Seul Tony Blair peut sauver l'Union européenne
L’invitation de Tony Blair au conseil national de l’UMP est le premier pas vers l’officialisation de la candidature de Blair à la Présidence du Conseil européen ainsi que de l’adoubement de Blair comme candidat favori de la France. Blair ne pouvant ignorer les Français pour cette nomination étant donné que la France va assurer la présidence du Conseil lors du deuxième semestre de 2008. Le fait que la France approuve cette candidature n’est sans doute pas sans contrepartie. Il est tout à fait probable que la France a demandé à Londres de préserver les aides avantageuses aux agriculteurs français lors des négociations à venir sur la réforme de la PAC.
Un mandat de deux ans et demi
Le poste de Président du Conseil n’existe pourtant pas encore, du moins pas dans les conditions présentes. En effet, actuellement, la présidence du Conseil revient à un État membre et alterne tous les six mois. Le traité de Lisbonne, si ratifié, verrait la création du poste de Président du Conseil, élu à la majorité qualifiée pour deux ans et demie, non seulement pour assurer la direction du Conseil mais aussi assurer la représentation de l’Union sur les « matières relevant de la politique étrangère et de sécurité commune’. Le poste n’est pourtant pas sans danger, mal défini car ses compétences sont en compétitions avec celles du Haut-Représentant de l’Union ainsi qu’avec celles le Président de la Commission sur les questions de représentations.
Les europhiles s’alarment
Toujours est-il que cette candidature inquiète les europhiles, surtout belges, allemands et français qui voient en l’accession de Blair à la tête du Conseil comme la fin de l’espérance d’une Union européenne intégralement fédéralisée. Pour leur donner crédit, il faut remarquer que Blair est perçu comme celui qui a le mieux réussit à tirer son épingle du jeu du “non’ français et néerlandais en refusant de ratifier le TCE. Ce ‘non’ permettant à Gordon Brown de négocier des clauses (opt-in’ et opt-out’) spécifiquement rédigées pour le Royaume-Uni dans le traité de Lisbonne. Par exemple, la Charte des Droits Fondamentaux ne sera pas appliquée au Royaume-Uni. De plus, Blair apparait comme celui qui forcé l’élargissement de l’Union, diluant ainsi l’intégration européenne. L’ancien premier ministre britannique a aussi le grief de ne pas avoir réussit à avoir introduit l’euro, d’être trop atlantiste, d’avoir participé à la guerre en Irak et d’être accusé d’avoir forgé des alliances avec les nouveaux États-membres pour isoler les membres fondateurs. Cela étant dit, Blair reste malgré tout le meilleur atout pour relancer l’intégration européenne.
Le meilleur atout de l’Europe
En premier lieu, Blair représentera les intérêts des États membres et non du seul Royaume-Uni. Blair est un europhile convaincu, il a approuvé le TCE, la Charte des Droits Fondamentaux, il a milité en faveur de l’euro ainsi que pour l’élargissement. Blair ayant été entravé pendant tout son mandat par une presse largement eurosceptique, par un Gordon Brown profondément hostile à la monnaie unique ainsi que par des spin-doctors’ (Alasdair Campell et Philip Gould) indifférents à la cause européenne. Blair, si élu, ne sera plus soumis à la pression de l’opinion publique britannique. Il pourra mettre en œuvre son europhilisme sans obstacles.
Un négociater hors pair
Deuxièmement, Blair est tout à fait qualifié pour un poste qui, s’il l’obtient, redorera le blason de l’Union. Blair est un négociateur hors-pair, on peut noter à son crédit les accords du Vendredi Saint de 1998 qui ont permis le retour à une vie politique presque normale en Irlande du Nord, une Présidence du Conseil en 2005 qui a vu Blair obtenir un accord sur le budget de l’Union que nombreux pensaient impossible ainsi qu’une connaissance approfondie des questions du Moyen Orient ; Blair étant toujours l’envoyé spécial du Quartet dans la région. Blair a une stature internationale qu’aucun de ses potentiels rivaux, Guy Verhofstadt en premier lieu, ne peut concurrencer.
