A la Une 13/06/2007 à 14h21

Dans la tête de Lynndie England, tortionnaire en Irak

Guillemette Faure | Journaliste


Lynndie England tient en laisse un détenu de la prison d’Abou Ghraib (US Army).

(De New York) Un an avant son déploiement en Irak, Lynndie England a travaillé dans une usine de transformation de poulets. Là, des morceaux de volaille visiblement impropres à la consommation partaient sur la chaîne dans l’indifférence générale. Ecœurée, Lynndie England a démissionné. Question de principe.

Cette anecdote, c’est Tara McKelvey qui me l’a racontée. Journaliste et chercheuse, Tara a rencontré Lynndie England, « la fille à la laisse », dans la prison militaire de San Diego où elle a passé dix-huit mois. Elle était mal à l’aise. Pour « Monstering », son livre consacré aux interrogatoires et tortures de la guerre contre le terrorisme, Tara avait déjà passé beaucoup de temps à écouter les récits de détenus victimes de sévices.

Lorsque les photos d’Abou Ghraib ont été rendues publiques par l’émission 60 Minutes le 28 avril 2004, les lectures du scandale se sont divisées en deux camps. D’un côté, ceux qui, comme le Président George Bush et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, y voyaient les dérives de quelques brebis galeuses (« a few bad apples »), ne remettant pas en cause le système. De l’autre, le mouvement (généralement anti-Bush et antiguerre) considérant Lynndie England et sa bande comme des pions, victimes de la guerre et d’une mauvaise politique.



Portrait de Lynndie England à sa sortie du lycée, en 2001 (Reuters).


Portrait pris à sa sortie du lycée, en 2001.

« On me demande toujours si elle a été victime d’abus quand elle était enfant », m’a confié Tara. Effectivement, à une conférence où j’irai ensuite l’écouter, c’est une des premières questions qui sera posée. Lynndie England n’a pas été maltraitée ou violée étant enfant. Sa personnalité, comme l’a illustré sa réaction à l’usine, ne témoigne pas d’une inclination particulière à la soumission.

La rencontre avec Charles Graner, un « bad boy » de l’armée

Et ce n’est pas non plus la seule pression de la vie à Abou Ghraib qui lui a fait péter les plombs. La dérive d’England avait commencé avant cette affectation. En novembre 2002, elle rencontre Charles Graner, de quinze ans son aîné, sur la base des réservistes de la 372e compagnie de police militaire. Graner est, raconte Tara, la figure même du « bad boy », populaire et charismatique. Une plainte en justice accuse cet ex-gardien de prison d’avoir caché une lame de rasoir dans la purée d’un détenu de la prison de Pennsylvanie.

Bien qu’encore mariée à l’époque, England part en vacances avec Graner et un autre militaire à Virginia Beach. Là, Graner prend toutes sortes de photos de lui et England en train de baiser, des photos de sodomies, de fellations prise par le troisième larron du voyage, ou d’England mettant sa poitrine dans l’oreille du copain militaire complètement saoul.

Quelques jours plus tard, England et Graner rejoignent les parents d’England partis chasser dans le Kentucky. A une table de pique-nique, Graner leur tend leurs photos de vacances un peu particulières... Les parents sont interdits. « Que cherchait-il à faire ? “, s’interroge Tara. ‘Les photos, ces trucs bizarres, ça commence avant qu’ils ne soient déployés en Irak.’

Des ‘trucs bizarres’, il y en aura d’autres avant Abou Ghraib. En arrivant en Irak au Hilla Camp au sud de Bagdad, en juin 2003, Sabrina Harman, qui sera plus tard condamnée à six mois de prison pour sa participation aux sévices, récupère des carcasses d’animaux. Quelqu’un prend une photo d’un soldat simulant un acte sexuel sur une tête de chèvre. Un autre coupe la tête d’un cadavre de chat et l’enfile sur le goulot d’une bouteille de soda. ‘On se marrait’, a raconté Lynndie England à Tara.

Un mois plus tard, ils sont à Abou Ghraib. Là, à nouveau, Graner prendra des photos. Il garde son appareil dans sa poche de pantalon. Comme l’a expliqué un autre soldat, il regrettait de ne pas l’avoir eu lors de la première guerre du Golfe. Une photo de fellation évoque celle de Virginia Beach, mais cette fois, Lynndie England, 21 ans, lève le pouce vers la caméra. Comme sur une autre photo où elle force un détenu à se masturber.

