Histoire 28/01/2008 à 00h22

Les négatifs de la guerre d'Espagne de Capa refont surface

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

C’est une découverte extraordinaire pour les amoureux de la photographie : des milliers de négatifs datant de la guerre d’Espagne, pris par le grand photographe Robert Capa, ont été miraculeusement découverts alors que tout le monde, à commencer par leur auteur, les pensait perdus à jamais depuis la deuxième guerre mondiale.

Selon le New York Times qui révèle l’affaire, les négatifs, entassés dans trois valises, ont été découverts au Mexique, dans les affaires d’un général et diplomate ayant servi sous Pancho Villa au Mexique ! Ce sont ses héritiers qui ont découvert le trésor et l’ont identifié, même s’ils n’ont pas la moindre idée de la manière dont les trois valises ont abouti entre les mains de leur aïeul.

Robert Capa avait abandonné ses négatifs dans son studio parisien lorsqu’il s’était enfui pour les Etats-Unis avant l’entrée des troupes allemandes. Il avait demandé à un ami photographe hongrois, Imre Weisz, de les mettre en sécurité, mais celui-ci fut arrêté et interné. Capa avait estimé que tout avait été détruit pendant la guerre et n’en avait plus entendu parler jusqu’à sa mort en 1954. Ce n’est qu’en 1995 que les premières informations sur ces étranges négatifs ont commencé à circuler, en provenance de Mexico, pour aboutir 12 ans plus tard à cette officialisation.

Les négatifs ont été remis au Centre international de la photographie (ICP), une institution newyorkaise fondée par Cornell Capa, le propre frère du photographe. « C’est le Graal du travail de Capa », s’est enthousiasmé dans le New York Times Brian Willis, le responsable artistique de l’ICP. D’autant qu’à côté des négatifs de Robert Capa, figuraient des photos prises par sa compagne Gerda Taro, et par David Seymour, alias « Chim », avec qui il devait fonder en 1947 l’agence Magnum.

Il ne semble toutefois pas que les valises contiennent les négatifs de la plus célèbre photo prise par Robert Capa pendant la guerre d’Espagne, celle du milicien républicain espagnol touché par balle sur une colline, qui avait initialement été publiée par le magazine français Vu. Une controverse a éclaté autour de cette photo, dont certains critiques affirment qu’elle a été mise en scène. La découverte des négatifs aurait permis de résoudre cette énigme historique. Quoi qu’il en soit, il faut s’attendre, grâce à ces négatifs, à un nouveau regard sur Capa et la guerre d’Espagne, période-clé dans la formation du photojournalisme moderne.

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  • jac le rat
    jac le rat
    aventurier
    • Posté à 00h49 le 28/01/2008
    • Internaute 29819
      aventurier

    Bon, toujours étrange, l’image fixe...
    Enfin, cette curiosité et cette frénésie...
    Bien-sûr, le témoignage...
    ET puis la jouissance...
    L’esthétique de la misère...
    Images, mots...
    Exister comme on peut...
    Et puis, quand même, un sourire amical.
    Bravo ! Comme on peut....

  • jac le rat
    jac le rat
    aventurier
    • Posté à 01h57 le 28/01/2008
    • Internaute 29819
      aventurier

    Mais pourquoi, Mr P.H,, cette info ?
    Et puis, le « photojournalisme moderne »...
    Style, mode, élite... ? Personnalisation du preneur d’image... ? Images du monde ? Image de soi ?
    Une fois de plus, l’image du preneur d’image, du conteur d’histoires,peut rendre opaque la vérité du monde et des êtres.
    Une esthétique sobre et lumineuse, plus loin que « l’énigme historique »,...Jouissive..., et de l’esthétique de la misère...
    Je pensais, par exemple, à Lewis Hine,mort, dit-on, dans la misère.
    Question de milieu, toujours...Et pas assez de gueule, sûrement
    Exister comme on peut...

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à jac le rat
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 11h04 le 28/01/2008
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Pourquoi cette info ? Je ne sais pas pour vous, mais moi la guerre d’Espagne me passionne, et les témoins/acteurs de cette période sont des personnages de haut vol, Hemigway, Malraux, Capa... Tout élément nouveau qui permet d’en savoir plus m’intéresse. De plus, entrer dans la « fabrique » de la photographie est toujours intéressant : j’ai vu l’an dernier à New York une expo sur les planches contact des grands noms de Magnum, permettant de retrouver leurs cadrages, leurs choix. Si ces négatifs permettent d’en savoir plus sur le travail de Capa, je suis preneur, et je ne pense pas être le seul.

