03/05/2010 à 20h52

La com de BP face à la marée noire, un modèle du genre

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Illustration de Mykaïa.

« Nous assumons notre responsabilité, nous nettoierons, nous paierons. » Dès vendredi, Tony Hayward, le patron de BP, a ôté les mots de la bouche au président Obama, qui n’a fait que les répéter dimanche. Alors que la marée noire dans le golfe du Mexique pourrait être la pire de l’histoire américaine, le géant pétrolier a eu une communication très offensive, qui pourrait lui profiter à long terme.

Professeur de communication de l’environnement à l’université de Louvain, Thierry Libaert remarque que :

« Dans une catastrophe écologique, ce qui reste dans les mémoires ce n’est pas tant l’événement déclencheur mais la façon dont la crise a été gérée : pour Tchernobyl, on se souvient du nuage qui ne traversait pas les frontières, pour le sang contaminé du “responsable mais pas coupable”, pour l’Erika, de Total qui essayait de se défausser sur l’armateur.

Le naufrage du Ievoli Sun en 2000, affrété par Shell, avait amorcé un tournant dans l’histoire des catastrophes pétrolières. Cette fois, la communication de crise choisie par BP est ambitieuse, professionnalisée et offensive. Mais l’entreprise pouvait-elle faire autrement ? »

La marque a entamé il y a une dizaine d’années déjà un virage environnemental dans sa communication, passant de British Petroleum à « Beyond Petroleum » (au-delà du pétrole). Une image soignée comme le montre cette publicité. (Voir la vidéo)

Si elle menait une communication de crise à contre-courant de cette image, elle risquait de « ruiner tous ses efforts, et de mettre en péril toute sa réputation », remarque Thierry Libaert.

Il rappelle que Total, plus de dix ans après le naufrage de l’Erika, reste parmi les sociétés les plus mal aimées des Français, « sans pour autant que sa valorisation boursière ait été entamée, c’est un choix de priorité ».

La facture de la marée noire pourrait s’élever à 8 milliards de dollars pour BP selon les dernières estimations, mais « tant que l’entreprise continue à dégager des bénéfices colossaux », cela reste encore largement « absorbable », estime Didier Heiderich, président de l’Observatoire international des crises (OIC). BP a réalisé au premier trimestre 2010 un bénéfice de plus de 6 milliards de dollars net et reste valorisée à au moins 164 milliards de dollars.

Les règles d’or quasiment respectées

« L’essentiel est de protéger ses fondamentaux, BP n’a pas d’autre choix que d’être exemplaire si elle veut continuer à exploiter des gisements aux Etats-Unis », relève Didier Heiderich. C’est là que se mêlent stratégie de court terme et vision à long terme.

Thierry Libaert rappelle les grandes règles de la communication de crise, telle qu’il les enseigne :

  • Responsabilité  : « Assumer, ne pas se défausser. Si BP a dans un premier temps tenté de mettre en cause le propriétaire de la plate-forme pétrolière, Transocean, la compagnie a rapidement décidé d’assumer. »
  • Empathie  : « Savoir se mettre dans la logique des victimes et du public. C’est ce qu’elle fait en embauchant les pêcheurs pour aider à nettoyer. »
  • Transparence  : « Si les entreprises ne peuvent pas être transparentes sur tout, elles peuvent montrer qu’elles sont à l’écoute. Le site “Deep Water Horizon Response”, monté avec les autorités américaines, est une réponse. »
  • Analyse : « Tirer des leçons pour l’avenir. BP ne l’a pas encore fait, mais gageons que ce sera le cas dans 48 heures. »

Ce dernier point est d’autant plus crucial pour éviter que la polémique ne gonfle que BP est déjà accusée d’avoir minimisé les risques de marée noire.

Dans un document daté de février 2009, la compagnie avait martelé qu’« en raison de la distance du littoral et des capacités de réaction qui seraient mises en œuvre, aucun impact négatif [d’un accident sur la plate-forme, ndlr] significatif n’est attendu » à terre.

BP ne paiera pas nécessairement toute la facture

Lorsque la marée noire du golfe du Mexique sera sortie de l’actualité, l’entreprise aura tout loisir de se défausser sur ses partenaires ou ses assurances. D’autant que l’indemnisation des victimes pourrait prendre cinq à dix ans, estiment les experts. Didier Heiderich souligne :

« Quand BP se reconnait responsable, ça ne veut pas dire qu’ils sont coupables légalement. La justice le dira et BP ne paiera pas nécessairement toute la facture. Et si la fuite était plus difficile à colmater que prévu, cela pourrait représenter un réel danger pour la firme.

