Tribune 06/12/2007 à 16h07

Des enseignants-chercheurs contre la loi sur l'Université


Dans le « débat » actuel autour de la loi LRU, les personnels, en particulier les enseignants-chercheurs, restent quasiment inaudibles, coincés entre d’une part la contestation étudiante et d’autre part la Conférence des présidents d’universités (CPU) -qui ne représente qu’elle-même et qu’il serait étonnant de la voir condamner une loi augmentant considérablement les pouvoirs des présidents d’université qui la composent.

Parmi nous, certains approuvent et d’autres condamnent le blocage des universités par les étudiants. Mais cela ne nous a pas empêché de débattre entre nous d’une loi qui nous concerne au premier chef, afin de nous forger une opinion qui n’est pas nécessairement celle des étudiants et qui découle de notre situation propre, de notre expérience et de la connaissance profonde du milieu dans lequel nous évoluons.

Notre discours, débarrassé le plus possible des fantasmes et des projections, est fondé sur une lecture à la fois du texte lui-même (la loi LRU) et du contexte dans lequel cette loi doit être considérée (le rapport Belloc de 2003, la création de l’AERES et de l’ANR, la lettre de mission de Nicolas Sarkozy à Valérie Pécresse, le cahier des charges de la loi LRU établi par l’inspection des finances, le plan sur la réussite en Licence qui guide les maquettes de diplômes, c’est-à-dire la structuration et le contenu de notre offre de formation, que nous élaborons en ce moment même).

Partons d’une première déclaration, celle de Nicolas Sarkozy dans sa lettre de mission à Valérie Pécresse :

« Il est impératif que la France réforme son système d’enseignement supérieur et de recherche pour le porter au meilleur niveau mondial. »

Examinons donc ce qui, dans la loi LRU, peut permettre d’atteindre ces objectifs qui sont, en principe, également les nôtres. Passons rapidement sur les pouvoirs accrus des présidents d’université dans ce qui est présenté par ses défenseurs comme une simple réforme technique : nous voyons pour notre part, dans la part congrue réservée désormais à la représentation des personnels et ainsi à la délibération et au débat démocratiques, un signe de mauvais augure pour notre propre rôle dans la société.

Les personnels écartés du pouvoir dans l’université

Jugés incapables de participer de manière effective et efficace au gouvernement de notre université (et ce alors même que nous devons nous charger de la gestion des départements et UFR qui la composent), mis sous tutelle en ce qui concerne le recrutement de nos pairs, comment pourrions-nous avoir confiance et croire que notre avis comptera encore quelque peu dans la détermination des missions de l’université et de sa fonction dans la société ?

Poursuivons par les nouvelles mesures concernant le recrutement des enseignants-chercheurs. Jusqu’à maintenant, celui-ci était le fait de commissions de spécialistes élues et débattant démocratiquement.

On ne voit pas bien comment les « comités de sélection » prévus par la loi, aux membres proposés par le président au CA , « pour moitié au moins extérieurs à l’établissement » et choisis « en majorité » (et pas dans leur totalité) « parmi les spécialistes de la discipline en cause » pourraient assurer davantage un recrutement de qualité, alors que n’y sont assurés ni la parité entre maîtres de conférences et professeurs, ni le maintien d’une campagne nationale de recrutement.

L’autonomie implique plus de personnel... administratif

Ces comités peuvent être composés ad hoc et changer de configuration à chaque poste à pourvoir ; leur pouvoir est de plus limité par le droit de veto que détient le Président sur les nominations. S’ajoute à cela une interrogation : y aura-t-il tout simplement encore des postes à pourvoir pour lesquels la consultation de ces comités s’imposerait ? Le « budget global » que prévoit la loi permet de transformer des postes d’enseignants ou enseignants-chercheurs en postes d’administratifs. Or, comment gérer l’autonomie financière sans recruter davantage d’administratifs ?

Puisque les ressources sont limitées, cela se fera au détriment de l’enseignement et de la recherche, comme ça a par exemple déjà été le cas dans certaines universités anglaises. Ceci ne peut que pousser, si l’on veut continuer à fonctionner dans le domaine de la formation, à recruter du personnel enseignant à bas prix.

Miracle, c’est possible : le président, et lui seul, sans consultation du CA et des comités de sélection, peut recruter du personnel contractuel -nous arrivons à un dispositif central de la loi LRU.

Le recours aux contractuels ira croissant

Il semble évident que le recours aux contractuels ira croissant, pour la bonne et simple raison qu’ils coûtent moins cher et qu’il s’agit d’un personnel flexible (à son corps défendant). Ajoutons à cela le fait que l’université gère désormais elle-même les salaires (ouvrant la voie à la prochaine étape : qu’elle les fixe elle-même) : comment ne pas penser que l’on met ainsi en place la disparition d’un cadre national pour les enseignants-chercheurs ? Quel avenir attend les nouveaux entrants, les doctorants actuels ?

