07/07/2010 à 20h18

« Carlos » sur grand écran : après la série télé, le film

Corentin Chrétien | Étudiant

Au Festival de Cannes, puis sur Canal+, la série a fait une quasi-unanimité. Elle raconte la genèse et la vie d’Illich Ramírez Sánchez, dit « Carlos », le terroriste le plus célèbre de l’Histoire. Plus court que la série en trois parties, le film présenté en salle est salué par la critique et son rythme s’annonce tout aussi musclé.

L’histoire de Carlos est un grand slalom entre les bombes et les balles perdues, attaques au lance-roquettes à l’aéroport d’Orly, séquestration des ministres du cartel pétrolier de l’Opep à Vienne -l’acte terroriste le plus spectaculaire de son parcours sanglant- et bien d’autres attentats à cheval sur plusieurs pays. Un parcours, aussi, entre engagement révolutionnaire et dérive mercenaire au profit du plus offrant.

Au final, Olivier Assayas (« Clean », « L’Heure d’été ») devrait avoir du mal à rater sa sortie : comme dans l’adaptation des « aventures » de Jacques Mesrine par Jean-François Richet, l’histoire vraie est suffisamment hors-norme pour ébahir le spectateur. Le traitement, en revanche, pourrait prêter à débat : doit-on présenter l’homme comme un aventurier rebelle, un illuminé romantique ou un meurtrier sanguinaire ?

Le film est sorti ce mercredi en salles, dans une version raccourcie de la série. Il a été fortement critiqué par Carlos lui-même, actuellement en prison.

Est-il meilleur en version longue ? Est-il à la hauteur du personnage ? Le contraire ? A vous de juger. (Voir la bande-annonce)

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  • JDep
    • Posté à 20h28 le 07/07/2010
    • Internaute 40602

    Olivier Assayas, en faisant de l’ennemi public des années 1970-90 un grassouillet play-boy aux idéaux flous, obsédé par l’image romantique à la Che qu’il s’applique à forger, a peut-être levé un pan du mystère Carlos. De Poissy où il purge perpète, ce dernier piqué au vif se déclarerait caricaturé au motif que son homonyme Ramirez, qui l’incarne, fume de vulgaires clopes au lieu de ses « légendaires » gros cigares, et manie les armes comme un débutant.

    Le détail est d’importance pour ce portrait peut-être approximatif, mais crédible et déroutant, d’un ambitieux atypique dont on ne saura peut-être jamais l’exacte part de sincérité politique, de besoin d’aventure, de mégalomanie, d’immaturité, de fascination pour les armes, la mort, le sexe, la séduction que donne le pouvoir...

    La mode en 1973 est à la révolution en pantoufles et parlotes, dans les capitales européennes, entre « petits bourgeois » contemplatifs. Trop peu pour le Vénézuelien de 24 ans, déjà rompu aux voyages et à la guerrilla, et qui ambitionne de commander le réseau pro-palestinien disséminé dans les capitales d’Europe. Non qu’il se prive lui-même d’emphase et de slogans fiévreux ; mais c’est sur le terrain qu’on se détache du lot, qu’on gagne ses galons, et qu’on en impose aux mauviettes étudiantes autant qu’au FPLP.

    Froid dans l’action mais pas cruel, ni sadique, fréquentable, Carlos manœuvre en diplomate. Des nombreux attentats qui l’ont rendu célèbre, se détache la prise d’otages de ministres de l’OPEP en 1975, commanditée par Sadam Hussein (ou par Khadafi). On a beau en connaître l’issue, l’opération, longuement traitée dans cette « version courte » (2 h 45), ravivée par des archives d’actualités, coupe le souffle. S’y révèle un aspect crapuleux du « combattant », qui le fait virer du FPLP par Wadie Haddad, rejeter par ses camarades idéalistes, et ajoute à l’ambiguïté du personnage

    Le franc tireur n’est plus un soldat aux ordres, c’est « une star », qui se rêve chef de l’anti-impérialisme international et dont la vie se passe entre clubs de luxe, terrains d’entraînement, liaisons amoureuses, globe-trotting... De quoi faire rêver (bien que ne soit pas le but du docu-thriller) les jeunes oisifs des cités, auxquels on peut rappeler qu’après des années de traque, lâché par tous à la chute du Mur de Berlin, Carlos-Illich n’a connu depuis que la prison. Un dernier épisode dont les seuls évènements sont un mariage avec son avocate (pas Vergès, l’autre), un soutien à Dieudonné, une conversion à l’islam... et, depuis aujourd’hui, l’excellent film d’Assayas, pour bercer ses souvenirs.
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  • burkistana
    burkistana
    Etudiant (médecine)
    • Posté à 21h28 le 07/07/2010
    • Internaute 116379
      Etudiant (médecine)

    « doit-on présenter l’homme comme un aventurier rebelle, un illuminé romantique ou un meurtrier sanguinaire ? »

    Apparemment faire des films sur ce genre de personnages rapporte plus qu’en faire sur les prix Nobel de la paix...