N’oublions pas les précédents d’Enron ou les faillites de banques américaines : ce sont souvent des géants aux pieds d’argile. »

Illustration de Mykaïa.

Mis à jour le 4/05 à 10h30. La valorisation boursière de BP n’est pas de 17 mais d’au moins 164 milliards de dollars. Merci à Alberich d’avoir attiré notre attention sur ce point, qui n’est pas un détail.

  • 42590 visites
  • 70 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 21h11 le 03/05/2010
    • Internaute 7659
      oiseau

    « Nous assumons notre responsabilité, nous nettoierons, nous paierons » nous dit BP

    1) il est difficile de dire autre chose, en effet, et comme le dit l’article, quand les images de la marée noire envahissent les écrans et les pensées des gens. C’eut été un grave problème pour l’image de BP que de faire autrement.

    2) « Nous assumons notre responsabilité », certes, mais encore faut-il définir cette responsabilité. Dans quelques temps, les images seront passées et la marée noire aura disparue de l’esprit des gens ; à ce moment, le risque est que la responsabilité soit minimisée sans que les feux médiatiques n’éclairent cette minimisation. Les tentatives de défausses d’un côté et de l’autre côté, la mise en avant des quelques actions entreprises, risquent d’être les enjeux de sévères exercices de communication futur. A décrypter... sans doute !

    • kevangel
      kevangel répond à Tita
      Chercheur
      • Posté à 22h52 le 03/05/2010
      • Expert 24356
        Chercheur

      « il est difficile de dire autre chose, en effet, et comme le dit l’article, quand les images de la marée noire envahissent les écrans et les pensées des gens. »

      Bien sûr que si il est possible de dire autre chose. On peut faire comme Total : « Cette catastrophe n’était pas prévisible, on ne pouvait pas l’éviter et en plus c’est pas notre faute ».
      BP a assumé, et il faut le reconnaître. Ca contraste avec les affaires Erika, AZF ou du tunnel du Mont-Blanc par exemple.

      • Tita
        Tita répond à kevangel
        oiseau
        • Posté à 06h50 le 04/05/2010
        • Internaute 7659
          oiseau

        En d’autres mots : BP, en terme d’image, raisonnablement, n’avait pas d’autres choix que d’assumer. On est donc d’accord.

  • alberich
    alberich
    fumiste
    • Posté à 21h24 le 03/05/2010
    • Internaute 84604
      fumiste

    Il y a une très grosse erreur dans l’article, BP ne vaut pas que 17.3 milliards USD.

    Ce chiffre correspond à la perte de valeur au lendemain du naufrage de Deepwater Horizon ! ! !

    Actuellement BP a une capitalisation boursière d’environ 165 milliards USD.

    • Sophie Verney-Caillat
      Sophie Verney-Caillat répond à alberich
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 10h25 le 04/05/2010
        rédacteur
      • Journaliste 50753
        Journaliste

      Exact, merci, je ne sais pourquoi j’ai mal lu.

  • bnemer
    bnemer
    Prépa à temps plein
    • Posté à 21h27 le 03/05/2010
    • Internaute 113934
      Prépa à temps plein

    J’aurai presque envie de les aimer pour le coup !
    Voire de les aider : Lien

    Ils ont bien réussi leur coup de com. J’espère qu’ils réussiront assez rapidement à colmater la fuite, accessoirement.

    • Weatherboy
      Weatherboy répond à bnemer
      v2=notes articles en moins...
      • Posté à 22h59 le 03/05/2010
      • Internaute 38063
        v2=notes articles en moins...

      En fait cet article explique surtout que vu que BP dispose de l’immense pouvoir lié à sa capitalisation à hauteur de 165 milliards (chiffre au dessus), il pourra bien aller reverser, suivant son humeur, deux petits milliards pour dédommager les pêcheurs (puisque je sens que tu as le tournis, c’est un peu pour toi, commun des mortels, comme payer des yahourt chez Lidl).
      Et pour cela en verser en « empathie », en « responsabilité », et on sort les violons.

      Et donc vu que môsieur BP peut payer, et bien, môsieur BP peut polluer, avec le sourire siou’plait. C’est un peu la taxe carbone version XL, ce truc.

