Moi, Alan Johnston, journaliste, ancien otage à Gaza

(De Belfast) Mercredi 4 juillet 2007, Alan Johnston, correspondant de la BBC à Gaza, est relâché après 114 jours de séquestration. Le journaliste britannique réapparaît au petit matin, les traits tirés, amaigri, déboussolé mais heureux, entouré de militants du Mouvement de la Résistance islamique (Hamas) et de quelques confrères palestiniens. Avec élégance, l’ex-otage retrace ses quatre mois de captivité dans un livre : « Kidnapped and other dispatches » (« Kidnapping et autres nouvelles »).
Alan Johnston rentre à son domicile, ce 12 mars 2007, lorsque la berline blanche de ses ravisseurs surgit soudain, le forçant à piler net. Dernier correspondant occidental en poste dans l’enclave palestinienne, il s’apprêtait lui aussi à partir.
Arrivé en 2004, Johnston a raconté trois ans durant le conflit israélo-palestinien vu de Gaza : la mort d’Arafat, le retrait israélien, la montée en puissance du Hamas, le blocus. Au fil de ses reportages, il dresse le portrait d’une bande de terre exsangue et surpeuplée, au bord de l’asphyxie et du chaos.
Pour les Occidentaux, les risques d’enlèvement s’accroissent. En 2006, un journaliste et un caméraman de la chaîne américaine Fox News sont séquestrés pendant 13 jours :
« Je savais que ces groupes allaient frapper à nouveau et cibler la petite douzaine d’expatriés encore présents à Gaza. »
Le journaliste décide pourtant de rester jusqu’au terme de son contrat. Il déménage dans un appartement plus sûr, filme moins dans les rues, prend soin de changer régulièrement de voitures et d’itinéraires.
L’Armée de l’Islam, petit groupe djihadiste inspiré par Al-Qaeda
Durant sa captivité, la plus longue pour un Occidental dans l’enclave palestinienne, il est retenu au sud de Gaza City, dans le quartier de Sabra, bastion des Doghmouch, l’un des clans les plus craints du territoire palestinien.
L’Armée de l’Islam en est l’émanation. En 2006, son leader, Moumtaz Doghmouch, revendique l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit au côté du Hamas et des Comités de la résistance populaire. L’année suivante, c’est seul qu’il entreprend de faire capturer Johnston :
« Tard, la première nuit de ma captivité, j’étais étendu sur un matelas à même le sol, lorsque la porte s’ouvrit. Sur le seuil se tenait un homme imposant, vêtu d’une longue djellaba blanche, le visage masqué par un foulard à damiers rouges. Le leader djihadiste était arrivé. Il resta-là un moment à m’observer (...) ’Alan Johnston, dit-il en anglais, nous savons tout de vous’.“Plus tard, mes ravisseurs -l’Armée de l’Islam- me décrivirent comme un prisonnier dans ce qu’ils considèrent être une guerre entre musulmans et non-musulmans.”
Pour relâcher Johnston, le groupe armé exige notamment la libération de l’imam radical Abou Qatada, “l’ambassadeur” d’Al-Qaeda en Europe, incarcéré en Grande-Bretagne depuis 2005.
Les premiers jours, les plus durs, le journaliste repère les heures aux appels à la prière. Les journées et les nuits sont interminables. Johnston arpente inlassablement sa cellule. “Cinq pas, puis demi-tour. Kilomètre après kilomètre.”
“Un jour chassant l’autre, la gravité de ma situation devenait manifeste. S’attaquer à la Grande-Bretagne depuis Gaza est difficile. (…) Les djihadistes me tenaient comme un oiseau dans une cage. Londres ne transige jamais avec les kidnappeurs, alors pourquoi me libérer ? ‘
Menaces de mort
Mi-avril, l’otage apprend par la radio qu’un groupe armé palestinien a revendiqué son exécution. Et si le communiqué -bien que prématuré- révélait les intentions des ravisseurs ?
J’étais sûr que si je devais être tué, l’acte serait filmé dans le style des exécutions en Irak. Si c’était la dernière image que ma famille et le monde devaient avoir de moi, je ne voulais pas –si possible- que ce soit celle d’un homme en pleurs, brisé, demandant grâce. Toute la nuit, je restais allongé à l’écoute du moindre bruit pouvant signaler l’arrivée de mes assassins et j’essayais de rassembler mes forces.’
