Fraude fiscale, vandalisme : combien coûte la délinquance ?
Jacques Bichot a chiffré le coût des fraudes, des vols et des agressions pour la collectivité : 115 milliards d’euros. Cette étude relativise le poids du vandalisme face à certaines arnaques beaucoup plus structurées.
Deux fois le budget de l’Education nationale. C’est ce que coûte à la collectivité la délinquance. C’est Jacques Bichot, économiste et professeur émérite à Lyon 3, qui a procédé à ce chiffrage.
En agrégeant entre autres le budget consacré à la police, la gendarmerie et la justice (14 milliards d’euros), les fraudes fiscales (27 milliards d’euros), le coût du vandalisme (5,6 milliards d’euros) et les violences aux personnes (14 milliards d’euros), il est parvenu à un montant : 115 milliards d’euros, soit 5,6% du PIB.
Seulement 800 millions d’euros pour les fraudes sociales
Arrivent en tête les fraudes fiscales et sociales (27 milliards d’euros). Beaucoup sont liées au travail au noir, qui constitue pour l’Etat un manque à gagner de cotisations sociales (celles de l’employé non déclaré) et de TVA (prestations non déclarées).
Les aides sociales indûment perçues, dont on parle beaucoup récemment avec le polygame nantais, ne représentent que 800 millions d’euros. Jacques Bichot indique :
« Ce type de délinquance porte davantage sur le RSA que sur les allocations familiales. »
L’escroquerie à la carte vitale ou aux arrêts maladies est significative. L’économiste explique :
« Il y a aussi de nombreux cas de faux témoignages qui permettent aux actifs prétendant avoir eu une carrière longue de partir plus tôt en retraite. »
5 milliards pour une fraude industrielle
« Une fraude est très bien organisée : c’est le carrousel de TVA “, souligne Jacques Bichot. Leurs auteurs créent des sociétés fictives qui déclarent des exportations tout aussi fictives. L’Etat est alors tenu de rembourser le montant de TVA incluse dans les fournitures utilisées pour fabriquer ces faux produits. ‘La société est ensuite liquidée sitôt le remboursement perçu , raconte le chercheur.
Cette fraude, qui sévit d’une façon industrielle depuis une dizaine d’années, s’élève à 5 milliards d’euros en France. Soit le coût du vandalisme. Ce qui relativise les mauvais coups de la petite racaille’ face aux agissements du délinquant en col blanc.
Dans le vandalisme figurent en premier lieu les incendies volontaires. Les 100 000 véhicules dégradés coûtent aussi à la collectivité 1,5 milliard d’euros.
Le chercheur s’est prêté à une comptabilité quelque peu morbide pour estimer le coût d’un viol, d’une agression ou d’un meurtre. Une vie humaine vaut 1 200 000 euros. Jacques Bichot précise :
‘C’est une méthodologie bien rodée, utilisée depuis longtemps pour les accidents de la route. Par exemple, pour une victime de 40 ans, on calcule la valeur qu’elle aurait pu produire par son travail jusqu’à sa retraite. Et on y ajoute une estimation de sa production non marchande, par exemple l’éducation de ses enfants.’
‘Criminalité et délinquance diminuent notre bien-être collectif’
Que faut-il retenir de cette comptabilité ? 115 milliards d’euros : le chiffre impose. Doit-il faire peur ? Comment le comprendre ? Le chercheur relativise :
‘A mon avis, il n’a pas beaucoup progressé ces dernières années. Depuis les années 90, la délinquance totale n’a pas énormément augmenté. Si la délinquance coûte 5,6% du PIB en France, elle représente plus de 10% du PIB américain.’
A ces éléments de comparaison, il faut ajouter une autre considération. A qui profite le crime ? Doit-on appréhender les 6 milliards consacrés à la sécurité privée uniquement sous l’angle de son coût, alors que l’activité génère des emplois et des rentrées fiscales ?
L’expert répond :
‘C’est le problème de la vitre cassée, bien connu des économistes. Si on casse une vitre, ça fait travailler le vitrier. Mais la victime aurait sans doute dépensé cette somme autrement, à un spectacle ou au restaurant.’
Doit-on alors considérer que c’est un jeu à somme nulle ?
‘La criminalité et la délinquance ne font pas baisser notre PIB de 115 milliards d’euros, mais elles diminuent notre bien-être collectif en renforçant un sentiment d’insécurité.’
Et cela a bien sûr un coût. Une notion relative qui, en politique, peut devenir une martingale électorale et donc un bénéfice.
? Mise à jour le 05/05 à 17h30. Les principaux chiffres (en millions d’euros) :
- Violences : 14 175
- Crime organisé : 16 145
- Vols : 9 831
- Vandalisme : 5 642
- Délinquance financière etr informatique : 20 261
- Délits divers (dont les fraudes fiscales et sociales ) : 29 010
- Dépenses publiques de sécurité (dont police, justice, gendarmerie) : 19 920
En partenariat avec Lyon Capitale
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Salarié du privé
Salarié du privé
Avant de faire des longs papiers, la moindre des choses serait de vérifier la validité de cette étude.
Dans ces chiffres l’économiste mélange un peu tout et surtout n’importe quoi. Ainsi il chiffre à 1 milliards le cout de l’inquiétude provoquée par la délinquance. La drogue couterait 4 milliards en perte compétitivité (sales hippies !). Dans le cout de la délinquance il inclut également le cout de la lutte contre la délinquance (public mais aussi privé). Il confond cout social et cout budgétaire... Bref on a des choses quantifiables, des choses qui ne le sont pas par définition (comment calculer le cout de la fraude ?), et des éléments subjectifs (l’inquiétude la drogue,...) chiffrés aux doigts mouillés. Assez surprenant...
Il serait intéressant pourtant de comparer le cout de la délinquance financière par rapport aux moyens alloués avec ceux des vols. Selon cet économiste qui a fait cette étude par dessus la jambe, le vol « coute » deux fois moins que la délinquance financière. Pourtant quand on voit les moyens alloués en vigiles, caméras,... par rapport aux 8 magistrats du pôle financier...
Et pour finir on s’aperçoit que l’étude est commandité par une association proche de l’extrême droite (institut pour la justice), qui s’évertue de donner un vernis scientifique (assez vite démontable) aux lois les plus répressives et trouve que l’UMP ne va pas assez loin.
Rue89 sert la soupe à l’extrême droite ? Le recours à un expert n’enlève pourtant pas au journaliste son devoir d’enquête...




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