23/06/2010 à 19h37

La presse a-t-elle un sexe ?

Camille | Mauvais genre


Des naturistes devant un rayon de magazines, dans le sud de la France, le 5 août 2009 (Régis Duvignau/Reuters).

Les magazines genrés nouvelle vague (Grazia, FHM, Envy, Men’s Health...), ou du canal historique (Marie Claire, Newlook), m’ont toujours posé problème. Depuis le début de ce blog, j’ai envie de lancer un débat sur ces magazines, sans jamais savoir par quel bout le prendre. Jusqu’à découvrir le site Web d’info généraliste Les Nouvelles News, dont le parti-pris est de parler à part égale des hommes et des femmes. Entretien avec sa fondatrice, Isabelle Germain.

Que pensez-vous des magazines genrés ?

Ils reproduisent et amplifient les stéréotypes de genre. Les nouveaux masculins, par certains côtés, sortent les hommes de la caverne en leur apprenant à prendre soin d’eux, mais ils ont de très faibles audiences. Dans la caverne, les hommes lisent plus volontiers L’Equipe ou « auto-moto-bidule » qui leur tient lieu de magazine genré.

Les féminins, eux, ont de très larges audiences [quand je lis que Biba émarge à 300 000 vendus, j’ai peur, ndlr] et livrent un prêt-à-penser/prêt-à-adhérer-aux-clichés.

Aux femmes, la mode, la beauté, la cuisine, les enfants ; aux hommes, le sport et les loisirs.

La presse féminine propose aux femmes un modèle de canon, superwomen, mère parfaite, cuisinière hors pair, décoratrice d’intérieur et ménagère, amante merveilleuse, sexy en diable... auquel elles ne peuvent ressembler. Donc, elles culpabilisent, perdent confiance en elles. Ronger l’estime de soi est le plus sûr moyen de soumettre un individu.

Faut-il brûler tous les magazines féminins ? Non, parce qu’en même temps, ils ont un côté léger, sympa, ils font rêver Cro-Magnonne au fond de sa caverne, bien peu encline à se morfondre sur sa condition de femme. Et après tout, elle est peut-être plus heureuse ainsi que les intellos tourmentées...

A noter, une différence de taille entre les féminins et les masculins. Pour elle, LA question centrale est : comment être la plus belle pour aller danser, lui plaire, l’exciter, le séduire, ne pas me le faire piquer par une rivale... Il y a même des magazines pour adolescentes qui expliquent comment réussir une fellation, au cas où elles n’auraient pas bien compris que leur raison d’être est de donner du plaisir à l’homme.

Pour lui, il y a un peu de ça aussi, ces magazines se demandent parfois comment la faire jouir. Mais le gros des pages sexe ressemble à la foire aux bestiaux avec force dossiers illustrés sur la femme la plus sexy, les plus beaux seins, les plus belles croupes...

Dans la presse féminine, elle apprend à lui plaire, se fait toute belle avec un bolduc autour de la tête ; dans la presse masculine, il choisit son cadeau.

D’où est venu ce constat que si la presse féminine rencontre un grand succès, c’est parce que les femmes ne peuvent pas s’identifier à la presse « standard » où le masculin est hyperreprésenté ?

Dans la presse d’information générale, la sérieuse, celle qui donne au citoyen les moyens de sa citoyenneté, les femmes sont sous-représentées et stéréotypées.

Sous-représentées : elles ne comptent que pour 18 % des personnes citées, les pages sport et économie aggravant ce phénomène.

Stéréotypées : femme de, fille ou mère du monsieur dont on parle, victime ou anonyme -une passante, une vieille dame, tandis que monsieur a souvent un nom, un prénom, un titre ronflant.

Du coup, elles ne se sentent pas vraiment concernées, et boudent ces journaux. L’info générale, c’est un truc de mec. La plupart de ces journaux ont une audience masculine à plus de 60%... Y compris les nouveaux pure players.

Votre constat, c’est que les hommes détiennent aujourd’hui le pouvoir politique et financier et laissent aux femmes le pouvoir domestique. L’information doit-elle représenter l’actualité de cette répartition ou précéder son évolution ?

Elle doit au moins refléter l’évolution. Aujourd’hui, l’information renvoie de la société une image bien plus sexiste qu’elle ne l’est en réalité. Et, comme disent les sociologues, chacun d’entre nous se conforme à ce qu’il voit dans les médias et en s’y conformant, le confirme.

En regardant dans le détail les chiffres des enquêtes sur l’image des femmes dans les médias, on voit par exemple que lorsqu’on interroge des retraités sur des sujets d’intérêt général, ce sont très majoritairement des hommes qui s’expriment alors que dans la vraie vie, il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes retraités.

Idem pour la population cadre. A peu près 45% des cadres sont des femmes, mais dans les médias on ne voit que 8% de femmes parmi les cadres.

A la radio, sur 25 minutes de parole données à des « experts », 24 sont offertes à des hommes. L’info généraliste reste donc loin d’illustrer la réalité d’aujourd’hui.