Quelques semaines plus tard, son geôlier, Khamis, l’enchaîne et lui annonce que son sort sera bientôt tranché. S’il est mis à mort, il sera égorgé ‘façon Zarkawi’, ‘peut-être vendredi, peut-être avant’. Dans le noir, pieds et mains liés, Johnston imagine le déroulement de l’exécution pour s’y préparer. Au bout de 24 heures, il est démenotté. La crise est passée.
L’épreuve de force
Dans la seconde cache, Johnston peut utiliser la petite cuisine, à côté de sa chambre, et la salle de bains. Parfois, Khamis se montre amical. L’otage et son geôlier regardent la télévision ou discutent de Gaza, de politique et de l’Islam. Le plus souvent pourtant, Khamis est dur et désagréable.
Jadis alliés, le clan Doghmouch et le Hamas se sont lancés ces derniers mois dans une guerre fratricide. Lorsqu’en juin, le mouvement islamiste prend le contrôle de Gaza, libérer Johnston devient une priorité. Avide de respectabilité, le Hamas veut montrer qu’il est capable d’imposer l’ordre :
‘Dans une lettre, le leader, l’homme masqué de la première nuit, disait qu’il fallait avoir peur. Le Hamas planifiait une attaque qui transformerait la cache en véritable ’zone morte’. Le message que je devais enregistrer devant la caméra, vêtu de la ceinture d’explosifs, était le suivant : si l’assaut était donné, je mourrais.’
De sa cellule, Johnston entend les tirs se rapprocher. Tard, une nuit, une cagoule sur la tête, l’otage est conduit à l’extérieur. Le journaliste l’ignore, mais ses ravisseurs viennent de céder pour avoir la vie sauve. Excédés, paniqués, ils hurlent, le frappent et le placent à l’arrière d’une voiture qui s’achemine lentement vers les positions du Hamas. Johnston sent contre ses tempes les canons de deux Kalachnikovs.
Arrivés dans une ruelle, Khamis le traîne hors du véhicule. Deux hommes en armes s’approchent et l’emmènent. Johnston craint d’être ’revendu’ à une nouvelle faction. Soudain, il aperçoit un collègue de la BBC. Il comprend. Il est libre.
► ‘Kidnapped and other Dispatches’, d’Alan Johnston, éditions Profile Book, 166 pages, £7.99.
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je me permets d utiliser cette tribune pour vous faire part du message d un jeune homme !
lieu : France 2007
4 mois fermes a la suite d’un controle d’identité
L’histoire que je vais vous raconter va peut être vous paraître fausse ou éxagérée mais en tout cas je l’ai bien vécue, elle est vraiment réelle. D’ailleurs cela a détruit ma vie ainsi que celle de ma famille. Un soir, je sortais du travail, et je me dirigeais vers le parking près de chez moi afin de garer ma voiture quand soudain j’ai vu une « colonie » de policiers autour de mon frère (25 ans). En effet, ils étaient une quinzaine autour de lui. Il était seul face à eux et il s’agissait apparemment d’un controle d’identité. J’ai senti que ça allait pas donc j’ai décidé de me rapprocher vers eux.
J’ai alors demandé à mon frère ce qui se passait et il m’a répondu de ne pas m’inquiéter, qu’il s’agissait simplement d’un controle d’identité. Il ne voulait pas me faire peur et m’impliquer donc il m’a demandé de m’éloigner. Il leur a effectivemnt remis ses papiers, les policiers l’ont même fouillé et n’ont eu rien à signaler. Ne comprenant pas la situation car je voyais le ton monter et certains policiers se moquaient de moi, j’ai demandé à mon frère de se rapprocher de moi. Et à ce moment la, un policier m’a invectivée, me rappelant que la « police c’était lui » et qu’il lâcherait mon frère quand il le voudrait. J’ai compris malheureusement qu’il ne le lacheraient pas !
Pourquoi ils l’ont arrêté ? Cela je l’ai su que plusieurs jours après, en effet en parlant avec mon frère, celui-ci m’a expliqué la scène avant même que je sois arrivé : Il s’apprêtait à sortir d’un hall d’immeuble et des policiers l’ont attrapé à l’intérieur même de l’immeuble. ils ont commencé à le gifler et l’insuler le prenant apparemment pour quelqu’un connu des services de police. Mon frère leur a dit qu’il ne comprenait pas la situation et qu’il ne voulait pas avoir d’histoire et il est sorti du hall et c’est là qu’il a vu qu’il était encerclé d’une quinzaine de policiers (c’est au moment où je suis arrivé). Puis, les policiers ont commencé à se moquer de lui, à le provoquer, à l’insulter et lui ont ordonné de« fermer sa gueule ». Ils lui ont même dit qu’ils voulaient l’embarquer au poste même s’il avait rien fait.