Ce n’est pas verser dans le catastrophisme que de penser qu’ils iront désormais de contrat en contrat et d’université en université, soit dans le cadre de projets de recherche, soit comme enseignants à temps plein. Ce faisant, on va précisément à l’encontre de l’exigence de qualité formulée comme la finalité de la LRU. Quelle cohésion pédagogique peut-on maintenir avec un personnel précaire, souvent renouvelé ?

Recherche : les projets « courts » favorisés

Cette disposition met en question la qualité même de nos enseignements, de même que celle de notre recherche. Il s’agit en effet d’une orientation vers une recherche « sur projets » courts, telle que la finance l’ANR. Or, cette formule n’est pas particulièrement adaptée aux sciences humaines dans lesquelles l’élaboration d’un projet de recherche fait elle-même partie de la recherche, et nous avons pu observer en participant à ce type de projets internationaux courts que les résultats n’étaient pas toujours à la hauteur des attentes, justement à cause de la présence massive de chercheurs contractuels rarement réellement spécialistes du domaine en question.

En sciences dures, de nombreuses recherches de niveau mondial dépassent le cadre de projets courts voire sont menées « à l’aveugle », alors que le financement sur projets comporte le risque de transformer les chercheurs en mercenaires au détriment de leur efficacité, car une recherche de haut niveau ne se fait pas en changeant constamment d’objet de recherche.

La loi prévoit de plus qu’une évaluation purement quantitative de la recherche (importée des sciences dures) permettra au président de définir les services des enseignants-chercheurs, dans l’esprit du rapport Belloc : les « mauvais » chercheurs, ceux qui se permettent de prendre le temps de la réflexion au lieu de publier tout et n’importe quoi juste pour faire du chiffre, se verront imposer de faire plus d’enseignement, ce qui justement les déconnectera définitivement de la recherche. L’enseignement comme punition, est-ce ainsi que l’on construit une université ambitieuse ?

Résumons : nous ne croyons pas que les dispositifs que nous avons énumérés puissent améliorer les performances de l’université française. S’ajoute à cela l’aspect immobilier : la loi permet le transfert et la propriété des biens mobiliers et immobiliers de l’Etat aux universités. Chaque université aura désormais « le pouvoir d’aliéner tout ou partie de son patrimoine, ce qui permettra aux universités qui le désirent de céder les terrains et bâtiments dont elles n’auraient plus l’usage “ (cahier des charges établi par l’inspection des finances).

L’autonomie immobilière, une mauvaise plaisanterie

Une formulation qui pourrait susciter l’hilarité si l’affaire n’était si sérieuse : y a-t-il une université en France qui dispose de bâtiments dont elle n’aurait plus l’usage ? A l’heure où l’on nous demande d’amener 50% d’une classe d’âge à la licence ? A quoi rime cette clause, à part à faire supporter aux universités elles-mêmes, pourtant notoirement sous-financées, la charge de l’entretien de leurs bâtiments, souvent en très mauvais état et/ou insalubres ? (Rappelons que l’Etat a déjà sacrifié les fonds réservés au désamiantage de Jussieu pour financer des résidences étudiantes, adressant aux étudiants un message édifiant : entre salles de cours et logements à prix abordable, il faudra choisir.)

Il s’agit bien sûr de permettre aux universités de financer en partie leur offre de formation en vendant leurs bijoux de famille, quitte à entasser leurs étudiants dans des locaux vétustes et exigus voire dans d’anciens parkings comme c’est le cas actuellement pour nous, et quitte à demander à leurs enseignants-chercheurs de bien vouloir travailler, se réunir et recevoir les étudiants à leur domicile ou au café, puisqu’il est impossible de mettre des bureaux à leur disposition.

Excellence de l’enseignement et de la recherche, niveau mondial, parlons-nous bien de la même chose ? Mais il est vrai que cette lecture de la loi part du principe d’une ambition commune pour toutes les universités et tous les étudiants français, lecture naïve s’il en est. Car là encore, la lettre de mission de N. Sarkozy révèle tout ce qui n’est pas explicité dans le texte de loi :

‘ Vous identifierez quelques campus universitaires susceptibles de devenir des campus de réputation mondiale, en particulier le plateau de Saclay qui sera considéré comme un grand chantier présidentiel.’

