Chine-Taiwan : les raisons d'une confrontation à venir
Suite au résultat des élections législatives sur l’île de Taiwan, le 12 janvier, qui a vu le triomphe du « camp bleu » (nationalistes du Guomindang et partis favorables à la réunification) et la défaite du « camp vert » (indépendantistes du DPP et centristes de la TSU), plusieurs commentateurs et éditorialistes français, se sont empressés de pronostiquer une baisse de tension dans cette partie du monde.
A première vue tout le laisserait en effet supposer, le camp bleu étant favorable à un rapprochement avec le continent. Cependant, et indépendamment du résultat des élections présidentielles du 22 mars prochain qui verront de nouveau s’affronter les deux camps, il convient d’observer plus en détail le contexte de ces élections et d’analyser plus précisément les tenants et les aboutissants de la situation pour
tenter d’en tirer des enseignements à mon sens plus pertinents. Car contrairement à ce que laisse entendre ces commentaires précipités, une dégradation de la situation dans le détroit de Formose est l’hypothèse la plus vraisemblable.
Cohabitation à la taiwanaise
Rappelons d’abord la situation préexistante : si depuis huit ans Taiwan est dirigé par un président issu du DPP d’obédience indépendantiste, le Yuan législatif (parlement) n’a par contre pas cessé d’être dominé par le Guomindang et ses partis « frères » créant de la sorte une cohabitation à la taiwanaise qui a neutralisé de part et d’autre toute velléité d’appliquer à la lettre leurs programmes respectifs (même si la politique culturelle de « taiwanisation » initiée par le DPP a permis à Taiwan d’opérer une prise de distance vis-à-vis du passé historique jusqu’à présent dominé par une lecture nationaliste). Ainsi depuis huit ans aucune tentative de décréter unilatéralement une indépendance ou pour engager des pourparlers avec le continent en vue d’une réunification n’a été envisagée. Si donc le statut quo avec la Chine a pu être préservé c’est d’abord parce qu’il en était de même sur le terrain intérieur taiwanais entre les deux camps en présence.
Une réélection d’un président de sensibilité indépendantiste avec une assemblée majoritairement nationaliste ne saurait donc à cet égard changer la situation. Dans ce cas de figure et pour la raison précédemment énoncée, il semble évident que Taiwan n’aurait pas d’autres perspectives immédiates que le maintien du statut quo avec son voisin continental (Même si Taiwan recherchait par ailleurs à intégrer l’ONU sous une appellation ou sous une autre comme le souhaitent la plupart des partis taiwanais). Mais pour qu’un statut quo perdure il faut l’accord au moins implicite des deux parties en présence. Or tout laisse à penser que du point de vue de la Chine, ce statut quo hérité des années de guerre froide n’est plus à même de satisfaire ses dirigeants : non pas seulement parce que la guerre froide étant finie « l’emplâtrage » que constituait à l’époque le statut quo est devenu obsolète, mais parce qu’on assiste dans la région à une recomposition des rapports de forces en conformité avec la réalité contemporaine des poids économiques, politiques et militaires des Etats en présence.
Régler au plus vite la question nationale
La Chine devenant une grande puissance économique et son statut politique étant désormais internationalement reconnu il devient désormais nécessaire aux yeux de ses dirigeants de régler à bref délai la question taiwanaise. Leur crédibilité y est d’autant plus en jeu que dans le contexte de crise sociale et environnementale larvée que connaît la Chine aujourd’hui, leur seule légitimité auprès de la population se joue sur la question nationale. A cet égard, et après la rétrocession de Hong Kong et de Macao, la question de Taiwan devient une question cruciale à laquelle le statut quo n’est plus à même de répondre de manière satisfaisante car laissant en suspend une résolution toujours indéfiniment repoussée.
Dans ce cas de figure donc où le candidat du DPP accèderait à la présidence, la Chine de manquerait pas, après la tenue des JO à Pékin qui montreront au monde le visage d’un pays pacifique, de faire monter la pression à un degré qu’il est cependant difficile de prévoir.
