08/09/2010 à 10h11

Comment sauver le lac Tchad, menacé de disparaître ?

Tribune des droits humains"
Mohamadou Houmfa | Infosud

« En moins de cinquante ans, la superficie du lac Tchad a été divisée par dix, pour ne s’étendre aujourd’hui que sur 2 500 km2 » : Hassan Terap, le ministre tchadien de l’Environnement et des Ressources halieutiques, tente de mobiliser les énergies pour sauver ce lac vital.

Car le lac Tchad joue un rôle économique crucial dans la région : partagé entre le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigéria, il est censé fournir de l’eau à plus de 30 millions d’habitants, d’après les estimations de l’ONU.

De l’avis général au sein de la communauté scientifique, le recul du lac serait la conséquence d’un long déficit de pluviosité combiné à une utilisation massive des eaux du lac et des rivières pour l’irrigation.

Durant les quatre dernières décennies, la population a quadruplé aux abords du lac, notamment du fait d’un afflux de migrants climatiques remontés du Sahel. Pour le ministre Terap, il faut aussi ajouter « la sécheresse de 1973 et la prolifération des espèces de papyrus qui poussent sur les rives et consomment d’importantes quantités d’eau ».

Des effets conjugués qui, à long terme, pourraient conduire à l’éradication totale de ce lac qui fut jadis l’un des plus vastes du monde.


Le lac du Tchad de 1963 à 1997 (montage Nasa).

La disparition progressive de l’accès à l’eau est d’autant plus préoccupante « qu’elle pose de sérieux problèmes frontaliers et de conflits potentiels entre les populations vivant dans la zone », estime Emile Malet, directeur de la revue géopolitique Passages et organisateur du Forum mondial du développement durable.

Il remarque déjà de nombreuses tensions « entre les éleveurs, les pêcheurs et les agriculteurs, qui dépendent financièrement des eaux du lac ».

Selon un rapport de l’Agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les prises annuelles moyennes de poisson sont passées de 80 ? 000 tonnes en 1960 à moins de 50 ? 000 en 2000. Elles pourraient encore diminuer, privant les riverains d’un revenu substantiel alors que les régions du nord Cameroun et du Nord-Ouest du Nigeria sont déjà parmi les plus pauvres de leur pays.

La création d’une Commission régionale

Bien que l’exploitation de ces eaux soit un enjeu de taille dans une région peu généreuse en ressources naturelles, un consensus a été trouvé par les pays limitrophes dès 1964, avec la création de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) : une organisation sous-régionale qui vise à gérer et réguler les ressources en eau du lac Tchad et à améliorer la qualité de vie de ses riverains.

Cette commission a déjà proposé aux gouvernements de la CBLT -dont la République centrafricaine et la Libye sont ensuite devenues membres-, une délimitation des frontières du lac pour éviter des frictions entre les Etats. Mais son projet phare se résume sous le terme « Transaqua ».

Envisagée par la CBLT depuis plus de vingt ans, cette action audacieuse vise à renflouer le lac Tchad en détournant les eaux du fleuve Oubangui via son affluent, le Chari. Soit un transfert d’au moins 1 350 kilomètres.

Lancée avec peine en octobre 2009, une étude de faisabilité devrait être bouclée « d’ici octobre ou novembre 2011 », selon Alex Blériot Momha, directeur de la communication de la CBLT.

Il est d’ores-et-déjà admis que le lac ne pourra jamais retrouver sa superficie d’antan, car une grande partie des espaces asséchés sont occupés par des dizaines de milliers d’agriculteurs, qui bénéficient de terres fertilisées par la crue annuelle.

De nombreuses routes régionales ont aussi vu le jour, notamment vers les principales villes de la sous-région, comme N’Djamena.

Les pays de la région espèrent « replacer le sauvetage du lac Tchad au cœur de l’agenda et des préoccupations internationales ». L’occasion leur en sera donnée lors du sommet de Cancún sur le développement durable, qui aura lieu en décembre prochain.

Publié initialement sur
Tribune des droits humains
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  • 15 réactions
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  • cocacolla
    • Posté à 10h23 le 08/09/2010
    • Internaute 121768

    « replacer le sauvetage du lac Tchad au cœur de l’agenda et des préoccupations internationales »

    dans ces conditions, c’est mal barré... ça va se finir façon mer d’aral à coup sûr...

  • glop-pasglop
    glop-pasglop
    justiciable à merci
    • Posté à 10h23 le 08/09/2010
    • Internaute 117082
      justiciable à merci

    Les opérations tentées pour sauver la mer d’Aral (une sorte de détournement de fleuve, il me semble) peuvent-elles être mis en oeuvre pour sauver le lac Tchad ? Je pose la question car je ne connais pas du tout la géographie de la région concernée.