L’excellence, oui, mais pas pour tous

Tout ceci semble bien confirmer les craintes des étudiants mais aussi les nôtres : des moyens concentrés sur quelques pôles d’excellence, et pour le reste des universités, un désengagement de l’Etat préparé par la loi LRU, qui camoufle sous le terme de ‘ liberté’ l’obligation d’aller trouver des moyens ailleurs. Quid alors des disciplines n’intéressant pas directement le privé et qui pourtant préparent à la vie active, développant les capacités de réflexion, de théorisation, d’abstraction et de synthèse indispensables dans le monde du travail ?

A long terme, la hausse des droits d’inscription ainsi que la sélection redoutées par les étudiants qui contestent la loi sont un scénario tout à fait probable : puisque nous sommes évalués et financés en fonction de notre taux de réussite (contrairement aux classes préparatoires, alors que celles-ci ont deux fois plus de moyens par étudiant), il sera tentant, afin d’obtenir des moyens, soit de dévaloriser le diplôme en l’attribuant à tout un chacun, soit de ne sélectionner que des étudiants au potentiel de réussite avéré, sanctionnant ainsi des élèves qui n’ont pas encore révélé leur potentiel.

Dans tous les cas de figure, à la lumière du système que met en place la LRU, l’objectif de 50% d’une classe d’âge au niveau Licence que l’on invoque actuellement pour faire passer la pilule n’est que de la poudre aux yeux, et camoufle la persistance d’un système à deux vitesses parfaitement anachronique : classes préparatoires et grandes écoles richement dotées d’un côté, universités gérant leur pénurie de moyens de l’autre.

Premiers signataires :

Valérie Robert – Anne Larrory – Céline Trautmann-Waller - Patrick Farges – Alice Volkwein Peter Krilles – Anke Grutschus – Kerstin Hausbei – Jürgen Ritte – Céline Largier - Dominique Vogel – Monique Travers (Université Paris 3 - UFR d’allemand) Yvonne Cazal (Paris 3) - Catherine Brun (Paris 3) - Raül David Martínez Gili (Paris 3) - Christine Baron (Paris 3) - Maria Pia De Paulis (Paris 3) - Jacqueline Ceyte (Paris 3) - Yvon Le Scanff (Paris 3) - Ivan Birks (Paris 3) - Claire Nacher (Paris 3) - Pierre-Yves Jacopin (Paris 3) - M.M.Jocelyne Fernandez-Vest (C.N.R.S. & E.P.H.E.-Sorbonne) - Michel Bernard (Paris 3) - Rolf Wintermeyer (Université de Rouen) - Sylvie Rollet (Paris 3) - Emmanuel Soler (Université de Rouen) - Tumba Alfred Shango Lokoho (Paris 3) - Catherine Treilhou-Balaudé (Paris 3) – Carole Matheron (Paris 3) - Jean-François Tournadre (Paris 3) - Anna Fontes-Baratto (Paris 3) – Patrick Taïeb (Université de Rouen) – Jean-Marc Delaunay (Paris 3) – Elisa Goudin (Paris 3) – Kristian Feigelson (Paris 3) – Christian Helmreich (Paris 8) – Emmanuelle Prak-Derrington (ENS-LSH) – Joseph Danan (Paris 3) – Eve Brenel (Paris 3) – Alexis Grélois (Université de Rouen) – François Niney (Paris 3) – Boutros Hallaq (Paris 3) - Anémone Kober-Smith (Paris 3) – Heidi Toelle (Paris 3)

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  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 17h24 le 06/12/2007
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Le gouvernement ne réforme que dans une ambition de limitation budgétaire et d’externalisation des coûts.
    Dans l’immédiat le principal est de faire passer la pilule en racontant à chacun ce qu’il veut bien entendre : ça ne changera rien, les droits d’inscriptions ne seront pas plus chers, les enseignants seront recrutés dans les meilleures conditions, etc.

    Nous savons tous d’expérience combien les privatisations sont favorables aux usagers : l’eau = +400% en moyenne pour la facture du consommateur, idem pour les autoroutes, et le gaz à +25% avant même le début des hostilités...

    Les étudiants ont raison de manifester. Cette réforme plongera définitivement notre système éducatif supérieur dans les abîmes de la concurrence et du libéralisme.