      • A déménagé le 8-10
        • Posté à 11h49 le 28/01/2008
        • Internaute 1001
          nc

        Ce moment de l’histoire de l’Espagne (notamment pour son lien avec l’entreprise mortifère d’Hitler-vous-connaissez ?) est un des faits majeurs de l’histoire de l’Europe. Il existe en France un seul film sur cette guerre civile, épouvantable comme toutes les guerres - et les si mal nommées « civiles » sont pires : « Mourir à Madrid », de Frédéric Rossif.

        Un jour, un mien collègue d’Espagnol le fait venir pour ses élèves de Seconde. Son collègue d’Histoire, alléché, le propose à ses Terminales. Question d’un élève : « Monsieur, est-ce au programme ? » Comme la réponse fut négative, le lycéen ne vint pas à la projection : il avait du travail.

        Il gagne sa vie comme comptable*

        * Je n’ai rien contre ce métier, indispensable – à la différence de celui de femme-de-président. C’est juste qu’on ne l’exerce pleinement que si on n’oublie jamais les vies derrière les chiffres.

         
      • tcherno
        tcherno répond à Pierre Haski
        Journaliste
        • Posté à 13h39 le 29/01/2008
        • Journaliste 23127
          Journaliste

        Bien sur que c’est une bonne info ! ! ! A un détail près, personnellement je l’ai lu en premier dans la Reppublica.it avant le NYT. Rendons a César ttral lal la

    • quetzal2012
      quetzal2012 répond à jac le rat
      enseignant précaire
      • Posté à 12h56 le 28/01/2008
      • Expert 26736
        enseignant précaire

      La découverte de ces photos s’avère très importante pour l’histoir de photo-journalisme mais aussi et surtout d’un point de vue historique proprement dit... La mal nommée « guerre civile » espagnole fut effectivement une guerre fratricide entre républicains et nationalistes mais le rôle des Nations européennes en proie au fascisme, au nazisme fut crucial...
      Ils furent pour le pitoyable franco (eh non il ne mérite pas de majuscule) des modèles et furent décisifs dans la victoire des troupes franquistes dans le ravitaillement en armes et dans les nouvelles stratégies d’attaque dont la population de Guernica allait être la première victime (le bombardement à l’aveugle).
      L’Espagne commence à peine à rouvrir les yeux sur cette obscure période où de nombreux points restent encore à éclaircir la seconde guerre mondiale commença le 18 juillet 1936...
      Tout ce qui peut permettre de faire la lumière sur l’histoire nous éclaire un peu plus sur notre situation éternel « aujourd’hui » ! ! !

      Lien

  • dulconte
    dulconte
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 03h39 le 28/01/2008
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    Whaou, je trouve ça incroyablement émouvants.
    J’ai vu a Buenos Aires l’année dernière l’exposition sur les photos de guerre de Capa, c’était...

  • Fozzie
    Fozzie
    Riendutoutiste tendance dure
    • Posté à 08h36 le 28/01/2008
    • Internaute 1195
      Riendutoutiste tendance dure

    Vivement qu’on puisse voir ces photos. Capa est un témoin exceptionnel parce qu’il était là où tout se passait. Au fait, en plus de la Guerre d’Espagne, il serait si bien de retrouver et restaurer ses négatifs du débarquement à Omaha Beach avec la 1ère vague d’assaut. Je sais bien qu’un apprenti développeur les a abîmées, mais on peut croire aux miracles !

  • agil
    • Posté à 08h57 le 28/01/2008
    • Internaute 17241

    Au delà de l’émotion de retrouver un trésor présumé détruit, ces photos nous aideront peut-être à mieux connaitre l’histoire d’amour trop brève de Taro et Capa, de savoir leur part d’ombre, de partager leur fulgurante trajectoire ?

    Peut-être également, serviront-ils à éclairer différemment les clichés féroces du drame Espagnol, dénouer les rancunes, comprendre l’absurde, fermer les blessures ?