La ‘pyramide’ en économiseur d’écran

Graner a envoyé l’image de Lynndie avec un détenu en laisse à sa famille en Pennsylvanie. ‘Regardez ce que je fais faire à Lynndie’, disait le message de son e-mail. Prise le soir de l’anniversaire de ses 21 ans, la photo de la pyramide des détenus nus était installée en économiseur d’écran sur un ordinateur de la prison. ‘Il fallait qu’ils soient sûrs que cela ne leur causerait pas de problème’, analyse Tara.

Devant la justice militaire, la plupart des neuf soldats inculpés ont mis en cause la hiérarchie qui les encourageait à maltraiter les détenus. Une explication partielle pour Tara. Elle revient sur la célèbre expérience de Stanley Milgram. En 1961, juste après le procès d’Adolf Eichmann, ce professeur de psychologie a voulu tester le pouvoir de l’obéissance aux ordres en demandant à des participants d’infliger des décharges électriques (bidons) de force grandissante à des personnes qui répondraient mal à des questions. 65% des étudiants sont montés jusqu’à la décharge maximale de 450 volts. ‘On me cite toujours ces 65 % de Milgram’, me dit Tara. ‘On ne parle jamais des 35 % restants. Chacun a le choix’. A Abou Ghraib, certains ont donné l’alerte.

‘Pour que tout ceci ait pu se produire à Abou Ghraib, résume Tara, il fallait qu’il y ait à la fois des England et des Graner, mais aussi ce climat d’impunité, ces mémos de l’administration approuvant grosso modo toutes les techniques d’interrogation, tant qu’elles ne provoquaient pas de blessures sérieuses.’

Depuis trois mois, Lynndie England est en liberté conditionnelle. ‘Elle n’a pas l’air d’avoir des regrets, à part celui de s’être retrouvée en prison.’ Son fils Carter, né après son retour aux Etats-Unis, aura bientôt trois ans. Graner ne l’a pas reconnu. Il s’est marié avec une autre femme et purge une peine de dix ans. En Irak, rien n’a changé d’après Tara. ‘Les politiques sont les mêmes. La seule leçon pour les prochains Graner et England, c’est qu’il ne faut pas prendre de photo.’

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  • Anonyme

    Un article qui m’avait marqué parlait de ces photos comme « photos de voyage » et citait Cavanna : « Sales cons qui avez besoin qu’il existe des salauds pour être salauds en toute bonne conscience ».
    Je viens de remettre la main dessus :
    Lien
    A part ça, tant pis, je passerai pour un « courageux anonyme », mais je ne vois pas en quoi ma date de naissance et autres joyeusetés concernant ma vie privée vous regardent, même si j’apprécie votre site.

  • Anonyme

    J’aime ce style d’article a l’americaine, ca manque vraiment au journalisme francais, bravo Guillemette !

    • Désinscrit le 15-7
      • Posté à 14h04 le 14/06/2007
      • Internaute 992
        nc

      Si on leur pompe leur « style de journalisme » (et pourtant je croyais TF1/LCI a la pointe du sujet)...reste plus qu’a apprendre l’anglais et bouffer des MacMerde a tire la riglotte...( !)

  • Alfary
    Alfary
    Ronchon
    • Posté à 15h20 le 13/06/2007
    • Internaute 9751
      Ronchon

    De la banalité du mal, en somme. Il est interessant d’observer que la recherche de déterminants dans la psychologie de sa personnalité, son roman familial... n’apporte d’éclairage que pour dire l’extrême banalité de cette femme tortionnaire.
    Du coup se pose au moins la question de savoir si le droit de la guerre (les Conventions) s’appliquent aux parties prenantes d’un conflit illégitime et illégal.
    L’instauration de centres de détention illégaux signe la forfaiture de l’Administration Bush.
    Comment pouvait-on s’attendre à un traitement correct de personnes retenues contre leur gré, sans statut évident donc sans accès à des moyens de défense ?
    Les mauvais traitements sont d’une façon certaine le paradigme de l’aventure belliqueuse américaine en Irak.