      Tu pense bien que si ç’ avait été une pauvre petite boite qui se rendait coupable d’un désastre pareil, et bien là impossible de se payer une com’ du genre. Ces irresponsables qui n’auraient même pas les moyens de payer, une honte, m’dame michu.

      Mais là monsieur BP est riche, donc monsieur BP est bon.
      (Du moins, il peut se payer tout ce qu’il faut pour le dire, et ça c’est quand même vachement sympa.)

      • PonG
        PonG répond à Weatherboy
        rationaliste fondamentaliste à (...)
        • Posté à 23h34 le 03/05/2010
        • Internaute 14407
          rationaliste fondamentaliste à (...)

        C’est pas faux, mais c’est un peu comme le sourire du commerçant. On a beau se dire que ça n’est que normal, vu le nombre de ceux qui s’en dispense, on est quand même content quand on y a droit.

         
        • Weatherboy
          Weatherboy répond à PonG
          v2=notes articles en moins...
          • Posté à 00h39 le 04/05/2010
          • Internaute 38063
            v2=notes articles en moins...

          Disons que quand le boulanger en question :
          - a été qualifié par des aborigènes l’an dernier de « biggest environmental crime on the planet » (coupable des plus grands crimes environnementaux sur cette planète)
          Lien

          - se traine des casseroles pour la construction d’un oléoduc au moyen-oprient
          Lien

          - a été condamné pour son soutien au régime de l’apartheid
          Lien

          - et collabore avec les paramilitaires colombiens
          Lien

          ben, ça lui donne quand même un petit air différent au sourire

          • nore
            nore répond à Weatherboy
            in situ
            • Posté à 07h42 le 04/05/2010
            • Internaute 53953
              in situ

            ah mais weatherboy vous n’allez tout de même pas nous gâcher cette jolie campagne de com’ ! ? !

            voilà une compagnie qui se casse le troufignon à produire en peu de temps un raz-de-marée de bonnes actions et de flux de communication qui sont un modèle d’application des théories de « propaganda » de Bernays (vous savez le bouquin du neveu de Freud), et voilà qu’en quelques lignes fort désagréables vous ramenez tout aux pauv’ indiens du bout du monde et aux bébètes qui n’ont qu’à se pousser un peu.

            ...Pour la peine je vote 5 boules :)

            • Weatherboy
              Weatherboy répond à nore
              v2=notes articles en moins...
              • Posté à 20h51 le 04/05/2010
              • Internaute 38063
                v2=notes articles en moins...

              Ah mais je vois que les amis des amis de la Terre (cad les amis de BP en somme) ne sont déjà jetés à leur tour sur les boules de ce topic pour « nazer » à tour de bras... Allez-y vaillants chevaliers, encore qq nazes et l’honneur de BP sera sauf !

              • nore
                nore répond à Weatherboy
                in situ
                • Posté à 07h19 le 06/05/2010
                • Internaute 53953
                  in situ

                 ? ?

                • Weatherboy
                  Weatherboy répond à nore
                  v2=notes articles en moins...
                  • Posté à 23h59 le 06/05/2010
                  • Internaute 38063
                    v2=notes articles en moins...

                  Le message précédent n’était pas pour vous, nore ; -)
                  Je faisais juste référence à un bon nombre de messages de cette page (dont le votre) noté « un » quand je suis passé, un jour peut-être je comprendrais à quoi jouent ces gens...
                  Bonne soirée

        5 autres commentaires
      • bnemer
        bnemer répond à Weatherboy
        Prépa à temps plein
        • Posté à 17h54 le 04/05/2010
        • Internaute 113934
          Prépa à temps plein

        Ce qu’on veut nous faire comprendre surtout c’est que môsieur BP a malencontreusement pollué, mais comme il est riche mais bon d’abord il va payer. C’est encore mieux que la taxe-carbone !

        Mais bon gardons une note d’optimisme. Espérons que les géants du pétrole apprennent la leçon et qu’ils évitent à l’avenir de se déresponsabiliser face à leur faute. BP leur a ouvert la voie. Plus ou moins honnêtement, certes.

         
        • Gibert Because-Youno
          Gibert Because-Youno répond à bnemer
          Kaléïdoscopique
          • Posté à 22h42 le 04/05/2010
          • Internaute 68955
            Kaléïdoscopique

          A l’avenir, plutôt que d’éviter de se déresponsabiliser, on aimerait tout de même achement plus qu’ils évitent de déverser des millions de tonnes de pétrole dans l’océan.