La culture britannique de la transparence
Troisièmement, Blair a le potentiel d’être le catalyseur d’une réforme profonde de l’Union. Tout d’abord en apportant la culture britannique de transparence et d’efficacité qui manque tant à l’Union. Et puis sur les questions de Politique Étrangères et de Sécurité Communes (PESC), il faut noter le discours de la Hague de David Miliband, le très blairiste secrétaire d’État aux affaires étrangères, qui suggère que Blair devrait promouvoir une Union ayant plus de poids sur la scène internationale sans avoir recours à l’OTAN, objectif compatible avec le dernier discours de Strasbourg de Nicolas Sarkozy ainsi qu’avec les fédéralistes.
De l’huile dans les relations euro-britanniques
En dernier lieu, le fait d’avoir un Président du Conseil si proche de Downing Street devrait aussi amener le gouvernement de Brown à plus de mansuétude face aux questions européennes. Il semble en effet incongru que le gouvernement de Brown puisse s’opposer frontalement à Blair. L’arrivée de Blair devrait donc permettre de huiler’ les relations entre l’Union et Londres.
Pour conclure, l’arrivée de Blair à la Présidence permettrait, grâce à sa stature, de clarifier les compétences entre le Président du Conseil, celles du Président de la Commission ainsi que de celles du Haut Représentant de l’Union. Elle réanimerait la dynamique de réforme au sein de l’Union. Elle permettrait aussi à l’Union de jouer un rôle plus efficace sur la scène internationale, en particulier sur les questions du Proche Orient. La candidature de Blair à ce poste devrait être soutenue par les partisans de l’intégration européenne, c’est une opportunité unique.
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Bonsoir Thomas.
S’il y a bien un reproche qu’on ne pourra pas vous faire, c’est de pécher par démagogie (en tout cas, pas sur Rue89). J’imagine d’ici le lynchage auquel vous allez être soumis.
Permettez-moi donc de vous « lynchouiller » un peu moi-même.
Si véritablement Blair est le dernier espoir de l’Union européenne, alors je crains bien de n’avoir plus grand-chose à faire avec cette Europe-là.
Vous vantez l’europhilie de Blair. Je veux bien croire que ce soit vrai dans le fond de son coeur. Mais, pour ce qui est de la traduction politique... pardon, mais je ne vois pas bien. Le seul exemple de l’euro est assez emblématique : vous nous dites qu’il y est favorable, et je n’ai pas de raison de ne pas vous croire. Pour autant la Grande-Bretagne ne l’a pas adopté. Qu’aurait-ce été s’il y avait été hostile !
Autrement dit, lorsque vous écrivez qu’il « pourrait mettre en oeuvre son europhilisme sans obstacles », vous prenez un pari. Vous en avez le droit, mais ce n’est pas plus qu’un pari.
En outre, vous paraissez persuadé que l’intérêt de l’UE serait entre de bonnes mains. Il me paraît surtout (par exemple, dans le cas de la ratonnade irakienne) qu’il a surtout été sensible aux intérêts étasuniens. On peut considérer que les intérêts de l’Union européenne et les Etats-Unis coïncident, ou simplement en défendre la perspective. Néanmoins, ce n’est pas encore exactement le cas et ce n’est pas mon souhait. Pour ce que nous pouvons en savoir, si Blair devait être le promoteur d’une « Union ayant plus de poids sur la scène internationale sans avoir recours à l’OTAN », reconnaissez que ce serait un sacré virage.
Une remarque incidente pour finir, les marchandages que vous évoquez (je prends ton Blair, tu me laisses mes aides agricoles) sont ce que je trouve de plus détestable dans l’Union telle qu’elle s’est construite. Je crains beaucoup qu’une UE présidée par Blair ne soit justement que cela, un aménagement des intérêts nationaux au détriment de l’intérêt général (étant entendu que je considère que l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers).
Blair président du Conseil européen, ce serait, selon moi, le dernier clou dans le cercueil de l’Europe.




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