    • pierrejcallard
      pierrejcallard répond à Alfary
      http://www.nouvellesociete.org
      • Posté à 08h48 le 14/06/2007
      • Internaute 3366
        http://www.nouvellesociete.org

      Il y a toujours des dérives sadiques dans toute situation carcérale. La vraie question, c’est comment le système y réagit. Il semble que pour les USA, les formations réactionnelles sautent bien vite - les comportements de New Orleans lors de Katrina étant encore plus révélateurs que Abu Ghraib - et les incidents aberrants mais trop fréquents du type Columbine ou Virginia Tech apportant la preuve supplémentaire d’une société en pleine désintégration morale. Lien

      Lueur d’espoir, les correctifs qui sont apportés, bien tard, mais apportés quant même, comme si une autre Amérique s’éveillait in extremis pour ranimer les valeurs défaillantes. Il ya encore une chance que cette Amérique reprenne le contrôle d’une société dont elle semble avoir volontairement laissé la gouverne à ses éléments inférieurs, comme les Romains de la toute fin de l’empire trouvant leur réconfort dans le stoïcisme et un désintéressement de la chose publique. C’est sans doute la réaction au bushisme de l’après-Bush qui scellera le sort de l’Amérique.
      Un entêtement fatal dans la bêtise ou un repentir rédempteur ?

      Lien

      Pierre JC Allard

  • Anonyme

    Il y a beaucoup à dire bien sûr sur cette histoire. Force est de constater que cette « impunité » possible n’était pas une condition à ce genre d’actes. Le fait d’envoyer des photos d’une fille à ses parents n’a pas grand chose à voir avec une barbarie organisée. D’ailleurs tout ce qui est en rapport avec le lien entre Lynndie et une organisation est toujours hypothétique et subjectif dans la bouche de Tara McKelvey tandis que le reste semble factuel.

    « Sa personnalité, comme l’a illustré sa réaction à l’usine, ne témoigne pas d’une inclinaison particulière à la soumission. » Peut-être justement l’épisode est important. J’ai du mal à voir pourquoi on peut aller dans ce sens, on peut tout autant dire le contraire ou dire autre chose.

    Maintenant si en effet la torture et les sévices étaient généralisés et qu’il y avait des comportements pornographiques de la sorte chez tous les soldats avant même que des ordres soient donnés, je dirais qu’il y a autre chose en jeu quand même. Bref : si le lien, dans ce cas précis, me semble aventureux cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y avait pas système dans l’armée américaine. Le prouver avec des théories fumeuses serait alors peut-être contreproductif.

  • Guillemette Faure
    Guillemette Faure
    Auteur(e) de l'article Journaliste
    • Posté à 15h47 le 13/06/2007
    • Internaute 34
      Journaliste

    Pour Courageux anonyme.
    L’anecdote de l’usine de poulet est intéressante. L’usine a été poursuivie en justice trois ans plus tard. Tara a fait remarquer à Lynndie England quand elle l’a rencontrée que dans cette affaire, c’était elle qui avait le « whistle blower » (elle avait essayé de prévenir la hiérarchie qu’il se passait des choses incorrectes).
    Il y a aussi d’autres exemples d’insoumission dans sa vie. Par exemple elle est entrée dans l’armée contre l’avis de ses parents.
    Tara ne donne pas d’explication, elle dit juste que la seule politique de l’armée, la psychologie d’England, ou la perversité de Graner ne peuvent seules expliquer ce qui a pu se passer.

    • poing-trop-n-en-faut
      • Posté à 16h34 le 13/06/2007
      • Internaute 2152

      Je ne sais pas ce que vous voulez dire (ou plutôt Tara) lorsque vous écrivez : « la seule politique de l’armée, la psychologie d’England ou la perversité de Graner ne peuvent seules expliquer ce qui a pu se passer ». Qu’en concluez-vous ?
      PS : j’aime beaucoup votre prénom.

      • Guillemette Faure
        Guillemette Faure répond à poing-trop-n-en-faut
        Auteur(e) de l'article Journaliste
        • Posté à 17h04 le 13/06/2007
        • Internaute 34
          Journaliste

        que c’est un mélange de facteurs... (pour le prénom, je fais suivre le commentaire à mes parents)

         
        • Alfary
          Alfary répond à Guillemette Faure
          Ronchon
          • Posté à 22h52 le 13/06/2007
          • Internaute 9751
            Ronchon

          Précisément. D’où l’on peut dire audacieusement aussi que Lynndie England symbolise « la corde tendue entre la bête et le Surhumain ».
          Et de questionner encore le déplacement du sacré vers l’Etat, qui dans sa totalisation permanente ne peut ciller tous les signes de dépossession. Mme England fait sens et c’est heureux que ce papier donne également à (re)penser de l’incontingence.
          Il y a de l’Etat problématique dans la majorité des sujets qui travaillent l’actualité.

