Hommage 14/07/2010 à 04h55

Mort de Pius Njawe, pionnier de la liberté de la presse en Afrique

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Pius Njawe, un des pionniers de la liberté de la presse en Afrique francophone, est mort lundi dans un accident de la circulation aux Etats-Unis, une fin tragique pour un homme dont le combat n’était hélas pas achevé.

J’ai connu Pius dans les années 80, alors qu’il publiait à Douala Le Messager, un hebdomadaire indépendant dans un pays et une région habitués jusque-là (à l’exception notable du Sénégal) à la parole unique des organes de presse officiels. Chaque numéro du Messager était soumis à une censure préalable implacable, qui faisait sauter des passages d’articles ou carrément des articles entiers des pages soigneusement épurées avant d’être imprimées.

Pius Njawe avait trouvé un moyen de résister qui agaçait au plus haut point les autorités : il laissait en blanc les passages supprimés, permettant à chacun de ses lecteurs de se faire une idée de l’ampleur des interdits de la semaine...

Interpelé 126 fois en trente ans...

En trente ans de journalisme, Pius Njawe a fréquenté la prison autant que les salles de rédaction : interpellé 126 fois, sans doute un record mondial, il a également passé plusieurs fois de longs séjours en prison lorsque son journal franchissait quelque ligne rouge du régime bêtement autoritaire de Paul Biya.

Pius Njawe, un homme à l’humour communicatif malgré les épreuves qui n’ont pas manqué dans sa vie, en particulier la mort de sa femme dans un accident de voiture -déjà-, n’a jamais baissé les bras ni transigé.

Il nous a rendu visite à Rue89 il y a deux mois, cherchant à la fois à faire venir certains de ses journalistes en stage dans notre rédaction pour mieux les former au Web et à l’enquête. Il nous avait alertés aussi sur certains scandales de la fin de règne de Paul Biya, de certaines détentions arbitraires de courtisans tombés en disgrâce, de passe-droits finissant mal...

Si l’environnement de la presse a changé depuis ses temps héroïques des années 80, avec la multiplication dans toute l’Afrique francophone d’une presse plurielle même si pas toujours très professionnelle, Pius Njawe devait toujours se battre pour la survie de son groupe de presse. Il nous confiait ses tourments, des contrats de pub annulés sous pression du pouvoir, une corruption généralisée, une économie de la presse très difficile.

« Il faut sauver Le Messager »

En décembre dernier, nous avons relayé sur Rue89 un appel de notre blogueur Théophile Koumouo, intitulé « Il faut sauver le quotidien camerounais Le Messager ». Théophile écrivait, à propos des difficultés économiques du quotidien camerounais :

« Si Le Messager meurt, c’est une part de notre rêve qui meurt avec lui. Car l’histoire de Pius Njawé et de son journal est une belle histoire, une authentique belle histoire. C’est l’histoire d’un jeune homme qui n’a pas eu la chance de faire des longues études, amoureux des lettres et d’une certaine idée de son pays, qui a lancé en 1979, dans une ville de province, Bafoussam, un hebdomadaire qui résiste depuis trois décennies.

C’est l’histoire d’un patron de presse courageux dont le journal a ouvert mon esprit et mon cœur à la cause de la démocratie et de la liberté. Je n’avais pas 15 ans, je lisais encore des trucs comme “ OK Podium ” quand j’ai commencé à lire Le Messager, ses éditorialistes remplis de talent et son regard sans concession mais plein d’amour pour le Cameroun et l’Afrique. Malgré tous les défauts qu’on peut trouver à Njawé et au Messager, il y a un côté chevaleresque dans cette aventure. »

L’aventure de Pius a pris fin lundi sur une route de Virgine, aux Etats-Unis, ou il se trouvait pour participer à un congrès d’opposants camerounais.

Les hommages se sont multipliés mercredi pour ce journaliste qui a donné ses lettres de noblesse à ce métier à une époque où les gouvernants du continent voulaient transformer les journalistes en griots vantant leurs louanges. Il a reçu tout au long de sa carrière de nombreuses récompenses professionnelles.

Il est mort a la veille de ce 14 juillet africain a Paris. C’est Pius Njawe et ses semblables, symboles d’une société civile vibrante et audacieuse, qu’on aurait aimé voir invités par la France, et pas seulement les hommes qui ont tout fait pour les empêcher de faire leur métier.

Rue89 exprime sa tristesse et sa solidarité a la famille et aux collègues de Pius Njawe.

