analyse 02/01/2008 à 14h13

Kenya : une révolte politique plus qu'un conflit ethnique

David Servenay | Ex-Rue89

C’est une grossière fraude électorale qui a provoqué les violences entre les partisans du président Kibaki et ceux d’Odinga.


Le président Mwai Kibaki et l’opposant Jaramogi Odinga (Reuters)

« Guerre inter-ethnique », « massacres à la machette »... Les poncifs habituels sur l’Afrique ont ressurgi très rapidement, alors que le bilan des émeutes au Kenya enflait. Pourtant, à l’origine de la colère de la rue, il y a d’abord et avant tout une fraude électorale massive, dans un pays révolté par ces pratiques. A tel point que le président de la commission électorale en arrive ce mercredi à déclarer dans le Standard : « Je ne sais pas si Kibaki a gagné l’élection. »

Au départ, un scrutin classique entre deux poids lourds politiques

La semaine dernière, l’élection présidentielle kenyane n’intéressait personne. Coincée entre Noël et le jour de l’an, nul n’y décèle le moindre risque démocratique. Pourtant, jamais depuis l’indépendance du pays en 1963 la consultation n’a été aussi ouverte.

Face à face : le challenger Raila Amolo Odinga, 62 ans, fils de Jaramogi Odinga, ancien vice-président de Jomo Kenyatta, le père de l’indépendance. Ancien ministre de l’Energie, puis ministre des Routes, des Travaux publics et du Logement, il s’est forgé un profil d’opposant tenace.

Emprisonné sans jugement durant six ans (1982-88) dans les geôles de Daniel Arap Moï, il a fondé le Mouvement démocratique orange (ODM), machine de guerre pour battre le sortant. Avec son arsenal de communication moderne : site internet, groupes sur Facebook, Myspace...

Le sortant, Mwai Kibaki, 76 ans, qui brigue un second mandat de cinq ans, est un fils de paysans kikuyu, diplômé d’économie de l’université de Kampala (Ouganda). Il entre dans la vie politique en 1963, en étant élu au Parlement. A partir de 1978, il accompagne le règne de Daniel Arap Moï, comme vice-président, puis comme ministre de l’Intérieur et ministre de la Santé.

Il fait une cure d’opposition dans les années 90, avant de revenir en 2002, comme chef de la National Rainbow Coalition, et de s’imposer à la présidentielle avec 62% des voix. Père de quatre enfants, il a la réputation de ne pas être un gros travailleur.

Une forte participation, sous l’oeil de 30 000 observateurs

Jeudi 27 décembre, les Kenyans se rendent aux urnes pour un triple scrutin. Ils doivent désigner leur nouveau président de la République, mais aussi les 210 membres élus du Parlement et 2 484 élus locaux. Tout se déroule dans le calme ou presque : on relève deux morts et un agent électoral blessé. Les 14 millions d’électeurs appelés à voter se rendent massivement aux urnes, comme en témoignent les longues files d’attente devant les bureaux de vote. Le tout sous l’oeil de 30 000 observateurs.

La Constitution prévoit que le candidat ayant obtenu 25% des suffrages exprimés dans au moins cinq des huit provinces du pays est déclaré vainqueur, à condition d’être aussi élu député. Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, un second tour sera organisé entre les deux candidats arrivés en tête du premier tour, vingt-et-un jours plus tard. Les résultats sont attendus pour le lendemain, vendredi.

Une vaste manipulation des résultats du scrutin

Commence alors le dépouillement et ce qui apparaît aujourd’hui comme une vaste manipulation des résultats du scrutin. Au début, la Commission électorale du Kenya (ECK) ne relève pas d’irrégularités. Attendue dès vendredi, l’annonce des résultats prend du retard.

Samedi, les premiers heurts violents éclatent dans l’Ouest du pays, à Kisumu (province de Nyanza), un bastion de l’opposition. Manifestations, blocage des routes, incendies de quelques magasins : les partisans d’Odinga s’en prennent aux Kikuyus, soupçonnés de vouloir confisquer le pouvoir. Scénario identique dans le bidonville de Kibera. Cette fois-ci, la police ouvre le feu en s’interposant entre des groupes opposés de Luos et de Kikuyus.

Une prestation de serment une heure après l’annonce des résutalts

Dimanche, tout s’accélère. Le président de la Commission électorale, Samuel Kivuitu, annonce en direct à la télévision le résultat définitif : Kibaki s’impose avec 4 584 721 voix, contre 4 352 993 voix à son rival. Moins d’une heure après cette annonce, Mwaï Kibaki prête serment, toujours en direct à la télévision. Au même moment, les émeutes éclatent un peu partout dans le pays, surtout dans l’Ouest, où se trouvent les bastions de Raila Odinga, et dans les bidonvilles des grandes villes. Le premier bilan est de 12 morts.

