En France, le football américain préfère le social aux paillettes
Oubliez les stades de 80 000 personnes pleins à craquer, les effets pyrotechniques impressionnants et les audiences télé record du football américain aux Etats-Unis. Imaginez plutôt le stade de Marville en Seine-Saint-Denis, où se jouait, samedi 15 mai, le quart de finale de coupe d’europe entre le Flash de la Courneuve et les Vikings de Vienne.
Un bon millier de personnes s’est massé dans les tribunes pour supporter le Flash. En dégustant des hot-dogs, le public écoute calmement les commentaires du speaker entrecoupés de séquences musicales. (Voir la vidéo)
Il y a une part de folklore importé des Etats-Unis, comme les noms de club originaux -les Iron Mask (« masque d’acier ») de Cannes, les Spartiates d’Amiens, les Molosses d’Asnières- et les compétitions de pom-pom girl, pardon, de « cheerleading ».
Mais le football américain à la française cultive sa propre identité, loin des fastes du sport business : il reste encore très confidentiel en France (18 000 licenciés).
Lancée dans les années 80, la discipline est empreinte d’un amateurisme rafraîchissant : des clubs qui fonctionnent majoritairement au bénévolat, des équipes d’élite composées de joueurs non rémunérés et de deux Américains tout juste défrayés, des structures associatives qui jouent sur la proximité et s’ouvrent au plus grand nombre.
En témoigne d’ailleurs son implantation dans l’Hexagone : hors des métropoles, en banlieue parisienne ou dans des villes périphériques de province (La Courneuve, Saint-Ouen, Elancourt, Thonon-les-Bains).
Gros, grand et maigre, petit et costaud : tous gabarits acceptés
Ses dirigeants revendiquent une approche bien éloignée du sport paillettes. Marc-Angelo Soumah, président de la fédération française de football américain (FFFA) :
« Notre mission première doit être sociale. On n’est pas là pour faire rêver les mômes et leur faire croire qu’ils vont devenir professionnels. On veut aller dans les quartiers difficiles et offrir une alternative aux jeunes via la pratique sportive.
On est une fédération qui se développe très bien par la pratique, par le terrain. C’est pourquoi les entraîneurs sont très importants. Ils sont les garants de nos valeurs. »
Pour lui, le football américain peut miser sur quatre atouts principaux :
- la nouveauté : « Les jeunes qui commencent ce sport ne le connaissent pas. Comme ils doivent tout apprendre, ils arrivent avec une position d’écoute, contrairement à certains sports dans lesquels ils se sentent en terrain conquis. »
- les valeurs de discipline : « Le joueur est chargé d’une mission qu’il doit exécuter pour le bien de l’équipe. Si un joueur ne fait pas son boulot, c’est l’échec collectif. »
- la mixité : « Nous avons une mixité homme-femme grâce à la pratique du “flag” (pratique dérivée du football américain et qui se joue sans contact). Ensuite, tous les gabarits peuvent jouer : que l’on soit gros, grand et maigre, petit et costaud... tout le monde a sa place. Enfin, nous avons une grande diversité culturelle liée à nos lieux de développement. »
- le sacrifice : « Il y a beaucoup de “travail de l’ombre” dans ce sport, avec des joueurs de ligne dont le seul rôle est de bloquer pour que d’autres puissent marquer. »
Certes, l’équipement coûte cher (casque et épaulières reviennent au minimum à 200 euros). Mais bien souvent, les clubs louent les équipements ou les fournissent gratuitement pour les jeunes comme c’est le cas à La Courneuve.
Ronald Maire, étudiant de 26 ans, vient de créer le club des White Sharks (« requins blancs ») de Nanterre :
« Pour moi, le football américain est un sport de quartier, un sport populaire.
Le projet social dépasse presque l’enjeu sportif. On veut créer une communauté d’entraide, responsabiliser les jeunes et leur donner une passion.
On veut s’inspirer de ce que font les clubs du 93, qui ont un maillage très intéressant, à commencer par le Flash de La Courneuve. C’est un peu notre modèle. »
Le Flash de La Courneuve, quintuple champion de France et modèle
La Courneuve montre la voie à suivre depuis de nombreuses années déjà. Deux fois finaliste de l’Eurobowl (la coupe d’Europe) ces quatre dernières années, quintuple champion de France, le club de Seine-Saint-Denis a repris le flambeau des Argonautes d’Aix-en-Provence, qui dominaient le sport jusqu’à la fin des années 90. La chaîne américaine CBS lui a même consacré un reportage en début d’année.
