Annapolis : le Proche Orient réuni pour une belle séance photo
Comment aller au-delà de la « photo-op », la « séance photo » dans le langage de la com’ aux Etats-Unis ? La photo, il est vrai, sera belle, avec, pour la première fois depuis sept ans, la présence des dirigeants israéliens, palestiniens, du monde arabe, ainsi que les Américains, Européens, Chinois et Russes, et l’ONU, réunis au chevet du Proche Orient. Tout le monde est là... enfin presque : les Etats-Unis n’ont pas invité les islamistes du Hamas, ni, bien sûr l’Iran, dont on peut se demander s’il ne constitue pas l’enjeu caché de ce sommet.
Qu’il semble loin le temps des séances photo qui semblaient engager la région dans une autre voie. Septembre 1993 : Rabin-Pérès-Arafat-Clinton, sur la pelouse ensoleillée de la Maison Blanche, pour conclure les accords de paix d’Oslo, prévoyant l’autonomie palestinienne et la reconnaissance mutuelle. Un accord plein d’« ambiguïtés constructives » sur la suite des événements, dont les initiateurs espéraient que la confiance serait au rendez-vous pour les lever. Ce fut une illusion : le processus n’a pas résisté aux coups de butoir de ses nombreux détracteurs, de tous côtés.
Quatorze ans et beaucoup de sang et de larmes après, que peut-on attendre du rendez-vous de mardi à Annapolis ? Difficile d’être très optimiste, en fait, pour toute une série de raisons : -les invités : côté Israélien et Palestinien, deux leaders qui ne pèsent pas très lourd, et ont peu de chances de pouvoir faire accepter chez eux des décisions audacieuses. Ehud Olmert, le premier ministre israélien, affaibli par « sa » guerre du Liban l’an dernier, et par des scandales personnels, n’a pas la légitimité nécessaire pour un tel enjeu. Et Mahmoud Abbas, le président palestinien, a déjà perdu la bande de Gaza au profit du Hamas, et n’a ni l’autorité sur son propre camp, ni la légitimité, d’un Arafat lors des accords d’Oslo.
-l’absence de crédibilité américaine : Depuis son arrivée à la Maison Blanche en 2001, George Bush a voulu se démarquer de l’engagement de son prédecesseur Bill Clinton dans le processus de paix au Proche Orient. Le 11 septembre aidant, il s’est lancé dans la « guerre contre le terrorisme », s’embourbant en Irak et perdant toute capacité d’initiative. A un an de l’élection de son (ou sa) successeur, confronté à des défis comme le nucléaire iranien ou la crise pakistanaise, il tente un come back via le Proche Orient, par où il aurait sans doute dû commencer. Il compte sur la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice pour lui livrer au moins un succès diplomatique avant son départ...
-la situation sur le terrain : Avec le Hamas en contrôle de la bande de Gaza, un volcan social et politique en attente d’éruption, et une Cisjordanie minée par la colonisation et les divisions palestiniennes, le climat n’est guère à l’apaisement. Les Israéliens vivent dans l’illusion de l’acalmie, derrière le mur de séparation qu’ils ont bâti entre les deux entités, mais dont chacun sait qu’elle peut être rompue à tout moment. Y a-t-il aujourd’hui la base d’un accord permettant la naissance d’un Etat palestinien viable et prospère au côté d’un Etat hébreu en sécurité ? Il faut être très optimiste pour répondre positivement, en prenant en compte le sort des 267000 colons israéliens de Cisjordanie qu’aucun gouvernement n’a la force ni la volonté de déloger, le morcellement du territoire palestinien, la question non résolue de Jérusalem-Est, le sort des réfugiés...
-les ambiguités régionales : Tout le monde arabe est présent, mais dans quel état d’esprit ? La Syrie a été attirée par le fait que le Golan occupé depuis 1967 sera aussi sur la table, et en profite pour se réinsérer dans le processus sans pour autant se montrer plus coopérative au Liban, ni rompre avec Téhéran. L’Arabie saoudite, qui vient de rafler un énorme contrat d’armement américain, est plus intéressée par le sort de l’Irak et le front antiiranien que par l’avenir de la Palestine... Et l’Iran fait planer son ombre sur le sommet, ne serait-ce que parce que chacun sait que la crise risque de connaître son apogée avant le départ de Georges Bush. Sans compter les peuples de la région, sans illusions sur les hommes qui les représentent à Annapolis...
Bref, il faut plus que de l’habileté diplomatique pour faire sortir de ce maelstrom une perspective de paix, et en particulier un Etat palestinien. Selon les sondages d’opinion, Israéliens et Palestiniens eux-mêmes n’y croient pas dans leur majorité. Mais, parfois, une « photo op » réussie peut changer le cours des événements : il suffit de croire aux miracles.
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La preuve de vie de Roméo Langlois, bientôt libéré par les Farc ? 








Pour vivre en Israel je confirme que les colons, même quand ils ne bénéficient pas de sympathie, ne sont pas pour autant ostracisés comme ils pouvaient l’être au moment du désengagement de Gaza.
J’ajouterais en effet à ce très bon article qu’ici l’unanimité autour de l’échec de ce désengagement a succedé à l’unanimité autour de sa necessité qui prévalait en 2005.
De gauche comme de droite, tous les analystes s’accordent pour dire que ce désengagement a permis au Hamas de venir au pouvoir, et a limité l’efficacité face aux tirs de missiles (plus de 1400 encore cette année sur Israel).
La crainte principale ds l’opinion, et bien qu’une nette majorité sache que le retrait des colonies est inéluctable, est donc d’aboutir à la même situation en Cisjordanie voire à Jérusalem. En particulier, les analystes militaires soulignent que la seule chose qui empeche le Hamas de prendre aussi le pouvoir en Cisjordanie, c’est Tsahal. Le Fatah ne bénéficie pas en effet des ressources du Hamas, on l’a vu ds sa faible résistance lors du coup d’état, la plupart se rendant sans combattre. Et donc, quid si Tsahal se retire ?
Pour l’opinion israélienne (et encore, quelle que soit sa pensée à long terme des frontières), les retraits du Liban et de Gaza n’ont pas amené la paix mais ont favorisé l’émergence du Hamas et du Hezb. Que se passera t il si demain les roquettes ne sont plus balancées sur la région peu peuplée de sderot, mais sur Jerusalem ouest ?
Bref, à l’heure actuelle je suis aussi pessimiste que vous car si la morale va dans le sens de ce retrait, l’opinion publique semble penser que cela risquerait juste d’amener encore plus de chaos. D’ailleurs les partis nationalistes l’ont bien compris, et usent plus de l’argument sécuritaire (qui est fondé je pense) que de l’argument mystique sur « le Grand Israel »




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