        1 autres commentaires
  • Anonyme

    Légalité... Illégalité... Légitimié... Illégitimité...
    Juste la raison du plus fort mon garçon... Avec ses dérives et forcément ses excès...
    England, Graner, des citoyens ordinaires, désespérément ordinaires...
    Il ne s’agissait là, à la prison d’Abou Ghraib, que de petits crimes contre l’humanité perpétrés par des gens désespérément humains, simplement pénétrés de leur puissance et de leur invincibilité.
    Ce sont là les archétypes mêmes de l’übermensch cher à Frédéric...
    Le droit et la raison n’ont rien à faire ici ! L’homme est un tueur, dans le jardin des supplices Aloysius Bertrand en a fait un esthète... C’est là toute l’ambiguité...

    • Anonyme

      Que de verbiage pour soutenir une thèse délicate. England et Graner aurait été « ordinaires » ? Quels faits cités dans l’article ressortent de l’ordinaire ? Les photos pornographiques présentées aux parents ? La tête d’un cadavre de chat enfilée sur le goulot d’une bouteille de soda ? etc.

  • poing-trop-n-en-faut
    • Posté à 16h30 le 13/06/2007
    • Internaute 2152

    Pour moi, il me semble que lorsqu’on dépasse un certain niveau d’inhumanité, plus rien n’a d’importance, on n’est même plus capable de regretter. Il doit y avoir un seuil. Certains le franchissent,d’autres non. Le cas de Lynndie est typique de ces personnes ayant passé les bornes, ayant commis l’irréparable, et qui finalement se vide sentimentalement. Cela me fait penser à ce couple de violeur-tueur canadien, Paul Bernardo et Karla Homolka. Bernardo ressemble beaucoup au Garner, un type qui a une infleunce énorme sur les filles, et Karla qui suit, qui obéit, et qui se laisse aller à jouir des situations les plus insupportables. On retrouve d’autres cas de couple déréglés.
    C’est pourquoi je pense -mais ce n’est que mon avis- le couple Garner-England doit être considéré à part dans les histoire d’Abu Ghraïb. Les autres histoires de torture sont sûrement plus proches de celles que nous connaissons et que les bons Français ont pratiqué en Algérie : le goût du patriotisme et du travail bien fait, la légitimité de l’action. Dans le cas Garner-England (car il faut prendre les deux), il y a la perversion et le délire fantasmatique de la domination. C’est pourquoi je les distingue.
    Vive la psychologie de comptoir !

    • Anonyme répond à poing-trop-n-en-faut

      ne fustigez pas une fois de plus le « bons Français » ça devient ridicule à force de simplification.
      TOUTES les armées de TOUS les peuples du monde ont pratiqué (pratiquent encore) la torture. Voulez vous des exemples ?

      • Anonyme

        Je donnais simplement un exemple qui nous parlait à tous. Mais, évidemment, si vous préférez que je prenne un exemple très loin de chez nous, relisez avec la mention « comme les Chinois le pratiquent quotidiennement », ça ne me dérange pas.

        poing-trop-n’en-faut

  • Deborah
    • Posté à 16h35 le 13/06/2007
    • Internaute 3584

    D’un livre de plus de 300 pages on ne retient que cette expression devenue passe-partout : la banalité du mal (in « Eichmann à Jérusalem », d’Annah Arendt)

    Tout bien réfléchi ce n’est pas le mal qui est banal. Le mal est absolu. Il n’a pas besoin de qualificatif.

