Tribune 04/07/2010 à 13h44

Toujours pas de « stricte égalité » entre les anciens combattants


Alors que l’on s’apprête à commémorer le cinquantenaire de la décolonisation des anciennes colonies françaises, le Conseil constitutionnel, saisi par le biais de la nouvelle procédure de la question prioritaire de constitutionnalité, a, par décision du 28 mai dernier, « décristallisé » les pensions des anciens combattants résidant à l’étranger, mettant ainsi fin à une injustice flagrante entre les titulaires de pensions civiles ou militaires de retraités français ou étrangers, résidant dans le même pays.

Les membres du Conseil constitutionnel ont invoqué, à juste titre, le principe d’égalité manifestement violé par cette inégalité de traitement entre combattants ayant servi dans les mêmes conditions et cotisé de la même façon, pour décristalliser les pensions dont les écarts pouvaient alors varier de 1 à 8.

On ne peut que saluer la vigilance du Conseil dans ce dossier pour faire respecter des principes garantis par la Constitution et la Déclaration universelle des droits de l’Homme et mettre un terme à une rupture manifeste du principe d’égalité.

Est-ce à dire pour autant que cette décision met enfin un point final aux injustices subies par les anciens combattants des ex-colonies ? La situation des anciens supplétifs algériens de l’armée française est hélas là pour le démentir.

Exclure par la domiciliation ou la nationalité

La carte d’ancien combattant et la retraite qui s’y rattache sont refusées aux quelques milliers de supplétifs, en particulier harkis, restés en Algérie après l’indépendance en 1962. Ce refus se base sur l’article L 253 bis du code des pensions militaires qui découle de la loi 9 décembre 1974 (n° 74-1044). Cette dernière traduit à priori une évolution positive puisqu’elle déclare solennellement :

« La République française reconnaît, dans des conditions de stricte égalité avec les combattants des conflits antérieurs, les services rendus par les personnes qui ont participé sous son autorité aux opérations effectuées en Afrique du Nord entre le 1er janvier 1952 et le 2 juillet 1962.

Elle leur accorde vocation à la qualité de combattant et au bénéfice des dispositions du code des pensions militaires. »

La loi concerne donc en particulier l’Algérie, même si elle s’étend à l’ensemble du Maghreb. Les membres des forces supplétives auraient pu ainsi se voir décerner, de par cette législation, la carte du combattant et les droits qui s’y rattachent. C’était sans compter sur l’article L.253 bis (repris par le code des pensions militaires) qui stipule :

« Ont vocation à la qualité de combattant et à l’attribution de la carte de combattant [...] les membres des forces supplétives françaises possédant la nationalité française à la date de la présentation de leur demande ou domiciliés en France à la même date. »

L’exigence de la domiciliation en France ou de la nationalité française exclut donc implicitement les anciens supplétifs de nationalité algérienne vivant en Algérie. Alors qu’ils ont accompli les mêmes services que leurs compagnons de nationalité française, alors que leurs services sont dûment reconnus par l’autorité militaire française, l’Office national des anciens combattants (ONAC) qui traite cette question (au sein de l’Ambassade de France à Alger), oppose une fin de non-recevoir systématique à leur demande légitime.

Un article incompatible avec la Convention européenne

Cette disposition législative rompt de façon flagrante le principe d’égalité en instituant une différence de traitement injustifiée entre les anciens combattants qui ont accompli les mêmes services. La « stricte égalité » reconnue par la République se retrouve alors totalement vidée de son sens.

Le juge administratif et notamment sa plus haute autorité le Conseil d’Etat, ne s’y est pas trompé en déclarant, à maintes reprises, cette disposition incompatible avec l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’Homme :

« La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. »

Les Sages du Conseil constitutionnel ont permis indubitablement d’aller de l’avant dans le traitement juste et équitable des pensions.

Le législateur sera-t-il lui aussi assez « sage » pour supprimer ces conditions législatives d’attribution de la carte d’ancien combattant injustement restrictives et « décristalliser », enfin, la reconnaissance de la Nation à tous ses anciens combattants, dans une stricte égalité ?

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  • Renard15
    Renard15
    Militaire
    • Posté à 14h33 le 04/07/2010
    • Internaute 71790
      Militaire

    Tout-à-fait d’accord avec Pablico, mais cela, juste pour info concerne aussi le déroulement des carrières. Certains de ceux qui étaient restés en France ont eu des carrières plus rapides que des gens des FFL simplement parceque ceux qui étaient rests en France ont pu passer éxamens et concours...

    pour en revenir à la différences de traitements en pension et en droit entre les anciens combattants c’est tout simplement anormal qu’il n’y ait jamais eu égalité.

    Un étranger mort au service de la France n’est pas moins mort, la blessure n’est pas moins invalidante, le risque n’est pas inférieur !

    EGALITE DE PENSION ET DE DROITS POUR TOUS ! ! !

  • jonathan.raleigh
    • Posté à 15h26 le 04/07/2010
    • Internaute 118105
      expat

    Une question : Il me semblait qu’à l’indépendance Algérienne, ils (les algériens) avaient tué tous les harkis qui étaient restés (ainsi que les français qui croyaient pouvoir rester en Algérie). Serait-ce faux ?