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  • Holocrate
    Holocrate
    Douteur plus que douteux
    • Posté à 08h33 le 14/07/2010
    • Internaute 97427
      Douteur plus que douteux

    Les Juifs ont leurs Justes parmi les Nations, l’humanité a ses Rebelles parmi les Hommes, bien trop peu nombreux et dont Pius Njawe faisait incontestablement partie, à son niveau, dans son « petit » coin d’Afrique.

    Bien sûr, il n’avait pas la même aura qu’un Soljénitsyne ou qu’une Aung San Suu Kyi, mais il en faudrait bien plus comme lui, un peu partout, dans tous les coins... et même chez nous, d’ailleurs.

  • Ken-zo
    Ken-zo
    voyageur
    • Posté à 08h43 le 14/07/2010
    • Internaute 116800
      voyageur

    Faut se relire M. Haski, il y a des fautes d’orthographe et de syntaxe à la pelle.

    La tradition voudrait que pour une personne décédée, on précise l’année de naissance, là on ne sait pas s’il avait 49 ou 75 ans à sa mort.

    Et puis cette perle « ...régime bêtement autoritaire de Paul Biya. »

    Ah bon ! Parce qu’il y a des régimes intelligemment autoritaires :)

    • Flamm
      Flamm répond à Ken-zo
      PNT
      • Posté à 08h59 le 14/07/2010
      • Internaute 100295
        PNT

      « regime betement autoritaire de Paul biya »
      Qui permet la parution d’un journal d’opposition...

      • immigre
        immigre répond à Flamm
        citoyen de n-ieme categorie
        • Posté à 13h00 le 14/07/2010
        • Internaute 75483
          citoyen de n-ieme categorie

        Tu as surement rate tout le paragraphe sur la censure. Quand on veut jouer a l’intelligent encore faut-il l’etre ?

         
        • Flamm
          Flamm répond à immigre
          PNT
          • Posté à 13h14 le 14/07/2010
          • Internaute 100295
            PNT

          « Quand on veut jouer a l’intelligent » ? ? ?

          -Ah bon ? Mr connait reconnaitre des personnes intelligentes ?
          Ca veut dire que Mr se croit intelligent ? tiens,tiens..
          Sachez cher Mr que le premier signe d’ignorance donc de non-intelligence est celui de qualifier les autres de pas intelligents...

          « Quand on veut jouer l’intelligent » ? ?

          -ca vient de certainement de votre imagination,moi je ne joue pas...

          Mr lorsqu’on pretend faire une critique,il faut servir autre chose que des suppositions plates et discours indigent Mr l’intelligent...

          • immigre
            immigre répond à Flamm
            citoyen de n-ieme categorie
            • Posté à 13h19 le 14/07/2010
            • Internaute 75483
              citoyen de n-ieme categorie

            Relis bien l’article tu veras que le « betement autoritaire d’aski » est largement argumente. Je ne vais pas te preter mes lunettes en plus de te preter l’aptitude de comprendre ce que tu lis...

        2 autres commentaires
    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à Ken-zo
      Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
      • Posté à 17h13 le 14/07/2010
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Je demande des circonstances attenuantes monsieur le juge. Il se trouve que je suis en voyage au Mexique, et que j’ai ecrit cet article des que j’ai appris la mort de Pius, sur un clavier pourri dans un cafe internet, et sans beaucoup de temps de recherche. C’est assurement imparfait, mais je tenais a lui rendre cet hommage.

      Oui, evidemment il y a des regimes intelligemment autoritaires. Prenons la Chine par exemple, toujours autoritaire mais en pleine croissance et dictant sa loi au reste du monde : Si c’est pas de l’autoritarisme intelligent...

      • Batouri
        Batouri répond à Pierre Haski
        ADS
        • Posté à 00h38 le 15/07/2010
        • Internaute 81210
          ADS

        Bonjour à toi Pierre ;

        Même si je partage plein d’analyses sur Puis Njawé avec toi, je voudrai néanmoins dire que Puis Njawé n’était pas le pionnier de la presse en Afrique comme tu le prédents ; mais, bel et bien le pionnier de la liberté d’informer et surtout et surtout le combattant du droit à l’information. Ce qui change tout. La liberté de presse est une liberté économique. La presse est avant tout une entreprise comme toutes les autres dont l’objectif est la réalisation de la plus value. Or, Puis était au dessus de ces considérations mesquines. Il avait une certaine conception du journalisme et de son rôle social et politique. Conscient de la puissance du verbe, il avait compris que la lutte pour l’émancipation politique et philosophique de l’homme passe par la mise à sa disposition, des informations. Toute sa vie durant, il n’a fait dire la vérité. Dire la vérité c’est dévoiler le silence et les non dits dont use le pouvoir politique dans ce qu’il a d’arbitraire et de violent pour se pérenniser.