          Et accessoirement, que les rois du pétrole arrêtent de se prendre pour les rois du monde.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 21h32 le 03/05/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Youpi.

  • Weatherboy
    Weatherboy
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 22h19 le 03/05/2010
    • Internaute 38063
      v2=notes articles en moins...

    « Thierry Libaert rappelle les grandes règles de la communication de crise, telle qu’il les enseigne :
    1. Responsabilité : ...
    2. Empathie : ...
    3. Transparence : ...
    4. Analyse : ... »

    Qui constrate un chouia avec les quatre commandements de la communication de la multinationale, hors période de crise :

    1. Iresponsabilité : je pollue, je pille, je corromps, vive l’armement (et surtout les Frégates)
    2. Empathie mes fesses : la junte birmane, Sassou et Bongo sont mes amis
    3. Opacité : backchich pour les autorités, jackpot pour les Iles Caiman, le reste pour les actionnaires... ah oui et les travailleurs un peu aussi
    4. Ben le reste euh on s’en fout : ...

    Vive la com’

    • obey-
      obey- répond à Weatherboy
       : -\
      • Posté à 23h02 le 03/05/2010
      • Internaute 66286
         : -\

      Vous oubliez le plus important :

      les citoyens qui ont besoin du petrole...

      Evidemment, cela nuit à votre argumentaire anarcho-debile-simpliste.

      • A déménagé le 13-9 2
        A déménagé le 13-9 2 répond à obey-
        Poète disparu..
        • Posté à 07h04 le 04/05/2010
        • Internaute 81138
          Poète disparu..

        Le pire c’est que vous avez raison.

        D’où l’intérêt d’une autarcie énergétique.
        Peut être dans les décennies à venir, avec les énergies renouvelables.

        Sinon, à nous de limiter notre consommation de pétrole.
        Mais là encore, je n’y crois pas

        Monde pourri.

      • Bad Time For Human Kind
        Bad Time For Human Kind répond à obey-
        Chieur Public
        • Posté à 11h12 le 04/05/2010
        • Internaute 53377
          Chieur Public

        Les citoyens... Les citoyens...

        Ils prennent ce qu’on veut bien leur donner...

      • nore
        nore répond à obey-
        in situ
        • Posté à 07h29 le 06/05/2010
        • Internaute 53953
          in situ

        Plutôt que « les citoyens qui ont besoin » ce ne serait pas : les citoyens que l’on a rendu dépendants au pétrole ?
        Par le manque d’alternatives (donc de possibilités de choix) au véhicules individuels pétrophages et aux ustensiles plastiques.

        Les citoyens n’ont pas spécialement besoin de pétrole, ils ont surtout besoin d’alternative au pétrole. Le pétrole, au final, les citoyens s’en tamponnent le coquillard si on peut faire avancer les véhicules à autre chose, si l’on peut faire des ustensiles avec autre chose.

        Les citoyens sont la bonne excuse, l’excuse facile, et ce sont eux les dindons de la farce. Comme d’hab quoi.

  • unouveaucompte
    • Posté à 21h43 le 03/05/2010
    • Internaute 39715

    très bon article
    merci

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 21h53 le 03/05/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    En 10 ans (depuis l’Erika), l’opinion publique s’est encore plus sensibilisée à l’environnement.
    On imagine bien que BP en fera plus que Total il y a 10 ans. Et Total ne réagirait probablement pas de la même façon aujourd’hui.

    Rappelons quand-même qu’il s’agit de pétrole brut, alors que l’Erika trimballait des résidus de raffinage, dont la qualité n’était même pas assez bonne pour faire du bitume, et qui étaient hautement toxiques, voire cancérigènes.
    Si la quantité est ici énorme, et pour tout dire impossible à évaluer tant qu’on n’a pas bouché le puits, on évite au moins un risque sanitaire pour ceux qui manipulent.

    • kevangel
      • Posté à 22h49 le 03/05/2010
      • Expert 24356
        Chercheur

      « Et Total ne réagirait probablement pas de la même façon aujourd’hui. »
      Au contraire, Total réagirait exactement pareil aujourd’hui. Parce qu’ils savent très bien que les politiques ne bougeront pas et que la justice française, contrairement aux USA, est très laxiste dans des cas comme ça.

