Les Arabes israéliens : comment les appelle-t-on déjà ?
C’est dans un contexte marqué par une crise larvée qu’Israël s’apprête à célébrer en 2008 le 60e anniversaire de sa naissance. Une série de manifestations viendront ponctuer cet événement. Au menu, figurent colloques, spectacles vivants, expositions de peinture, publications... Comme si l’on ressentait le besoin de tout dire, d’épuiser le sens de l’histoire.
Or, parmi les sujets appelés à faire débat, celui des Arabes Israéliens occupe une place privilégiée. Quelques travaux en la matière en ont fait le point, notamment celui de Bassma Kodmani-Darwish, « La Diaspora palestinienne ». (Paris, PUF, 1997), et de Laurence Louer, « Les Arabes d’Israël » (Balland, 2003). « Les Arabes d’Israël », de Jacques Bendelac opère une autre approche.
Comment les appelle-t-on déjà ? Les Arabes israéliens, les Arabes d’Israël, les « Palestiniens d’Israël » les « Arabes de 1948 », ou les « Arabes de l’intérieur » comme les désigneront les autres palestiniens ? Nous sommes face à un « tremblement identitaire » qui obère le destin de ces Palestiniens pris dans l’ambivalence de leur identité palestinienne et de leur citoyenneté israélienne. Cette ambivalence imprègne le comportement des Arabes israéliens : leur rapport à la politique et à la démocratie, leur attitude vis-à-vis des traditions et de la culture. Le livre nous éclaire également sur la situation des minorités religieuses et nationales dans un Etat à majorité juive. Il s’attache à éclairer les différents aspects de la vie quotidienne des Arabes israéliens. Il se clôt par un chapitre consacré aux Arabes de la région et la situation de privilégiés des Arabes israéliens. Malgré leur marginalité, ils sont gratifiés au sein de l’Etat d’Israël note Bendelac.
Le principe qui veut que la géographie sert à faire la guerre trouve ici sa juste résonance. Ainsi, les chiffres constituent un enjeu stratégique de taille. Au lendemain de la création de l’Etat d’Israël, 156000 Arabes sont restés à l’intérieur des frontières du nouvel Etat. Tout en leur reconnaissant un statut de privilégiés, l’auteur concède implicitement qu’il existe une politique d’occupation, qu’il appelle pudiquement « politique officielle d’aménagement du territoire ».
Abordant le volet démographique, Bendelac relève le facteur ethnique et religieux, déterminants sur le plan des droits d’une population et de son identité. Ainsi, un juif a plus de droits qu’un non juif. Mais le facteur ethnique et démographique ont été confectionnés pour servir les intérêts d’une seule ethnie, l’ethnie israélienne. L’une des priorités politiques des nombreux gouvernements israéliens a été de désamorcer la « bombe démographique arabe ». La politique de récupération des Druzes et des Bédouins par Israël, dans la perspective d’une « israélisation » au détriment d’une « palestinisation » a été également l’un des soucis politiques majeurs de l’Etat d’Israël.
L’auteur met l’accent sur les avantages du système démocratique israélien. Les Arabes israéliens mettent ainsi à profit cette carte pour monnayer leur soutien à la gauche israélienne. Au contact d’Israël, la société arabe a beaucoup évolué, sans que cela entame toutefois les fondements de sa tribalité.
L’auteur décline les principales activités qui pèsent sur le quotidien et au-delà sur le destin des Arabes d’Israël : le foot, la santé, l’enrichissement, la culture… qui sont autant de facteurs d’intégration et non pas de dissolution identitaire. Sujet complexe parce qu’il induit les facteurs ethniques, politiques, culturels, psychologiques, l’entreprise de Jacques Bendelac n’a fait, et c’est là son principale imperfection, que survoler la question, manquant parfois d’aller au fond des choses.
► « Les Arabes d’Israël, entre intégration et rupture », de Jacques Bendelac, Editions Autrement, 200 pages, 19€.
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matheuse
matheuse
« Ainsi, un juif a plus de droits qu’un non juif. »
Est-ce que cette phrase fait partie du livre ? Si oui, quelles preuves sont apportées dans ce sens ?
Si non, d’où vient cette affirmation ?
Ce que je sais, c’est que quelqu’un qui fait son service militaire a plus de droits que quelqu’un qui ne le fait pas, et comme les arabes musulmans ou chrétiens ne le font en général pas, ils ont moins de droits. En particulier pour ce qui concerne la possibilité de travailler dans des entreprises hi-tech pouvant avoir des activités liées à la défense.
On me dira : c’est hypocrite. Outre que l’hypocrisie est ce qui rend souvent la société vivable, il importe de mentionner que les Druzes (qui sont des arabes de religion druze) font leur service, et un certain nombre de bédouins aussi.
« Mais le facteur ethnique et démographique ont été confectionnés pour servir les intérêts d’une seule ethnie, l’ethnie israélienne. »
Ah là là... c’est quoi l’ethnie israélienne mon bon monsieur ? D’abord, j’ai déjà du mal à définir une ethnie. En plus, le cœur du problème c’est bien que d’ethnie israélienne il n’y en a pas, puisque les Palestiniens possédant une carte d’identité israélienne ne se considèrent pas comme faisant partie de l’ « ethnie israélienne ». Sauf que... j’ai deux jolies histoires à raconter sur ce sujet.
Une fois, je passais quelque temps au Technion de Haifa pour du boulot, et je partageais mon bureau avec un collègue palestinien d’Israel ou arabe israélien - comme vous voulez.
Formé au Technion, il avait été invité par son ancien directeur de thèse, avec qui il poursuivait des travaux scientifiques, mais son poste permanent était quelque part au fin fond de la Louisiane.
Et il râlait (sans doute à juste tire) sur les tracasseries qu’il devait subir à chaque fois qu’il rentrait en Israel. Et sur ceci et sur cela, et sur autre chose, mais à part ça un type tout à fait charmant et sympathique et nous avons beaucoup parlé ensemble.
Et puis, un jour, le hasard des voyages professionnels m’a permis de le revoir avec plaisir dans son fin fond de la Louisiane. Et là, deviniez quoi ? Il me vantait la cervelle israélienne, si supérieure à toutes les autres, et qui représentait certainement une généralisation de la cervelle juive, si supérieure à toutes les autres (que nul ne sorte sa dénonciation, je connais peu de groupes humains qui ne se considère pas comme nettement supérieur à tous les autres).
Je reconnais que je ne m’y attendais pas...
Il y en a un autre, de mes collègues, encore un ancien du Technion, qui maintenant travaille à l’Institut Weizmann de Rehovot, après avoir passé de longues années aux États-Unis. Je me souviens comment il racontait, avec délectation, il y a une quinzaine d’années, l’éducation trilingue d’un de ses neveux : arabe-hébreu-russe. Et d’où ça vient ce mélange inhabituel ? Le papa est un arabe musulman, la maman une immigrée russe, juive ou pas, je n’en sais rien, et le pays, c’est Israël, avec plein de gens qui parlent hébreu.
Alors, SVP, un peu de place pour la complexité des identités, ça fait toujours du bien.




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