    Et si ces négatifs pouvaient servir de révélateur afin de pactiser avec le souvenir encore brulant de cette guerre atroce ?

    Je veux y croire.

  • GASTAUD
    GASTAUD
    photographe
    • Posté à 09h39 le 28/01/2008
    • Internaute 24534
      photographe

    Je me souviens d’une histoire identique concernant Capa, il y a dans les 25 ans, mais c’etait dans un grenier parisien ! ! ! ! ! ! ! Une sorte de petit Poucet de la photo ou un coup de communication du petit frere ? ? ?

  • zébulone
    • Posté à 10h43 le 28/01/2008
    • Internaute 15647

    Heu, n’y a-t-il pas une petite erreur de calcul ? De 1995 à 2007 il n’y a pas 18 ans, mais 12 ans... Petite erreur de frappe alors ?

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à zébulone
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 11h00 le 28/01/2008
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      oups ! merci, c’est corrigé !

  • fredp2
    • Posté à 10h47 le 28/01/2008
    • Internaute 20928

    J’espere que l’on aurra l’occasion de les voir ces images dpuis le temps, j’ai hate ! ! : D

  • A déménagé le 8-10
    • Posté à 11h36 le 28/01/2008
    • Internaute 1001
      nc

    Le hasard veut que j’aie retrouvé hier, dans un salon de collectionneurs, une pièce assez rare : un disque de Guy Bontempelli, avec quelques bijoux dont Vos yeux cachou, Entre la Seine et Rouen. Et surtout, cette chanson-pamphlet sur la guerre d’Espagne, qu’à ma connaissance plus aucune « grande » radio ne passe, et vous allez comprendre pourquoi. On peut retrouver cette chanson sur un CD, paraît-il.

    (Texte introuvable sur le net : c’est cadeau !)

    MADRID

    On entre dans Madrid et Madrid est soumise
    A genoux l’Espagnol baise les parvis
    Pourtant il y avait du sang sur ses chemises
    Qui sèchent à Madrid en travers du ciel gris

    On entre dans Madrid et Madrid est stérile
    Le silence a gagné sur l’écho des tambours
    Lorsque le sang des morts n’est pas indélébile
    Il suffit de la pluie sur le pavé des cours

    Bénis soient les canons les brèches sont ouvertes
    Il fleurit l’Evangile il fleurit le lilas
    Ce lilas dont on sait vos épaules couvertes
    Monseigneur Diaz évêque de Gomorra

    Est-ce le jour qui point est-ce Madrid qui brûle
    Madrid a-t-elle encore quelque chose à brûler
    On fusille peut-être à l’aube des cellules
    L’incendie qui s’éteint rallume des bûchers

    Moi qui n’ai que vingt ans que veux-tu que j’en sache
    Sinon ce morne oubli sinon cette rumeur
    Et ces corps étendus offerts à la cravache
    Lorsque les rues du soir se gonflent de dormeurs

    Bénis soient les canons le cloches carillonnent
    On voit passer partout des Jésus en haillons
    Sur leur tête s’étoile en guise de couronne
    Le barbelé tressé qui leur saigne le front

    On entre dans Madrid, Madrid est famélique
    Il faut survivre, flic ou bien prendre l’habit
    Le peuple-roi devient le peuple domestique
    Le peuple à deux genoux polit les crucifix

    Bénis soient les canons les brèches sont ouvertes
    Ouvertes entre les rues d’où s’échappe un gamin
    Pourquoi pas celui-là qui donnera l’alerte
    Et qui naît à Madrid pauvre et républicain.

    • Anonyme répond à A déménagé le 8-10

      Merci, PMB, c’est effectivement un beau cadeau.

      • A déménagé le 8-10
        • Posté à 16h25 le 28/01/2008
        • Internaute 1001
          nc

        Quinine, MS et autres, heureux de vous donner ce plaisir. Mais un cadeau c’est fait pour être utilisé. Donc, cette chanson, copiez-la, diffusez-la, notamment si vous avez des collègues profs, et si ça peut lancer des gens à la recherche de la chanson complète (je veux dire, avec la musique et la voix de Bontempelli). Et avec les autres. Il y en a trois sur paroles.net

        Si je relis ce poème je trouve ces vers, a priori pas plus forts que les autres, mais...