    • Anonyme répond à C. Creseveur

      Ils ont raison et bien que le blocage soit approuvé par plus de 75% des étudiants, le président, des profs et des élèves court-circuitent cette décision et font appel aux crs....hier à Bordeaux III les bloqueurs ont du céder devant une foule hurlante des plus violentes et des crs bien remontés, il y a même une prof qui s’est laissée enfermée en criant « à l’otage, à l’assassin ! » risible et pitoyable de connerie et au lycée Montesquieu, matraquage de gosses de 15 ans ! Les profs qui hurlent « fachistes, gauchos.. » aux bloqueurs réfléchissent-ils ? quand les filières non rentables auront disparus, ils vivront de quoi ? et les étudiants qui suivent le troupeau ne creusent-ils pas leurs propres tombes ?
      La violence inadmissible que subissent ceux qui luttent est approuvée par la majorité du bon petit peuple et le recours aux forces de l’ordre systématique ! Il y a là un problème majeur dont personne n’anticipe le danger qui pèse sur notre démocratie.

      • Anonyme

        « La violence inadmissible que subissent ceux qui luttent est approuvée par la majorité du bon petit peuple et le recours aux forces de l’ordre systématique ! Il y a là un problème majeur dont personne n’anticipe le danger qui pèse sur notre démocratie.
         »

        oui il y a un danger pour la democratie quand quelques connards se permettent de bloquer une enorme majorités ! ! ! ! !

        c est ca le probleme la democratie ! ! ! ! c est dur surtout quand on accepte pas le choix de la majorité ! ! !

        allez revient sur terre, ou va en coree du nord, tu verra le vrai communisme c est sympa...

        par contre tu m expliquera comment augmenter le financement des universités autre que par le privé

        vente de muguets ? kermesse a la gloire de staline ?

        alez grandi un peu et prepare toi a la vie, la vraie celle ou t e chie, sort de bisounours land

         
        • Les Ln au carré
          Les Ln au carré
          démocrates sociales convaincues
          • Posté à 14h04 le 07/12/2007
          • Internaute 23203
            démocrates sociales convaincues

          Ce que j’adore dans les réactions des « pro-LRU » c’est la profondeur de leur argumentaire...
          Je n’ai pas vu d’anti LRU qui soient contre toute réforme : ils ne veulent pas de celle-là justement.
          Quand aux minoritées qui empèche d’aller aux cours les majorités, généralement la majorité est PASSIVE et s’en fout, elle se contente de suivre le mouvement et de raller dans son appart après avoir fait la grasse mat’ parce que les cours n’ont pas lieu...
          S’ils sont si minoritaires, alors, pourquoi les mouvements durent-ils ? Et si cette loi est si juste, pourquoi les enseignants chercheurs prennent-ils le relais ?
          Quand on a de vrais arguments, on n’a pas besoin d’insulter des gens.

          • Anonyme répond à Les Ln au carré

            ...

            pfff bisounoursland, je persiste

          • Anonyme répond à Les Ln au carré

            Merci de votre aide ! Mais je suis si persuadé que cette lutte est juste que les bavardages et les insultes ne me font ni chaud ni froid... Mon frère est directeur de recherche d’un labo de l’inra et ça fait belle lurette qu’il m’avertit des dangers qui pèsent et sur la recherche et sur l’université ! Alors les imbéciles qui parlent pour parler, je les laisse à leur délire laborieux !

        • Anonyme

          Le gouvernement fait des cadeaux mirobolants aux plus grands entrepreneurs qui eux ne font de cadeau à personne ! La recherche finira muselée et ses travaux ne serviront qu’une minorité de la population mondiale ! Tout sera programmé, nulle abnégation, nulle compassion, le fric et basta ! La conscience des peuples souffrent du symptôme de stockholm, haine envers la police mise à part !

        • Anonyme

          Je pense que CERTAINS commentaires contre la mobilisation étudiante parlent d’eux-mêmes : pas d’ arguments constructifs ,grossiers et très moyens au niveau de l’orthographe.
          « Courageux anonyme » ,votre proposition d’aller en Corée du Nord est fortement déplaçée ,mais peut-être pourriez -vous retournez à l’école : de bonnes bases à la place d’un enseignement supérieur bradé ,ça peut toujours servir.

          • Anonyme

            J’ai rédigé mon commentaire avant d’avoir lu celui qui commence par : « Je pense que CERTAINS commentaires contre la mobilisation étudiante parlent d’eux-mêmes »

            Evidemment, je souscris totalement à cette prise de position. Les pro-LRU feraient bien de s’informer !

        • Anonyme

          Bonjour,

          j’aime bien ce genre de commentaires. La virulence dont notre lecteur avisé fait preuve est tout à fait caractéristique des comportements d’une partie des étudiants et enseignants qui s’insurgent contre toute velléité de protestation. Beaucoup d’emportement, des injures, des invitations musclées à l’expulsion mais aucun argument. Rien ! Le vide sidéral. Ce qui est tragique dans tout cela, c’est bien que ceux qui s’irritent des réactions des lycéens, étudiants et personnels des universités qui se sont informés du contenu de la loi LRU n’ont aucune volonté de débattre sur le fond. Dans mon université, il y a même un étudiant qui lors d’une A.G s’est exprimé contre la loi tout en avouant quelques instants plus tard qu’il ne l’avait pas lu. Voilà un aveu d’ignorance confondant !

