Les 30 millions de Bettencourt ou la faillite du bouclier fiscal
A son corps défendant, Liliane Bettencourt est en train de devenir le révélateur de bien des maux actuels, au gré du déluge de révélations qui la concernent, elle et sa fabuleuse fortune. Ainsi, les 30 millions d’euros qu’elle a reçus en 2008 au titre du « bouclier fiscal » font réagir, non pas que ce paiement du Trésor public ne soit pas légal, mais pour ce qu’il révèle de l’arnaque de ce même bouclier.
Face à l’ampleur de ce remboursement de l’Etat révélé par Mediapart, et qui a été effectué au titre du bouclier fiscal instauré par la majorité UMP dès l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, Dominique Paillé, le très dévoué porte-parole du parti majoritaire, est monté au créneau avec un argument dont il ne mesurait sans doute pas l’ironie absurde.
Il a réaffirmé sur France culture vendredi matin que le bouclier fiscal avait été instauré pour que les gros contribuables, ceux qui se voient rembourser les montants dès qu’ils dépassent les 50% de prélèvements, restent en France et ne partent pas à l’étranger.
« Evidemment, ce chiffre est important, mais je vous demande simplement de réfléchir. Il est probable, il est possible en tous cas, que si cette disposition n’avait pas été mise en œuvre, Mme Bettencourt aurait pu quitter le territoire national.
Mme Bettencourt, première fortune de France et probablement première fortune d’Europe, reste sur le territoire national et c’est tant mieux, car elle y fait des investissements et des dépenses. » (Ecoutez le son).
Le problème pour l’argumentation de Dominique Paillé, c’est que Mme Bettencourt -par ailleurs gros soutien financier de l’UMP- a empoché l’argent du Trésor public en 2008, et a continué à pratiquer ce qui ressemble fort à de l’évasion fiscale à haute dose en Suisse, à Singapour ou aux Seychelles, comme l’ont montré les enregistrements du maître d’hôtel, ainsi que la décision en forme d’aveu de l’héritière de L’Oréal de rapatrier en France ses comptes illicites à l’étranger, en particulier en Suisse.
C’est donc toute la logique du bouclier de Nicolas Sarkozy qui s’effondre avec le comportement de l’une des plus grandes fortunes de France, qui profite sur les deux tableaux, aux dépens du Trésor public et donc de tous les citoyens/contribuables. Et elle n’est pas seule.
Le rétropédalage de Pierre Lellouche sur le bouclier fiscal
En mai, un membre du gouvernement, Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, avait lâché sur un plateau de télévision un propos édifiant, se prononçant pour l’abandon du bouclier fiscal avec cet argument choc :
« Sur les 600 millions que ça nous coûte et qui sont versés aux plus hauts revenus, jusqu’à preuve du contraire, je ne vois pas que ceux qui sont partis en Belgique ou ailleurs sont revenus. » (Ecoutez le son)
Quelques heures après cette sortie en forme d’aveu dans l’émission d’Yves Calvi C dans l’air, et sans doute après quelques remontrances de Matignon ou de l’Elysée, Pierre Lellouche appelait les journalistes pour rectifier son propos qui avait été « mal compris ».
Mais l’affaire Bettencourt remet sur le tapis ce bouclier fiscal qui ne passe décidément pas, et qui restera le symbole d’une injustice que la crise et les mesures d’austérité drastiques qui s’annoncent rendent carrément insupportable.
- Sur Rue89Exclusif : le bouclier fiscal expliqué à Liliane Bettencourt
- Sur Rue89Bouclier fiscal : le rétropédalage nocturne de Pierre Lellouche
- Sur mediapart.frLe ministre du Budget rembourse 30 millions à Liliane Bettencourt, sur Mediapart (payant)
- Sur www.tdg.chQue vaut encore la parole de la France?, sur la Tribune de Genève
- Sur rue89.comTous les articles sur l'affaire Woerth
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C’est curieux, les hasards de calendriers : faisant l’objet d’un contrôle fiscal en ce moment, je m’amuse bien de voir le déballage Bettancourt. Comme ça, je peux comparer les méthodes.
Par exemple mon contrôleur (courtois mais sourcilleux) me demande de justifier des chèques émis en 2007 pour des sommes exorbitantes (jusqu’à 125 €, rendez-vous compte). Et je recherche (plusieurs jours, je suis bordélique), je trouve (tremblant et en sueur), et je justifie (maladroitement, le fiscal je n’y entrave rien).
Liliane Bettencourt n’a pas fait l’objet d’un contrôle depuis plus de 15 ans, elle. Sa batterie d’avocats fiscalistes est là, prête à répondre, stylos et calculettes en main, mais rien ne vient.
Madame Bettencourt dîne avec le ministre du budget, elle embauche sa femme pour faire voyager son argent. Moi, j’ai dîné dernièrement avec Fred mon beau-frère (charmant) et mon argent est à la banque d’à côté, avec ses agios et ses intérêts de retard, tout bien rangés sur un compte en rouge.
En plus, je suis vraiment con : j’accepte le principe d’être contrôlé, j’accepte le redressement (bien fait pour ma gueule, je suis tellement bordélique), et je paie avec les 10% de majoration et avec le sourire (crispé quand même). Car je me dis que l’enseignement gratuit, la santé gratuite, j’en ai profité et mes enfants aussi. Et qu’à mon tour, puisque j’ai un boulot, c’est normal que je casque.




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