    • Rivendell
      Rivendell répond à A déménagé le 02-02-2012-2
      Suppot de satan
      • Posté à 09h43 le 04/05/2010
      • Internaute 102483
        Suppot de satan

      Total avec Mocento sont devenus deux monstres.

      Je m’explique : ils ont beau avoir une image auprès du public on ne peut plus crades, ils continuent à faire de plus en plus de bénefs.

      Pour eux l’équation est simple, faire des efforts au niveau de leur image, en diminuant leur impact écologique nottament, à un coût. Ce coût est il compensé par le fait que les gens achètent plus chez eux, les « remerciant » ainsi de leurs efforts ? ils ont trouvé et testé la réponse : non, le coût des efforts n’est pas compensé. Donc on ne les fait pas, et on ne les fera pas.

      BP, qui doit être dans une position différente au point de vue économique en ce moment, adopte juste une autre stratégie (qui ne les empêchera en rien de faire des milliards de bénefs).

      • A déménagé le 02-02-2012-2
        • Posté à 10h03 le 04/05/2010
        • Internaute 82025
          non connue

        Le problème est que l’opinion oublie, elle oublie l’Erika notamment.

        Sauf là où ça s’est passé. J’habite en Loire-Atlantique, et je peux dire que ça a été un drame, que beaucoup d’ostréiculteurs, en baie de Bourgneuf, ont fermé boutique.
        Et Total finance ça et là des projets de création d’entreprise, comme promis pour sauver le bassin économique, mais ça ne leur coûte pas grand-chose.
        Le niveau de cynisme, largement approuvé par l’État, atteint des niveaux record chez Total.
        Erika, Birmanie, AZF, comptes occultes, suppressions de postes mais bénéfices record, subventions de l’État pour la production d’agrocarburants...

  • walou3D
    walou3D
    Couillon de base
    • Posté à 22h42 le 03/05/2010
    • Internaute 105850
      Couillon de base

    Bon, ben je vais jouer l’avocat du diable : n’est ce pas la première fois, dans un tel cas, qu’une entreprise reconnait publiquement et a priori ses torts et, de plus, s’engage à les réparer ?
    Et l’argument comme quoi une foi sorti de « l’actualité », un évènement est oublié me laisse sans voix...

    • Culture Scout
      Culture Scout répond à walou3D
      Dans le doute
      • Posté à 02h11 le 04/05/2010
      • Internaute 112398
        Dans le doute

      Non.
      Comme le dit l’article, c’est un classique de la communication de risque, envisagé depuis que l’enseignement de cette branche de la science de la communication se fait, mais dont la pratique s’étend de plus en plus dans ce type d’accident (nombreuses victimes=action sur l’opinion publique=action sur les politiques).

      EDF en a déjà fait usage, lors des sautes de réseau en hiver.

      Il ne faut pas se leurrer. Ils ont des spécialistes de « la communication de crise au Etats-Unis » qui font leur boulot. Un autre contexte amènerait un autre type de communication.

      On est ici dans le pragmatique, pas vraiment dans l’altruisme.

      • Sophie Verney-Caillat
        Sophie Verney-Caillat répond à Culture Scout
        Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
        • Posté à 10h23 le 04/05/2010
          rédacteur
        • Journaliste 50753
          Journaliste

        Ce qui est très étonnant c’est que BP me jure qu’ils n’ont pas embauché de cabinet de com de crise et font tout « à la maison ».

         
        • Bad Time For Human Kind
          • Posté à 11h27 le 04/05/2010
          • Internaute 53377
            Chieur Public

          Et qu’est ce qui vous surprend dans cette affirmation ?

          Pour faire sa petite cuisine, on n’est jamais si bien servi que par soi même...

          Ne vous inquiétez pas, ils ont des spécialistes grassement rémunérés pour ça !

        • Culture Scout
          Culture Scout répond à Sophie Verney-Caillat
          Dans le doute
          • Posté à 14h06 le 04/05/2010
          • Internaute 112398
            Dans le doute

          Il faudrait une enquête approfondie pour affirmer que c’est le cas de BP, mais une très grosse multinationale de ce genre a les moyens de se payer des spécialistes permanents, et donc de ne pas avoir recours à des cabinets proposant des stratégies dites « clés en main ».