        Pour nous donc, Pius Njawé était, de par son travail et ses luttent, l’un de ces hommes courageux qui font avancer le monde. C’était un combattant du droit à l’information, un forçat de la liberté d’informer, un épris des libertés individuelles et collectives.

         
        • Pierre Haski
          Pierre Haski répond à Batouri
          Auteur(e) de l'article Cofondateur Rue89
          • Posté à 18h19 le 15/07/2010
            éditeur
          • Journaliste 9
            Cofondateur

          Nous sommes d’accord. Je n’ai pas dit que Pius etait pionnier de la presse, mais, comme le dit le titre, pionnier de la liberte de la presse. Il y a evidemment plus qu’une nuance.

          • Batouri
            Batouri répond à Pierre Haski
            ADS
            • Posté à 23h13 le 15/07/2010
            • Internaute 81210
              ADS

            Parler de presse ou lieu de liberté de la presse était un lapsus de ma part Pierre. Donc, nous ne sommes pas d’accord. Nous ne parlons pas de la même chose. La liberté de la presse est une chose ; la liberté d’informer en est une autre. Si les deux s’appliquent à la même personne, le droit à l’information s’applique au récepteur. Je continue d’affirmer que la liberté de la presse est une liberté économique et ne peut être célébrée. Par contre, la liberté d’informer et la défense du droit à l’information sont des obligations morales, des éthiques de vie que l’on s’impose et dont on se sert comme instrument de la manifestation et de la projection de son soi, de son être au monde. C’est à l’aune de cette esquisse de soi qui est un choix, que l’on reconnaît les grands hommes.

        2 autres commentaires
  • Flamm
    Flamm
    PNT
    • Posté à 08h56 le 14/07/2010
    • Internaute 100295
      PNT

    Puis Njawe journaliste contestable,entrepreneur mediocre,mais ponnier certain...
    Homme tenace et courageux,mort dans un stupide accident de la route.

    • immigre
      immigre répond à Flamm
      citoyen de n-ieme categorie
      • Posté à 13h05 le 14/07/2010
      • Internaute 75483
        citoyen de n-ieme categorie

      « entrepreneur mediocre »

      J’aimerai t’y voir toi dans un pays ou la majorite d’un pays n’a deja pas de quoi vivre combien de fois d’acheter un journal. Un pays ou denoncer la corruption des Grands qui bouffent avec le president Francais le 14 Juillet entraine la suppression des maigres ressources publicitaires. Deja meme en France tous les journaux sont deficitaires alors en Afrique...

      Il y a des jours ou on se demande si tout le monde devrait beneficier de la liberte de parole tellement il en a qui sont lourds. Mais bon c’est la liberte d’expression elle est inalienable heureusement pour une certaine flamm...eteinte

      • Flamm
        Flamm répond à immigre
        PNT
        • Posté à 13h17 le 14/07/2010
        • Internaute 100295
          PNT

        En plus Mr l’intelligent veut la liberte de parole pour lui tout seul ?
        Et Mr l’intelligent denonce les dictatures ? et toi tu es quoi ?
        Non mais des fois...

         
        • immigre
          immigre répond à Flamm
          citoyen de n-ieme categorie
          • Posté à 13h22 le 14/07/2010
          • Internaute 75483
            citoyen de n-ieme categorie

          Je veux aussi la liberte de parole pour toi

          encore une fois relis :

          « Mais bon c’est la liberte d’expression elle est inalienable heureusement pour une certaine flamm...eteinte »

          LA LIBERTE D’EXPRESSION EST INALIENABLE meme pour des flamm...eteintes ! ! !

        1 autres commentaires
  • viva zebda
    viva zebda
    Ni maître, ni croquettes
    • Posté à 09h25 le 14/07/2010
    • Internaute 25029
      Ni maître, ni croquettes

    étudiants en journalisme,n’acceptez aucune raison de vous taire !
    la vie est si courte......

    Lien

    les honneurs de toute l’humanité a cet homme qui ,au combat, n’avait que sa plume ......

  • Ken-zo
    Ken-zo
    voyageur
    • Posté à 09h38 le 14/07/2010
    • Internaute 116800
      voyageur

    Pius Njawe (1957-2010).

    Dites-moi depuis quand change-t-on un pneu crevé sur autoroute ? C’est du suicide pur...