Dans Les Nouvelles News, je ne sais pas si on précède une évolution, mais on présente une info garantie sans stéréotype sexiste. En ce sens, c’est de l’info engagée.

Mes commentateurs disent parfois que je nie les différences entre hommes et femmes quand je remets en cause les stéréotypes de genre. Vous interdisez-vous de traiter des sujets trop « genrés » pour ne pas faire de démontage de clichés ?

Il nous arrive de dénoncer des clichés à travers nos articles, mais ce n’est pas le cœur de notre propos. La parité, l’égalité hommes/femmes, nous ne voulons pas nous contenter d’en parler, nous voulons la mettre en pratique à travers le traitement de l’info que nous proposons.

Notre magazine d’info est en lui-même une remise en question des stéréotypes sexistes. Il ne théorise pas dessus, il met en pratique.

Exemple : quand nous faisons un sujet sur la parentalité, nous mettons en photo un homme avec ses enfants. Le concept est long à expliquer, à installer, mais je suis patiente.

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  • Asperger
    Asperger répond à Camille
    moine
    • Posté à 00h32 le 27/06/2010
    • Internaute 118371
      moine

    Votre prénom me faisait penser à un prénom de femme, mais il est vrai que c’est aussi un nom de garçon en France (désolée, je ne suis pas française, j’en apprends tous les jours, notamment avec la langue !).

    En fait, niveau magazines féminins, c’est assez complexe...
    Il y a un certain genre qui fait gerber, comme « Elle » ou « Marie Claire », avec des articles comme (et je l’ai vu) « comment tromper son mari pour sauver son couple ». Ou alors d’infinies recettes idiotes pour perdre du poids. Quand ce n’est pas ça, ce sont des pages modes avec le moindre accessoire qui coûte un bras. Là oui, en tant que femme, ça me dégoûte et je comprends pas que ça puisse se vendre et surtout, que ça puisse s’apprécier.

    Ensuite, il y en a d’autres bien plus léger, qui font office de « petite pause ». Rien de bien méchant.

    Mais voilà, à chaque fois, on tombe dans la caricature et c’est carrément dommage. Juger les gens sur ce qu’ils lisent, juger les gens sur ce qu’ils regardent. Il y a des nuances dans tout. J’adore Pasolini mais j’avoue (avec un peu de honte, certes) avoir ri devant Madame Doubtfire (pas le même genre). En gros, il faut de tout pour faire un monde.

    La preuve, Christophe Maé cartonne... : (

    Bonne fin de week-end aussi ! Et désolée pour les fautes, je maîtrise pas trop le français encore : ( : ( : (

    • Tyrian
      Tyrian répond à Asperger
      Informaticien
      • Posté à 12h47 le 27/06/2010
      • Internaute 61861
        Informaticien

      Vous n’avez pas à avoir honte de votre français, vraiment pas. Il n’y a pas besoins de demander d’excuse sur ce sujet ;).

  • Antoinette Lorenzi
    Antoinette Lorenzi
    journaliste
    • Posté à 11h16 le 25/06/2010
    • Journaliste 97501
      journaliste

    Difficile d’imaginer, de toutes façons, que la presse soit la seule production humaine qui n’ait pas de sexe. Et parfois je me dis que savoir si la différence est de nature ou de culture importe moins que de savoir qu’en faire : s’en défaire, s’en moquer, en profiter ?
    On ne peut pas non plus se contenter de dauber sur la presse « gendrée » côté femmes. D’abord, parce qu’il est arrivé aux féminins (surtout le cahier femmes de Marie-Claire, fin 70’ début 80 ou même Elle -avec, notamment, sa spectaculaire couv’ sur la Burka il n’y a pas si longtemps) d’accompagner le mouvement de libération des femmes. Elle -quelle concordance- naît d’ailleurs après-guerre de façon concomitante à l’accès des femmes au droit de vote. D’ailleurs, ça continue. Voir « Causette », le b-mensuel « plus féminin du cerveau que du capiton » (Lien).

  • Clem
    Clem
    Bobo sous nicotine.
    • Posté à 12h40 le 26/06/2010
    • Internaute 3295
      Bobo sous nicotine.

    « Il parait que j’ai mauvais genre ! C’est pour cela que je ne vous dirai pas de quel genre je suis. »
    j’ai souvent lu cette phrase, en haut à gauche de tes articles, Camille
    je ne prétends pas avoir lu tous ces articles, mais un bon nombre quand même, tous d’un genre neutre, aux adjectifs suffisamment travaillés pour ne rien dévoiler de son auteur

    et là je trouve ça : « mais je suis patiente »

    Camille, patientE, s’est dévoilée ?

    • Camille
      Camille répond à Clem
      Auteur(e) de l'article Mauvais genre
      • Posté à 00h20 le 27/06/2010
      • Internaute 48427
        Mauvais genre

      Non, c’est Isabelle Germain (la responsable des « nouvelles news ») qui répondait à mes questions qui est patiente : -)

      Mais merci de votre remarque
      bonne fin de week end

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