Tribune 19/11/2007 à 19h46

Nouveaux Français ? Pourquoi pas. Nouveaux chauvins ? Non, merci !

Abdelkrim Branine | Chef de rubrique à Respect Magazine

Les Noirs et les Arabes de France sont des nationalistes zélés. Jamel Debbouze a posé en une d’un célèbre magazine hebdomadaire, sur un fond tricolore et avec la mention suivante : Pourquoi j’aime la France. Abd Al Malik a interprété une partie de la marseillaise en slam à la télévision, sur l’insistance douteuse des chroniqueurs de l’émission de Laurent Ruquier. L’animateur aurait-il osé le même procédé avec un Renaud ou un Bernard Lavilliers ? Le cas échéant, il aurait certainement pris une chaise ou un verre en pleine tronche.

Jamel Debbouze et Abd Al Malik ne sont évidemment pas les apôtres d’un nouveau nationalisme français. Renvoyés à leurs origines extra européennes, et ce en dépit de leur statut de star, ces deux artistes nés en plein coeur de la capitale n’ont fait que se plier à une exigence médiatique devenue un grand classique : prouver son attachement à un pays qui est le sien, comme tant de ces « nouveaux Français ». L’expression est lâchée, le débat est lancé. Celui-ci aurait dû être développé par le tout nouveau Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, il a finalement fait irruption dans notre vie quotidienne par…une chanson de variété.

« Nouveau Français »

La mise en ligne sur le site de Respect Mag d’une interview d’Amel Bent (interprète du titre Nouveau Français) a aussitôt provoqué l’arrivée de dizaines de mails sur le sujet. Des réactions vives, parfois énervées, mais toujours très personnelles, loin des discours passe-partout et des influences partisanes.

Nouveau Français plutôt que Beur ou Black ? Nouveau Français plutôt qu’immigré de troisième ou seizième génération ? Nouveau Français plutôt que Français d’origine X ou Y ? La question ne laisse personne indifférent.

Différentes personnalités ont été appelées à réagir dans les colonnes de notre magazine. François Durpaire, Historien, met en garde sur l’introduction d’un terme qui « introduirait deux catégories dans la nationalité, en fonction du temps passé sur le territoire ». Jean-Claude Tchicaya, porte-parole du collectif Devoirs de mémoire, se montre un brin fataliste : « Quand la société ne vous reconnait pas cette identité au quotidien, quel pouvoir a votre volonté d’être français, d’être ce que vous êtes, en somme ? » Ironie du sort : le débat a lieu sous le mandat d’un Président de la République qui se trouve être lui-même un de ces « nouveaux Français » !

Nationalisme contre-nature

A l’heure où la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet est instaurée dans le but de réveiller le patriotisme de nos jeunes écoliers, la question s’impose : pourquoi vouloir faire du Français un nationaliste contre-nature ? Faut-il regretter de ne pas voir nos touristes arborer la bannière tricolore aux quatre coins du monde sur leurs casquettes, t-shirt et serviettes de bain, comme se plaisent à le faire nos chers voisins anglais ou nos amis américains ? La dimension universaliste de notre pays est connue et reconnue sur la terre entière. Ses excès nationalistes ont marqué l’Histoire d’une plus piètre manière.

Un soldat qui aurait servi dans l’armée de Napoléon, incarnation même de cette dérive patriotique, fut ainsi ridiculisé dans plusieurs pièces de théâtre avant de faire, en tant qu’adjectif, son entrée dans le dictionnaire. Il s’appelait Nicolas…Chauvin.

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  • 34 réactions
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  • Anonyme

    Petite précision
    La lettre de Guy Môquet, dont la valeur pédagogique est à peu près nulle, alors que son degré de pathos casse l’audimètre, n’a pas été obligatoire, mais fortement suggérée aux enseignants des lycées. Lesquels ont majoritairement refusé le procédé, même si le Ministère s’est targué d’avoir fait lire la lettre dans « 95% » des lycées (mais pas des classes !)

    • Anonyme

      Jamel Debouzze, symbole de cette « nouvelle France », une des dix « personnalités » les plus populaires parmi les Français : voilà pourquoi j’ai émigré il y a un an et demi en Nouvelle Zélande...