  • cabral amilcar
    cabral amilcar
    peureux célèbre
    • Posté à 09h42 le 14/07/2010
    • Internaute 29973
      peureux célèbre

    ce qui me désole, c’est que mongo béti mort, pius njawé mort, biya est toujours vivant, vraiment ça fait mal

  • ElTitouBolivar
    ElTitouBolivar
    InsomniaK
    • Posté à 10h59 le 14/07/2010
    • Internaute 53845
      InsomniaK

    Putain de camion ! ..

  • San De-
    • Posté à 12h15 le 14/07/2010
    • Internaute 19339

    Mort le jour ou on fête à la fois la prise de la Bastille et la françafrique...

  • immigre
    immigre
    citoyen de n-ieme categorie
    • Posté à 13h11 le 14/07/2010
    • Internaute 75483
      citoyen de n-ieme categorie

    Merci Pierre Aski pour cet hommage. La liberte est indivisible. Pius vous fera un clin d’oeil jovial de la ou il est. Il se repose surement des arrestations, des tracasseries, des interdictions de sortie etc... Je suis sur que la mort pour lui est un repos bien merite pendant que les criminels amis de la France defilent sur les champs elysees avec leur armee qui emprisonne les Pius Njawe du monde...Ahhh elle est belle cette foutue planete ! ! ! !

  • MamaPacha
    • Posté à 14h07 le 14/07/2010
    • Internaute 109998

    Avec un tel CV et les menaces de mort qu’il a reçu ces derniers temps, l’accident c’est vraiment pas de chance ...

    Lien

    Paix à son âme.

    • Azza
      Azza répond à MamaPacha
      Ingénieur en informatique (...)
      • Posté à 18h33 le 14/07/2010
      • Internaute 25467
        Ingénieur en informatique (...)

      Quand une personne comme Pius Njawe decede, la these de l’accident est immediatement suspecte ames yeux. Surtout quand son epouse a subit le meme sort quelques temps auparavant.

  • princesse dauphin
    • Posté à 01h02 le 15/07/2010
    • Internaute 58201
      punk

    J’espère que les occasions de nous informer sur le Cameroun soient plus nombreuses. Par exemple un entretien avec la veuve de Mongo Béti, Odile Biyidi, présidente de l’association Survie serait très instructif pour nous tous.

    Aujourd’hui, nous les clowns, fêtions le 14 juillet, la grandeur de la France et la françafrique. A proximité du Carrousel du Louvre, Notre Altesse SuperSarko Incorruptator trônait sur une chaine à porteurs. Ses dictateurs fétiches, dont Paul Biya, s’endiablés sous le son de la batucada. Une faucheuse à démocratie s’activait, un observateur aveugle de l’ONU certifiait les élections, une clown rose tirelire détournait à 98% l’Aide Publique au Développement, des cacahuetes en guise de Francs CFA étaient distribués ...
    Peu de gens pouvaient profiter de cet hommage. Des cars de CRS encerclaient notre tribu dans un hall exigu du Louvre, à l’abris du regard des touristes. Privés de liberté d’aller et venir, fouillés au corps avec palpations indélicates et insistantes, contrôles et relevés d’identité, voilà le traitement que notre chère république nous réserva.
    C’est quoi la liberté d’expression ?
    C’est quoi la répression ?

  • enjodi
    • Posté à 09h46 le 15/07/2010
    • Internaute 13518

    Bonjour,

    Certains lecteurs émettent des reserves, voire des doutes, sur la nature autoritaire du régime de Paul BIYA, sous le prétexte que ce dernier aurait autorisé, comme le disait si bien bien Pïus NJawe, « une liberté de la presse sous surveillance ».

    Lien

    Nous renvoyons volontiers ces sceptiques à l’analyse ci-dessous, que nous faisions en 2005 du régime BIYA, pour lequel nous avions d’ailleurs quelles que divergences avec le Journal Le Messager, par rapport à l’indépendance de la Justice et à l’épuration politique sous-jacente à la prétendue lutte contre la corruption, dite « opération épervier au Cameroun.

    Pius Njawe était simplement un de ces Hommes de Liberté qui font honneur et la fierté de tout camerounais, de tout être humain soucieux de l’émancipation politique et économique de l’Afrique...au-delà des critiques que nous avions ou aurions pu émettre sur telle ou telle de ses prises de positions.

    Pour cela, il nous manquera énormément.