La réaction de l’opposition est immédiate : l’ODM annonce son intention de tenir une contre-cérémonie de serment dans un parc de Nairobi, dès le lendemain, lundi 31 décembre. Les Etats-Unis, par la voix de Robert McInturff, porte-parole du département d’Etat, saluent la réelection de Kibaki :

« Les Etats-Unis félicitent les vainqueurs et appellent au calme. Ils exhortent les Kenyans à se conformer aux résultats annoncés par la commission électorale. Nous soutenons la décision de la commission. »

Le lendemain, Washington revient en arrière dans une nouvelle déclaration du Département d’Etat, mais il est trop tard... A Londres, le secrétaire au Foreign Office, David Miliband, a tout de suite compris le piège :

« Nous sommes vraiment préoccupés par les irrégularités signalées par les observateurs de l’Union européenne et par d’autres. Nous invitons tous les dirigeants politiques du Kenya et les institutions démocratiques à coopérer pour répondre à ces préoccupations. »

Même tonalité du côté des observateurs de l’Union européenne. Alexander Graf Lambsdorff précise :

« L’ECK, malgré des efforts de son président, n’a pas réussi à établir la crédibilité du processus du dépouillement de façon à satisfaire tous les partis et les candidats. »

Une partie de la Commission électorale dévoile le pot aux roses

Grâce à un document confidentiel, révélé mardi 1er janvier par Le Monde, le tour de passe-passe s’éclaire sous un nouveau jour. Tout s’est joué dans la nuit de samedi à dimanche, au cours d’une discrète réunion des représentants des partis en lice. Une à une, toutes les irrégularités sont méthodiquement relevées par un participant.

Premier enseignement : Raila Odinga possédait jusqu’à un million de voix d’avance au cours du dépouillement, sur un total de huit millions de votants. Apparemment, le décompte s’est déroulé normalement sur les trois-quarts des bulletins. Puis, dans le dernier quart du dépouillement, la situation a pris une étrange tournure. Sur les 210 circonscriptions, 88 ont fait l’objet d’un cas litigieux, avec une anomalie dans le formulaire officiel de décompte des bulletins :

« Soit ce document a disparu, soit il n’est pas signé, soit un exemplaire postérieur, non signé par les autorités compétentes, a été introduit à la dernière heure sous forme de photocopie ou de faux grossier. »

Dans la province centrale, fief de Kibaki, un bureau de vote où 1200 électeurs sont enregistrés a subitement vu ses bulletins gagner un zéro. Sur les 12000 votants, une majorité a choisi le président sortant. Dans d’autres bureaux, il n’est pas rare de trouver des pourcentages de votants supérieurs à 100% ! Autre cas de figure : les agents chargés d’acheminer les résultats d’une dizaine de circonscriptions ont tout simplement disparu. D’après certains observateurs, ils ont préféré s’éclipser plutôt que de cautionner des résultats qu’ils savaient complètement truqués.

Fait unique dans les annales des scrutins électoraux en Afrique : les résultats annoncés sont jugés tellement faux que quatre membres kenyans de l’ECK ont convoqué une conférence de presse pour dénoncer une manipulation. Depuis, les médias audiovisuels sont interdits, un couvre-feu a été décrété et la police a pour ordre de tirer à vue sur les manifestants.

Lire aussi : Tueries au Kenya : « Je suis un Kykuyu, je vais mourir »
Lire aussi : Retrouvez tous les articles de Rue89 sur le Kenya

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  • king selewa
    • Posté à 14h33 le 02/01/2008
    • Internaute 23624

    tout ça, des massacres, des atrocités...à cause de « dirigeants » politiques corrompus, verreux, sensés vouloir le bien du peuple....quelle responsabilité devant le tribunal de l’histoire ! ! ...du sang sur les mains...
    bon sang l’homme n’apprendra donc jamais rien...

    • pablico
      pablico répond à king selewa
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 15h24 le 02/01/2008
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      massacres, atrocités, racisme, ne sont pas l’apanage de la seule Afrique.
      Pensons à l’ex-Yougoslavie, où le manque de ciment politique a ouvert la boite de Pandore.
      Aux mêmes maux, mêmes effets.

      Guerre de Slovénie (1991)
      Guerre de Croatie (1991-95)
      Guerre de Bosnie (1992-95)
      Guerre du Kosovo (1999)
      Conflit de la vallée de Preševo (2001)
      Conflit de 2001 en Macédoine (2001)
      c’était hier...tout près de chez nous..

      c’est peut-être hors sujet, je sais..mais il est bon de faire des parallèles quelques fois.

      • Gib.
        Gib. répond à pablico
        • Posté à 19h22 le 02/01/2008
        • Internaute 21396

        J’ai essayé de résumé cette triste actualité dans un DESSIN DE PRESSE :

        Lien

        –––––––––––––––––––––––––

        Dommage que la presse internationale attise le feu en l’arrosant copieusement du très inflammable carburant ethnique ; l’élection truquée fera à elle seule suffisamment de dégâts, sans qu’on y ajoute des luttes intestines.

        D’autres sources qui vont dans le même sens :
        Lien@2-3212,36-995154@51-993693,0.html
        Ouest-France estime déjà le nombre de morts à 300.
        Lien

        Gib.

      • gérare
        gérare répond à pablico
        photographe
        • Posté à 19h24 le 02/01/2008
        • Internaute 24235
          photographe

        Toujours la même ritournelle dramatique ,
        ces êtres humains sont des crétins .
        Peu importe la situation géographique .
        La solution n’est pas politique ,
        elle est psychanalytique .

  • bleiz mor
    • Posté à 14h35 le 02/01/2008
    • Internaute 13303

    J’ai regardé les informations (sic...) TV ce midi, on a vu des gens avec des machettes, des cendres fumantes alors que le commentaire évoquait les morts calcinés dans une église (douteux comme image...), on nous a parlé de kikuyu sans nous donner plus de détails sur la complexité ethnique de cette région, nous avons vu du sang couler et des gens hurler, mais pas grand chose sur les élections et les fraudes, le bilan de Kibaki ou les projets d’Odinga... Rien sur le civisme des kenyans et leurs légitimes interrogations face à des résultats manifestement contestables.

