter les favelas comme des touristes.
    Ce n´est peut être pas une realité unique au monde mais un standart emergent des grandes villes, au moins dans les pays ou la justice, le pouvoir publique et l´education ne sont pas faits pour touts.

    PS-Excusez mois pour le mauvais français.

  • paradoxe
    • Posté à 15h04 le 18/02/2008
    • Internaute 14804

    et voila ce qu’on lit sur ce lien
     » »« Pour cette raison, “ Troupe d’Élite ” n’est pas un film réaliste. Il est le récit d’une interprétation. D’ailleurs, il ne prétend pas l’être, même s’il parle de “ portrait de la réalité ” dans sa publicité. » » »

    on parle de portrait de la réalité dans la pub, on diffuse des millions d’exemplaires avant meme sa sortie en salle,mais c’est pas réaliste et il faut pas s’en inquièter, t’as raison moondancer, on va élever le débat ; -)

    Ceci dit, je suis tout à fait d’accord avec ce que dit El Jorge ,intervention très pertinente, après il faut savoir si un film doit être jugé de par sa qualité artistique et par le message qu’il passe à une certaine élite qui sait ce que c’est le nihilisme,et qui n’est certainement pas la majorité de la population, particulièrement en Amérique Latine

  • Chad
    • Posté à 02h48 le 19/02/2008
    • Internaute 26424

    Je n’ai pas vu le film mais d’après les commentaires il semblerait que pour lutter contre les trafiquants, un policier utilise la manière forte.
    Je pense, comme Paradoxe, que la violence policière ne se justifie jamais. Et les bandits, trafiquants, pédophiles et autres sont bien utiles pour justifier la répression qui s’applique ensuite aux marginaux, opposants, manifestants, etc...
    C’est peut-être un peu hors-sujet mais je ne peux m’empêcher de penser à ce qui se passe chez nous avec les lois de plus en plus répressives qui ont été votées ces dernières années (loi contre les récidivistes éventuels, par exemple).
    Se méfier, donc, de la banalisation de la répression : la police n’a pas tous les droits.

  • compte supprimé 23.01.09
    • Posté à 17h48 le 19/02/2008
    • Internaute 31991

    J’ai vu le film avec des sous-titres anglais , et au premier degré , c’est nettement une apologie de la violence policière

    Lien

    Le livre dont est tiré ce film a été très controversé à sa sortie parce que le BOPE y est décrit comme « une véritable machine à tuer » et c’est je pense ce que le réalisateur voulait montrer ; mais il y a peut-être trop bien réussi ...

    • moondancer
      • Posté à 19h44 le 19/02/2008
      • Internaute 32460

      Le réalisateur a trop réussi à montrer que le BOPE est « une véritable machine à tuer » et le film est apologétique ?

      • compte supprimé 23.01.09
        • Posté à 23h44 le 19/02/2008
        • Internaute 31991

        Non , je pense que le réalisateur voulait certainement dénoncer les agissements du BOPE . Mais si les policiers sont « des assassins de l’ordre », de l’autre bord , chez les trafiquants de drogue des favelas , un mec qui réussit à être encore en vie à 20 ans , a déjà tué une demi-douzaine de personnes . Alors ... bof

        Je comparerais l’impression que m’a laissé ce film (toute proportion gardée bien sûr) a des évènements récents en France ; le cirque énorme, disproportionné des policiers à Villiers-le-Bel et en même temps la satisfaction de voir que les voyous ont été appréhendés

    • unagi-
      unagi- répond à compte supprimé 23.01.09
      卑語
      • Posté à 20h48 le 19/02/2008
      • Internaute 24252
        卑語

      arrêtez l’anglais ! ! !

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 20h21 le 19/02/2008
    • Internaute 24252
      卑語

    rappel. Tout le film par l’intermédiaire d’un homme, son activité sa voix off ; Cet homme est capitaine, officier volontaire d’une unité d’élite, une des prmières phrases du film est « nous sommes en guerre » ; A quoi vous attendez vous, à des paraboles philosophiques sur la société ? . A une remise en question profonde sur son activité au sein de la police ; Avez vous besoin comme dans les bd de l’apparition du petit diable et de l’ange ?
    Ce film est un constat brut. Parler d’idéologie fascisante est d’une pauvreté absolue. Avez vous vu le documentaire du même réalisateur ? Le nom de Costa Gavras ne vous évoque rien ?
    Le manichéisme américain et le pseudo intellectualisme des films français , c’est sur, demande moins.

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 20h24 le 19/02/2008
    • Internaute 24252
      卑語

    Pour les devins, qui se souvient de la critique de finkielkraut du film de kusturica et de ses conséquences ?