    C’est bien triste pour les familles des victimes

    • Numerosix
      Numerosix répond à burkistana
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 08h30 le 09/07/2010
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Vous ne pensez tout le temps qu’a toutes les familles de toutes les victimes du monde entier passées présentes et futures ?
      C’est bien triste pour vous..

      8h22 : un père de famille vient de se fracasser le crane sur un trottoir à Ouagadougou , victime d’une glissade sur peau de banane ..

  • MisterKaplan
    • Posté à 21h32 le 07/07/2010
    • Internaute 8048

    Très mauvais (télé)film... ! Je parle de la version longue...

    • HandsomeBob
      HandsomeBob répond à MisterKaplan
      Pas là, non, un peu plus par là (...)
      • Posté à 11h26 le 08/07/2010
      • Internaute 40160
        Pas là, non, un peu plus par là (...)

      Belle critique, bien argumentée : chapeau !

  • dorrabis-
    dorrabis-
    pour la justice
    • Posté à 23h04 le 07/07/2010
    • Internaute 66440
      pour la justice

    Le comble dans ce monde des vainqueurs et de 2 poids 2 mesures c’est qu’on continue de définir Carlos ,le militant ,le guerrier et le résistant comme terroriste ,cependant des noms comme Barak,Peres,Livni,Olmert,Bush,cheney,Blair,Rumsfeld,Petraeus et tous ceux qui ont provoqué à travers leurs armées et les ADM(phosphore blanc,uranium,bombes à fragmentation,mini bombes nucléaires,mines anti hommes etc....) dont ils disposent des centaines de milliers de morts et de blessés ces dérnières années on continue à les considérer comme des hommes d’état respectables et que personne,aucune cour,aucune organisation ose dénoncer pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
    Entre ces 2 types de terrorisme ,je préfère le premier simplement parce qu’il fait beaucoup moins de morts parmi les innocents.Carlos aurait tué 5 à 20 personnes au maximum ces 50 dérnières années ,Bush à lui tout seul , par contre ,a tué des centaines de milliers.Personne pourrait jamais me convaincre que Carlos est terroriste avec ses 10 ou 20 victimes et Bush est un grand homme d’état vu le nombre de morts qu’ont entrainé respectivement.
    à moins que entre les innocents morts blancs européens et Israéliens provoqués par Carlos et les innocents morts libanais,palestiniens,afghans provoqués par les dirigeants sionistes et américains la valeur dans la bourse macabre des premiers est supérieure à celle des seconds.Et on dirait que les tribunaux et les cours internationaux (TPI.la Haye et autres)ne poursuivent que les noirs,les arabes,les latinos et les slaves.

  • pancho
    • Posté à 23h20 le 07/07/2010
    • Internaute 30595

    Pas désagréable, la série, mais je n’ai pas du tout adhéré à l’irruption de la musique « new wave » sur des images du Paris ou Beyrouth 1973. Dans mon souvenir, entre autres, on y entend plusieurs chansons de Wire : ce groupe (excellent à mes oreilles depuis toujours) était dans les limbes au moment des « exploits » de Carlos (circa 1972-75). Il n’a jamais évoqué dans ses chansons le sujet du terrorisme ou de l’action directe léninisto-palestino-RAF (sauf erreur de ma part) et n’a, surtout, jamais constitué le fond sonore d’une époque quelconque. Il est resté un groupe underground, même si le terme peut sembler anachronique. Sans doute Olivier s’est-il pris pour Michka. Nous sommes un certain nombre, dans cette génération, qui ne nous remettrons jamais de ne pas avoir été à la place de Philippe, Paringaux ou Garmier (celui qui a dit Manœuvre part au coin, avec le bonnet d’âne) et qui tentons de temps en temps de les émuler (avec des anglicismes, entre autres). Je pense que Quilapayun, François Béranger, Brigitte Fontaine ou Léo Ferré correspondaient mieux à ce qui s’écoutait dans les milieux d’extrême-gauche latino-babas que j’ai pu approcher à l’époque. Moins glamour, tu meurs.
    Quant aux scènes de cul, elles sont d’un intérêt plus que douteux. Qu’est-ce qu’on veut nous montrer ? Que Carlos est un gros bœuf (ou plutôt : taureau) macho ? La belle affaire.
    Par contre, chapeau bas aux acteurs, tous très crédibles.
    Pas désagréable, donc, mais loin, très loin, du chef-d’œuvre annoncé par les Inrocks (légèrement partiaux, parfois).

