Quand Sarkozy ne voulait faire « aucun cadeau » à Google
Mais si, Google aime Nicolas Sarkozy, et c’est réciproque. Le PDG du moteur de recherche a été reçu à l’Elysée et annonce des investissements généreux en France. On en oublierait presque qu’il y a quelques mois, le chef de l’Etat dénonçait les pratiques fiscales de Google et menaçait : « On n’a aucun cadeau à leur faire. »
Jusqu’ici, on ignorait qu’Eric Schmidt, le PDG de Google, était francophile. Mercredi soir, il a voulu en convaincre quelques journalistes, lors d’un dîner que Pierre Haski vous a raconté. Ce jeudi après-midi, il est intervenu à Sciences-Po. Surtout, en fin de matinée, il est allé rencontrer Nicolas Sarkozy.
Google va recruter et créer un Institut culturel
Eric Schmidt est venu à l’Elysée les bras chargés de cadeaux, selon le communiqué de Google :
- Un « centre d’ingénieurs », qui « permettra d’accroître les efforts de recherche et développement en France et d’employer de nombreux ingénieurs talentueux et diplômés des universités françaises chaque année ».
- Un « Institut culturel européen », qui sera « un espace dédié à la technologie, permettant notamment la promotion des cultures européennes passées, présentes et futures ».
- « Une augmentation des financements universitaires et de recherche ».
- Un programme d’aide aux PME.
Le montant des investissements, le nombre de recrutements, la date d’ouverture de cet « Institut culturel » ? Mystère : « Les détails de ce plan seront dévoilés plus tard », explique Google.
Nicolas Sarkozy peut en tout cas prouver qu’il n’est pas ce « Président low-tech » que dénoncent certains, y compris dans son propre camp. L’Elysée explique ainsi dans son communiqué :
« Le président de la République se réjouit des initiatives de Google en France, qui répondent à l’expression d’une réelle ambition de notre pays dans le domaine de l’innovation technologique et attestent de l’attractivité de notre territoire. »
« Que dirait-on si c’était une entreprise française... »
Un changement de ton étonnant : au début de l’année, Nicolas Sarkozy promettait de ne faire « aucun cadeau » à Google. Le 7 janvier, lors de ses voeux aux professionnels de la culture, le chef de l’Etat avait dénoncé les pratiques fiscales de Google -ses activités françaises sont taxées en Irlande, où est installé son siège européen-, et son hégémonie sur le marché de la pub :
« Cela s’appelle de la fuite de matière fiscale et c’est particulièrement dommageable, on n’a aucun cadeau à leur faire [...]. Qu’est-ce qu’on dirait si c’était une entreprise française qui aux Etats-Unis se comportait comme cela ? » (Voir la vidéo)
Les professionnels de la culture réclamaient même une « taxe Google », basée sur les recettes publicitaires du moteur de recherche en France. Nicolas Sarkozy n’avait pas écarté l’idée. A sa demande, Bercy avait saisi en février l’Autorité de la concurrence, qui doit rendre cet automne son avis sur un éventuel abus de position dominante.
Tout cela semble loin. Dans le communiqué présidentiel, pas un mot sur l’hégémonie supposée de Google. En revanche, l’Elysée évoque bien la situation fiscale de Google... mais pour se féliciter que le moteur de recherche puisse bénéficier d’allègements fiscaux :
« Cet investissement atteste de l’attractivité de notre territoire, de la compétitivité de notre cadre juridique et fiscal (notamment grâce au crédit impôt recherche). »
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Et oui, l’Elysée et Bercy ont fait leur calcul. Ils ont compris (mieux vaut tard que jamais), qu’il valait mieux avoir Google de son côté que contre soit. En ce qui concerne les pratiques fiscales de Google, tout a été dit : c’est 100 % légal, l’Irlande est membre de la CEE. Ils déclarent les activités du siège à Paris mais quand une entreprise utilise Adwords, elle signe avec le siège européen de Google c’est à dire en Irlande, ou la fiscalité est moindre, la main d’oeuvre abondante grâce à une politique d’immigration astucieuse.
L’extrait vidéo me fait bien rire. Qui a voulu du marché unique européen, qui permet au société de déclaré les activités qu’elles souhaitent ou elles veulent. Pourquoi monsieur Sarkozy ne dit rien au sujet de Total et plus généralement des banques et des entreprises du CAC 40 qui sans exception pratique la fuite fiscale vers Jersey, le Luxembourg, Gibraltar, Malte, le Liechtenstein, Saint-Marin, ou Andore et ceux en toute légalité.
« Les même règles pour tous » n’est ce pas ? ...




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