        « Et ces corps étendus offerts à la cravache
        Lorsque les rues du soir se gonflent de dormeurs »

        On voit les rues espagnoles si gonflées de vie le soir.

        Et on se dit que des gens qui marchent, qui vivent et qui dorment en marchant quand au même moment le déroule l’injustice et parfois tout près, il y en a beaucoup dans le monde. Et que parfois, ces dormeurs, c’est nous...

    • MS
      MS répond à A déménagé le 8-10
      Retraité actif
      • Posté à 16h07 le 28/01/2008
      • Internaute 30073
        Retraité actif

      Merci PMB pour ce merveilleux texte.

  • Avril
    • Posté à 11h43 le 28/01/2008
    • Internaute 24503

    Merci pour l’info. Y a t-il des inédits ? C’est incroyable !

    En revanche, quelle énigme ? n’a t-il pas été établi que le soldat qui tombe sous les balles s’appelle Federico Borell Garcia, milicien républicain, 24 ans, né à Alcoy (Alicante) et tué sur le front d’Andalousie le 5 septembre 1936 à Cerro Muriano, près de Cordoue ?

  • Peureux anonyme
    • Posté à 12h24 le 28/01/2008
    • Internaute 24415

    Très intéressant. On peut se poser deux questions :

    1) comment un général mexicain a-t-il pu récupérer les photos de Capa, abandonnées à Paris en 1940 ?

    2) ces photos vont elles conduire à s’intéresser à la guerre d’Espagne ? et à se demander :

    - quel était le gouvernement démocratiquement élu ?

    - quelle était la position de l’Église Catholique et quels étaient ses alliés ?

    - pourquoi, en 1945, des gens qui prétendaient être venus libérer l’Europe n’ont pas renversé Franco ? mais au contraire ont signé un traité d’alliance avec lui ?

  • riverain désinscrit
    • Posté à 12h31 le 28/01/2008
    • Internaute 24295

    Excellente nouvelle qui devrait fournir de nouveaux documents.

    Cela rappelle l’histoire de cet autre photographe de la Guerre d’Espagne, Augusti Centelles, Catalan, dont les négatifs ont eux aussi été retrouvés cachés dans une valise enterrée pendant la dictature et seulement exhumée après la mort de Franco. On lui doit des images prises à Guernica...

    Il est également difficile d’attribuer toutes les photos au seul Capa car de nombreuses images ont été prises par Gerda Taro (morte en 1937, à 27 ans, en Espagne) et publiées sous le nom Capa (nom qu’elle inventa pour faire décoller la carrière de celui qui s’appelait André Friedman).

    Enfin de nombreux autres photographes ont été eclipsés par Capa, par exemple Kayi Horna, Hongroise de talent qui travaillait pour les journaux anarchistes de Barcelone.

    • compte désactivé 33
      • Posté à 14h30 le 28/01/2008
      • Internaute 29046

      Il s’appellait Friedman, et alors ?

      • riverain désinscrit
        • Posté à 14h57 le 28/01/2008
        • Internaute 24295

        et alors rien.
        Je ne faisais qu’informer de la grande place que Gerda Taro avait eu dans sa carrière puisqu’elle avait inventé ce pseudo.
        Si vous n’avez retenu de mon message que cela, je le regrette.

        De toute façon quoi que j’écrive dorénavant je connais la destinée de mes posts.

         
        • dulconte
          dulconte répond à riverain désinscrit
          Mordu par un fachogarou
          • Posté à 15h03 le 28/01/2008
          • Internaute 250
            Mordu par un fachogarou

          Ah oui c’est saignant pourtant l’information que vous apportez est intéressante. Je comprends pas trop le soupçon qu’il y a derrière la remarque précédente.

        1 autres commentaires
  • GanLanShu
    GanLanShu
    http://shodavid.blog.lemonde.fr/
    • Posté à 13h02 le 28/01/2008
    • Internaute 10692
      http://shodavid.blog.lemonde.fr/

    To have or have not (Hemingway/Hawkes)... Ces mecs-là en avaient ! Je m’étrangle littéralement en lisant ces commentaires qui se demandent à quoi ça sert le photojournalisme... La guerre d’Espagne, bien sûr, PMB fait bien de rappeler « Mourir à Madrid », mais aussi les camps, les premières photos de survivants hébétés, les charniers / les ossuaires... Témoignages de l’horreur terminale. Bien sûr, les livres ont compté, « Vie et destin » « L’archipel du goulag » « Si c’est un homme » « Le zéro et l’infini » mais ce qui a plus sûrement encore constitué l’homme que je suis, c’est l’électrochoc quand à 13 ans j’ai vu ces images, arrêtées ou en mouvement. Aujourd’hui encore, j’en ai les larmes aux yeux... Cette découverte est capitale, pour l’avenir...