Ceci étant posé, examinons maintenant l’hypothèse d’une victoire du candidat Guomindang à l’élection présidentielle. Cette hypothèse ravirait bien sûr les dirigeants chinois qui entreverraient enfin la possibilité de négocier pacifiquement et à moindre frais une réunification avec l’île. Si pour des raisons électoralistes Ma Yinjiu, le candidat nationaliste s’est jusqu’à présent officiellement refusé à envisager de sa part une initiative en ce sens, il n’a par contre pas précisé ce que serait sa position si une telle initiative venait du camp continental, ce qui ne manquerait évidemment pas d’arriver.
La question de la démocratie
Le problème serait alors d’une autre nature car la question ne serait plus seulement celle du statut de l’île mais également celle de la démocratie. Car plus encore peut être que l’indépendance de Taiwan, ce que redoute Pékin pour des raisons intérieures, est l’exemple que l’île donne d’une transition démocratique réussie sur un territoire de culture chinoise. Au vu de l’évolution politique de Hong Kong où les échéances démocratiques négociées avec l’ancien occupant sont sans cesse dénaturées et repoussées, tout laisse à penser qu’une proposition de réunification avancée par la Chine devrait se faire au prix du sacrifice total ou partiel de la démocratie taiwanaise.
Si une partie notable du Guomindang est sans doute prête à cela, il n’est pas sûr que le parti dans son ensemble, sans parler de l’opinion publique taiwanaise, s’y résolve de si bon gré. Dans un pays qui a connu une dictature de plusieurs décennies, la perspective d’un retour à des formes autoritaires de gouvernement aura en tous cas peu de chance de faire l’unanimité. En tout état de cause une telle proposition de réunification ne pourrait que créer à Taiwan même une crise politique majeure de laquelle le Guomindang pourrait ne pas sortir indemne. Et cette crise rendrait par là même d’autant plus difficile une résolution négociée. On se retrouverait alors dans le même cas de figure que dans l’hypothèse précédente.
Les formes que prendront cette confrontation ainsi que les réactions des pays voisins ou impliqués dans la région sont bien sûr difficiles à déterminer car dépendant de considérations économiques et politiques qui dépassent le seul cadre de la question taiwanaise, mais la seule certitude que nous pouvons avoir c’est la proximité de cette confrontation à venir.
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La preuve de vie de Roméo Langlois, bientôt libéré par les Farc ? 








enseignant
enseignant
Si tous les arguments avances par Sam Artus sont pertinents, ses conclusions quant a l’imminence d’une reunification-invasion me semblent un peu hatives. Il ne s’agit pas d’avoir tort ou raison, je n’ai qu’une opinion, bien sur. Il est difficile de prevoir l’avenir. Vu de l’interieur, je parle de Taiwan, le futur de l’ile apparait bien sombre. Les Taiwanais, Kuomingtang ou DPP, ne se font pas d’illusions sur une reunification a long terme avec la Chine, mais ils n’aiment pas en parler, car ce sera une page sombre de l’histoire de Taiwan, une page « ecrite sur les murs en lettres de sang » m’a-t-on dit un jour. Invariablement, les conversations se tournent vers le maintien du statu quo. Les Taiwanais ne veulent pas d’une guerre, et guerre il y aura si la Chine decide d’envahir cette democratie rebelle. Les Chinois ne veulent surement pas d’une guerre non plus, aussi breve soit-elle. Pas maintenant, pas en ce moment, pas encore. La Chine est trop soucieuse de s’enrichir, la Chine se developpe et reve de devenir la premiere superpuissance. Pourquoi envahir Taiwan maintenant ? Les occasions ont recemment ete tres nombreuses, des etapes ont ete franchies, comme le vote de la loi anti-secession en 2005 couverture légale à une éventuelle attaque contre Taiwan, si celle-ci venait à déclarer son indépendance. Ces etapes n’ont pourtant pas