    Fabienne Debarge et Joël Didier Engo

    Le Cameroun de Paul BIYA

    Tiré du blog : Lien

    Les déclarations du général camerounais Asso’o Emane Benoît dans le “Nouvel Afrique” numéro 159 du 08 Septembre 2005 sur “la tribalisation” du système politique camerounais et l’immunité juridictionnelle assurée à tout criminel apparenté à la Famille Biya, étaient révélatrices il y a quelques années d’une réalité politique au Cameroun : le fait du prince.

    Oh ! Nous savons tous – Hélas – que Paul Biya est un féru lecteur du “ Prince de Machiavel ” ; sauf que ce petit traité de philosophie politique date (1513) de la Renaissance italienne et que nous vivons au XXIeme Siècle.

    La société camerounaise de ce début de millénaire ne présente – et n’a jamais présenté – de similitudes avec ses homologues florentines, romaines ou vénitiennes du XVeme Siècle ou même actuelles.

    Cependant, les structures sociales au Cameroun ont profondément régressé pendant les vingt six années de pouvoir de Paul Biya. Le principal artisan de cette régression, c’est Paul Biya lui-même. Il est en ce sens le digne héritier des régimes totalitaires que le monde a connu au travers des siècles.

    Même si de tous cotés, sur la scène mondiale, on se débarrasse à la légère des régimes totalitaires en se disant qu’il ne restera que des démocraties en cours d’achèvement, en ce qui concerne le Cameroun, quiconque est attentif à la situation du pays, a biensûr appris à connaître l’imposture et le cynisme du sens “ démocratie en cours d’achèvement ”, car disons-le, dans notre cas, c’est un leurre, en réalité l’amorce d’une démocratie n’a jamais eu lieu au Cameroun.

    Pourquoi la démocratie est un leurre au Cameroun ?

    Le leurre est invariablement une des caractéristiques qui a permis au régime biyaiste d’acquérir et de maintenir son audience sur la scène mondiale en lui fournissant des compagnons de route dans toutes les ethinies du cameroun et dans toutes les chancelleries occidentales.

    Il est commun dans l’opinion publique de présenter les biyaistes comme de simples demeurés ou assoiffés du pouvoir, et de réduire l’activité présidentielle au niveau banal d’une inertie chronique qui ne vaut pas la peine d’être discutée. En conséquence, le citoyen lamda et le visiteur étranger ne se rendent même pas compte qu’ils se trouvent malicieusement transportés au cœur même d’une partie de poker menteur.

    C’est pourquoi, le leurre dans le régime totalitaire est l’une des plus importantes manipulations politiques de notre époque. Lutter contre ce leurre représente le devoir le plus vital des démocraties car sa persistance signe et entérine les périls à venir.

    En d’autres termes, le régime totalitaire de Biya n’a jamais été une simple question autochtones contre allogènes : il a fonctionné dés le départ avec l’ensemble des populations dites allogènes représentatives du Cameroun ; ni ne s’est voulu une simple question de nationalisme extrémiste : il a trop besoin des appuis étrangers pour survivre.

    Aussi, c’est avec cette partie de poker menteur que le chemin de la domination absolue passe par de nombreuses étapes intermédiaires, relativement normales et tout à fait intelligibles : tous les aspects du gouvernement totalitaire de Paul Biya – aussi hideux et criminel soient-ils – partagent un point commun avec tous les régimes totalitaires passés et présents : le totalitarisme est profitable, à titre personnel, à la famille Biya comme un cambriolage ordinaire profite à son auteur.

    Un système mis à nu

    Les mobiles sont clairs et les moyens de parvenir à son but sont utilitaires.

    C’est à la lumière de cette explication que l’on peut mieux comprendre pourquoi Paul Biya en personne a permis que le Cameroun se transforme en cris de souffrance, et ce avec une froideur jamais égalée et sans se laisser distraire par la moindre sentimentalité nationale, ni par le moindre scrupule humanitaire pour le bien être de son peuple.

    Le système Paul Biya repose sur la mise au pilori des tendances nihilistes mais aussi sur un endoctrinement, subtil dosage d’espoir et de peur, du style : “ Paul Biya ou le chaos ” avec d’innombrables variantes qui prédisent de désastreux cataclysmes en cas d’alternance. Cependant, ce qui demeure troublant dans le Cameroun de Biya, c’est le fait que les institutions de la République n’ont pu contenir, ni canaliser les ravages de sa politique. Tout laisse à penser que leur rôle s’est borné à maintenir la machine à terreur et à travers elle, comme leur résistance est nulle, provoquer une destruction totale des forces vives de la Nation.

