EDF contre Areva : la victoire de Proglio sur Lauvergeon

Anne Lauvergeon, François Fillon, Christine Lagarde et Henri Proglio sur le site de l’EPR de Flamanville (Stéphane Mahe/Reuters)
Nicolas Sarkozy a tranché : Henri Proglio va devenir le grand manitou du nucléaire français. Le PDG d’EDF l’emporte définitivement sur sa grande rivale Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva.
L’Elysée a annoncé sa décision sur son site mardi soir, après une réunion du conseil de politique nucléaire. Si leurs noms sont absents du communiqué, le président de la République a bien voulu mettre fin au combat entre deux des plus puissants patrons français.
D’un côté, Henri Proglio, qui a dû se rendre discret depuis son passage de Veolia Environnement à EDF en janvier : il avait voulu s’offrir un double salaire en restant président du conseil d’administration de Veolia Environnement. Le gouvernement et la majorité l’avaient soutenu, avant de faire marche arrière de manière parfois comique.
En face, Anne Lauvergeon, ancienne secrétaire générale de l’Elysée sous Mitterrand et PDG d’Areva, le producteur d’uranium. Depuis dix ans, elle était de facto à la tête de la filière nucléaire française.
Cette lutte de pouvoirs et d’egos tournait déjà à l’avantage d’Henri Proglio. C’est l’Elysée qui l’avait imposé à EDF. Et c’est à Anne Lauvergeon qu’on attribuait les échecs de l’industrie nucléaire française :
- en décembre, le consortium français mené par Areva, et incluant EDF, a perdu l’appel d’offres pour quatre réacteurs nucléaires à Abu Dhabi : un marché de 14 milliards d’euros, pour lequel Nicolas Sarkozy s’était investi personnellement ;
- le retard et le coût de l’EPR (réacteur pressurisé européen), projet piloté par Areva.
EDF pourrait devenir l’un des premiers actionnaires d’Areva
Pour trancher, Nicolas Sarkozy a repris l’essentiel du rapport sur « L’Avenir de la filière française du nucléaire civil », qu’il avait commandé à François Roussely, justement ancien patron d’EDF :
- Areva ne se verra plus confier les marchés étrangers : les contrats pour la construction de centrales seront pilotés par EDF, et Anne Lauvergeon devra donc suivre les consignes d’Henri Proglio ;
- EDF pourrait devenir un des premiers actionnaires d’Areva, à la faveur d’une augmentation de capital de 15% prévue pour la fin de l’année ;
- maigre consolation pour Anne Lauvergeon : Areva ne sera pas démantelé, contrairement à ce qu’avait suggéré Henri Proglio à son arrivée à la tête d’EDF.
En revanche, l’Elysée ne reprend pas à son compte, pour l’instant, deux autres propositions du rapport Roussely. Peut-être parce qu’elles ne portent pas sur le plus urgent, le partage des rôles entre Henri Proglio et Anne Lauvergeon :
- la création d’un ministère de l’Energie, centre de décision unique pour la filière nucléaire ;
- un effort pédagogique auprès des adultes, avec un portail web, mais aussi auprès des enfants : le rapport suggère « un programme national d’éducation à l’énergie et aux métiers de la filière énergie, en milieu scolaire, dès l’école primaire ».
► Corrigé le 28/07/2010 à 16h10 : comme l’ont remarqué plusieurs lecteurs, Henri Proglio n’était évidemment pas PDG de GDF-Suez, mais de Veolia Environnement.
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retraité
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Cher Nikolus,
Le monde est un tout petit peu plus compliqué que ne l’évoque ta vision des choses... Le « tout nucléaire » des années 70, appuyé par une CGT qui n’y voyait qu’avantages, idéologiques et financiers, l’arrogance alors d’EDF, état dans l’état, etc... rien à dire là-dessus, qui a généré tant de passions écolo (dont les miennes). D’où cette « rente nucléaire » dont tu parles, multipliée par le fait que ces foutues centrales nucléaires ont jusque là très bien marché (mais les nouveaux managers financiers sont en train de saboter le système), et surtout par le fait qu’on peut étendre leur durée de vie, de façon inespérée dans les business-plans.
Mais cette rente, il faut admettre qu’elle a été partagée : elle a beaucoup profité certes à EDF (qui a pu se permettre d’inconcevables gaspillages d’investissements, le pompon revenant à l’achat de l’électricien anglais BE pour plus de 20 milliards d’Euro ! !) ; mais elle s’est aussi traduite par un prix de vente de l’électricité au consommateur français à un prix bien inférieur à ceux pratiqués dans le reste de l’Europe, pratique due pas seulement à la vertu d’EDF, mais aussi à la régulation des tarifs.
Le libéralisme généralisé voit donc rouge et n’a de cesse de s’accaparer cette « rente », d’une part en démantelant EDF, ce qui est largement accompli à ce jour à la fois structurellement, juridiquement, mais aussi culturellement par la généralisation des « managers » libéraux... d’autre part en faisant remonter « au prix du marché » européen l’électricité produite pas cher par le nucléaire : combat contre le maintien du tarif régulé, cession obligée d’une part de la production brute des centrales - mane si juteuse - aux néo-concurrents introduits artificiellement... Aussi enfin, mais de façon assez marginale, subventionnement des énergies renouvelables par EDF (à travers le rachat obligatoire à prix élevé).
Tout ça pour dire que le « monstre » EDF de la société gaulienne et des 30 glorieuses finissantes, est aujourd’hui plutôt à défendre face à ses prédateurs ultra-libéraux. Pour qui est en désaccord avec son modèle de production centralisée d’électricité, ce n’est certainement pas en donnant la main au capitalisme sans foi ni loi qu’on le remplacera par un modèle plus économe et décentralisé.
Autre point : le sur-effectif des centrales françaises avec pour contre-exemple ce qu’on observe en Angleterre ou ailleurs... Refrain bien connu de l’agent EDF paresseux et privilégié. A faire rigoler quand on observe la pression mise en interne sur les effectifs ! ! ... à faire réfléchir sur la responsabilité des décideurs quand on voit tomber la disponibilité des centrales... à faire aussi ouvrir les yeux sur l’idéologie de ces décideurs qui en effet font du zèle « colonialiste » sur les effectifs des filiales étrangères...




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