Royal et Clinton, jumelles en politique ?
La socialiste française et la démocrate américaine ont des parcours étonnamment proches, mais des méthodes différentes.
Une femme en tête des primaires de son parti, une candidate qui provoque des réactions épidermiques, admirée ou haïe… « Ca nous rappelle quelqu’un » , nous ont déjà écrit certains d’entre vous à propos des chances d’Hillary Clinton de se faire élire à la maison Blanche.
« Ségolène » et « Hillary » , deux femmes devenues des prénoms en politique ont certainement des points communs. Toutes deux sont très polarisantes, Madame Clinton au delà de tout ce que l’on peut imaginer. Selon des chiffres de l’institut de sondage Zogby, 50% des Américains affirment qu’ils ne voteraient « jamais » pour Hillary Clinton. Un autre sondage USA Today lui donne 51% d’opinions favorable et 48% de défavorables : autrement dit, tout le monde ou presque a un avis sur elle.
Hillary Clinton comme Ségolène Royal ont provoqué des interrogations sur le fonctionnement de leur couple (encore que, notait Salon en novembre 2006 « contrairement à la version américaine, dans ce couple, c’est la femme qui a le charisme » ). Toutes deux ont été traitées d’ambitieuses (comme si les hommes candidats se présentaient aux élections par abnégation).
Une « bonne » éducation... qu’elles ont toutes deux rejetée
Toutes deux, avant de basculer à gauche, ont été élevées dans le terreau conservateur et religieux de familles bourgeoises. Fille d’un chef d’entreprise de l’Illinois, Hillary avait participé, comme bénévole, à la campagne du républicain Barry Goldwater aux élections présidentielles de 1964, avant de passer à gauche dans le contexte du Vietnam. Ségolène Royale, elle, est la fille d’un lieutenant-colonel d’artillerie de marine, catholique. De cette jeunesse, l’une et l’autre ont gardé une certaine raideur, signe de leur « bonne » éducation.
Les points communs flagrants s’arrêtent là. « Ce qui me frappe c’est que la campagne d’Hillary, c’est une primaire gérée alors que Ségolène se gérait » , note Dick Howard, professeur de philosophie politique à Suny Brook University. En comparaison de la solitude de Ségolène Royal, l’ » Hillariland » , comme s’est auto-surnommé l’équipe de la candidate, est célèbre pour son extrême discipline et sa fidélité (beaucoup sont des conseillers de longue date, des années de la Maison Blanche de Bill, voire de l’Arkansas). Ne pas s’attendre à une gaffe ou un aveu.
L’une est vue comme incontrôlable, l’autre comme trop contrôlée
La sénatrice de New York en route vers la présidentielle prend peu de risque, pèse ses positions. « Ségolène n’était pas contrôlable alors qu’on reproche à Hillary d’être trop contrôlée. » D’où une réputation froide et calculatrice. (Voyez comment le Daily Show se moque de ses difficultés à rire naturellement, les dernières secondes sont les meilleures.)
Autre différence de taille, « Ségolène a eu recours à la base du parti » , souligne Dick Howard, quand Hillary est la candidate de l’establishment démocrate et de l’élite du parti. La mobilisation du web pour la candidate du PS évoque plutôt la campagne de Barack Obama. « Ségolène Royal doit beaucoup aux médias qui lui ont accordé de l’importance alors qu’elle n’était pas encore très accomplie » , note William Keylor, professeur de relations internationales à Boston University.
Estimée plutôt qu’aimée, Hillary n’est pas portée par un mouvement grassroot. Un sondage réalisé en juillet par le New York Times indiquait que 70% des femmes considéraient qu’elle était un bon « modèle » pour les femmes ; elle vient aussi de se classer en tête des femmes pour lesquels les Américains ont le plus d’admiration. Mais les sondages du Pew Center lui donnent aussi les plus mauvais scores des trois grands candidats démocrates quand on demande qui est le plus sympathique.
Contrairement à Ségolène Royal, Hillary Clinton prend peu de risques
En terme de programme, les deux femmes se sont montrées des adeptes de la triangulation, chassant les électeurs sur les terres de leur adversaire, la sénatrice de New York allant jusqu’à adopter les positions les plus faucons face à l’Irak puis l’Iran, comme le rappelle William Keylor :
« Toutes les deux ont essayé d’attirer le centre du parti et se sont aliénés une partie de la gauche les accusant de trahir les principes du parti. »
Royal a eu sa croisade contre la violence à la télévision, Clinton s’est indignée de celle des jeux vidéos. Royal a dit souhaiter que tous les Français aient un drapeau tricolore chez eux, Clinton a soutenu un amendement interdisant de brûler le drapeau américain.