    Si il n’est pas faux de considérer la tendance purement destructrice d’un Président fascisant comme l’une des plus actives du mouvement, il serait dangereusement trompeur d’interpréter ses impulsions destructrices comme le paroxysme de la pression des organisations ou institutions mondiales dirigée contre son mouvement en tant que tel. Si il est fort probable que Paul Biya et ses semblables ont pu spéculer sur l’appauvrissement de la majeure partie de la population camerounaise, fidèle en ce sens à l’adage “ Ventre affamé n’a point d’oreilles ”, si ils ont surtout laisser à la puissance tutélaire – la France – la responsabilité de gérer la faillite économique qu’est le Cameroun – les banques françaises représentent 70 % de l’activité bancaire au Cameroun – ; ils n’ont jamais certainement souhaité liquider le système biyaiste mis en place.

    En clair, les biyaistes ont offert le Cameroun en sacrifice pour la pérennisation de la Maison Biya, sauf que la question qui se pose et demeure en suspend est de savoir si ce sacrifice sera payant.

    Toutes les discussions et conflits entre les différents corps d’Etat, entre les modernistes autoproclamés du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) et son “ Politburo ”, entre les représentants des dignitaires régionaux ou locaux, les soit disant élites dirigeantes et les bureaucrates qui gouvernent réellement le Cameroun, n’impliquent rien d’autres que ce sacrifice qui est une nécessité évidemment vitale pour Paul Biya lui-même.

    C’est ainsi que deux années après sa nomination, le 6 Avril 1984, Paul Biya a utilisé la machinerie de la terreur pour, à l’aide de cet instrument de propagande extrêmement efficace, appliquer sa doctrine selon laquelle le droit est ce qui est utile – et non ce qui est juste – ; à partir de ce moment il va se servir du bouc émissaire pour toutes ses démonstrations pratiques.

    Depuis cette période, en effet Paul Biya devenu maître dans l’art de l’utilisation de l’espoir et de la peur, de la carotte et du bâton, dessine le destin des uns et des autres : aux uns, le Pinacle en récompense de leurs nombreux sacrifices au Grand Maître ; aux autres, boucs émissaires, vrais faux coupables devenus inutiles sur l’échiquier de la Maison Biya, l’enfer de la géhenne.

    En agissant de la sorte, la famille Biya affiche que son objectif ultime ne réside pas seulement dans une ambition affichée de confisquer à vie un pouvoir global, mais également dans une tentative qui ne sera jamais avouée mais pourtant réalisée sur le terrain : la domination complète de l’être humain.

    Cette domination est terminée lorsque la personne humaine – qui est un mélange subtil de conditionnement et de spontanéité – est ainsi transformée en un être totalement conditionné dont on peut calculer les réactions y compris quand on l’amène à la mort. Cette désintégration de la personnalité se déroule en plusieurs étapes :

    1. La première étape se situe au moment de l’arrestation arbitraire avec la destruction de la personne juridique, cela non pas à cause de l’injustice que constitue l’arrestation, mais parce que l’arrestation est sans rapport avec les actions ou opinion de la personne.

    2. La seconde étape de la destruction concerne la personne morale et elle s’opère avec la séparation du monde, une séparation qui rend le prisonnier dépourvu de sens, vide et ridicule.

    3. La dernière étape est la destruction de l’individualité elle-même. Elle s’effectue par une caractéristique de la propagande biyaiste, qui non contente de mentir, propose délibérément de transformer ses mensonges en réalité. Ils veulent démontrer qu’ils ont raison, le prisonnier n’est pas un prisonnier politique, c’est un prisonnier de droit commun, un voleur, un vaurien qui n’a rien à voir avec la politique.

    Ce tour de passe-passe s’effectue par l’intermédiaire du leurre politico juridique où le droit devient un avatar au service de la maison Biya et non le Droit pour Tous. Avec la justice de Biya, tout se passe comme si nous devions discuter avec un meurtrier potentiel pour savoir si sa prochaine victime est encore vivante en oubliant que l’homme peut encore tuer et qu’en tuant la personne en question, le meurtrier peut apporter la preuve de la véracité de son affirmation. C’est ainsi que les prisonniers politiques disparaissent au Cameroun grâce au leurre juridique, officiellement, il n’y a pas de prisonnier politique au Cameroun.

    Dans cette partie de poker menteur, pour Biya, le fait de leurrer et de mentir sur l’emprisonnement politique est son meilleur atout pour ses activités à venir car les apparences démocratiques sont – en apparence – sauves. Vont-elles le rester encore longtemps face au Mensonge d’Etat qu’est la lutte contre la corruption ? Comment la maison Biya peut-elle lutter contre le mal qu’ils ont inculqué eux-mêmes au Cameroun alors qu’ils en sont les premiers bénéficiaires ? Le train de vie de Paul Biya équivaut à cinq fois celui de Georges W. Bush…. En valeur absolue bien sûr.

