Plan Colombie : Washington planque la coca sous le tapis
Le plus intéressant dans les statistiques qu’établit chaque année l’administration américaine sur la production de coca en Colombie, c’est la manière de les présenter. Ou de ne pas le faire. Lorsque les chiffres sont à la baisse, comme c’était plus ou moins le cas jusqu’en 2005, le tzar antidrogue américain convoque les caméras tout sourire, schémas à l’appui (voir ci-dessous) pour expliquer que les cinq milliards de dollars dépensés par les contribuables pour financer depuis 1999 le Plan Colombie (aide militaire à Bogota pour lutter contre la cocaïne) portent leurs fruits. Mais lorsque la production grimpe, circulez journalistes, il n’y a rien à voir. Ce qui est le cas cette année.
« Statistiquement, il n’y a pas eu de changement dans les quantités de coca cultivées entre 2005 et 2006 », apprenait-on ainsi lundi 4 juin dans un communiqué de presse discrètement mis en ligne par les bureaux de John Walters, susdit tzar. Pourtant, lorsque l’on regarde quelques lignes plus bas, les chiffres semblent dire tout autre chose : les cultures de coca auraient progressé de 9% pour atteindre 157200 hectares. Stupeur et tremblements. Comment expliquer cette différence ? « La superficie de territoire évaluée en 2006 est de 19% supérieure à celle évaluée en 2005, et presque toute l’augmentation de production constatée l’a été dans cette zone nouvellement évaluée. » Ainsi, il n’y aurait pas plus de coca mais on l’aurait simplement mieux cherchée. Pour cinq milliards de dollars, c’est la moindre des choses...
Deux détails frappent pourtant. D’abord, le communiqué de presse de l’ONDCP (Office of National Drug Control Policy) ne s’aventure pas à comparer les chiffres à superficie égale, ce qui avait pourtant été fait l’année dernière pour expliquer là-aussi que malgré la hausse des chiffres, la production continuait en fait à baisser... Ce qui signifierait donc, autre détail qui coince, que les chiffres précédents étaient faux. Pourtant, en 2004, Walters triomphait jusque sur son blog en présentant ces mêmes données, alors censées expliquer à elles seules tout le génie de la politique américaine en Colombie. On omettait bien de préciser à cette époque que les surfaces évaluées ne représentaient même pas la moitié de la superficie totale du pays. Cette année, John Walters ne semble même pas avoir jugé utile d’ouvrir le débat avec les internautes.
« L’ONDCP se concentre sur les bonnes nouvelles, comme les baisses [de production de drogue] à court terme et ignore les mauvaises nouvelles. Il présente de façon sélective les statistiques qui lui sont favorables et affirme parfois des choses totalement fausses », regrettait début juin lors d’un colloque du Cato Institute le professeur Robinson, coauteur de « Mensonges, sacrés mensonges, et statistiques de la guerre contre la drogue ».
A l’arrivée, après sept ans de recours encore accru aux fumigations, aux opérations militaires, aux arrestations et extraditions, la production de cocaïne colombienne, elle, se porte bien. Quant au Plan Colombie, les démocrates, majoritaires au Congrès, ont menacé cette semaine de l’alléger sensiblement.
Tableau de production de cocaïne publié en 2005 par l’ONDCP. Etrangement, depuis, il n’a pas été remis à jour. Un hasard probablement.
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La preuve de vie de Roméo Langlois, bientôt libéré par les Farc ? 








face à la mer
face à la mer
Article paru dans l’édition Le Monde du 10.07.07
« En Colombie, les paysans font échec à l’éradication des plants de coca
Pour contrer l’épandage d’herbicide, des espèces plus productives ont été développées et des techniques de protection des champs mises au point “
‘ À croire que plus on en élimine et plus il y en a. (...) Quand le plan Colombie a été lancé, on nous a dit qu’il permettrait de réduire de moitié les quantités produites ’, s’agaçait récemment le sénateur démocrate américain Patrick Leahy. Cinq ans et 5 milliards de dollars plus tard, rien ne permet de penser que l’objectif sera atteint. Et le prix de la cocaïne tend même à baisser dans les rues de New York.
Selon les chiffres du programme global de surveillance des cultures illicites de l’ONU, il n’y a plus ‘ que ’ 78 000 hectares de coca dans le pays, 9 % de moins qu’ en 2006. (...) La baisse des surfaces cultivées en Colombie s’est accompagnée de leur hausse au Pérou et en Bolivie. L’ensemble de la région produit aujourd’hui plus de 900 tonnes de cocaïne par an.”
“ SANS ÉTATS D’ÂME ”
L’illégalité rend créatif. Des variétés plus productives ont été développées, permettant d’augmenter les rendements. Dans certaines régions, les narcotrafiquants obtiennent cinq récoltes par an. Les paysans ont mis au point des techniques pour minimiser les conséquences de la répression aérienne.
(...) “ Les narcotrafiquants n’ont aucun intérêt à augmenter l’offre de drogue au-delà de leur capacité d’écoulement, explique l’un d’eux, Francisco Thoumi. Le marché régule la production, autant, voire mieux, que la lutte contre les stupéfiants .” » (...)




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