      • Anonyme

        Bon débarras...

         
        • Anonyme

          J’ai fait de la place pour tes petits potes mais il ne faut plus compter sur moi pour financer leur RMI !

          • thierry reboud
            • Posté à 20h49 le 20/11/2007
            • Internaute 20923

            Qui vous dit que nous ayons jamais compté sur vous, pour quoi que ce soit ?
            Pauvres Néo-zélandais... Qu’ont-ils fait pour vous mériter ?

        2 autres commentaires
      • Pupuce
        • Posté à 17h00 le 20/11/2007
        • Internaute 5040

        Apparemment les néo-zélandais t’ont fait bon accueil.
        Dommage que tu n’aies pas émigré là-bas en 95, lors des essais nucléaires : l’accueil aurait été tout autre et tu aurais alors été traité comme un sale métèque.

         
        • Anonyme répond à Pupuce

          Effectivement, les Néo-Zélandais sont accueillants et ont développé dans ce pays charmant une qualité de vie dont vous n’avez même pas idée.
          Ils savent aussi faire la différence entre les régimes de Mitterrand et Chirac et la présidence actuelle.

          • Pupuce
            • Posté à 17h50 le 20/11/2007
            • Internaute 5040

            L’actuel président a été ministre de qui ?
            Et crois-tu qu’il serait président si Chirac ne l’avait pas voulu ?
            Bref, je doute que les néo-z en sache davantage sur la politique française que toi...

            Et puisque l’actuelle présidence semble te convenir, pourquoi ne pas revenir ? Tu l’aimes tant que ça la France pour ne plus vouloir y revenir simplement parce que tu as trouvé ton petit confort aux antipodes ?

            • Anonyme répond à Pupuce

              Non, merci, je vous la laisse avec Jamel Debbouze en prime !

              • Pupuce
                • Posté à 18h41 le 20/11/2007
                • Internaute 5040

                Divers éléments me laissent penser que tu es en France.
                Cette histoire de Nouvelle-Zélande c’est du pipeau.

                Attention ! Si un jour tu va là-bas : il y a plein de Maoris cannibales !

                • Anonyme répond à Pupuce

                  Eh oui, ma Pupuce, il est 7 heures mercredi matin à Auckland et le « French doctor » va terminer sa garde dans une heure et se mettre au dodo presqu’à la même heure que ses compatriotes « up above »...

                  • Pupuce
                    • Posté à 20h03 le 20/11/2007
                    • Internaute 5040

                    J’ai du mal à croire que la Nouvelle-Zélande soit accueillante au point d’accepter parmi ses médecins un bras cassé de ton calibre.

                    • Anonyme répond à Pupuce

                      Mais non c’est Kouchner qui rêve éveillé

                • Anonyme répond à Pupuce

                  oui, la Nouvelle-Zélande, c’est sa tête : une ile isolée et loin même de ses voisins.

                  Ca me rappelle une pub citoyenne allemande qui avertissait (j’adapte à la France) :

                  « La France aux français
                  La Normandie aux normands
                  Caen au caennais
                  M. Dupont aux M. Dupont
                  Le racisme vous isole et vous exclut de la société »

                  Après la Nouvelle Zélande, il te restera l’Antarctique ! pratique : c’est juste au sud...

        8 autres commentaires
  • Anonyme

    Il ne semble pas que venir d’ailleurs empeche d’etre chauvin de ce point de vue nous acceptons mieux le racisme ordinaire d’un etranger comme Nicolas Sarkozy que d’un francais « de souche » comme Jean-Marie Le Pen.

    Mes cousins nes a Dakar ou a Casablanca (des anciens colons je vous rassure !) me demandent mes papiers quand je m’oppose au xenophobisme et a l’islamophobisme, pourtant je suis ne en Europe (mais pas en France) !

    A quand une identite internationale, humaine au lieu de la haine et de la segregation ?