          Que disent-ils, ces gens bien inspirés ? Les protestataires sont minoritaires. Ah oui ? En plus de sombrer dans l’obscurantisme (je ne veux rien savoir, cela prends trop de temps, j’ai une confiance aveugle dans le Président), ils versent dans la divination. Dans quel marc de café nos contradicteurs ont-ils vu se refléter leur propre pensée ? Je crois tout simplement qu’ils sont bêtes et disciplinés. Or, la discipline quand elle va jusqu’à l’abdication de tout esprit critique n’est pas une valeur démocratique.

          C’est l’un des principaux motifs de mécontentement des enseignants-chercheurs qui les conduit à refuser cette loi inique : ils ne veulent pas être réduits au rôle de simples exécutants, dépouillés de toute liberté académique (indépendance intellectuelle pour mener leur enseignement et leur recherche). Or, la loi LRU invente un président potentat qui pourra s’appuyer sur une confortable majorité (une partie élue, une partie nommée par lui) pour dicter à tous ses vues - son « pilotage stratégique » en jargon pécressiste - sans que jamais sa volonté ou celle de sa majorité ne rencontre sur sa route un seul contre-pouvoir institué. En fait, cette loi organise le démantèlement du monde académique qui, privé de la possibilité de définir en toute indépendance ses propres objectifs, règles de fonctionnement et de jugement, devra se plier aux injonctions des autorités administratives locales (le président potentat) et nationales (rappelons que les membres de l’ANR et de l’AERES sont nommés) et aux exigences des investisseurs privés, transformés en donneurs d’ordre voire en co-pilotes. Dès lors, le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique se transformera en techno-structure chargée de produire l’accumulation du capital intellectuel nécessaire à la poursuite aveugle de la croissance économique, sans jamais plus avoir de prise sur les finalités de la recherche, sa déontologie et son éthique. C’est ce risque de subordination des universités que la loi Pécresse nous fait courir et qu’un partisan de la loi comme Alain Renaut dans sa tribune du Monde du 17 novembre dernier ne veut surtout pas dénoncer. Il préfère surfer sur une humeur anti-étatique en faisant preuve d’une mauvaise foi évidente qui n’a pas échappé à ceux qui ont lu la loi. Contrairement à ce qu’il prétend dans cet article, l’autonomie de gestion des universités ne conduira pas à leur « salutaire libération de la férule étatique » mais elle les fera passer sous les fourches caudines de l’administration et des bailleurs de fonds. Comme quoi, les arguments des partisans de la loi ne valent pas un copeck ! Le fait que cette position, qui est également celle de la Conférence des Présidents d’Universités qui est en grande partie à l’origine de cette loi, ait été abondamment relayée par les grands médias nationaux (presse, radios, télévisions) depuis plusieurs mois en dit long sur la connivence entre les fameuses « élites » dont nous parlent tant les journalistes et les rédactions dans lesquelles oeuvrent ces derniers.

          • marc44
            • Posté à 20h54 le 10/12/2007
            • Internaute 24488

            Les membres de l’ANR sont nommées ?
            Ne me dites pas que par ex. dans le RIAM il y a foule d’amis de représentants de TF1, de Lagardere et autres philantropes ?
            Que l’ex-RNRT/RNTL accueille des marchands de canon Dassault ?
            Bon, tout ça c’est notre industriel française.
            Tiens, 3 boites dirigées par 3 fils à papa, ça n’était pas prémédité. J’en déduis pour que piloter la recherche, mieux vaut être un fils à papa.

      • Anonyme

        75% des étudiants approuvent le blocage ? arrêtez cette plaisanterie, svp.

        Pour ce que je vois, c’est plutôt l’inverse et dans des proportions nettement plus importante. La mobilisation étudiante est imortante, certes mais les bloqueurs sont très nettement minoritaires, c’est une réalité.

        Le tout, c’est dans la manière de faire.
        En effet, il a été décidé à Caen de banaliser des demi-journées sans cours pour que des débats et des votes puissent y avoir lieu et que tous les étudiants puissent y participer.
        Que decident alors les bloqueurs ? organiser une pseudo-AG en dehors de ces demi-journées et y effectuer un vote à la va-vite pour le blocage à une étonnante et écrasante majorité et refusant un vote pour les très nombreux étudiants venus après les cours.