Je vais vous paraître peut être cru mais je pense sincèrement que sa tête d’arabe ne l’a pas aidé et l’a même enfoncé. Puis d’un coup, une voiture de police est arrivé, et là mon frère a pris peur et s’est sauvé. La poursuite a démaré, mon frère a été rattrapé, jeté à terre et battu à coups de pieds, de matraques, coups de poings et menotté. Certains des policiers se sont amusés à lui écraser le visage contre le sol alors qu’il était menotté. D’ailleurs, il en est ressorti défiguré, tête pleine de sang. En voyant cette barbarie, je me suis mise à crier. J’étais choquée de voir des policiers frapper une personne gratuitement. Ils l’ont fait rentrer dans la voiture avec force. Le pire c’est que même dans la voiture les policiers ont continué à le taper : ils lui ont mis des coups de poings et des gifles sur le visage accompagnés d’insultes racistes ( j’ai su cela après en parlant à mon frère).
Une foule s’est ammassée et en profitant de l’arrêt de la voiture, mon frère a réussi à se sauver, hurlant de douleurs. Et cette fois ci, les policiers ont réussi à le re-rattraper devant chez moi. Et ils ont continué à le re-frapper, le pire c’est que c’était devant tout le monde. Ma mère, voyant son fils se faire maltraiter de la sorte, l’a pris dans ses bras et a essayé de le protéger du mieux qu’elle pouvait en suppliant les policiers d’arrêter. Mais ils étaient déchainés, ils ont frappé ma mère avec des coups de matraques ainsi qu’une de mes soeurs. Un policier m’a même pointé son arme me menacant de tirer. Les voisins, les passants (mères de familles, enfants, personnes agées), choqués de voir cette scène de violence injustifiée et généréé par des forces de l’ordre, ont demandé aux policiers d’arrêter de frapper ce jeune homme sans défense et en réponse ils ont eu droit à des jets de bombes lacrymogènes.
Sans défense, la population présente a commencé à subir les agressions tant physiques que verbales. Finalement, mon frère a été emmené au commissariat. Le plus grave, c’est qu’il a été encore frappé là-bas jusqu’à ce qu’un médecin vienne constater ses blessures. C’est ignoble de voir des scènes de massacre, car y a pas d’autres mots, se passer dans un commissariat, endroit institutionnel. Ma famille a été gravement blessé, plusieurs jours d’ITT ont été prescrits par des médécins. Pour ma part, j’ai été hospitalisé le soir même.
Mon frère a été incarcéré à 4 Mois de prison ferme et 4 Mois de sursis pour « outrages, rebellions et inciation à l’émeute ». Le mieux, c’est qu’on l’a accusé d’avoir frappé 6 ou 7 policiers alors qu’il était menotté du début jusqu’à la fin et n’a eu en aucun cas de comportements agressifs physisquement envers eux.
« La justice est tellement bien faite » qu’il a mangé plusieurs mois de prisons pour des faits qu’il n’a pas commis et il doit payer en plus des dommages et intérêts à des policiers qui ne sont pas du tout bléssés mais qui en revanche l’ont frappé et frappé sa mère sous ses yeux et ses soeurs. De plus, la justice n’a même pas pris en compte les témoinages des personnes présentes (plus d’une trentaine). Nous avons porté plainte. Est-ce que cela va être pris en compte ? Seul le temps nous le dira.
Mais en attendant, nous devons vivre ou je dirai même survivre avec cette souffrance, cette injustice, cette corruption. Je ne veux pas faire la victime, mais on a beau être né dans des hopitaux français, avoir étudié dans les même écoles et universités françaises, avoir toujours vécu en France, certaines personnes nous demontrent par A+B qu’on n’a pas nôtre place ici. C’est très grave de voir cela dans un pays démocratique qui revendique les droits de l’homme. Car dans cette affaire, nous avons été traité commes des sous-hommes, des bêtes, des... Cette histoire nous a totalement détruit.
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