Dossier médical partagé : un fiasco fort peu médiatisé
Il est de notoriété publique que la France a un problème budgétaire avec l’assurance maladie. En mai 2004, le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, lançait le projet DMP (Dossier médical partagé) qui devait, trois ans plus tard, être généralisé à tous les assurés de plus de 16 ans.
Le DMP consiste en un dossier virtuel, stocké chez un hébergeur sécurisé, accessible via Internet, qui contient des données générales, des données de prévention, des images et un espace d’expression personnel. Contrôlé par le patient, il retrace sa vie médicale au gré de ses différents passages chez les professionnels de santé qui l’alimentent.
Ce fabuleux projet, permettant, selon lui, de faire une économie de près de 4 milliards d’euro se devait donc d’être rondement mené tant le budget consenti semblait faible et le calendrier ambitieux. Deux ans plus tard, l’optimisme politique n’étant en rien entaché par les mises en garde successives sur la viabilité du projet, Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé, annonçait que les délais seraient tenus et que le DMP serait un outil simple et rapidement opérationnel.
Seulement voilà. L’échéance initiale du 1er juillet 2007 est échue et rien. Pas de DMP. Au mieux quelques expérimentations au bilan passable, connues des seuls professionnels de santé et fournisseurs intéressés.
En juillet de cette année, Roselyne Bachelot rompt avec la ligne de communication de ses prédécesseurs et déclare au Monde que le projet est « au point mort ». Elle commande un état des lieux. Le rapport, écrit par des inspecteurs généraux des ministères du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, des Finances et de l’Industrie, fait un bilan très sévère.
Tous les travers pouvant faire capoter un projet sont cumulés : une vision technique avant une vision d’usage, des délais irréalistes, des investissements incohérents avec les exigences, des flous juridiques qui demeurent, des changements managériaux intempestifs, une fuite en avant dictée par les discours politiques, etc.
Le rapport de la mission interministérielle a ceci d’intéressant qu’il remet en perspective notre projet national avec les projets similaires de nos voisins –plus ou moins proches. Ainsi, les autres pays ont mis trois fois plus de temps, ont investi énormément plus d’argent et le coût pour le patient, c’est-à-dire pour l’assuré social, se révèle être plus de dix fois supérieur à celui annoncé par le DMP.
Le rapport met également en lumière de nombreuses dépenses incontrôlées –à l’image des 21 millions d’euros dépensés pour la phase d’expérimentation très courte et tronquée. A l’heure où le Premier ministre François Fillon clame haut et fort que l’état ne peut faire d’écart budgétaire, que l’ancien ministre de la Santé Xavier Bertrand essuie quelques revers face aux grévistes, on pourrait s’attendre à un traitement médiatique conséquent du sujet.
Ce projet concerne certes les professionnels de santé, qui sont dans l’expectative des suites à donner. Mais il concerne aussi et surtout les assurés de la Sécurité sociale, soit la bagatelle de 48 millions de Français. Vous et moi, en somme. Malgré tout, seules quelques brèves sont parues depuis trois semaines sur cette étape clef du DMP, brèves essentiellement axées sur le report sine die du DMP. Pourquoi ? Enfin, tous ces constats permettent de s’interroger sur la capacité du gouvernement à mener un tel projet. La volonté de centraliser et de contrôler ce type d’entreprise peut-elle faire naître un projet de cette nature, à la fois viable et maîtrisé ? Aux Etats-Unis, les géants du logiciel s’emparent du sujet, et sont sans doute plus à même de produire un produit adapté aux besoins des utilisateurs, donc des patients.
Le gouvernement s’est donné un délai de réflexion sur le DMP. Gageons que cette fois, les conclusions iront dans le bon sens et que les médias apporteront un éclairage plus important sur ce projet épique.
- 7663 visites
- 28 réactions
























Mon post est un peu hors sujet, mais il concerne aussi la Sécu, sur les franchises médicales, appliquées à partir de janvier.
Au moment où le projet a été évoqué il y a quelques mois, j’avais lu à plusieurs reprises, que le parc informatique de la sécu était obsolète et ne permettrait pas de gérer la franchise. Qu’en est-il maintenant ?
On a dit aussi que les personnes les plus modestes seraient exemptes de cette taxe. Or la sécu n’a pas accès au revenu des personnes. Comment cet obstacle va-t-il être surmonté ? En la faisant payer à tout le monde ?
Est-ce que Rue89 ou quelqu’un sur le site a des réponses à mes interrogations ?
Pour en revenir au sujet proprement dit, je ne vois pas comment ce service de dossier médical partagé peut faire réaliser des économies à la sécu. IL me semble que ce serait un nouveau service proposé aux personnes, qui ne se substitue pas à un service existant, d’où une charge supplémentaire. Mais je ne prétends pas avoir tout compris.




Partager