fondamentallement change les relations entre les deux rives. La Chine n’a jamais eu besoin d’une loi pour envahir Taiwan. Cette loi s’inscrit dans la continuité de la politique irrédentiste et inconditionnelle de la Chine, la politique des « trois non » : Non à l’indépendance de Taiwan, Non à deux Chines ou à deux Etats Chine et Taiwan et Non à l’adhésion de l’île à des organisations requérant le statut d’Etat. Pékin a toujours fait preuve d’une inflexibilité totale et parfois délirante face à une île pourtant de facto indépendante (rappelons l’anecdote de ce dirigeant chinois qui avait menacé d’atomiser Los Angeles alors qu’un sénateur américain s’apprêtait à se rendre à Taiwan pour une visite officielle). La Chine n’a jamais renoncé à l’usage de la force et cette politique s’est souvent vue accompagnée de dérapages verbaux d’un côté comme de l’autre du détroit : « nous laverons l’île dans le sang » côté chinois, « nous bombarderons Shanghai » côté Taiwanais… Mais ces tensions, ces frictions ne sont pas continuelles, il s’agit de souffler le chaud et le froid, de montrer sa force, sa détermination, de montrer que l’on ne se laisse pas intimider. Les elections du president Taiwanais au suffrage universel, depuis 1996, ont ete autant d’episodes autrement plus inquietant que la victoire du Kuomingtang aux dernieres legislatives. A la veille de ces premières élections, la Chine, on s’en souvient, a effectué des tirs de missiles M9 à blanc aux portes de Kaohsiung et de Keelung (les deux principaux ports de Taiwan). Suite à ces tirs de missiles le géant annonce des manœuvres avec tirs réels au sud ouest des Pescadores (archipel du détroit, territoire Taiwanais). Les Etats-Unis interviennent en envoyant le porte avion « Independence » bientôt suivi de la septième flotte. Le PCC, très irrité menace d’anéantir la flotte US « sous une mer de feu ». Il n’en fait rien, et c’est le Kuomingtang qui remporte les élections.
2000, secondes élections présidentielles. La Chine multiplie les missiles pointés sur Taiwan (Taipei estime à 600 le nombre de missiles aujourd’hui pointés sur l’île) menaçant l’économie la plus concentrée du monde. Les incidents aériens dans le détroit se multiplient à l’initiative des forces chinoises. Les élections se déroulent néanmoins, effondrement du Kuomingtang et premier mandat de l’actuel président Chen Shui Bian (DPP), indépendantiste modéré.
2004, troisièmes élections présidentielles. Chen Shui Bian décide d’accompagner ces élections d’un referendum qui propose aux Taiwanais de répondre à deux questions portant d’une part sur le renforcement des capacités de la Défense Nationale face à la pression militaire exercée par la Chine et d’autre part sur la volonté de traiter d’égal à égal (sans dire d’état à état) avec la Chine. La participation au referendum sera trop peu élevée pour qu’il aboutisse. La Chine rugit bien entendu, et entame les traditionnelles manœuvres d’intimidation à trois jours des élections et du référendum. La flotte chinoise croise donc au large de Taiwan et collabore étroitement avec… la marine française ! La propagande chinoise exultera, parlant des plus grandes manœuvres effectuées avec une puissance étrangère. En France en revanche, silence radio, seul un article dans le Figaro évoquera cet événement.
Une situation tendue, oui, depuis des annees. Le statu quo y a toujours resiste. L’urgence pour la Chine, a mon avis, n’est pas d’y mettre un terme. L’urgence est ailleurs et nous ne pouvons qu’esperer que la situation actuelle dure le plus longtemps possible. En guise de conclusion je n’essaierai pas de prévoir l’avenir, je peux juste vous raconter cette blague taiwanaise qui se demande pourquoi les chinois pointent des missiles sur Taiwan alors qu’il suffirait que chaque chinois crache une fois sur l’île pour la noyer complètement…
A suivre…




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