    Ce sont les Hommes qui sont banals. C’est ce que démontrent une fois de ces soldats américains dénués de toute conscience morale

  • Anonyme

    Je pense certains détails sur son passé intéressants, mais il ne faudrait pas faire une analyse trop rapide de son comportement, car on ignore le principal de sa vie.
    Personnellement, je me pose toujours des questions au sujet de l’utilisation de drogues durant les guerres. Amphétamines pour les pilotes de chasses qui peuvent rester en vol plus de 30 heures, acides pour rendre l’infanterie plus « tête brûlée », ces drogues permettent de faire respecter les ordres sans opposition ni réflexion et de supporter des images atroces, et qui se répètent de jours en jours.
    Alors le soldat se drogue t’il ou se fait il droguer ? Lui, opposé à la guerre, et qui a été envoyer sur le front, peut on comprendre qu’il ait besoin de substances enivrantes ? S’il se fait droguer, est il responsable de ses actes ?
    Dans le cas relaté, on ne fait pas du tout allusion à sa relation avec les drogues ou d’alcool, avant les photos porno par exemple. Dans le monde d’aujourd’hui, ça me paraît être un détail pourtant très important.
    Les guerres propres n’existent pas, mais si, au moins, elles étaient fondées sur une réelle conviction de nécessité (car c’est malheureusement parfois le cas), elles seraient sûrement conduites avec un peu plus d’éthique et de réflexions (peut être un peu utopiste ça !).
    Stouve

    • Guillemette Faure
      Guillemette Faure
      Auteur(e) de l'article Journaliste
      • Posté à 17h09 le 13/06/2007
      • Internaute 34
        Journaliste

      A propos de la drogue, Tara décrit dans son livre des scènes de « robotripping » de soldats : ils se défoncent avec un cocktail de médicaments et dans une de ses drog-parties filmées, font mine de poignarder des détenus.

    • Anonyme

      Loin de vouloir défendre les actes qu’ils ont commis. Je voudrai mettre en évidence le stress du soldat en territoire ennemi qui vu d’un cannapé parisien semble bien futile. Combien de fois ai-je entendu les soldats sont des barbares, il faut faire une guerre propre et chirurgicale, etc…
      La réalité du terrain est bien différente, ayant été engagé dans le conflit tempête du désert dans l’éclairage de la division daguet je peux répondre à certains points. Oui on nous a fait ingéré des substances inconnues (version officielle pour nous protéger du NBC (Nucléaire, Bactériologique, Chimique) Officiers et Sous-Officiers peu d’entre nous on été dupes, pour les militaires du rang (principalement des appelés je pense qu’ils ont gobé la version officielle en même temps que leurs cachets). Pour ce qui est de l’éthique du soldat je crois qu’hélas la guerre révéle ce que nous avons de pire (et parfois de meilleur) en nous, j’ai vu des amis s’éffondrer en larmes, un autre achever un ennemi blessé, j’ai moi même voulu mitrailler des soldats qui se rendaient (après avoir entendu leurs balles siffler pas très loin de nos oreilles). Je ne pense pas être violent mais dans mon cas j’ai eu peur, plus les horreurs que j’ai vu (qui sont très loin des reportages TV) ont déclenché des réactions irrationnelles (et je ne suis pas le seul). J’ai la ferme conviction que vous, votre collègue de bureau, l’homme banal que vous croisez dans le métro peut se révéler dans des conditions annormales un tortionnaire ou un tueur acharné.
      Pour ma part j’ai quitté l’armée, je fais le bonheur de mon psychiatre et parfois l’horreur de mes cauchemars me réveille.

  • manu2005
    manu2005
    Afghanistan,Lybie, la france (...)
    • Posté à 17h05 le 13/06/2007
    • Internaute 1805
      Afghanistan,Lybie, la france (...)

    La guerre, c’est donner à des gens, par forcément aptes, ni préparés, des armes et donc du pouvoir.

    Les débordements sont donc inévitables.
    C’est la guerre en premier lieu, et donc ceux qui la déclarent qui sont responsables.

    Puis, vient le chapitre de la systématisation des débordements.
    Là, c’est encore plus grave.

    C’est-à-dire que ces débordements deviennent la procédure standard.

    Encore une fois, on ne peut que constater que ce sont les responsables de cette guerre qui ont instauré ces lieux de non droit où sont enfermés des gens sans jugement.

    Je crois me souvenir aussi que ces mêmes responsables ont réussi à faire légaliser la torture « soft » par le sénat américain.

    On peut condamner Lynndie England (cela me parait normal), mais qui a créé le système dans lequel elle a pu perpétrer ces exactions ?

  • Anonyme

    au 4e paragraphe, je suppose que l’on parle « d’inclination à la soumission ».

  • Guillemette Faure
    Guillemette Faure
    Auteur(e) de l'article Journaliste
    • Posté à 17h23 le 13/06/2007
    • Internaute 34
      Journaliste

    Merci, je corrige tout de suite. Je perds mon français...