        Finallement, le blocage n’a pas eu lieu en raison d’une très faible mobilisation des bloqueurs et de la réction des autres. Les CRS n’ont pas eu à intervenir.

  • Dora
    • Posté à 11h06 le 07/12/2007
    • Internaute 12847

    Le texte est intéressant, mais de quel collectif s’agit-il ?
    Il y a aussi la pétition de « Sauvons La Recherche », qui participe au mouvement :
    Lien

    Et pour Saclay, qui est mentionné ici comme « grand chantier présidentiel », il s’agit surtout d’une énorme opération de bétonnage, le développement de la recherche n’y apparait qu’un prétexte (OIN Plateau de Saclay). En sortant l’argument « Enseignement-Recherche », ils veulent faire apparaitre ceux qui s’y opposeront comme d’affreux conservateurs opposés au développement scientifique.

    • ada
      ada répond à Dora
      • Posté à 18h05 le 07/12/2007
      • Internaute 1820

      Le « collectif » en question est indiqué en bas du texte... lequel paraîtra bientôt sur Sauvons l’Université Lien

  • Anonyme

    sans être un franc partisan de cette réforme droitière en diable, je dois tout de même m’incliner devant une telle débauche d’hypocrisie, son paroxysme étant « …l’élaboration d’un projet de recherche fait elle-même partie de la recherche ». wouah, avec un objectif initial comme celui-là les publications risquent de pleuvoir … ! ! !

    c’est vrai qu’il faut absolument défendre un système universitaire essentiellement axé sur des recrutements consanguins, une recherche incolore au niveau mondial, des politiques pédagogiques irréfléchies et inapplicables débouchant sur des diplômes de premier cycle incompréhensibles …
    une partie de la communauté universitaire tend depuis longtemps le bâton pour se faire battre à force de ne pas vouloir s’impliquer plus avant dans la vie de l’université (l’administratif c’est pénible), dans la recherche de sources de financements alternatifs (l’Europe rayée de la carte, ils parlent des drôles de langues ; les entreprises, vile engeance) et en confiant l’enseignement de premier cycle aux débutants et/ou aux chercheurs improductifs (les séminaires de troisième cycle oh oui, la plèbe des amphis non merci).
    oui cette réforme contient les germes d’une dérive népotique et clientéliste mais c’est à vous chers aînés, candidats potentiels à ces responsabilités, de faire la preuve que vous êtes capables avec ces nouveaux outils de mener des politiques ambitieuses de recherche, de restructuration des administrations et de pédagogie adaptée aux besoins de la citée.
    bon courage car visiblement vous n’en prenez pas le chemin …

    • ada
      ada
      • Posté à 18h12 le 07/12/2007
      • Internaute 1820

      c’est difficile de répondre à de telles contre-vérités !
      Alors, dans l’ordre :
      - si, par « recrutement consanguin », vous entendez recrutement de chercheurs par des chercheurs, OK
      - recherche incolore au niveau mondial : des preuves ? C’est vrai que les historiens français ne sont pas du tout connus mondialement..
      - « politiques pédagogiques irréfléchies » : venez passer un semestre chez nous, vous verrez le temps qu’on passe à maintenir une cohésion et une progression pédagogiques.
      - l« ’administratif c’est pénible » : oui, et nous le savons de source sûre, puisque nous y consacrons un temps considérable, et ce bénévolement la plupart du temps. Pour ma part, je suis à plus d’1/3 de mon temps.
      « les entreprises, vil engeance » : les entreprises traînent déjà des pieds pour payer la taxe professionnelle, ça m’étonnerait qu’elles aillent faire ds dons conséquents à la fac. Pour ma part, je n’aurais rien contre. Mais curieusement, ce sont elles qui ne veulent pas !
      - « l’Europe rayée de la carte » : si vous avez déjà essayé de monter un dossier européen, on en reparle !
      - « confiant l’enseignement de premier cycle aux débutants et/ou aux chercheurs improductifs » : totalement faux chez nous

      Je vous accueille quand vous voulez pour un stage d’observation. A bientôt ?

  • fayedenoway
    fayedenoway
    journaliste
    • Posté à 17h32 le 07/12/2007
    • Journaliste 24090
      journaliste

    j’aimerais savoir comment signer la pétition. Voilà, c’est tout.

    • ada
      ada répond à fayedenoway
      • Posté à 18h14 le 07/12/2007
      • Internaute 1820

      Vous pouvez envoyer un mail à postmaster@sauvonsluniversite.com en précisant de quel texte il s’agit (avec le nom du premier signataire), on transmettra.

  • fayedenoway
    fayedenoway
    journaliste
    • Posté à 17h33 le 07/12/2007
    • Journaliste 24090
      journaliste

    j’aimerais savoir comment signer la pétition. C’est tout.