    • topperheadon
      topperheadon répond à bleiz mor
      employé marketting à Lille
      • Posté à 15h23 le 02/01/2008
      • Internaute 25945
        employé marketting à Lille

      exactement, j ai vu les memes images ce matin, à aucun moment on nous parle des fraudes electorales. On nous parle par contre de nettoyage ethnique. Je pense que ça demontre l’image qu’a l’Afrique en occident, on ne pense pas un seul moment que les gens se revoltent pour la democratie, mais qu’encore une fois les perdants refusent la defaite et reglent ça par le sang...
      Si la meme chose se passait en France, nous serions aussi dans la rue (du moins j ose l esperer...)

      • manu2005
        manu2005 répond à topperheadon
        Afghanistan,Lybie, la france (...)
        • Posté à 20h04 le 02/01/2008
        • Internaute 1805
          Afghanistan,Lybie, la france (...)

        la même chose s’est passée aux états-unis.

  • breakfast
    • Posté à 16h50 le 02/01/2008
    • Internaute 24025

    Ce matin encore J’entendais mes collègues tfcon-isés-dire cela« ah encore les négros qui s’entretuent ».« Ils se tabassent à coups de machette »
    « Ce sont des animaux ils ont besoin de nous les blancs pour leur montrer la route... »

    Une fois de plus je trouve ces réflexions débiles et dépourvues de tout bon sens.
    En politique étrangère je trouve aussi lamentable les commentaires de kouchener sur l’assassinat du BENAZIR BOUTTHO.Comment peut-il une seule seconde dire que ce sont les extrémistes islamistes qui ont tuée BENAZZIR alors que la plupart des observateurs et des spécialistes s’’attardent à dire le contraire ?

    C’est quoi ces lèches bottes des Sarkozy aux kahdafi et militaires pakistanais de Musharef ?

    Il est temps que nous les occidentaux « Ouvrions les yeux “pour soutenir réellement les démocrates de ce monde.Les kenyans se révoltent pour la bonne cause.Arêtons de les juger bêtement car toute les révolutions ne se sont jamais faites dans la paix–-Renverser une dictature n’est jamais chose aisée –-On sait que dans ces pays là les élections sont tronquées d’avance,Qu’il n’ya jamais de justice... Vous conviendrez Donc que La lutte pour la démocratie n’a pas de prix ni de chemin pacifique....Aujourd’hui on se fout de la gueule des kenyans,comme on s’est déjà foutu de la gueule des rwandais lorsqu’ils se ‘tapaient dessus’.Mais qui dit que demain ce ne sera pas le contraire et qu’un jour ce seront eux les africains qui se fouteront de nous :
    -Presse de plus en plus contolée
    -Opposition décimée
    Ouverture politique à une condition que ca serve uniquement les intérêts et les idées de l’ump.
    -Grèves et manifestations quasiment interdites et contrôlées à coups de bombes lacrymogènes et de matraques par les CRS.
    -Courses à l’armement
    -Vente massive d’armes nucléaires aux pays sanguinaires et dangereux.
    -Fichier unique pour les sans papiers
    -Accueil à bras ouvert pour les grands dictateurs de ce monde
    -Augmentations de tous les produits de 1ere nécessité...
    -Augmentations du gaz de l’électricité...
    -Salaire de notre président sarkozy lamentablement gonflé.
    -Séjours et Vacances de luxe offerts par les plus gros fortunés français de ce monde.
    -Demande d’efforts communs aux français de plus pour les retraites,pendant que eux ne font aucun effort.

    Bref la liste est longue et que ce soit les algériens de boudiaf,les pakistanais de benazzir,les afghans de Massoud et les kenyans de Raila Odinga.Tous ont payer le prix fort en essayant de se battre pour des républiques démocratiques,justes,et non bannanières ou les pouvoirs en place ne seraient pas juste des marionnettes au service des pseudo-démocrates de ce monde.

    VIVE LES KENYANS* ET TOUS CEUX QUI SOUFFRENT DANS LE MONDE DE LEURS DIRIGEANTS FOSSOYEURS BARBARES CLEPTOCRATES ET DICTARIAUX.

    *Je pense à la birmanie,à l’argentine,à l’algérie,tunisie,maroc,Bengladesh,Afghanistan,Russie,Pakistan,Corée du nord...

    Lien

    • PierreAdrien06-
      • Posté à 17h00 le 02/01/2008
      • Internaute 25405

      breakfast ?

      Je pense que tu oublies Cuba ! ! !

      Benazzir c’était donc une démocrate ?

  • Faucon
    Faucon
    Ancien
    • Posté à 17h37 le 02/01/2008
    • Internaute 9232
      Ancien

    Pour en revenir au Kenya, je suis d’accord avec David Servenay. Maintenant il est bon de peut être re préciser que l’ensemble de ce pays présente une porosité extrême de ses frontières, que les mouvement de populations sont nombreux (flux et reflux des guerres régionales) brigands et déserteurs de tous poils font la loi dans de vastes secteurs. A celà se rajoute une misère terrible au beau milieu d’un pays qui se développe avec une présence étrangère importante, en particulier américaine,sans oublier la présence de nombreux somaliens activistes.
    En clair, certains pensent que le détonateur est bien la fraude politique, d’un régime corrompue jusqu’à la moelle, qu’il n’y a pour l’instant rien d’interethnique mais que l’ensemble de ces éléments d’instabilité puissent cimenter des liens et des raisons qui peuvent rendre la situation très prèoccupante au plan local et régional.