  • Anonyme
  • Anonyme

    Dans tous les pays du monde on trouve des England et des Graner. Cela n’excuse rien.
    Certains commentateurs parlent « d’inhumanité », c’est rassurant, confortable pour l’esprit mais c’est faux. Ce sont bien des humains comme nous tous qui sont les auteurs des tortures, des mises en scène, des photos...

    sans vouloir faire de raccourci sommaire : le gamin jugé hier pour avoir filmé le « happy slapping » sur une prof, ou ceux qui ont tué une jeune fille en la brûlant vive, humains eux aussi.

  • Anonyme

    Heu... Je ne comprend pas bien une chose, on parle dans l’article de son « insoumission » de son courage pour avoir dénoncé l’usine etc.
    Mais aussi qu’elle a été prise en photoi dans des situations de soumissions plus ou moins (fellation, sodomie etc) la preuve, Garner les montre à ses parents en pique nique...
    Alors ou bien cela parait à tout le monde du plus naturel aujourd’hui puisque la journaliste et les lecteurs trouvent qu’elle est une femme « normale » avec une vie « normale » mais je ne le crois pas (enfin pas avec les standards humains du XXème siècle... enfin les miens qui me pensait plus ou moins normal...

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 18h50 le 13/06/2007
    • Internaute 7659
      oiseau

    Rappeler l’expérience de Milgram est une bonne idée pour redire le poids de l’autorité. Notons quand même que Tara se trompe un peu en rappelant les 35% des participants désobéissants. Du moins sa logique est à nuancer, et cela pour trois raisons :

    1) Tous les participants des études de Milgram ont commencé par obéir. Aucun n’a refusé sous prétexte que l’expérience leur paraissait « inhumaine ».

    2) Le taux de 65% correspond uniquement aux personnes n’ayant jamais refusé d’obéir. On pouvait donc obéir longtemps (en envoyant 420 voltes à une victime par exemple) et cesser d’obéir juste après (à 435 voltes). On était alors compté dans les 35%, mais était-on si « clean » ?

    3) Milgram a fait 18 études (le paradigme était le même mais quelques variantes étaient apportées). Considérant que Tara n’était pas seule (cf. Graner), c’est donc à l’expérience 18 qu’il faudrait se rapprocher (quand le participant est avec un pair) et là, le taux d’obéissance est de 92,5%.

    Au delà de ces aspects techniques, quitte à faire un parallèle avec une célèbre étude en psychologie, il m’eut paru plus judicieux d’évoquer l’expérience de Zimbardo (en 1971). Cette dernière s’intéresse à l’impact de la situation de pouvoir qu’un gardien de prison peut avoir sur ses détenus.
    Pour ceux que l’anglais ne rebute pas, il y a un site consacré à cette étude : Lien. Et pour ceux qui prendraient peur par ce qu’ils y liraient, qu’ils sachent que la déontologie interdit maintenant de réaliser de telles études (autant pour Zimbardo que pour Milgram).

    • Anonyme répond à Tita

      pour aborder cela de façon moins « rébarbative », voir « Das Experiment », film allemand réalisé par Oliver Hirschbiegel sorti en 2001. Ce film s’appuie sur le livre de Mario Giordano et sur l’expérience de la prison de Stanford, étude psychologique des effets de la situation carcérale menée de Philip Zimbardo.

      edit : pour Milgram, on peut avoir une idée de l’expérience en regardant le film « I comme Icare »

      • Anonyme

        Oui, vous avez raison. Le film Das Experiment est plus intéressant qu’un contre-rendu d’étude. En même temps, il est plus difficile d’affirmer des « vérités » sur la base du scénario d’un film que sur une étude, d’où, peut-être, mon ton rébarbatif. Désolé.

        Pour ce qui est de Milgram, on peut voir un documentaire (VO) : Lien

         
        • Anonyme

           : -))

          non je ne visai pas votre « ton » mais je pense qu bien souvent des images, même imparfaites pour illustrer une étude pointue, sont plus faciles à « absorber ».

          merci pou l doc ; -)

        • Eric Biegala
          • Posté à 11h26 le 15/06/2007
          • Internaute 2542

          L’expérience de Milgram est amplement illustrée dans un autre film : « I comme Icare », avec Yves Montand dans le rôle d’un spectateur privilégié. Juge, il assiste à l’expérience avec un médecin, de l’autre côté d’une glace sans teint, sans savoir évidemment qu’il s’agit de décharges bidons...
          Et lui non plus, bien sûr, ne réagit pas « avant 200 volts ». Pour le spectateur, qui s’identifie automatiquement au personnage joué par Montand, l’effet est saisissant.