    • ada
      ada répond à fayedenoway
      • Posté à 21h17 le 07/12/2007
      • Internaute 1820

      RECTIFICATIF En fait il ne s’agit pas vraiment d’une pétition, et pour soutenir le mouvement, il vaut mieux aller signer les pétitions de Sauvons l’université Lien et Sauvons la recherche Lien

      • Anonyme répond à ada

        Différentes pétitions circulent.

        La première a été lancée à l’initiative de l’Intersyndicale en plein mois de juillet. Il s’agit de l’appel des Cordeliers. On totaliserait près de 9000 signataires à ce jour.

        Il suffit de taper l’appel des Cordeliers dans un moteur de recherche

        Voir : Lien

        Claude (enseignant-chercheur)

  • Anonyme

    C’est curieux, l’université française agonise (il est clair qu’aujourd’hui la seule voie d’excellence en France, ce sont les grandes écoles, les facs se coltinant le rebut des bacheliers pour la plupart analphabètes, à l’exception des facs de droit et de médecine, ou règne (horresco referens !) une sélection féroce...) et on continue à s’opposer à toute velléité de réforme... Depuis Devaquet c’est toujours la même histoire... la même rengaine...

    N’ayez pas peur de livrer l’université au néolibéralisme sauvage, bientôt plus personne n’en voudra plus, même pas le grand méchant capitalisme qui créera ses propres instituts privés de recherche.

    • ada
      ada
      • Posté à 21h18 le 07/12/2007
      • Internaute 1820

      Pour info : nous travaillons justement à une « autre réforme », qui se fonderait sur une consultation des acteurs de l’université.

      • ppfri
        ppfri répond à ada
        • Posté à 20h24 le 10/12/2007
        • Internaute 24481

        chère ada,
        un stage dans votre équipe pourquoi pas, mais j’ai bien peur que mon chef ne me laisse guère le temps de périgriner entre deux paragraphes de thèse …
        peut-être faites-vous partie chère confrère d’une unité de recherche associant travaux appliqués et fondamentaux avec une large part d’encadrement, composée de membres de différentes origines linguistiques ayant obtenus leur doctorat dans d’autres universités et néanmoins actifs dans nombre de comités de lecture et/ou sociétés savantes, ayant publiée ces deux dernières années plus de deux papiers d’impacts supérieurs à 5 et évidement vivant sur des crédits provenant aussi bien de l’autorité de tutelle que de financements extérieurs (UE, mécénat, entreprise) …
        pour ma part, j’ai la chance de pouvoir effectuer ma thèse dans de telles conditions, le tout dans une université de province … suisse !
        eh oui, car après quatre années à me faire balader d’amphis en amphis entre deux profs indisponibles qui n’avaient pas changé un mot de leur cours depuis des années, j’ai choisi d’aller voir ailleurs. tous de son pas mauvais, loin sans faut, mais disons que rares étaient ceux qui venaient de bonne grâce délivrer leur savoir, quand à se préoccuper du devenir des moitiés d’amphis qui s’évaporaient …
        une large part des cadres universitaires n’ont pas pris leur responsabilité vis-à-vis de leurs étudiants de tout niveau durant ces vingt dernières années. ils sont aujourd’hui au pouvoir dans nos universités et freinent des quatre fers pour toute modification du système qui les mettrait devant l’obligation de définir par eux même un projet collectif.
        ce qui nous conduit donc à un recrutement « consanguin » interne, à un manque de renouvellement de méthodes d’organisation et de gestion des équipes pédagogique et de recherche, une faible visibilité aux travaux publiés (rapport ISI 2004) et à un sous financement par de tiers acteurs.
        pour avoir eu l’occasion de passer plusieurs mois au canada, en suisse et dans de nombreux labos français, les différences sont criantes et tiennent essentiellement dans les méthodes de management des responsables d’équipe.
        pleine de bonne volonté, vous vous proposez d’établir une « autre réforme » fonder sur la consultation des acteurs de l’université, je vous souhaite de réussir dans cette entreprise mais je crois que vous courez au devant de certaines désillusions, les organismes nationaux (CNRS, INRA, INSERM, INRIA, CEA …) n’ont aucune envie de perdre leur prérogatives financières pour se retrouver de surcroît devant des amphis et nombre d’universitaires vont avoir quelques difficultés à entrevoir la moindre application professionnelle de leur recherche et de leur enseignement.
        je terminerais par mon étonnement devant le caractère insultant de ce texte à l’égard de nos confrères internationaux qualifiés ici d’ignares mercenaires …

         
        • ada
          ada répond à ppfri
          • Posté à 12h39 le 11/12/2007
          • Internaute 1820

          Cher ppfri,
          merci d’avoir répondu !