  • fdrebin
    fdrebin
    Dilettante doué
    • Posté à 10h23 le 08/09/2010
    • Internaute 78377
      Dilettante doué

    « les régions du nord Cameroun et du Nord-Ouest du Nigeria sont déjà parmi les plus pauvres de leur pays »

    1. Concernant le Nigéria et le lac Tchad, c’est plutôt le nord-est que le nord-ouest...

    2. les plus pauvres de leurS pays

  • momo la salade
    • Posté à 10h36 le 08/09/2010
    • Internaute 110276
      foutus
  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 10h52 le 08/09/2010
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    La création d’une Commission régionale pour sauver le lac..

    cela risque de l’ensabler plus vite.. (ironie)

  • ring de boxe
    • Posté à 11h20 le 08/09/2010
    • Internaute 114594
      jojo

    Confier la gestion de la région à un pays européen. la seule solution.

    • Jeha
      Jeha répond à ring de boxe
      randonneur
      • Posté à 11h50 le 08/09/2010
      • Internaute 116998
        randonneur

      La recolonisation de l’Oubangui-Chari parait en effet la meilleure solution.
      Tout le monde sait que les Européens font la pluie et le beau temps en Afrique.

    • Ixien
      Ixien répond à ring de boxe
      Ingénieur
      • Posté à 14h00 le 08/09/2010
      • Internaute 44168
        Ingénieur

      En mêmetemps, si les pays européens n’avaient pas interdit les pratiques agricoles traditionnelles aux peuple du Sahel, l’avancée du désert eût été moins importante et l’exode qui s’en est suivi de même.

    • Ixien
      Ixien répond à ring de boxe
      Ingénieur
      • Posté à 14h04 le 08/09/2010
      • Internaute 44168
        Ingénieur

      Aperçu de ce que donne la redécouverte des savoirs perdus :

      Lien

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 14h51 le 08/09/2010
    • Internaute 7659
      oiseau

    Détourner un fleuve, ce peut être une bonne idée.

    Il reste cependant quelques petites questions :

    - n’est-ce pas se défausser du problème (de ce qui cause - causes humaines - la diminution des eaux dans le lac)

    - les eaux qui seront détournées ne seront plus dans le fleuve. Cela ne va-t-il pas causer d’autres pénuries ailleurs ?

    - le ou les pays concernés sont-ils prêt à ce sacrifice au nom de l’intérêt commun.

    - 1 350 kilomètres de transfert, c’est autant de « chance » de perdre de l’eau (par évaporation, fuite, etc...)

    Dommage que cet article n’aborde pas vraiment le problème... il est vrai que l’étude de faisabilité n’a pas encore conclu.

  • Credo quia absurdum
    • Posté à 15h50 le 08/09/2010
    • Internaute 119046
      perplexe

    Vu les problèmes techniques, diplomatiques et financiers et surtout la totale absence de motivation réelle pour ce projet de quelque bailleur de fond que ce soit, les chances de réalisation de ce projet sont voisines de zéro. Mais il faut bien que la CBLT propose quelque chose, sinon on risque de s’aoercevoir que cette structure ne sert à rien.

  • TienTien
    TienTien
    impavide devant les ruines de (...)
    • Posté à 05h50 le 09/09/2010
    • Internaute 86881
      impavide devant les ruines de (...)

    Yaka demander aux Chinois ! Ils vont vous construire une dérivation de l’Oubangui en deux coups de cuillère à pot ! En effet, ils sont en train de construire 2 dérivations depuis le Yang Tse vers leur région nord qui manque cruellement d’eau.

  • tox
    tox
    http://www.dessins-tox.com
    • Posté à 17h34 le 13/09/2010
    • Internaute 10208
      http://www.dessins-tox.com
  • Berti
    Berti
    chercheur
    • Posté à 11h43 le 16/09/2010
    • Expert 49700
      chercheur

    Le projet transaqua est absolumment nécessaire et réalisable mais ne se fera sans un changement politique hors Afrique qui permette de donner aux pays africains les moyens de leur développement.

    Toutefois, je note avec intérêt qu’il y a un candidat à la présidentielle française qui promeut bec et ongle le projet depuis pas mal de temps et qui revient à la charge :

    - Lac Tchad : poumon d’eau et vecteur de vie économique pour l’Afrique centrale
    Lien

    - La presse nigérienne en appelle à Cheminade contre la politique africaine de Sarkozy
    Lien

    Si seulement ca pouvait être cela la politique africaine de la France ! ...