        2 autres commentaires
      • Christophec
        Christophec
        Psycho Sociologue
        • Posté à 19h43 le 13/06/2007
        • Internaute 1450
          Psycho Sociologue

        Tout à fait,

        Ce genre d’expériences démontrent qu’avec une « ambiance », de la propagande, des rôles et un peu de savoir faire il est possible de faire faire à peu près n’importe quoi à un peu près n’importe qui.

        L’expérience sur la prison fut stopée en urgence tellement les comportements des « gardiens » (qui étaient des étudiants tirés au sort tout comme les « détenus ») devenaient incontrôlables et violents.

        Cette pauvre femme a été instrumentalisée.

         
        • Anonyme répond à Christophec

          Cette femme est instrumentalisée dites-vous ? Je suis « moyennement » d’accord car en disant cela, vous laissez supposer qu’elle n’est pas responsable, ou du moins que sa responsabilité est moindre.
          Dans le cas de l’expérience de la prison de Stanford, de Zimbardo, tous les gardiens ne se transforment pas en tortionnaires puisque Zimbardo lui-même note (Lien) qu’il y a trois types de gardien : (1) ceux qui suivent le règlement, ni plus ni moins, (2) ceux qui sont de « bons » gardiens en donnant des faveurs aux prisonniers et en ne les punissant pas ou peu, et (3) ceux qui s’enthousiasment de leur pouvoir et qui en usent et abusent. Zimbardo attitre notre attention sur le fait que rien dans les études personnologiques de ses participants ne prédisposaient ceux qui jouaient les gardiens à être dans une catégorie plus que dans une autre.
          Considérant cela, Lynndie England reste responsable de ce qu’elle a fait car bien que gardienne, elle aurait pu fort bien faire un autre choix de son comportement comme l’ont fait d’autres gardiens dans l’étude de Zimbardo. Enfin, comme le montre l’article de Guillemette Faure, Lynndie England a montré quelques « trucs bizarres » avant Abou Ghraib suggérant que son rôle de gardienne ne saurait expliquer à lui seul son comportement.

          • Christophec
            Christophec
            Psycho Sociologue
            • Posté à 17h24 le 14/06/2007
            • Internaute 1450
              Psycho Sociologue

            Absolument, cette femme a bien une bonne part de responsabilité. Mais elle ne s’est pas trouvée dans l’expérience de Zimbardo. Elle s’est trouvée dans l’armée américaine, dans une propagande. La durée, l’organisation, la puissance du contexte etc.. beaucoup d’éléments s’en trouvent démultipliées.

            Même si son rôle seul de gardienne ne suffit pas à expliquer et surtout pas à justifier son acte.

            Quant au « trucs bizarres », nous pouvons toujours chercher des raisons à tout acte dans le passé de toute personne... Notons aussi que Jacques Brel aurait tué un chat dans son enfance.

            Pour résumer : Etre instrumentalisé n’enlève pas la responsabilité du sujet. C’est le principe et l’intérêt de la manipulation. Faire faire quitte à dénoncer...

        2 autres commentaires
  • Anonyme

    Pour le corageux de 17 h 18 du 13/06/2007 je lui cpnseille ce livre et ptêtre qu’il arrêtra de critiquer bêtement :

    Lien

  • Désinscrit le 15-7
    • Posté à 14h16 le 14/06/2007
    • Internaute 992
      nc

    FULL METAL JACKET...explique (en 1 peu moins de 2hrs) le schema qu’effectue le parfait pretendant a la « sur » classe de homme de rang...tres vite on retire le cerveau au candidat et le remplace par des slogans et une...machine qui crache 100/200/500...coup/min( ? ? ?)...

    tres vite on devient pas grand chose, simplement une autre machine qu’actionnera tel ou tel « sur“humain bien a l’etroit dans son mensonge et son bunker....

  • Anonyme

    Si cette Lynndie était tout à fait « normale » à la base, j’espère que ses parents, ses amis et tous les gens qu’elle a connus « avant » qu’on fasse d’elle un monstre, ont porté plainte. Quel triste humanité !