          Bien sûr, chacun a une expérience personnelle différente, la mienne est positive, mais j’ajouterai : pour faire changer la fac, il faut y rester. Chez nous, la concertation pédagogique et le souci des étudiants et de leur devenir professionnel s’est fortement développé depuis 10 ans, avec l’arrivée de jeunes MCF qui n’ont pas hésité à prendre les choses en main. On ne peut donc pas dire « l’Université EST comme ci ou comme ça » mais plutôt « l’Université PEUT devenir comme ci ou comme ça » si on fait l’effort nécessaire, sachant que le temps de réaction d’un groupe quel qu’il soit est un peu long ! Ceci vaut pour l’Université comme pour le privé. Ou pour prendre un autre exemple : à ceux qui dans une fête se plaignent qu’il n’y a pas d’ambiance, j’aime répondre : « Mettez-la vous-même, l’ambiance ! »

          Quant à votre accusation d’insulter les collègues étrangers, je pense que vous avez délibérément mal lu : nous nous incluons dans la critique, ayant participé aux mêmes projets.. ! Permettez-moi donc de traduire ce passage qui vous a tant irrité : des chercheurs brillants obligés de changer régulièrement de sujet de recherche, produisent des résultats importants en nombre mais souvent décevants en qualité. Quelle que soit la nationalité.

        1 autres commentaires
    • Anonyme

      Arrêtez, ces inepties je vous prie.
      les étudiants des universités analphabètes, et puis quoi encore ?
      Même si en moyenne, le niveau moyen des très grandes écoles est supérieur à celui des universités, on ne certainement pas en dire autant des petites ensi, et il y a toujours à l’université des étudiants très brillants qui ont très tôt eu envie de se spécialiser et qu’on retrouve ainsi sur les bancs, de la fac : ils savent que c’est à l’université que se trouvent les meilleurs dans leurs domaines.

      Bien évidemment, ce que ne comprennent pas les gens c’est que l’université est en fait un système très élitiste où seul seux qui sont autonomes peuvent s’en sortir (mais cela a tendance à changer, et c’est aussi la volonté de la réforme). Mais il faut avouer que de même qu’on ne peut comparer les ensi à polytechnique, les universités ne se valent pas tous.

  • mdporcheron
    mdporcheron
    maître de conférences à Amiens (...)
    • Posté à 21h41 le 07/12/2007
    • Internaute 24119
      maître de conférences à Amiens (...)

    Que sont devenus nos réflexions et travaux collectifs concernant l’état de la recherche et par voie de conséquences, les chercheurs et l’université ? Balayés d’un revers de main par le gouvernement.
    Avons-nous baissé les bras ? Sommes-nous vieux et fatigués (jolie remarque des Etudiants de la Faculté des Arts d’Amiens, cet après-midi) ? Ils ajoutaient : « Nous, les bras nous ne les baisserons pas ».
    La Faculté est occupée pacifiquement et artistiquement. La qualité des débats des AG étudiantes, là, fait mon admiration et l’énergie, leur énergie, demande de notre part -les enseignants-chercheurs- un relais qui ne serait pas de simple convenance ou comme le soulignent quelques collègues de pure démagogie.

    • Anonyme répond à mdporcheron

      Ca veut dire quoi la Faculté est occupée « pacifiquement » et « artistiquement » ?

      « pacifiquement », cela signifie donc que les étudiants qui souhaitent assister à des cours et les professeurs prêts à en dispenser sont libres de le faire ? Alors d’accord. Sinon ce n’est pas une occupation pacifique mais un blocage, désolé.

      « artistiquement », ça me paraît encore plus flou... Si c’est quatre tags sur un mur et des « happenings » du genre « sarko facho » mis en poème, et toute la logorrhée festive (forcément festive) habituelle, j’ai comme un doute...

      • Anonyme

        Et pourquoi devrait-on faire la gueule et ne pas être festif ? Le rire, la joie ne sont-ils réservés qu’au banquet du Fouquet’s ? Si le rire et la joie vous dérange à ce point, optez pour la méthode « cauet », vous y trouverez votre compte ! pas moi !
        Je suis d’avis que vous vous considérez comme otage des grèves, et que le sens artistique des choses vous échappe complètement, d’ailleurs à quoi servent l’art, et la philosophie et les sciences humaines ? A rien sans doute.... ? Et bien si, ils sont libérateurs et conscience, ils sont mémoire et futur, ils sont indispensables dans la construction de l’être humain !
        C’est peut être pour ça qu’on veut les voir mourrir !