    • Georges P.-
      Georges P.- répond à pancho
      OK
      • Posté à 00h37 le 08/07/2010
      • Internaute 113089
        OK

      « Pas désagréable, donc, mais loin, très loin, du chef-d’œuvre annoncé par les Inrocks »

      Exactement. Et puis l’auteur n’a pas dû avoir trop de mal à raccourcir parce qu’on les voit sans arrêt monter en voiture, descendre de voiture, remonter en voiture, etc...

      • A déménagé le 1-6
        • Posté à 00h24 le 09/07/2010
        • Internaute 61755

        n’importe quoi ! une fois de plus georgeatrice se contente de la bande annonce pour pérorer.

        la vf est à éviter.

         
        • Georges P.-
          • Posté à 00h52 le 09/07/2010
          • Internaute 113089
            OK

          Je répète : on les voit sans arrêt tout au long des différents épisodes, monter en voiture et descendre de voiture. Rien qu’en coupant tout ça, l’auteur a déjà quasiment le format cinéma. Manifestement, tu ne l’as pas regardé.

        1 autres commentaires
  • Air One
    Air One
    Corsaire de l » espace
    • Posté à 08h46 le 08/07/2010
    • Internaute 84964
      Corsaire de l » espace

    La série était produite par Doc en Stock, la boite de Daniel Leconte à qui on doit entre autres des « documentaires » très orientés sur Arte genre « 8 journalistes en colère » et comme par hasard défendue par Malka,pote de Val et avocat de Charlie Hebdo mais surtout de Clearstream contre Denis Robert qu’ il a contribué à ruiner ; Leconte et ses amis étant membres ou proches du Cercle de l’ Oratoire, cercle de reflexion atlantiste, néo-conservateur et pro-sioniste.

    Carlos avait donc raison de se méfier et de considérer que la série a été faite à charge et que c’ est avant tout politique.

    Pas question que je donne 1€ à ces propagandistes. Je n’ ai pas de sympathie particulière à l’ égard du terroriste, mais je n’ en ai pas plus pour le camp adverse.

  • guerzit-
    guerzit-
    Incomprenant majeur
    • Posté à 10h01 le 08/07/2010
    • Internaute 28472
      Incomprenant majeur

    C’est plat, une litanie de départ, de palabres, d’inactions jamais explicités, avec un gros Carlos devenu personnage de téléfilm, des engagements fumeux et une caméra qui bande devant le gros pas beau sans l’once d’un départ de recul... On dirait Loft Story.

    Alors certes on effleure le sordide de la révolution internationale, de la vie de combattant internationaliste con, du marasme intellectuel, théorique et pratique de la gauche révolutionnaire des années 70. Mais le film n’en gagne pas en profondeur ; trop de séquences, d’ellipses souvent malvenues, de gros plan, de cigarettes fumées et de whisky bus...

    En fait l’extrême pauvreté de ce film exprime bien celle du personnage principal ; l’inanité de la vie de Carlos, des ses modes d’engagement, des ses illusions... Ça ne mène nul part.

  • 14240
    14240
    retraité
    • Posté à 11h37 le 08/07/2010
    • Internaute 95774
      retraité

    Il est question, que le Figaro, sorte une BD... ? ...dans le rôle de carlos, un certain narkozy.. ?

  • Ken-zo
    Ken-zo
    voyageur
    • Posté à 11h38 le 08/07/2010
    • Internaute 116800
      voyageur

    Scénario pauvre, (ré)écriture des dialogues minimaliste, plusieurs incohérences historiques, lecture biaisée de l’idéologie révolutionnaire des années 1970...etc.

    Un film parfaitement insignifiant, du Assayas comme d’hab !