    Idem pour la résurgence de querelles territoriales comme celle de Bakassi qui peut procurer à son gouvernement d’insignifiantes victoires de prestiges et donner l’impression que le nationalisme camerounais est revivifié. Cependant, l’illusion sera aussi brève qu’un soupir, étant donné que les Camerounais risquent de revenir au quotidien avec beaucoup plus d’amertume, car la classe moyenne camerounaise a été acculée à la ruine après deux décades de pouvoir biyaiste.

    Du fait de sa paupérisation, au Cameroun la classe moyenne est devenue ainsi la proie du démagogue national, prête à servir de levier pour abattre la puissance politique des dignitaires locaux ou régionaux. Dans ces conditions, rien n’est plus facile pour Biya d’institutionnaliser le chaos de manière à prouver qu’il a raison. Ce fut le cas dans le traitement du dossier de la Cameroun Airlines. Biya fit traîner la gabegie afin d’affirmer que la France voulait, en sous-main, recoloniser le Cameroun. Cette attitude réveilla l’orgueil national sauf que ce leurre a permis de détourner l’attention du vrai problème qui concerne la mise à sac d’une compagnie, qui après 40 années d’exploitation, se retrouve sans avions et avec un endettement de 70 milliards de FCFA.

    Question : Où est passé l’argent de la Camair ? En l’absence de réponse ou d’explication à cette interrogation, nous sommes en droit de nous interroger et de supposer que cet argent est parti alimenter les nombreux circuits biyaistes.

    En effet, peu importe les motivations et les objectifs finaux, l’un des plus sinistres aspect des dictatures modernes réside dans la manipulation médiatique afin de revêtir une finalité logique et objective : pérenniser le pouvoir totalitaire sous couvert d’une pseudo démocratie d’inspiration théorique, voire scientifique.

    Paul Biya a su faire preuve de perspicacité machiavélique en la matière en dotant sa machinerie d’un rouage important : l’ethnicisation de la Constitution du Cameroun. Sur ce plan, le Renouveau, vitrine politique du parti présidentiel, n’est qu’une imposture historique. Le régime totalitaire biyaiste repose sur une conclusion logique et évidente : diviser le Cameroun pour mieux régner, le tout, mâtiné d’une hypothèse scientifique, dans notre cas, utiliser l’anthropologie pour diviser les Camerounais.

    Si le fondement scientifique est le principal trait commun de tous les régimes totalitaires du 20eme Siècle, cela signifie que l’on a su faire revêtir au pouvoir l’apparence de quelque décret supérieur et surhumain dont dérive sa force absolue et indiscutable.

    Paul Biya fait jouer un rôle terrible à la Constitution camerounaise – rôle qui ne lui devrait être nullement dévolu : la constitutionnalisation du tribalisme sur la base de la distinction allogène/autochtone.

    Par ce biais, Paul Biya appuie la Constitution sur la soi-disant loi de la Nature ce qui est d’autant plus grave car le fondement de la Nature n’est rien de plus que ses propres lois et ses propres modes de fonctionnement. Ainsi donc, lorsque Paul Biya tue les faibles, les vaincus, il obéit simplement aux ordres de la Nature qui est du coté des forts, des bons, des vainqueurs. Tuer et abuser ceux qui sont faibles et sans défense, c’est démontrer de son appartenance aux forts.

    Les conséquences de ce raisonnement sont que Paul Biya dépossède l’homme de la victoire et de la défaite. Il transforme, par définition, toute opposition en un véritable casse-tête car ce n’est plus avec l’homme que l’on s’oppose, mais en l’espèce, c’est la Nature que l’on combat. Et ainsi, Biya a ajouté à la réalité de son pouvoir une croyance superstitieuse en son éternité sur laquelle viennent se greffer les charlatans qui croient que la volonté de la Nature égale la volonté divine….. De là à faire croire que Biya est un descendant de Jésus, affabulation que certains courtisans n’hésitent plus à brandir…… De facto, ils se sentent eux-mêmes liés à des forces surhumaines et irrésistibles afin de mieux servir la Maison Biya, fidèles en ce sens à la pensée de Sophocle : “ Quiconque va visiter un tyran en devient son esclave même s’il est venu libre ”.