  • dral
    dral
    Je vends des armes... là où il (...)
    • Posté à 18h23 le 02/01/2008
    • Internaute 22566
      Je vends des armes... là où il (...)

    Il me fait bien rire et article.

    Il est extrêment orienté à mon goût.

    La preuve une petite phrase manquante de l’article du Monde :
    « Les distorsions les plus patentes sont observées dans des circonscriptions aux résultats favorables au président sortant mais le camp de l’opposition n’est pas épargné par les irrégularités graves. Dans l’ouest du pays, son bastion, les agents électoraux du parti présidentiel ont mis en évidence des cas de fraude avérés. Ils ne semblent pas, à la lecture du document synthétique, atteindre l’ampleur de ceux du camp présidentiel. »

    A côté de phrases comme « Kibaki n’a pas la réputation d’un gros travailleur. »...

    Sachant que le document synthétique a été écrit par un participant dont on ne connait pas l’appartenance politique, il faut conditionner ses propos.
    En tout cas, si toutes les fraudes sont avérées, cette élection est un échec et il faudra recommencer pour calmer les esprits.

    Pour revenir sur le fond, Mr le journaliste, sachez que les Kenyans ont fait leur choix a 39% pour des raisons « éthniques ». Dans un pays comme le Kenya, ethnique et politique sont très liés et vous le savez.

    • David Servenay
      David Servenay répond à dral
      Auteur(e) de l'article Ex-Rue89
      • Posté à 19h13 le 02/01/2008
      • Internaute 8946
        Ex-Rue89

      Moi, ce qui me fait rire, c’est votre chiffre de 39%, un choix politique à 39% ethnique si je vous suis bien.

      Quelle est votre source ? L’institut qui a réalisé cette étude ? Et dans quelle condition ?

      Enfin, le propos de cet article n’est pas de nier l’existence d’un facteur ethnique dans les violences qui agitent le pays depuis une semaine. Mais de mettre en évidence l’enchaînement politique des faits -dans un système visiblement à bout de souffle-, logique qui a provoqué les heurts.

      Pour le reste, jetez un oeil aux accusations de « génocide » lancées ce mercredi par les deux principaux protagonistes de la crise et vous verrez que l’on ne peut pas sérieusement appliquer un tel terme à la situation actuelle du Kenya. Pour ce que l’on en sait, en tout cas.

      Au fait, Dral, à qui vendez-vous des armes ?

      • dral
        dral répond à David Servenay
        Je vends des armes... là où il (...)
        • Posté à 21h43 le 02/01/2008
        • Internaute 22566
          Je vends des armes... là où il (...)

        « Avant le scrutin, 39 % d’électeurs avaient admis, dans un sondage, qu’ils choisissaient leur candidat sur une base purement ethnique. »

        ce qui est extrait de cet article :
        Lien@2-3212,36-995178@51-993693,0.html

        Le Monde n’est pas forcément la référence absolue, mais bon.

        Maintenant, il est sûr que l’on en est pas au génocide, bien heureusement.

        Sinon, je vends des armes a personne, ç’est de l’humour noir,
        directement tiré de l’excellent film de Andrew Niccol, « Lord Of War »...

        Ce que je vous reprochait, David, ç’est de résumer cela avec les arguments de l’opposition. « Kibaki est un fainéant » ou presque, et je me demande bien ce qu’est Odinga.

        Merci en tout cas d’avoir répondu, a mon agressivité légèrement
        déplacée.

         
        • pierrejcallard
          pierrejcallard répond à dral
          http://www.nouvellesociete.org
          • Posté à 02h45 le 03/01/2008
          • Internaute 3366
            http://www.nouvellesociete.org

          Quand vous sortez de l’ethnique en Afrique subsaharienne, vous êtes dans le champ. Vous pouvez vous conter des histoires lénifiantes, mais les gens meurent par millions. Ce « politically correct » est criminel. Lien

          Pierre JC Allard

        1 autres commentaires
  • douze
    • Posté à 21h36 le 02/01/2008
    • Internaute 26865

    Merci pour cet article.
    Le propos n’est pas d’occulter les problemes ethniques du Kenya, que personne ne connaissant un tant soit peu ce pays ignore*, mais de mettre en avant les faits recents :
    1. la violation probable, bien que pas encore prouvee, de l’Etat de Droit, par le pouvoir en place,
    2. le soutien precipite de Washington, premiere puissance globale, a cette violation probable,
    3. le trio revolte-repression-debordements qui en a suivi,
    4. et enfin, la reaction d’autres forces politiques internationales (UK, UE), exprimant leurs doutes sur la regularite du processus electoral.