  • Anonyme

    Pour votre gouverne on faisait des maillots 1 pièce pour femmes et des draps de bain bleu blanc rouge quand j’étais gosse et nul n’aurait jamais osé s’en moquer, surtout après la victoire de Kiki Caron, Alain Mimoun, ou encore Colette Besson. Ah quelle époque, car ces couleurs n’avaient vraiment pas la même connotation qu’aujourd’hui où tout est prétexte à s’ériger en sauveur des valeurs identitaires ou au contraire en pourfendeur de la prétendue ignominieuse et congénitale connerie française.

    Pfff, Ruquier est un crétin pompeux. Les deux autres n’ont pas été malins de lui donner la réplique. On sombre, essayez de vous reprendre, on dirait que vous êtes au stade pipi-caca, c’est triste.

  • Anonyme

    Et bien après les sifflets du match de football France-Algérie, ceux réitiérés de France-Maroc, me laissent plus que pensifs sur l’intégration de ces nouveaux français.
    Un tel comportement me donne envie de vomir.

    • eben
      • Posté à 11h49 le 20/11/2007
      • Internaute 17102

      Pour chanter la marseillaise faudrait peut etre étre fier de son pays. C’est pas le cas en ce moment, en tout cas pour moi. Donc je vois pas le probleme.
      C’est pas une chanson qui me fera oublier tout ce qui se passe en ce moment et elle appartient a tous le monde.
      Surtout une chanson comme celle là, dont les paroles n’ont plus lieu d’etre et n’a rien à faire dans un stade de foot qui est un lieu festif et pas une tribune politique.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 23h18 le 19/11/2007
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    personnellement, je trouve assez lamentable tous les mots accolés à français : « de souche », « nouveau » etc. Il est parfois bien difficile de le prouver qu’on est français quand il faut faire refaire ses papiers d’identité, puisque le droit du sol n’est plus reconnu. Donc, on est français, point/barre. Ce n’est pas pour rien que la CNIL a refusé les stats sur les origines ethniques.

    Les français colorés n’ont pas à montrer leur « francitude », puisqu’ils sont français. Les Ruquier et Cie montrent finalement un certain racisme sous des dehors patelins.

    A propos d’Abd el Mailik et de sa Marseillaise, ne pas oublier le scandale qu’avait provoqué le génial Serge Gainsbourg avec sa Marseillaise en reggae

    Lien

    La Marseillaise est à tout le monde et on oublie un peu trop que c’esst un hymne révolutionnaire.

    • Servais-Jean
      Servais-Jean répond à caro
      43
      • Posté à 00h36 le 20/11/2007
      • Internaute 4591
        43

      La Marseillaise n’est pas un hymne révolutionnaire, c’est un hymne qui a été conçu lorsque la patrie était en danger bien aprés 1789.

      • caro
        caro répond à Servais-Jean
        délinquante avérée
        • Posté à 09h15 le 20/11/2007
        • Internaute 6484
          délinquante avérée

        excusez-moi, mais j’ai lu l’histoire de la Marseille sur un site qui lui est consacrée :

        Lien

        « Le bataillon de Fédérés marseillais entra à Paris et participa à l’insurrection du palais des Tuileries le 10 août 1792 en chantant ce chant de guerre révolutionnaire ; d’où le nom de Marseillaise. »

        même si au départ c’est un chant de guerre des armées du Rhin

        Bien à vous

  • Anonyme

    (Pour le Courageux Anonyme de 22 h 49)
    Je trouve plutôt normal et salutaire de siffler la France en ce moment. Mon pays me fait vraiment honte pour sa bêtise et son racisme, qu’il répand par un incroyable bourrage de crâne médiatique dont j’ai une véritable nausée.
    J’ai honte de ce que l’on fait aux travailleurs sans-papiers, honte du mépris dont sont victimes les gens de peu, honte de cette engluement de la société dans la peur de l’Autre, dans la peur de l’engagement politique, dans le calcul petit-bourgeois permanent, dans le renoncement quotidien à tout principe élevé.
    Alors oui, que la Marseillaise soit sifflée, ça me fait sincèrement plaisir. Ca me fait rire aussi, car les boursoufflures cocardière de notre époque sont parfaitement ridicules et font carrément pitié.
    Peut-être que ça veut dire aussi qu’il nous faudrait une bonne guerre (mais n’est-elle pas commencée ?).
    Belleville.