Mais pour la candidate américaine, ce positionnement centriste supposait un moindre grand écart avec le reste du pari. Car, note Dick Howard, « le PS n’a toujours pas fait sa réforme » . Le recentrage du parti démocrate remonte, lui, aux travaux du Democratic Leadership Council à la fin des années 1980. « Ségolène aurait eu besoin d’un Bill Clinton » , note le politologue.
A plusieurs reprises pendant sa campagne, l’entourage de Royal avait laissé entendre qu’une rencontre avec Clinton était imminente. Dans l’International Herald Tribune, l’éditorialiste John Vinocur y a vu un effort de Ségolène Royal pour profiter de la réputation de compétence et d’expérience d’Hillary Clinton, qui, contrairement à la Française, a rarement été accusée de manquer de substance et de mal connaître ses dossiers en politique internationale. La campagne d’Hillary Clinton a vite fait savoir qu’aucune rencontre de ce genre n’avait jamais été au programme.
Hillary Clinton ne se pose pas en victime des hommes politiques
Autre terrain de divergence : la façon dont les deux se vivent femmes en politique. Hillary Clinton a impressionné des employées du Congrès en entrant dans l’hémicycle en pantalon. Plutôt que de féminiser son discours, elle a choisi de muscler son profil sur les questions de défense en demandant à siéger au comité des forces armées. A la différence de Royal, l’ex-première dame mentionne rarement le fait d’être une femme en politique.
Certes, elle s’est plainte que ses coiffures aient été disséquées. Lors du débat du 30 octobre, lorsque ses adversaires Barack Obama et John Edwards ont sorti l’artillerie lourde, elle s’est défendue d’un « the boys are piling on » ( » les garçons me chargent » ). Bill a approuvé : « Les garçons ont été durs avec elle ces derniers temps, mais elle sait encaisser. » L’argument a vite été mis de côté. Seulement 11% des Américains estimaient qu’Hillary faisait l’objet d’attaques injustes parce qu’elle était une femme.
Ceci dit, note Dick Howard. Les deux candidates essuient les mêmes conséquences lorsque leur conjoint fait un faux pas. « Quand François Hollande a évoqué une hausse d’impôt pendant la campagne de Ségolène Royal, les journalistes s’en sont saisis » , note t-il. Tout comme Hillary s’est fait épingler sur le thème de sa malhonnêteté lorsque Bill Clinton a assuré (en toute mauvaise foi) qu’elle a toujours été opposé à la guerre en Irak. « Les erreurs des maris de candidates ont beaucoup plus de poids dans la campagne que ce que peuvent dire les épouses des candidats » , conclut-il.
► Mis à jour le 30/12/2007 : suppression d’une information dont la véracité est contestée par Ségolène Royal (le fait qu’elle ait assigné en justice son père).
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La preuve de vie de Roméo Langlois, bientôt libéré par les Farc ? 








Voilà un parallèle qui, comme du reste il est indiqué dans le corps de l’article, ne repose finalement que sur deux paramètres : le genre féminin et le positionnement approximativement à gauche (en tout cas à gauche de leurs droites respectives) des candidates.
Quant aux parcours qui seraient étonnamment proches, il me semble que ceux de Blair et Sarkozy le sont aussi sans qu’on puisse vraiment en tirer de leçon.
Le recours tribunicien au patriotisme, s’il était une nouveauté en France, est un pont-aux-ânes aux Etats-Unis, de même que la religion : pas moyen d’éviter le sujet, il faut à toute force donner des gages.
Il me paraît tout de même que Clinton a une « consistance » politique plus forte que Royal, qui s’épanouissait plutôt dans le sociétal. C’est elle, si je ne me trompe, qui avait tenté d’instaurer une sorte de sécurité sociale lorsque son mari était aux manettes et je me rappelle avoir souvent entendu dire que, des deux Clinton, c’était elle la tête politique. On n’a jamais prétendu semblable chose à propos de Royal.
Enfin, pour revenir aux parcours de l’une et de l’autre, j’ai l’impression que Clinton a eu, beaucoup plus que Royal, l’expérience du pouvoir de très haut niveau.
Une remarque comme ça : je trouve... déconcertant que la capacité à rire soit tenue (si peu que ce soit) pour un élément probant d’évaluation des qualités d’un personnage politique. L’austère qui se marre, vous vous rappelez ?




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