    Designer simplement la guerre ethnique comme source des atrocites commises est sans doute plus confortable, et plus en ligne avec ceux qui aiment a discourir sur une Afrique ’ne sachant pas faire face a l’avenir’.
    Il est heureux de trouver une presse ne suivant pas ces ideologies douteuses a la lettre, et a la lecture de certains posts, de voir que je ne suis pas le seul a trouver la pluspart des infos diffusees sur ce sujet (TV, presse nationale) curieusement confuses.
    Il reste encore a (re)parler de la pauvrete/criminalite grimpante au Kenya, qui explique aussi une part de ces exactions : on ne levera jamais des bandes de ’tontons macoutes’ a Neuilly-sur-Seine ... ni ailleurs en France, meme dans les banlieues.

    *sait-on seulement que l’ethnie est portee sur la carte d’identite nationale ? - sans doute pas les journalistes de certains quotidiens estimant hasardeux de proceder a un tri ethnique sur les barrages.

    • dral
      dral répond à douze
      Je vends des armes... là où il (...)
      • Posté à 22h04 le 02/01/2008
      • Internaute 22566
        Je vends des armes... là où il (...)

      Je suis d’accord avec vous sauf que, même si je ne suis pas un expert du Kenya, les liens mis dans l’article montrent aussi que l’opposition a peut-être fraudé, sans doute a moins grande échelle.
      Dans le cas ou les partisans du président Kibaki on procédé a une fraude massive, il faudra bien qu’il rende des comptes et que cette élection soit annulée.
      Washington s’est peut-être précipité mais rétracté après, on ne peut pas vraiment les accuser de quoi que soit d’autre dans cette histoire.
      Il est clair qu’il n’y aurait peut-être point eu de révolte sans fraude, mais on ne le saura jamais, et d’ailleurs, pour l’instant, on soupçonne qu’il y a eu fraude.
      Cependant, on voit bien que ces émeutes prennent un caractère ethnique, cela ne fait aucune doute : comme dans beaucoup de pays d’Afrique pendant la colonisation, des ethnies ont été spoliées et mise au ban du pouvoir. L’instabilité chronique du continent n’est dûe qu’aux âneries de la colonisation (par exemple y a qu’a voir le Rwanda et la manière dont les Belges ont administré le pays pour y voir un lien direct avec le génocide).
      A cela s’ajoute des dirigeant Africains qui, dans leur majorité en exagérant un peu, sont corrompus jusqu’au bout de l’ongle de leurs petits doigts de pieds.

  • breakfast
    • Posté à 10h37 le 03/01/2008
    • Internaute 24025

    Merci de ne pas me censurer car hier vous m’avez déjà censuré et honnetement si vous me refaites la même chose aujourd’hui je ne viendrais plus jamais poster içi et cela voudrai dire aussi que vous ressemblez de A à Z aux TFcons.Merci d’avance.

    Mon avis sur votre article :
    Merci d’Arrêtez de raconter n’importe quoi,car le conflit kenyan est avant tout politique et non pas ethnique comme le démontre démagogiquement et une fois de plus les médias français.

    Vous imaginez des gens se battent pour la démocratie de manière révolutionnaire et vous parlez sans cesse de conneries conflictuelles inter-culturelles de je ne sais quoi...Mais ouvrez les yeux et Tant qu’il y’aura ces dictateurs militaires au pouvoir il faudra se battre et se battre pour faire arreter ces gens là sans cœur ni tête.

    Ne vous inquiétez que ce soit au Nepal,en Birmanie,En Algérie,Au Pakistan,Au Bengladesh,En Russie...Des gens se battent quotidiennement pour la démocratie et face aux dictateurs de ce monde qui ne comprennent pas grand chose hormis la matraque et les armes il faut riposter violemment même si le chemin qui mène à la démocratie reste encore très long parsemé d’embûches...Nos dirigeants politiques hypocrites des puissances occidentales doivent cesser de faire ces manigances politico-policiennes sur le dos d’innocents et d’assoiffés de démocratie.Les technocrates doivent cesser de soutenir les ennemis des libertés individuelles et humaines.

    Lien

  • cooper59
    cooper59
    nazer c pueril et con
    • Posté à 12h14 le 03/01/2008
    • Internaute 18535
      nazer c pueril et con

    la democratie c’est un super systeme , mais il repose entierement sur l’honneteté et la morale de ses elus ! sinon ça sert a rien , a part transformer les electeurs en « homo economicus “ tout en leurs faisant croire qu’il participent d’une grande oeuvre pour l’humanité et qu’ils sont les representants des droits de l’homme ! je referme la parenthese .

  • sebino14
    • Posté à 14h17 le 03/01/2008
    • Internaute 22872

    Toute cette manipulation politique n’a qu’ un seul but à mon avis : justifier la hausse du pétrole par des instabilités internationales permanentes afin de continuer à enrichir des gens soucieux de leur petit portefeuille d’actionnaire pétrolier(sic).
    Dommage que la population kenyanne en patissent car on ne peut pas leur reprocher de se révolter vu la situation de leur démocratie.
    Vivement ce jour ou les politiques respecteront l’humanité avant tout ! (et ce n’est pas la france et son président avide de pouvoir qui montre l’exemple)

    • douze
      douze répond à sebino14
      • Posté à 09h20 le 04/01/2008
      • Internaute 26865

      Pas tres serieux, Sebino14.
      Le Kenya n’a pas un poids economique permettant d’influencer les cours de quelque matiere premiere que ce soit, a part les fleurs peut-etre ...
      De plus, le Kenya etant net importateur de petrole, une situation de crise risque surtout de reduire sa consommation nationale et de gener celle de l’Ouganda, ce qui ne pourrait au maximum que provoquer une legere et passagere baisse du prix regional des produits petroliers.