    • Anonyme

      d’accord moi aussi j ai honte mais j apprends à mes enfants à respecter l hymne des autres nations imagine que ce soit celui du maroc qui soit sifflé ce soir-là ! ! !

    • Anonyme

      je suis assez d’accord avec ce que vous dites, sauf sur l’évocation d’une « bonne guerre », même pour un commentaire grinçant cela me choque...
      Mais je pense par ailleurs que le racisme ambiant, le rejet de l’autre a une fonction bien commode dans un système où on a fait comprendre aux gens « qu’il n’y a pas d’alternative », ce qu’ont confirmé à leurs yeux les trahisons de la gauche...
      On a trouvé des boucs-émissaires bien pratiques en la personne des immigrés, qui ont de tout temps « mangé le pain des français ». Le pouvoir n’a jamais dit le contraire, même du temps où on allait chercher les gens par wagon entiers, pour faire la guerre, ou remplir les usines.
      La « régulation des flux migratoire » tient lieu de politique quant on n’a pas la volonté d’en pratique une pour défendre les populations contre la violence du système économique. Les idées simplistes sont plus faciles à défendre.
      Malheureusement, nous tombons dans le panneau, et savoir comment on doit stigmatiser les gens n’a pas vraiment d’importance, puisque stigmatisation est le choix qui est fait. D Martin

      • Pupuce
        • Posté à 17h21 le 20/11/2007
        • Internaute 5040

        A esprits simples idées simplistes.

    • Anonyme

      Et vous trouvez normal et salutaire de siffler l’hymne national .... c’est vraiment triste de lire ça. Les Français se bouffent entre eux, pourtant déjà 1/4 de la population ne l’est pas d’origine. Bientôt les Français ne sera plus qu’un souvenir et les autres rigoleront et moi je dis que c’est eux qui auront raison, parce qu’ils auront eux raison de gens veules facilement, en vous dressant les uns contre les autres. Simple comme bonjour, et efficace, très efficace.

      Montparnasse.

  • Perlin
    • Posté à 00h51 le 20/11/2007
    • Internaute 21846

    Pas besoin de serviettes, maillots, etc... au couleur de du drapeau, un français à l’étranger se repère très bien sans, et de loin (=

    • k_reno
      k_reno répond à Perlin
      Voyageur
      • Posté à 01h00 le 20/11/2007
      • Internaute 15813
        Voyageur

      Sans serviette ou sans maillot ?

  • Anonyme
  • Anonyme

    gamin, j allais au stade voir du foot,rugby,et autres..il régnait une franche bonne humeur dans la tribune tant que NOTRE..équipe gagnait ! ! dans le cas contraire les sifflets,insultes,injures a cette meme équipe ,ce faisaient jour et me dérangaient,car j était la pour le beau jeu.ces attitudes et propos restent en mémoire et m ont beaucoup appris sur le BON francais ! ! aujourd hui c est le nouveau francais.............. ! je ne vais plus au stade.........

  • Anonyme

    J’aime les nouveaux français et même les sans-papiers
    quand ils sont vraiment à droite.
    Je n’aide que les clandestins de droite.
    Les cinq derniers que j’ai aidés sont des turcs nationalistes.
    Ils ont désormais de bons papiers...
    Je ne perçois aucune commission de quelque nature que ce soit.
    Ce qui me permettra d’obtenir des circonstances atténuantes quand je serai mis en examen.
    Je ferai quelques mois de détention et m’y suis déjà préparé.
    Aucun futur terroriste parmi eux.
    Je DONNE aussi de bonnes adresses dans le BENELUX.
    A chacun ses oeuvres.

  • Anonyme

    Vive les Citoyens du monde et je suis fier d’en être un !