  • Anonyme

    Cette femme est une tarée, tout comme ses collègues avec qui elle a commis ces atrocités.
    Elle n’aurait pas dû se retrouver là. Ca montre que l’armée recrute n’importe qui.
    Il ne faut pas trop chercher à expliquer ce qui est clair.
    Ce qui est incroyable, c’est quelle soit déja sortie de prison après ce qu’elle a fait.Pas de pitié pour ces gens là.
    On peut se demander ce que peut penser une personne qui a subi ses sévices et qui la voit à l’écran, libérée...

  • Anonyme

    moi je me demande pourquoi la première photo d’appel de votre article est-elle masquée ? pour ne pas choquer les ames sensibles ? quite à masquer l’horreur de la vérité et de la barbarie américaine...déja que l’on cache une partie du corps dénudé de la pauvre victime...

    • Anonyme

      Ce qui est sidérant, c’est la quantité de gens qui ces dernières annnées produisent des actes totalement immoraux. Je pense la aux pays dits développés. Si l’on regarde du côté de l’humanité, on ne peut que constater qu’il y a une forme de perte de l’humanité au profit d’un retour de la bestialité.
      Avec des passages à l’actes déments et fréquents.
      Il me parait évident que la banalisation de la violence à travers les médias, les jeux ou toute autre forme de représentation de la violence ne permet plus à de nombreuss personnes désorientées de résister à la tendance bien humaine à régresser. Regression vers des stades douteux d’omnipotence, de domination totale ...
      Une société qui inflige de multiples formes de brutalités psychiques à l’égard de ces citoyens peut-elle réellement s’attendre à des citoyens équilibrés ?
      Qui disait la guerre c’est la paix, la paix c’est la guerre ?
      Vider les mots de leur contenu permet de décrocher les humains de leurs premier repères. Les mots. Et leur sens du coup. Suivent les valeurs qui s’effondrent avec la confiance dans la parole qui n’existe plus...

    • Anonyme

      Ce qui est sidérant, c’est la quantité de gens qui ces dernières annnées produisent des actes totalement immoraux. Je pense la aux pays dits développés. Si l’on regarde du côté de l’humanité, on ne peut que constater qu’il y a une forme de perte de l’humanité au profit d’un retour de la bestialité.
      Avec des passages à l’actes déments et fréquents.
      Il me parait évident que la banalisation de la violence à travers les médias, les jeux ou toute autre forme de représentation de la violence ne permet plus à de nombreuss personnes désorientées de résister à la tendance bien humaine à régresser. Regression vers des stades douteux d’omnipotence, de domination totale ...
      Une société qui inflige de multiples formes de brutalités psychiques à l’égard de ces citoyens peut-elle réellement s’attendre à des citoyens équilibrés ?
      Qui disait la guerre c’est la paix, la paix c’est la guerre ?
      Vider les mots de leur contenu permet de décrocher les humains de leurs premier repères. Les mots. Et leur sens du coup. Suivent les valeurs qui s’effondrent avec la confiance dans la parole qui n’existe plus...

  • Anonyme

    Je voudrais voir votre réaction à tous, si vous trouviez votre frère ou votre mère, découpée en morceaux, ou un compagnon d’armes avec la tête coupée , un autre montrant des signes de torture gratuite , avec ses testicules dans la bouche ,ou votre patite fille avec une balle dans la tête ?

    Les français ne font rien,en général ils ne sont forts qu’en groupes avec un fanion de la FINUL.

    Inutile d’aller chercher des références d’études sur les réactions humaines en milieu carcéral, avoir été sur place six mois donne toutes les explications,bande de larves !

    Poliakoff

  • Anonyme

    Tôt ou tard l’Irak sera libre.C’est ainsi,le colonialiste finit toujours par être chassé et salit par ses actes.Mais les tortionnaires enfants d’amérique continueront de se balader dans la société américaine.Ils pourront passer à l’acte sur les leurs.L’Irak n’est que le révélateur de ce qu’ils portaient déjà en eux.L’Irak leur a renvoyé l’image de leur société de sexe surdimentionné,surreprésenté,surétalé et inconsciemment méprisé ! L’Irak c’est l’image d’une certaine amérique.

    Lisa

  • Anonyme

    cette femme est un fusible. comme beaucoup de gens dans l’armée.
    c’est le givre sur le haut de l’iceberg.