      • sebino14
        sebino14 répond à douze
        • Posté à 16h03 le 04/01/2008
        • Internaute 22872

        Pour douze
        Merci de l’eclaircissement, mais ce que j’ai voulu signifier c’est qu’au fur et à mesure des insécurités qui éclatent en afrique (ou au moyen orient), le cours du pétrole est immédiatement touché. Peut etre que la stabilité politique de ce pays à irrité de grands influents de ce monde.
        Sinon il est vrai que l’ économie du kenya est plutot dépendante de l’agroalimentaire qu’autre chose, mais sa position géographique et géopolitique reste stratégique dans l’acheminement du pétrole africain
        Même si cette crise au kenya n’a pas été influencé par les rois du pétrole , je soupconne ces derniers de profiter de la situation ... mais cela ne reste que mon avis , je ne détiens pas la verité au delà de mon écran.. ce qui me soucie d’avantage c’est le manque de respect et d’humanité des pouvoirs politiques envers leur population.

  • PierreAdrien06-
    • Posté à 18h24 le 03/01/2008
    • Internaute 25405

    Le jour où le politique respectera l’humanité, c’est qu’il sera rentré dans les ordres ! ! !

    De droite comme de gauche ! ! !

    Le respect dans les élections ?
    Même ici sur ce forum tu ne l’as point et on n’est pas en Afrique ! ! !

    Ici c’est un vote à la Cuba de Castro, une invention des ex du journal libération...

  • cooper59
    cooper59
    nazer c pueril et con
    • Posté à 20h45 le 03/01/2008
    • Internaute 18535
      nazer c pueril et con

    avec tout le respect , allez donc voir sur le net si des anciens de Minute ou de National Hebdo ont un forum d’info , vous y serez comme un poisson dans l’eau , non ? personnellement je ne ferme aucun post , et je ne prete aucune importance aux votes , suis pas nombriliste a ce point ! c’est juste histoire de donner son avis et de s’interesser a ceux des autres et c’est deja beaucoup ; bien vu donc rue 89 !

  • PierreAdrien06-
    • Posté à 00h39 le 04/01/2008
    • Internaute 25405

    Ok cooper,

    Personnellement j’aime bien le canard... affaire de goût.
    J’aime bien me donner une petite idée sur tous les partis.

    Que penser des textes repliés ? Une invention qui cache une certaine censure ?

    Bonne soirée.

    • pierrejcallard
      pierrejcallard répond à PierreAdrien06-
      http://www.nouvellesociete.org
      • Posté à 07h45 le 04/01/2008
      • Internaute 3366
        http://www.nouvellesociete.org

      Les textes repliés sont les plus intéressants. En attendant que Rue 89 supprime ce droit donné aux bornés et intolérants de censurer ceux qui ont vraiment quelque chose à dire, je pense que c’est un devoir pour tout lecteur qui croit à la liberté d’expression de mettre un « top » à tout texte replié dont le contenu n’est pas illégal ou injurieux.

      Pierre JC Allard

      Lien

  • line
    • Posté à 01h07 le 04/01/2008
    • Internaute 2634

    David Sevenay, de qui vous moquez vous ? N’est ce pas vous qui dans votre précédent article sur le sujet, parliez de « tueries » et « d’affrontements ethniques » ?
    Vous introduisez ici votre article en citant « “Guerre inter-ethnique”, “massacres à la machette”... Les poncifs habituels sur l’Afrique “.
    Oui, ‘poncifs habituels’ du vocabulaire journaliste, en effet ! Poncifs que vous utilisiez vous même dans votre article du 1er janvier, et que vous récusez dans celui du 2.
    Je vous félicite malgré tout d’avoir ouvert les yeux en si peu de temps.
    Etudiante en histoire de l’Afrique, je peux vous dire que les historiens africanistes de l’historiographie récente déplorent l’utilisation dans le vocabulaire journalistique des termes ‘ethnie’ et ‘ethnique’ qui ont purement et simplement remplacé ceux de ‘tribu’ et ‘tribal’ quand ces derniers étaient devenus trop connotés. Le dénominateur à changé mais le sens reste inchangé. Ces termes enferment les peuples dans un immobilisme et une perméabilité qui ne correspond pas à la réalité. Il n’y a pas d’‘ethnie’ kikuyu. La catégorie de la population que l’on nomme les kikuyu sont caractérisés par des critères sociaux, culturels, économiques complexes et mouvants bien plus que génétiques (ce que sous entend le terme ethnie).
    Vous remarquerez d’ailleurs qu’on emploi ce vocabulaire seulement pour désigner des peuples que l’on jugeait ‘primaires’ ou moins ‘civilisés’ il n’y a pas si longtemps. On n’aurait pas idée par exemple de parler d’un conflit inter-ethnique entre wallons et flamands en Belgique.
    Je vous félicite malgré tout pour votre dernier article, ou vous abordez le problème de façon juste et pertinente.
    Mais s’il vous plait, rayer certains termes de votre vocabulaire. Les mots ont un sens... et des conséquences !

    Merci.

    • David Servenay
      David Servenay répond à line
      Auteur(e) de l'article Ex-Rue89
      • Posté à 10h33 le 04/01/2008
      • Internaute 8946
        Ex-Rue89

      @ Line

      Vous êtes légèrement caricaturale, Line, dans votre présentation des choses.

