Exploitation forestière au Congo : trop curieux, j'ai fini en prison
Pokola, c’est la vitrine du Congo et des coupeurs de bois, le triomphe
de l’exploitation forestière industrielle « durable » sur la pauvreté.
La Congolaise industrielle de bois (CIB) a même obtenu la certification FSC (Forest stewardhip council), le précieux sésame qui est censé garantir aux
clients soucieux d’écologie que leur bois vient d’une forêt gérée de
façon responsable et participe au développement des populations locales.
La transparence est l’un des principaux critères pour obtenir le label.
A Pokola, les journalistes et les ONG sont donc bienvenus. Officiellement.
Autorisé à filmer à l’intérieur de la plus grande concession forestière industrielle du bassin du Congo, aujourd’hui en crise, on m’a empêché, manu militari, de rencontrer les villageois. Une enquête qui gêne même les autorités françaises.
Jusqu’au début des années 1970, Pokola n’était qu’un petit village de pêcheurs perdu dans l’immensité de la forêt congolaise. Aujourd’hui, c’est « un îlot de prospérité dans un océan de misère », pour reprendre l’expression d’un cadre français de le CIB, entreprise forestière.
Routes, logements, dispensaire, eau potable, l’électricité... Pokola doit tout à l’entreprise. Le village est devenu une ville où vivent aujourd’hui plus de 10 000 personnes.
Quand l’exploitation industrielle des forêts montre son vrai visage
Cela fait maintenant plus de six ans que je travaille dans le bassin du Congo avec les Amis de la Terre pour surveiller et dénoncer les dérives de l’exploitation forestière. Je savais que la situation était explosive à Pokola.
La CIB, c’est un Etat dans l’Etat : une concession forestière de plus de 1,3 million d’hectares, contrôlée par une multinationale danoise, DLH. Prétextant la crise économique, le groupe DLH a imposé en décembre 2009 le licenciement de 650 personnes, soit la moitié du personnel.
Avec les familles, plus de 3 000 personnes se retrouvent perdues dans la forêt, à 900 km de Brazzaville, sans emploi ni moyen de subsistance. La multinationale veut vendre cette concession, les employés et les personnes licenciées qui attendaient la reprise se sentent trahis. La tension monte d’un cran. La vitrine de l’exploitation forestière industrielle durable est en train de se fissurer.
Dès les premiers contacts avec la CIB, j’ai vite compris que nous n’étions pas les bienvenus. Pour traverser la rivière Sangha, on doit prendre le bac privé de la CIB : 150 euros. A Pokola, devant l’entrée de l’usine, nouvelle tentative de racket. Le grand patron, Mr Schwartz, me plante le décor :
« Vous savez la CIB est une entreprise privée et nous ne pouvons pas interférer avec les services de l’Etat. »
Ici, il y a deux catégories de citoyens : les travailleurs et les autres. Les travailleurs de la CIB habitent de jolies petites maisons avec électricité, télévision et eau, et les autres vivent à la périphérie dans des baraquements de fortune.
En garde à vue, l’entreprise veille
Nous partons visiter un chantier en forêt et cherchons des personnes licenciées qui voudraient témoigner. En chemin, nous avons la chance de croiser des gorilles, meilleurs ambassadeurs de la CIB.
C’est ici que France 3 est venu filmer « C’est pas sorcier : en route pour la jungle » avec le soutien de l’Agence française de développement (trop heureuse de faire la promotion de l’exploitation industrielle des forêts). C’est ici aussi que Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie, est venu pour montrer qu’il entendait s’engager dans la lutte contre la déforestation.
Arrêtés au saut du lit, nous nous retrouvons au poste de police pour un motif obscur et fluctuant. Nos ordinateurs et caméras sont saisis. On laisse faire, les vraies bandes scotchées autour des jambes. Le flic nous regarde et jette un glacial « la CIB vous a abandonnés ».
On nous fait comprendre qu’avoir essayé de parler avec des personnes licenciées est une menace pour la sécurité de l’Etat. Un informaticien de la CIB vient copier nos fichiers.
Lors de la garde à vue, je prétexte un malaise pour aller chercher un médicament et j’alerte le bureau en France, qui obtient notre libération grâce à l’intervention du consulat.
« Faire preuve de sagesse »
Le soir, Mr Scharwtz, le grand patron, nous invite à sa table. La langouste a du mal à passer, nous demandons juste à rencontrer ceux pour lesquels nous sommes là.... Et face à ce refus, allons arrêter le reportage.
Il nous reparle des gorilles, de France 3... Ah, eux au moins, ils ont fait du bon boulot et montré ce qu’était la gestion durable des forêts !
De retour en France, je découvre avec stupeur l’e-mail envoyé par le consulat. En clair, l’exploitation industrielle des forêts du bassin du Congo n’est pas critiquable. Voici les conseils du consul adjoint :
« Il est souhaitable que les intéressés fassent preuve de “sagesse” et restituent les documents demandés, auquel cas l’affaire devrait en rester là. »
- Sur Rue89Marion Cotillard au Congo, pari paillettes de Greenpeace « l'intello »
- Sur Rue89Commerce de bois illégal : l'hypocrisie française
- Sur amisdelaterre.orgLa page forêts des Amis de la Terre
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pas glop
pas glop
L’exploitation du bois, de l’or, des diamants, du pétrole en Afrique est fait au détriment des populations locales.
Les Bolloré et Cie, qui font une grande partie de leur chiffre d’affaire là-bas, qui disent ne pas avoir à faire avec les Etats sont toujours les premiers à financer les mouvements de rébellion quand leurs intérêts sont menacés (cacao et Côte d’Ivoire) et à faire ensuite appel aux armées de leur pays d’origine afin qu’ils défendent leur ressortissants une fois qu’ils les ont mis dans la mélasse.
Armées financées avec des impôts qu’ils refusent de payer.
Pendant ce temps l’Afrique s’appauvrit et, pour tenter de survivre, ses habitants viennent faire les esclaves chez nous et finissent assassinés par des armes soi-disant non-létales.




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