    Mais toute cette imposture ne nous fera pas oublier l’époque bénie où l’homme pouvait librement choisir : plutôt la mort que l’esclavage, plutôt mourir que vivre à genoux. Maintenant voici les temps terribles où pour son plus grand malheur, l’homme à qui a été inculquer que la vie est le bien suprême, doit s’il préfère vivre à genoux, mourir à genoux, car rien n’est devenu dans ce monde plus facile que d’assassiner un esclave.

    Mais lorsque viendra l’alternance, il ne faudra pas qu’à cause de la peur et de l’espoir, ces deux ennemis jurés de la politique, nous rations le coche. Nous avons besoin de jeter les bases saines et solides de notre futur, d’appréhender et de comprendre l’histoire de ce gâchis gigantesque qu’est devenu le Cameroun d’aujourd’hui.

    Nous devons le faire car les actions du clan Biya ont transformé, pollué et intoxiqué l’atmosphère que nous respirons. Surtout le plus grand danger qui menace la juste compréhension de notre histoire est notre tendance à esquisser des analogies. Biya ne ressemble pas à Mobutu, il n’est pas pire que n’importe quel grand criminel. Mais ce qui est différent, c’est plutôt le néant politique qui l’a mené à commettre ses crimes, leurs mises en place froidement planifiées et minutieusement orchestrées et la mise sous coupole d’un monde d’esclaves où plus rien n’a de sens.

    Pour tout cela, Justice doit être rendue.

    Fabienne DEBARGE et Joël Didier ENGO

    • Pierre Loth
      Pierre Loth répond à enjodi
      Profession libérale
      • Posté à 17h16 le 17/07/2010
      • Internaute 120268
        Profession libérale

      Il est un fait… Njawé est une icône de la presse africaine, c’est un fait indéniable qui mérite à juste titre que l’on salue la mémoire de ce journaliste émérite décédé le lundi 12 juillet 2010 aux Etats-Unis des suites d’un accident de la circulation. Le défunt patron de Free Media Group, entreprise éditrice du quotidien Le Messager disparait au moment où il s’était rendu aux States pour prendre part à la Convention des opposants de la diaspora qui s’est tenue le samedi 10 juillet 2010 à Washington DC. Pius Njawé était un grand combattant de la liberté… Dommage que son combat ne fut dirigé que contre le régime de Paul Biya qu’il couvrait sans cesse d’opprobre. Toutes choses qui dévalorisait son objectivité et remettait son impartialité en question. Il s’est mué en patron d’un parti politique qui n’existait pas, oubliant qu’il était au préalable Directeur de publication et piètre gestionnaire d’un groupe de presse. Paix à son âme tout de même.

      • Colas BREUGNON
        Colas BREUGNON répond à Pierre Loth
        Ébéniste bourguignon
        • Posté à 18h40 le 17/07/2010
        • Internaute 84507
          Ébéniste bourguignon

        Je vous trouve bien mal Lothi chère pierre, vous êtes un peu dure !
        Vous ne vous posez jamais de questions ?

        S’il vous est difficile de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie, souvenez-vous au moins de ce que chantait Brassens :
        « les morts sont tous de braves types ».

        A moins que votre intervention ne s’assimile à une « obligation professionnelle ».
        Où exercez vous votre activité (très) « libérale » ? ... au Cameroun ?

        On vous croirait sur la Volksbühne dans l’Opéra de Quat’sous :
        « Erst kommt das Fressen, dann kommt die Moral... »

  • Colas BREUGNON
    Colas BREUGNON
    Ébéniste bourguignon
    • Posté à 18h05 le 17/07/2010
    • Internaute 84507
      Ébéniste bourguignon

    Existerait-il un lien entre l’accident de voiture de son épouse et la disparition de Pius NJAWE ?
    Ce ne serait que deux noms de plus sur une liste déjà longue ... « Mpodol », Moumié, Ouandié, et peut-être Ernestine ... sans parler des corps disparus des victimes du Commandement Opérationnel en février 2002 à Douala, Bépanda et ailleurs !

    Existerait-il un lien avec l’éventuel voyage de Popol outre Atlantique ? ?
    Si les largesses des neo-colonisateurs européens et chinois ne suffisent plus à la K7 présidentielle, à quel prix peut-on envisager une ouverture supplémentaire aux capitaux de Wall Street ? ? ?

    En échange de quoi Popol gagnera-t-il un espace d’impunité supplémentaire ? ? ? ?
    Obama partage-t-il l’opinion du président des Français selon qui « les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie » ?

    Moi, qui suis nègre et bourguignon, je m’interroge : « ont-ils jamais été prêts pour la dictature ? »

    (Réflexions d’un ami de Christopher et d’Eugène et Baudet)