      Dans notre premier article -qui est une revue de blogs- nous nous sommes surtout efforcés de relater le sentiment général exprimé par le biais de témoignages sur internet. A chaud.

      Le fait que de nombreux acteurs de la crise reprennent à leur compte le terme « d’ethnies » et/ou se réfèrent à un groupe vécu comme le groupe social de référence qui permet d’assurer à l’individu sa survie, est une réalité. Que cela plaise ou non.

      Sur l’acception et l’usage du terme « d’ethnies », je vous renvoie au développement que j’ai pu faire sur ce thème, avec Gabriel Périès, dans notre livre « Une guerre noire » à propos du Rwanda.

      Si je partage votre point de vue sur l’instrumentalisation de cette notion par les anciens colonisateurs, en revanche, je ne crois pas qu’il soit possible d’en faire abstraction, puisque justement ce type de concept fait partie du vécu collectif des sociétés africaines.

      Notre propos, comme l’indique le titre de l’article, est bien de mettre en évidence la logique politique comme raison première du déchaînement de la violence, sur la logique ethnique qui existe aussi. Une fois la mèche allumée, vous ne pouvez pas empêcher (comme dans toute société) l’inconscient de ressortir.

      Enfin, pour évoquer la position des universitaires vis à vis des journalistes, j’ai toujours trouvé fascinante cette propension des « spécialistes de l’Afrique » de faire la leçon aux journalistes (modestes scribes du quotidien) sur les contours et le sens de l’histoire immédiate.

      Car, lorsque le modeste journaliste se penche sur le passé, que voit-il ? Des historiens et des « spécialistes » de l’Afrique souvent (pas tous) en train de manipuler leur savoir à des fins politiques. Cf. toutes les histoires officielles, autorisées, validées par les autorités en place.

      Pour l’anecdote, lorsque j’ai effectué des recherches dans la bibliothèque de l’école militaire rwandaise, j’ai découvert dans les rayons des centaines d’exemplaires encore sous blister, des mémoires du colonel Logiest, le héros belge de l’indépendance. Exemplaires commandés par le régime Habyarimana...

      • line
        line répond à David Servenay
        • Posté à 16h11 le 04/01/2008
        • Internaute 2634

        @ David Servenay
        Merci de votre réponse.
        Et merci à Rue 89 de permettre cette interactivité si précieuse.
        Il ne s’agissait pas de vous « faire la leçon », car je ne suis moi aussi qu’une « modeste » étudiante en histoire !
        C’est la contradiction entre vos deux articles qui m’avait interpelé. Vous vous en êtes expliqué.

        Si vous reconnaissez l’instrumentalisation politico-idéologique de ce concept d« ethnie » par les anciennes administrations coloniales et par les élites et pouvoirs africains, vous reconnaitrez aussi qu’il est dommage que pour décrire les réalités contemporaines, on n’analyse pas les processus, les relations et les stratégies, autrement plus complexes que ce que l’on désigne commodément par le concept ambigu d’« ethnie ».

  • Chamfort
    • Posté à 08h08 le 04/01/2008
    • Internaute 1993

    bonjour à tous et bonne année quand même

    j’ai travaillé 1 an au Kenya en 2000/1 avec les populations du Sud et de l’Est et j’ai noté ceci :
    habitué du travail en pays en crise (Burundi, Zaire, Afghanistan...) je pensais trouver le Kenya comme simplement pauvre. Mais ma conclusions était que tous les feux sont au vert (comme sur un boulevard où on profite de l’onde verte) vers la guerre civile ;

    Beaucoup de violence institutionnelle : un député ne s’arrete pas à un controle policier, il est tué par balle, sans qu’il n’y ait de remous dans les sphères politiques ;

    pas mal de conflits violents récents inter tribus : Quambas <> masai, Luos <> Kikuyu, pour des propriétés de bonnes terres (i.e. arrosées)....

    Les Kikuyus sont la plus grande tribu et la plus aisée, au centre du Kenya région de Nairobi, ayant mené la guerre anticolonialiste (les MauMau) Djomo Kenyata était un Kikuyu et la tendance a été pour eux de fagociter le pouvoir (idem les Serbes en Yougo).
    La majorité du petit commerce et des transports (bus taxis, camions) sont kikuyus, idem les universitaires et employés diplomés.
    Economie completement centrée : tout à Nairobi, rien ailleurs. L’annuaire pro de Nairobi fait 3 cm d’épaisseur, le pro du kenya entier moins de un cm.

    Arap Moi au pouvoir à donné bien sûr les postes à sa tribu (les ? d’Eldoret, là ou l’église a été incendiée avec femmes et enfants kikuyus) et a toujours joué de la violence inter tribale juste avant chaque élection, pour jouer les « si pas moi le chaos ».