Le Flash est le club de La Courneuve qui reçoit le plus de subventions. Son budget revalorisé d’un million d’euros, qui repose beaucoup sur l’aide des collectivités locales, est sans équivalent en France. Le président Julien Luneau, 34 ans, défend les valeurs du club :
« Au Flash on a 500 licenciés actifs et 1500 en tout, en comptant les licences découvertes. On travaille dans les écoles, les centres de loisir, le milieu carcéral. On est dans une logique d’association et d’entraide, et non de pur divertissement comme ailleurs. »
La Seine Saint-Denis compte pas moins de 13% des licenciés nationaux, La Courneuve développant des partenariats avec les clubs de la région. Le Flash, dont les matchs peuvent attirer 5 000 personnes, se base sur une forte politique de formation, son équipe d’élite comptant 80% de joueurs formés au club :
« On a développé les catégories de jeune très tôt, moi j’ai commencé ici à 13 ans. On a ouvert le club aux plus de licenciés possible et on s’est développé dans les quartiers en proposant les licences les moins chères de France (75 euros). »
Les Blacks Panthers de Thonon-les-Bains misent sur la formation
Mais ailleurs en France, le football américain peine parfois à exister à côté des sports majeurs. Pourtant, certains y parviennent, à l’image des Black Panthers (« panthères noires ») de Thonon-les-Bains, installé parmi les têtes d’affiche. (Voir la vidéo)
« Comme on n’a pas une grosse densité de population, on met la priorité
sur les jeunes, qui intègrent ensuite l’effectif élite », explique Benoît Sirouet, le président du club, dont la mairie paie le tiers du budget :
« Le problème pour nous, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de perspective d’études supérieures à Thonon. Heureusement, nos joueurs d’élite qui déménagent à Lyon ou Grenoble reviennent jouer avec nous le week-end. »
« On fonctionne beaucoup au bénévolat »
Et l’avenir ? « Notre objectif n’est pas de devenir un sport majeur comme le foot et
le rugby », tempère Marc-Angelo Soumah, qui espère juste que son sport se fera une place au soleil, comme le basket ou le hand :
« On veut proposer une alternative sportive alléchante et viable. On a une bonne marge de progression, et en regardant le paysage sportif français, on voit qu’il y a de la place derrière les deux sports majeurs. »
Les dirigeants espèrent à terme s’implanter dans des villes de taille moyenne, pour aider à développer des structures professionnelles. Marc-Angelo Soumah a bien identifié les points sur lesquels le sport doit s’améliorer :
« Il faut qu’on progresse sur la médiatisation, sur la professionnalisation de nos structures et de l’encadrement, et sur l’aspect financier.
On fonctionne beaucoup au bénévolat, mais notre but est de pouvoir rémunérer des gens qui donneront 100% de leur temps au développement de ce sport. »
Quant à la professionalisation des joueurs à long terme, Soumah « ne se l’interdit pas », même s’il est conscient que cela peut entraîner la perte de certaines valeurs, « comme le foot et le rugby ont pu s’en rendre compte ». Pour Julien Luneau, franchir ce pas serait dangereux :
« Certains dirigeants aimeraient qu’on passe à une semi-professionnalisation, mais ils ne se rendent pas compte de ce qu’on perdrait. Un professionnalisme associatif pourquoi pas, mais la professionnalisation des joueurs tuerait le sens de ce qu’est une structure sportive associative. »

Lors d’un match des Flash de La Courneuve (Flash)
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non connue
non connue
J’en ait fait durant deux ans avant de laisser tomber pour des raisons professionnelles et justement parce que le sport n’est pas suffisamment développé en Europe.
Ce qui attire, c’est le coté physique et parfois violent du sport. Il ne faut pas avoir peur de se faire bousculer et de se prendre des coups.
Par contre, c’est vraiment dommage de finalement passer énormément de temps à s’entraîner et ne pas faire de match contre des clubs adverses, sachant que selon les cas ils peuvent être basés loin et que de louer un car chaque week-end ce n’est pas possible pour un petit club. Par contre, phénomène intéressant, il y a pas mal d’équipes féminines, ce qui n’est pas trop le cas outre-atlantique.




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