  • Anonyme

    Je viens d’être naturalisé.
    Je suis métisse. Il y a cinq ou six générations nègre et négrier, armateur et malabar, faisaient le voyage sur le même bateau vers les iles françaises.
    J’ai fait le trajet inverse il y a deux septénats, pour les études.
    Les universités françaises m’ont donné un passeport pour le monde du travail. Je suis intégré dans un bassin de travail dynamique et en pleine croissance. Je contribue à travers mes impôts au fonctionnement des institutions de ce pays.
    J’aime ce pays, je m’y suis intégré à force de compétences, de bonnes manières et de respect.
    Le Nouveau Français que je suis ne revendique pas de privilèges mais simplement le droit d’accomplir ses devoirs de citoyens.
    Si mes origines me collent à la peau, elles me permettent surtout d’avancer. S’il a fallu en faire plus que les autres par le passé pour y arriver, aujourd’hui, la fierté d’être reconnu comme un bon professionnel et un bon citoyen me comble et comble ma famille.
    La France a tout intérêt à promouvoir l’intégration de ses nouveaux français. Alors pourquoi pas « intégrer plus pour croître plus » ?

  • Justin Vaïsse
    Justin Vaïsse
    Chercheur à la Brookings (...)
    • Posté à 19h59 le 20/11/2007
    • Expert 41
      Chercheur à la Brookings (...)

    Ce papier est très intéressant, et je voudrais réagir par une observation légèrement décalée par rapport au débat tel qu’il est posé là – pour ou contre l’expression « Nouveaux Français ». L’une des évolutions qu’elle manifeste, et qu’on a pu observer, me semble-t-il, au cours des dernières années, c’est l’appropriation du référent national, la revendication implicite d’une identité française transformée, par certains chanteurs – bref, « Ma France à moi ».
    Il ne s’agit pas, ou plus, de dire merde à la France, même si certains rappeurs le disent encore, ou de se désintéresser de la question, mais de signifier que l’identité française a changé et qu’elle « nous » englobe. Et de contribuer à la faire évoluer par la même occasion.
    Je pense à Diam’s (« c’est pas ma France à moi, cette France profonde... [celle] qui fête le Beaujolais, et qui prétend s’être fait baiser par l’arrivée des immigrés… Alors peut-être qu’on dérange mais nos valeurs vaincront.. Et si on est des citoyens, alors aux armes la jeunesse… »), à Abd-al-Malik (« Vive la France arc-en-ciel, unie et débarrassée de toutes ses peurs »), ou encore à Amel Bent avec Nouveaux Français. Qu’elle se fasse sur un ton polémique, volontairement caricatural et diviseur (Diams), sur un ton incantatoire et consensuel (Abd-al-Malik) ou sur un ton novateur (les nouveaux Français sont français, après tout), cette revendication d’appartenance à une identité française transformée me semble intéressante pour deux raisons au moins.
    D’une part, elle manifeste une volonté, une exigence de participation à la nation plutôt qu’un rejet de la société française. D’autre part, elle réconcilie, d’un certain point de vue, les idéaux républicains avec la réalité contemporaine de la diversité. Elle exige, en un sens, de prendre au sérieux l’universalisme républicain qui veut que la participation à la nation ne soit pas affaire de région, de religion, d’ethnicité, ou d’autres appartenances encore, mais, pour dire les choses vite, un plébiscite de tous les jours. Or, on sait bien qu’il existe un décalage entre ces idéaux généreux et la réalité de la discrimination, et derrière la discrimination, une vision de l’identité nationale qui n’est pas républicaine mais plutôt ethnique et religieuse – on n’est pas vraiment, ou pas du tout un Français si on est Noir ou Arabe ou musulman.
    Ainsi, travailler à la redéfinition de l’identité française pour qu’elle inclue l’évidence de la diversité revient paradoxalement à retrouver les sources de l’universalisme républicain, un peu comme la lutte pour les droits civiques des Noirs s’est faite, jusqu’en 1965 tout au moins, à l’intérieur des idéaux américains des Pères fondateurs (les idéaux des décennies 1770 et 1780 – et 1860), par une revendication de leur application pleine et entière, plutôt qu’à travers la volonté de renverser l’ordre existant. L’identité de la France est affaire de perception collective, et de sentiment : en revendiquant l’étiquette de Français, nouveaux ou pas, ces chanteurs retravaillent cette identité, et ils ont derrière eux non seulement les idéaux républicains, mais aussi la réalité massive d’une France qui évolue vers plus de diversité – une réalité à laquelle les perceptions devront tôt ou tard s’adapter.