    • gelub_-
      gelub_- répond à jonathan.raleigh
      justicier
      • Posté à 18h34 le 04/07/2010
      • Internaute 110901
        justicier

      Les harkis, ces tortionnaires au service de l’occupant qui ont trahi, torturé et assassiné leurs frères, ont amplement mérité leur châtiment à l’indépendance.

      Revendiquer aujourd’hui le paiement de pensions en faveur de ceux d’entre eux qui ont échappé à la justice relève de l’inconscience ou de la provocation.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 15h35 le 04/07/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    On les appelle les Chibanis (« vieillards » en arabe). Ils sont retraités, maghrébins et ils errent sur les places des vieux quartiers. Ils sont arrivés en France après la deuxième guerre mondiale pour travailler sur les chantiers de la France en manque de main d’œuvre pour le grand projet de la reconstruction du pays. Ils arrivaient par bateaux entiers, venus des campagnes d’Afrique du Nord.
    Aujourd´hui, après 40 ans de travail, ils sont prisonniers de la France. Si ils passent plus de 90 jours en dehors du territoire français, ils perdent leurs droits aux allocations retraites. Ils vivent dans des réduits de 3 mètres carrés comme des vieux loups célibataires… qu’ils ne sont pas ! Les murs moisis par l’humidité de leur tanières en ruines sont couverts de photos de leurs femmes et enfants au pays qu’ils vont voir… 90 jours par an. Le reste de l’année ils déambulent sur les places des vieux quartiers de Massilia à tuer le temps pour pointer et recevoir leurs allocations de… 400 euros.

    • vignol
      vignol répond à Autist Reading -
      retraité
      • Posté à 19h26 le 04/07/2010
      • Internaute 85027
        retraité

      encore une nouvelle decouverte des avantages du soi- disant systeme « protegé » le mieux du monde français » qui tente de pieger en effet ses retraités en les bloquant sur place

      il paraitrait egalement - information à verifier -que les retraités français non d’ origine emigrés , qui veulent passer leur retraite dans un autre pays européen de la communaute europeene , perdent quant à eux alors 10% du versement de leur retraite alors que la communauté europeenne a signé lors de sa creation une charte de libre circulation des hommes et des biens

      ah les grandes decouvertes de l’ etat français de « ce que je te donne d’ une main je te le reprends de l’ autre ! »

      • A.T.swey
        A.T.swey répond à vignol
        *
        • Posté à 20h32 le 04/07/2010
        • Internaute 112034
          *

        « information à verifier »

        Justement, vous feriez bien de vérifier avant de raconter n’importe quoi !

         
        • vignol
          vignol répond à A.T.swey
          retraité
          • Posté à 14h29 le 06/07/2010
          • Internaute 85027
            retraité

          je pense à une perte de 10% de versement de retraite
          dans le cas où le citoyen français decide de garder son adresse de lieu de domicile officiel (declaré aupres des services administratifs français ) non pas en France mais definitvement dans le pays de la communaute europeenne qu’ il a choisi

          sinon ce citoyen s’ il gardait son lieu de residence officiel en france serait obligé de revenir au moins tous les six mois en france quitte a repartir assez vite de nouveau pour garder un versement de retraite sans diminution -

          si je me trompe priere de m’ eclairer - merci

          • A.T.swey
            A.T.swey répond à vignol
            *
            • Posté à 22h31 le 06/07/2010
            • Internaute 112034
              *

            La règle est trés simple (et trés connue) : si vous êtes retraité avec votre résidence hors de France, et que votre retraite est payée dans votre pays de résidence, les organismes de retraites ne vous font aucune retenue autre que la cotisation maladie-maternité obligatoire, (ce qui vous permet de bénéficier des remboursements sécu si vous venez vous faire soigner en France) .

            Par contre, vous n’êtes plus assujetti aux retenues CSG et RDS sur votre retraite, ainsi le montant qui vous sera versé sera plus élevé que celui que vous auriez perçu en restant en France .

            Le seul inconvénient, en supposant que les impôts ne soient pas pires, c’est que vous devrez souscrire une assurance maladie/hospitalisation si vous voulez avoir des remboursements pour vos soins là où vous résidez . Pour cela Il existe une caisse spéciale pour les français de l’étranger dont le site est : Lien .

        2 autres commentaires
  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 16h05 le 04/07/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Bien sûr que l’on prend facilement fait est cause pour tous les anciens combattants.
    Toutefois, la question est plus complexe qu’il n’y parait :

    Cette pension est-elle de l’ordre d’une rente de capitalisation (auquel cas aucune distinction ne saurait être faite), ou d’une allocation de solidarité (auquel cas son calcul doit être indexée sur la pouvoir d’achat).
    Le même problème se pose pour les retraités qui vivent au Maroc par exemple, et qui volontairement ou pas déséquilibrent la balance extérieure, en privant la collectivité des prélèvements sur les charges, ou par la TVA. Ce phénomène est de moins en moins marginal.

    La question mérite d’être posée.

    Mais surtout, cette question somme toute assez marginale est l’arbre qui cache la forêt d’injustice liée à la non rétroactivité des pensions pour les anciens combattants ou leurs ayant-droit.
    Et là, la facture est loin d’être la même...

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 16h12 le 04/07/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Lien

    Mais non, il n’y a pas de xénophobie institutionnelle en France...