Algocarburants : un jour, les algues feront rouler nos voitures
Le pétrole, ce sera fini dans quelques décennies ; les agrocarburants, qui pourraient le remplacer, sont scandaleux car ils font concurrence à l’agriculture nourricière... Que restera-t-il ? Les algues ?
Les chercheurs s’y intéressent de près tant leurs avantages sont nombreux :
- elles ne concurrencent pas l’agriculture pour ce qui est de l’utilisation de l’eau et des surfaces arables ;
- leur exploitation n’est pas polluante ;
- les algocarburants rejettent au total 10 à 15% de CO2 en moins par rapport aux carburants fossiles...
Seul problème, le coût de production, environ 10 euros par litre.
L’algocarburant marque la « troisième génération » de biocarburants :
- Les biocarburants de première génération sont issus de l’agriculture. Depuis 2003, ils représentent 2% de la consommation totale à la pompe. Ils rentrent directement en compétition avec l’alimentation humaine. Leur représentant le plus visible est le biodiesel : un mélange d’huile de colza et de diesel.
- Les biocarburants de deuxième génération ne sont pas encore commercialisés. Il n’entrent pas en compétition avec les cultures vivrières car ils sont issus de bois, de feuille et de paille.
« A la pompe d’ici dix ans »
En France, le développement d’algocarburants est coordonné depuis 2006 par le projet Shamash, qui regroupe des laboratoires de recherche publics et privés, des constructeurs automobiles et d’autres industriels. Olivier Bernard, coordinateur du projet, explique :
« Je pense que d’ici dix ans, les algocarburants seront disponibles à la pompe. Ils sont 20 à 30 fois plus productifs que les agrocarburants de première et deuxième génération et leur culture [dans des bassins, ndlr] prend 20 à 30 fois moins de place.
Certaines espèces d’algues contiennent des protéines et peuvent être utilisées à la fois comme complément alimentaire et comme biocarburant. »
Stéphane-Alain Riou, directeur adjoint du pôle de compétitivité Pôle mer Bretagne et partenaire du projet Shamash, précise :
« On ne vide pas la mer de ses algues. Quelques unes d’entre elles sont prélevées dans la mer puis cultivées dans des bassins d’eau de mer exposés au soleil. Les minéraux contenus dans l’eau de mer favorisent le développement des algues.
Elles se servent aussi de l’énergie solaire et du CO2 alentour pour leur photosynthèse. Pendant leur croissance, les algues accumulent de la graisse. Et c’est à partir de cette graisse que le carburant est fabriqué. »
Les tests moteurs à base d’algocarburants se multiplient
Les algues ont déjà servi comme carburants, même si le grand public n’en a rien su. Trois exemples d’expériences spectaculaires récemment menées :
- Le 8 juin dernier, Airbus a pour la première fois fait voler un bimoteur au-dessus de Berlin avec le réservoir rempli d’algocarburant. Le directeur technique d’EADS affiche son objectif : faire voler 10% de sa flotte grâce aux algues d’ici 2040.
- Le concurrent Boeing a, quant à lui, fait décoller un avion militaire lesté d’un mélange moitié carburant traditionnel, moitié algocarburant.
- Côté automobile, PSA teste actuellement le B30 : un biocarburant composé de
30% d’algocarburant et de 70% de diesel. Un des enjeux sera de vérifier si les carburants à base d’algues sont compatibles avec les moteurs diesel.
En France, une quinzaine de start-ups travaillent depuis trois ans à la sélection des souches d’algues. Olivier Lépine, directeur des opérations pour Algosource Technologie, société d’ingénierie et de service dans la production de micro-algues :
« Nous sommes parvenus à produire de l’huile à partir de micro-algues et à la transformer en carburant. Nous travaillons maintenant à l’exploitation complète de la plante pour l’industrie alimentaire et pharmaceutique. »
Ces carburants ne font pas encore l’objet de production industrielle, mais on en prend le chemin. Aux Etats-Unis, plus d’un milliard d’euros a déjà été investi dans le secteur. En France, au début de l’année, la société Alpha Biotech a commencé à produire de l’algocarburant dans le cadre d’un contrat avec PSA et EADS.
- Sur Rue89Les biocarburants ont-ils encore un avenir ?
- Sur developpementdurable.comUn article sur le développement durable
- Sur wikibis.comLes algocarburants en détail
- Sur wikipedia.orgLa fiche wikipédia sur les biocarburants
- Sur rue89.comL'huile de palme ou comment faire disparaître l'orang-outang
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observateur désabusé
observateur désabusé
Merci pour cet article...
Une correction à vous suggérer toutefois.
Le biodiesel n’est pas un mélange d’huile et de diesel, mais d’esters méthyliques formés à partir d’huiles végétales et de diesel. C’est important car la transformation de ces huiles en esters méthyliques a un coût énergétique, et donc un impact environnemental possible.
L’intérêt c’est qu’une algue dite « oléagineuse » a un rendement en huile bien plus important qu’une plante comme le colza ou le tournesol. De la même masse de plante on tirera plus d’huile dans le cas de l’algue.
Par contre les essais moteurs sont en fait plus ou moins déjà faits. il faut savoir que la composition des huiles n’est pas si différente de celles qu’on obtient des plantes type colza ou tournesol, et qu’au final les esters qu’on obtient seront peu différents. De plus le moteur diesel est moins regardant sur le carburant qu’il brûle que le moteur essence.
Le risque c’est bien sûr comme dit avant le risque de sélection d’algues très rentable, voire la création d’algues OGM à très haut rendement et le déploiement de tout ça sur les mers. Là on courrait à la catastrophe écologique à long terme.
Par contre ca peut marcher en captif. Il y a (au moins) une usine pilote aux états-unis déjà : C’est une immense serre avec de l’eau captive où on fait pousser ces algues grâce au soleil et rien d’autre. Dans ces cas là ca peut marcher et on peut espérer un impact environnemental faible.




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