  • A déménagé le 8-10
    • Posté à 13h14 le 28/01/2008
    • Internaute 1001
      nc

    Autre pièce à verser au dossier Guerre d’Espagne, ce texte de Robert Treno, Le Canard Enchaîné (1 février 1939)

    LES SALAUDS

    Sur l’une des photos de réfugiés espagnols publiées par les journaux, vous avez peut-être remarqué un petit garçon qui, vêtu d’une veste d’homme lui tombant aux chevilles, marchait gauchement le long d’une colonne de femmes et d’enfants en haillons.

    Au moment même où ce muchacho qui peut bien avoir cinq ans mettait le pied sur la terre de France, on pouvait lire dans Le Jour, sous la signature de l’honorable M. Léon Bailby, un article ainsi intitulé « La France s’ouvrirait aux tueurs ? »

    De ces tueurs, les photos nous en montrent des centaines. Il en est que leur mère transporte dans des couvertures parce qu’ils ont la fièvre et qu’il fait froid au Perthus. D’autres clopinent sur leur unique petite guibolle, ayant laissé l’autre à Barcelone ou à Granollers. Un autre, particulièrement précoce, est né dans le tunnel international de Cerbère : un sans-patrie, quoi ! D’autres encore, laissant pour un instant toute pensée meurtrière, se précipitent sur un butin de morceaux de pain blanc que leur tend un Sénégalais. Il en est un, de ces tueurs, qui a le toupet de rire de toutes ses quenottes de lait parce qu’il a retrouvé sa madre qui l’avait perdu dans la cohue.

    L’un d’eux est mort de faim en arrivant. Celui-là du moins ne troublera plus le sommeil de M. Léon Bailby. Mais les autres, les autres avec ces yeux sans visage, ces têtes hirsutes, ces pieds nus, ces dos déjà voûtés sous les loques, comme on comprend qu’ils terrifient M. Bailby. Ils sont capables de le dégoûter à jamais des petits garçons.

    Au fait, que viennent-ils faire chez nous ces marxistes en layette, ces rouges en culotte courte, ces Passionarias en herbe qui se font les dents sur des quignons de pain en attendant de croquer des gorges d’ecclésiastiques ? Et que viennent y faire leurs mères ?

    « Est-ce que Franco massacre les enfants et les femmes ? » Cette question, c’est notre bon confrère, Stéphane Lauzanne, qui la pose dans Le Matin de lundi dernier. Et qui la pose avec une ingénuité si désarmante qu’elle arrête la paire de claques au vol.

    Son article porte ce titre charmant « Le chantage à la pitié. » Et M. Lauzanne d’écrire « Il y a plusieurs sortes de chantages il y a le chantage à la menace et il y a le chantage à la pitié. La France qui est inaccessible à l’un doit s’employer à faire cesser l’autre. »

    Hep, là-bas, le marmot haut comme trois pommes qui marche empêtré dans la veste de son père, c’est compris ?

    La France est inaccessible au chantage.

    ..................

    Question : qu’auraient fait en telle occasion Brice Hortefeux et ses sbires, si dignes, si courageux face au chantage de ceux qui se jettent par les fenêtres ?

    • ras-la-patience
      • Posté à 15h32 le 28/01/2008
      • Internaute 10027

      le moins que l’on, puisse dire, c’est que vous n’y allez pas avec le dos du clavier ! merci, j’aurai toujours plaisir a vous lire.

      • A déménagé le 8-10
        • Posté à 16h17 le 28/01/2008
        • Internaute 1001
          nc

        Attention, cher indigné, vous avez bien vu que ce texte n’est pas de moi, mais de Treno, un des directeurs historiques du Canard.

