Foot : un jeune entrepreneur attaque Nike pour contrefaçon
Alphonse Boua, entrepreneur de Seine-Saint-Denis, créateur d’une cible permettant aux joueurs de football de s’entraîner à viser, accuse Nike d’avoir copié son concept, ce que nie la firme américaine. Il compte sur la Coupe du monde pour faire pression sur le géant de l’équipement sportif.
Pour que les footballeurs puissent réaliser des frappes imparables, rien de tel qu’une cible matérialisant le point à atteindre. C’est ce qu’a pensé Alphonse Boua en créant « TargeToon », cibles rectangulaires que l’on fixe sur la barre transversale ou les poteaux d’un but pour s’entraîner à viser dans la lucarne ou le petit filet. (Voir la vidéo)
En 2003, Alphonse Boua dépose un brevet à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) pour son invention, qui lui vaut une médaille au Concours européen Lépine dans la catégorie innovation sportive.
L’année suivante, il écrit à plusieurs équipementiers, dont Nike, pour faire connaître son produit. Il reçoit peu de réponses, hormis celle de Puma et de quelques autres firmes qui ne sont pas intéressées. Dans la foulée, Alphonse Boua monte une petite société nommée Exoxium pour commercialiser son produit.

Alphonse Boua (DR).

Alphonse Boua (DR).
« Merci Nike »
Mais en juillet 2009, il découvre avec stupeur que Nike, lors de tournées promotionnelles effectuées au sein des clubs pour vendre des chaussures, entraîne les joueurs à tirer sur des dispositifs similaires aux TargeToon.
Les cibles se répandent dans les clubs et rencontrent un grand succès auprès des joueurs, comme en témoignent les vidéos disponibles sur le Net.
Alphonse Boua raconte :
« Sur certaines vidéos que j’ai fait retirer, on voit des clubs, que nous n’avions pas démarché, utiliser des cibles portant le logo de Nike. Sur une vidéo, un joueur prend la cible et dit “ Merci Nike ”. Quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’on ne pouvait pas en rester là.
Cela nuit à notre développement et à notre crédibilité. Nous avons commencé à vendre notre produit en 2008, et nous n’avons réalisé aucune vente en 2009 ! Nike, qui est implanté dans le monde entier, a fait sa campagne de promotion en Ile-de-France, le marché sur lequel nous voulions nous lancer. Leur campagne de marketing nous a coupé l’herbe sous le pied. »
A partir de ce moment, les clubs auxquels s’adresse Exoxium, dont beaucoup sont sous contrat avec Nike, disent ne pas être intéressés par les cibles proposées. Alphonse Boua songe à tout plaquer, mais ne veut pas « baisser les bras ».
Nike réfute la contrefaçon

TargeToon (DR).
Dans un premier temps, Exoxium entreprend une démarche de conciliation avec Nike, sans succès. Alphonse Boua décide alors d’attaquer la firme américaine pour contrefaçon.
Les services juridiques de Nike estiment qu’il n’y a pas de violation de la propriété intellectuelle, comme l’explique Sophie Nicolet, directrice de la communication de Nike France :
« Nike réalise des campagnes de promotion et de test de chaussures auprès de clubs amateurs. Dans le cadre des exercices de précision, nous avons accroché au but une cible très sommaire, réalisée avec un carré de mousse et du fil de fer, et qui ne ressemble nullement à l’objet de M. Boua.
Cette cible n’a jamais été vendue. Lorsqu’on on fait tester des chaussures à des clubs, on leur laisse le matériel. »
Me Ludot, l’avocat d’Alphonse Boua, a fait établir un constat par un huissier de justice visant à prouver la contrefaçon, en se basant notamment sur les vidéos diffusées sur Internet. Selon lui, l’objectif de Nike n’est pas de commercialiser les cibles mais « d’occuper l’espace au maximum en termes de communication ».
Une « guérilla » pour seule solution
La petite société d’Alphonse Boua n’a pas les armes et les moyens financiers pour affronter le géant Nike sur une longue procédure. Mais Me Ludot compte profiter de « l’effet Coupe du monde » pour faire pression sur l’équipementier :
« Nous allons agir sur les médias car Nike a horreur d’une communication défavorable. Nous allons surveiller toutes les images d’entraînements des équipes nationales, et nous mènerons parallèlement une action en référé pour que toutes les images faisant support de contrefaçon soient interdites.
La seule façon de procéder est de mener une sorte de guérilla contre Nike pour les forcer à trouver une solution. Pour l’instant ils nous traitent par le mépris, mais la Coupe du Monde peut leur faire très mal. »
Au cours de la dernière décennie, Nike a déjà dû faire face à des affaires similaires en étant accusé de contrefaçon par la PME marseillaise Texto puis par la société francilienne Sport Color, avant de régler ses comptes par des accords financiers.
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Etudiant
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Mais c’est une idée de génie cette cible. Personne n’y avait pensé avant !




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