« Carlos » sur grand écran : après la série télé, le film
Au Festival de Cannes, puis sur Canal+, la série a fait une quasi-unanimité. Elle raconte la genèse et la vie d’Illich Ramírez Sánchez, dit « Carlos », le terroriste le plus célèbre de l’Histoire. Plus court que la série en trois parties, le film présenté en salle est salué par la critique et son rythme s’annonce tout aussi musclé.
L’histoire de Carlos est un grand slalom entre les bombes et les balles perdues, attaques au lance-roquettes à l’aéroport d’Orly, séquestration des ministres du cartel pétrolier de l’Opep à Vienne -l’acte terroriste le plus spectaculaire de son parcours sanglant- et bien d’autres attentats à cheval sur plusieurs pays. Un parcours, aussi, entre engagement révolutionnaire et dérive mercenaire au profit du plus offrant.
Au final, Olivier Assayas (« Clean », « L’Heure d’été ») devrait avoir du mal à rater sa sortie : comme dans l’adaptation des « aventures » de Jacques Mesrine par Jean-François Richet, l’histoire vraie est suffisamment hors-norme pour ébahir le spectateur. Le traitement, en revanche, pourrait prêter à débat : doit-on présenter l’homme comme un aventurier rebelle, un illuminé romantique ou un meurtrier sanguinaire ?
Le film est sorti ce mercredi en salles, dans une version raccourcie de la série. Il a été fortement critiqué par Carlos lui-même, actuellement en prison.
Est-il meilleur en version longue ? Est-il à la hauteur du personnage ? Le contraire ? A vous de juger. (Voir la bande-annonce)
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Olivier Assayas, en faisant de l’ennemi public des années 1970-90 un grassouillet play-boy aux idéaux flous, obsédé par l’image romantique à la Che qu’il s’applique à forger, a peut-être levé un pan du mystère Carlos. De Poissy où il purge perpète, ce dernier piqué au vif se déclarerait caricaturé au motif que son homonyme Ramirez, qui l’incarne, fume de vulgaires clopes au lieu de ses « légendaires » gros cigares, et manie les armes comme un débutant.
Le détail est d’importance pour ce portrait peut-être approximatif, mais crédible et déroutant, d’un ambitieux atypique dont on ne saura peut-être jamais l’exacte part de sincérité politique, de besoin d’aventure, de mégalomanie, d’immaturité, de fascination pour les armes, la mort, le sexe, la séduction que donne le pouvoir...
La mode en 1973 est à la révolution en pantoufles et parlotes, dans les capitales européennes, entre « petits bourgeois » contemplatifs. Trop peu pour le Vénézuelien de 24 ans, déjà rompu aux voyages et à la guerrilla, et qui ambitionne de commander le réseau pro-palestinien disséminé dans les capitales d’Europe. Non qu’il se prive lui-même d’emphase et de slogans fiévreux ; mais c’est sur le terrain qu’on se détache du lot, qu’on gagne ses galons, et qu’on en impose aux mauviettes étudiantes autant qu’au FPLP.
Froid dans l’action mais pas cruel, ni sadique, fréquentable, Carlos manœuvre en diplomate. Des nombreux attentats qui l’ont rendu célèbre, se détache la prise d’otages de ministres de l’OPEP en 1975, commanditée par Sadam Hussein (ou par Khadafi). On a beau en connaître l’issue, l’opération, longuement traitée dans cette « version courte » (2 h 45), ravivée par des archives d’actualités, coupe le souffle. S’y révèle un aspect crapuleux du « combattant », qui le fait virer du FPLP par Wadie Haddad, rejeter par ses camarades idéalistes, et ajoute à l’ambiguïté du personnage
Le franc tireur n’est plus un soldat aux ordres, c’est « une star », qui se rêve chef de l’anti-impérialisme international et dont la vie se passe entre clubs de luxe, terrains d’entraînement, liaisons amoureuses, globe-trotting... De quoi faire rêver (bien que ne soit pas le but du docu-thriller) les jeunes oisifs des cités, auxquels on peut rappeler qu’après des années de traque, lâché par tous à la chute du Mur de Berlin, Carlos-Illich n’a connu depuis que la prison. Un dernier épisode dont les seuls évènements sont un mariage avec son avocate (pas Vergès, l’autre), un soutien à Dieudonné, une conversion à l’islam... et, depuis aujourd’hui, l’excellent film d’Assayas, pour bercer ses souvenirs.
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