    Situation donc bien pourrie dans un pays qui en plus n’appartient pas à ses habitants :
    - les meilleures terres appartiennent soit aux ministres soit aux riches anglais à double nationalité, vous savez, ceux qu’on voit donnant des ordres à l’employé Kenyan pour donner la tété aux lionceaux dans les documentaires.
    - tous le commerce import/esport et gros/demigros est dans les mains des indiens du rajastan, qui commence maintenant à envahir le commerce de détail pour placer les petits neveux fraichement arrivés, au dam des kikuyus.
    - toutes les grandes entreprises nationales (téléphone, eaux, électricité...) sont dans les mains de multinationales.
    Les Kenyans sont locataires de leur pays, quasi rien n’est à eux et ce qui reste est accaparé par les leader tribaux ;
    savez vous que le Gvt a mis 20 ans à admettre la présence du Sida
    - 30 % de prévalence dans la province de l’ouest,
    - 8 % des gamines de moins de 10 ans dans les ecoles, 8 % des enfants du secondaires.
    - il meurt plus d’instit du Sida que de promotion des ecoles normales ;
    - tous les chauffeurs de camions et bus sont infectés...

    Bref la cata présente et pire à venir.
    36 Millions de Kenyan et les seuls qu’on voit à la télé nourrissent des lionceaux.
    Dans des parcs animaliers (Tsavo) j’ai nourri des enfants mal nutris dans les écoles qui regardaient passer les 4x4 des tour-operators.
    bref, en souhaitant que ça se calme mais si quelqu’un a des solutions pour que ça s’arrange, qu’il ne se gène pas...

  • bricem_kenya
    bricem_kenya
    Vivant et travaillant au Kenya
    • Posté à 16h15 le 07/01/2008
    • Internaute 27619
      Vivant et travaillant au Kenya

    Tout d’abord merci à David Sernay pour son article qui résume bien ce qui a déclenché les violences de ces derniers jours au Kenya.

    Bravo également à Chamfort, dont certains commentaires expliquent avec justesse pourquoi la situation au Kenya préoccupent ceux qui y vivent et y travaillent :
    -La violence. Le Kenya a des frontières avec le Soudan et la Somalie. Il est un pays refuge pour de nombreuses personnes qui fuient les conflits au RD congo, du Burundi et du Rwanda. Celà ne va pas sans réglements de compte sur le sol même du pays-hôte. Cette gestion des réfugiés est complexe.
    -La pauvreté. La violence est également une résultante de la pauvreté. La plupart des kenyans vivent avec 3 à 4 dollars américain par jour. Si ce chiffre ne signifie rien par rapport à nous et notre mode de vie, il signifie beaucoup par rapport à l’écart riche/pauvre dans le pays. Les disparités de revenus entre les différentes classes de la société sont parfois énormes et mal perçues par les pauvres. A Nairobi, les émeutes sont nées dans les bidonvilles de Kibera et Mutharé, qui sont considérés comme les plus grands d’Afrique.
    -Les conflits inter tribus. Ils ont toujours existé et sont alimentés le plus souvent par une recherche de terres cultivables ou d’eau. Il faut noter cependant que des frictions ou conflits persistent aussi en Europe entre des peuples et des régions et/ou réapparaissent opportunément à la faveur d’évenements variés, parfois simplement sportifs. L’intégration en Afrique est une notion récente ; la plupart des pays ayant accédé à leur indépendance il y a 40-50 ans.
    -Le manque d’accès aux terres cultivables et/ou à la ressource en eau. L’Agriculture est un secteur crucial pour le developpement économique et social du pays. Ce secteur contribue au revenu du pays, à la création d’emplois, à la sécurité alimentaire et au développement industriel. Or, le Kenya étant un pays essentiellement rural, 80% des Kenyans dépendent directement de l’agriculture pour (sur)vivre alors même que près des 3/4 du pays sont considérés comme aride ou semi-aride. Cet accés représente donc une simple question de survie dans la majorité des cas. Du fait d’une natalité soutenue et de l’afflux de réfugiés, la population augmente continuellement et les affrontements sont nombreux et violents partout à ce sujet. Mais ce n’est pas seulement une situation propre au Kenya et à l’Afrique. Voir par exemple le cas du Mexique et des Etats-Unis dans l’exploitation des eaux du fleuve Colorado. Les institutions internationales savent bien que cet accès sera déterminants à l’avenir dans l’explication des conflits.
    -Un centralisme qui polarise le développement. Le pays est stable depuis son indépendance. La capitale concentre ce qui fait défaut ailleurs dans la région : des services, des banques, l’enseignement et la santé. Des fortunes s’y construisent et un relatif mieux vivre y attire toutes les personnes en recherche de travail et les désoeuvrés en tout genre. Cet exode rural amplifie tous les problèmes déjà mentionnés.
    -Une classe politique qui n’est pas ou plus à la hauteur de ce qui est attendu d’elle. C’est une consternation car ces politiques sont des gens instruits et brillants, parfois reconnus internationalement, mais qui ont d’une manière évidente du mal à s’affranchir des clivages dans leur propre pays et à agir au nom de la communauté. Ils ont baignés trop d’années également dans un milieu soumis à la loi de la corruption.

    Il ne faut cependant pas céder à une facile caricature. Les points mentionnés se retrouvent dans la plupart des pays en développement. Quelques uns mêmes se retrouvent dans des pays développés. Le kenya a des ressources propres. Les kenyans sont pour la majorité travailleurs et ils aspirent à la paix. Malgré le désastre de ces élections, malgré un possible dérapage vers une situation bien plus grâve encore, ce que personne ne veux, Kenyan ou pas, nous aimons tous ce pays splendide, qui est à plus d’un titre exceptionnel dans la région et en Afrique et, en ce début de 2008, nous lui souhaitons nos meilleurs voeux.