        Canard qui fut ma bible (et le reste, même si la fréquentation des livres pieux n’est pas ma tasse d’eau bénite), avec des gens comme Henri Jeanson et surtout Morvan Lebesque, ce « pamphlétaire doux » qui m’apprit l’indignation. Ses chroniques furent recueillies en livres (faire les bouqs’). Elles ont beau avoir été écrites dans les années 60, certaines n’ont rien perdu de leur actualité.

    • A déménagé le 8-10
      • Posté à 18h24 le 28/01/2008
      • Internaute 1001
        nc

      « Est-ce que Franco massacre les enfants et les femmes ? »

      Des femmes et des enfants ont été tués dans cette guerre, des deux côtés. Si ceux qui ont des chiffres peuvent les donner, merci d’avance.

      Mais les orphelins, tout spécialement les orphelins de républicains, eurent droit à un terrible service spécial des Franquistes, que décrit le dessinateur Gimenez dans « Paracuellos » (Fluide Glacial). Il existe paraît-il d’autres livres sur ces bagnes d’enfants. Qui peut donner des références ?

      • akelarre
        • Posté à 13h46 le 30/01/2008
        • Internaute 14127

        PMB, si tu lis l’espagnol, je peux te faire passer des copies d’une bd de Gimenez sur l’espagne franquiste, c’est une trilogie qui s’appelle « España, una, grande, libre ! », c’est un pur délice !

    • leconcombrevert
      leconcombrevert répond à A déménagé le 8-10
      La vraie vérité > : -))
      • Posté à 01h11 le 29/01/2008
      • Internaute 8843
        La vraie vérité > : -))

      PMB je vous fais la bise ! Merci !

  • machiavel.
    • Posté à 13h34 le 28/01/2008
    • Internaute 24412

    Mais c’est véritablement de l’information ! Information qui enchantera les amoureux de la photo, les historiens, les archivistes et tous les autres curieux.

    Une fois de plus, l’image du preneur d’image, du conteur d’histoires, peut rendre opaque la vérité du monde et des êtres.

    Capa prend la place de témoin, Il ne suggère rien, n’affirme rien, il montre ce qu’il voit. Il nous disait : « Dans une guerre, il faut aimer ou détester. Il faut prendre position, sinon on ne supporte pas ce qui se passe. »
    Alors bien sur que certaines de ses photographies sont plus ou moins militantes. Mais elles reflètent sont état d’esprit, sa sensibilité face à l’horreur et tout comme lui, je trouve que face à des événements comme la guerre on ne peut pas se montrer totalement impartial.
    Oui Capa s’est engagé oui il avait un esprit militant mais ça n’enlève en rien la véracité de ses photos. Après soit on adhère ou non à son travail ….Et qui plus est , il ne s’est jamais prit pour un historien.

    « Une esthétique sobre et lumineuse, plus loin que “l’énigme historique”,...Jouissive..., et de l’esthétique de la misère... »

    A cela je répondrai encore par l’une de ses citations : » Si la photo n’est pas bonne, c’est que le photographe n’est pas assez près.
    Résumer le travail de Capa à une question d’esthétisme… ! Il était tellement a l’opposé de ce que prétend jac le rat qu’a force de vouloir être au plus près de la vérité , il en est mort .Et si malgré tout , ses photos le sont ,c’est que s’était un artiste. On ne va pas reprocher à Victor Hugo d’avoir dépend la société française comme il l’a fait non ! ...

    « Je pensais, par exemple, à Lewis Hine,mort, dit-on, dans la misère.
    Question de milieu, toujours...Et pas assez de gueule, sûrement
    Exister comme on peut... »

    Il ne s’agit pas ici de mettre en opposition l’œuvre de deux personnes.
    Je ne savais pas que le talent était en adéquation avec le milieu social ! Mais bon…

  • jac le rat
    jac le rat
    aventurier
    • Posté à 13h54 le 28/01/2008
    • Internaute 29819
      aventurier

    D’accord.

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 16h12 le 28/01/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    Si on fait le bilan :
    Voila ce qu’il reste de meurtres abominables, de récessions politiques et morales.
    Les morts sont enterrés n’importe où dans des charniers oubliés.
    Les survivants souffrent, et restent marqués à vie, même les ’vainqueurs’.
    Les ’idéos’ des ’vainqueurs’ sont balayés, l’église se vide, et elle est vue avec suspicion.
    Tout cela , parce que des conservateurs n’ont pas voulu faire évoluer leurs idées en fonction du présent qui lui évolue.

    il reste les photos du malheur.

    A quoi cela à servi ? ?
    Pas à la société, mais à quelques uns.

    Merci les hommes, merci pour toutes les souffrances.

  • hougevy.net
    • Posté à 17h05 le 28/01/2008
    • Internaute 27135

    Il n’y a pas qu’au Mexique qu’on trouve quantité de photos jusqu’ici inédites : le ministère espagnol de la Culture dispose d’un « stock » impressionnant de photos et pellicules dans ses archives. Depuis l’année dernière ( !), il en sort une sélection (un échantillon, tant le nombre total est impressionnant, qui tourne sous forme d’exposition : « Vivir bajo las bombas ».
    J’ai eu l’occasion de la voir à la MATERNITE D’ELNE P.O. 66200, extraordinaire lieu de mémoire de l’exil, de « la retirada », là où Elisabeth Eidenbenz, jeune institutrice du « Secours suisse aux enfants victime de la guerre », informée des conditions des femmes enceintes et accouchant à même la plage d’Argelès, de Saint Cyprien ou du Barcarès, ouvrit une maternité (fermée en 44 par les occupants).
    Cet été, si vous prenez vos vacances dans la région, en revenant de la plage, visitez « la maternité suisse d’Elne », un lieu de mémoire qui existe grâce à la détermination d’une association et surtout du maire d’Elne, M. Garcia.

  • A déménagé le 8-10
    • Posté à 21h25 le 28/01/2008
    • Internaute 1001
      nc

    (Allez, un dernier pour ce soir !)

    Capa, grand monsieur. Voici un texte que j’avais écrit après avoir revu, dans Télérama, une photo de femme tondue à la Libération. Pour merci, je l’avais envoyé par lettre à l’auteur de l’article sur cette photo. Sans rien demander. Comme presque toujours à Télérama, je n’ai reçu aucun mot, pas même une courte carte. Malotrus.

    ....

    C’est une photo de Robert Capa. A la Libération, la foule poursuit une femme tondue portant son bébé. Vous croyez cette photo banale, mais lentement elle devient terrible. Parce qu’on sait maintenant que, au classement de la saloperie, beaucoup* parmi elles roulaient à l’arrière du peloton, que ces chasses à la femme adultère servirent d’exutoire à la lâcheté ordinaire de bien des Français ordinaires, beaux ouvriers de la onzième heure, voire collabos saisis par la hâte de détourner les regards : faute d’avoir résisté, il était trop tentant de se refaire une virginité en s’en prenant à celle qui avait perdu autant la sienne que ses protecteurs verts-de-gris.

    Regardez cette foule joyeuse, des hommes, des femmes, des enfants tous souriants, même pas grimaçants, encore une fois ordinaires. Les hommes, pensent-ils qu’ils auraient bien aimé la prendre à leur compte, celle-là ; les femmes, pensent-elles qu’elles auraient bien aimé faire de même ; les enfants, pensent-ils que c’est ça la justice des adultes. Et celui qui l’accompagne, en uniforme : la protège-t-il de pire, ou gueule-t-il plus fort que les autres. Et elle, nue comme jamais malgré ses habits, madone sans sourire, sans autre regard qu’à son petit serré à pleins bras, avec on l’espère l’idée dans son crâne rasé que lui n’y est pour rien.

    Ces ouvriers de la onzième heure, ont-ils un jour regretté d’avoir fait ça ?

    Qu’est-elle devenue ?

    Et l’enfant, avec ce sale paquet-cadeau pour affronter la vie ?

    (On connaît hélas la réponse pour beaucoup : ce sont souvent eux qui payèrent le plus ce pour quoi ils étaient le moins.)

    * Et certaines étaient belles : est-ce ça, aussi, qu’on leur faisait payer ? Pauvres membres illimitées et toujours renouvelées de la cohorte de celles qui paient tout à la place des mâles…

  • caramel2012
    • Posté à 21h14 le 29/01/2008
    • Internaute 29413

    Merci à ce Grand Homme, qu’il à été, s’en ce souvenir, que sans lui, certaines vérités sont apparues^^
    Merci pour l’image, l’information ... Il en est mort^^