          Il suffit qu’il aient fait l’accent sur la spécialisation dans la communication de crise lorsqu’ils ont recrutés leurs communiquants de haut niveau aux Etats-Unis pour qu’ils aient déjà un panel de stratégies adaptées déjà prêtes « à la maison ».

          Cela ne m’étonnerait donc pas que messieurs les communicants de BP pondent régulièrement des rapports sur la marche à suivre en cas de :
          -Marée noire due à un pétrolier engagé par BP
          -Accident au niveau d’une raffinerie
          -etc

          Le tout étant évidemment replacé dans le contexte régional : à chaque filière délocalisée, son équipe de communication.

          Et c’est d’autant plus nécessaire dans un contexte mondial de recherche d’alternatives au tout-pétrole. Chaque incident mal géré est une brèche dans laquelle les énergies alternatives risquent de s’engouffrer.

          Même analyse pour Areva, par exemple.

        2 autres commentaires
      • walou3D
        walou3D répond à Culture Scout
        Couillon de base
        • Posté à 18h05 le 04/05/2010
        • Internaute 105850
          Couillon de base

        D’accord pour la stratégie de communication, mais ton exemple d’EDF est complètement à côté de la plaque : comment comparer les perturbations de service à la reconnaissance d’une responsabilité dans un cas aussi énorme en termes financiers.
        Certes, il s’agit d’une anticipation de leur part, mais le fait est que les règles ont changées : les compagnies pétrolières se sentent de moins en moins invulnérables.
        Cela dit il est certain que si cela s’était produit sur une côte africaine, l’engagement de BP ( ou autres ) n’aurait pas été le même

         
        • Culture Scout
          Culture Scout répond à walou3D
          Dans le doute
          • Posté à 20h38 le 04/05/2010
          • Internaute 112398
            Dans le doute

          Mon exemple tourne autour de la stratégie employée, tout bêtement.
          Sachant qu’il y a d’autres stratégies types de communication de crise référencées, tel le report de la faute sur un autre acteur (stratégie dite transversale, on fait coulisser la faute). Sauf que dans ce genre d’accident, ça ne marche pas, comme l’a démontré le cas Erika.

          Les conséquences écologiques sont une chose, mais si une raffinerie placée pour x raison en plein milieu d’une forêt vierge explosait, sans dégât humain ni réel dégât économique, il y aurait tout au plus un article factuel relatant une réaction de Greenpeace et WWF quant aux conséquences écologiques. On est loin de la couverture média que l’on peut retrouver ici : C’est l’importance du public touché qui prime, les bayous ( et les côtes de la Louisiane de façon générale) étant ici un enjeu économique, tout autant qu’écologique.

          Les coupures d’EDF correspondent à un enjeu moindre, mais aux tenants et aboutissants quasi-similaires : BP aurait pu accuser la société qui gère l’infrastructure de la plate-forme (BP gère la logistique), EDF aurait pu pester contre les conditions météo ; BP se montre volontariste et fait au mieux pour réparer, EDF fait de même. Les deux entreprises ont tout intérêt à ce qu’on ait une bonne image d’elles, car leur activité se concentre sur un secteur des plus sensible, l’énergie.

          Évidemment, l’exemple d’EDF est à une bien moins grande échelle, et ne présente pas le côté « désastre écologique » qu’il est bon ton de rabâcher dans les médias aujourd’hui, mais la stratégie reste la même, pour un objectif (garder une bonne image auprès des politiques et de l’opinion) équivalent.

          Quant au risque financier que tu évoques, il est bien minime, pour BP, même compté en milliards. Il faut voir aussi qu’ils jouent ici l’efficacité future de leur lobbying auprès des authorités américaines pour l’exploitation des réserves de pétroles off-shore le long des côtes américaines.

          Cependant comme tu le dis si bien, les compagnies pétrolières sont de plus en plus sur la corde raide, l’énergie en général, et tout particulièrement le pétrole, étant devenue un sujet des plus sensibles. D’où une communication moins empreinte de détachement que par le passé.

          • walou3D
            walou3D répond à Culture Scout
            Couillon de base
            • Posté à 21h44 le 04/05/2010
            • Internaute 105850
              Couillon de base

            Cependant comme tu le dis si bien, les compagnies pétrolières sont de plus en plus sur la corde raide, l’énergie en général, et tout particulièrement le pétrole, étant devenue un sujet des plus sensibles. D’où une communication moins empreinte de détachement que par le passé.

            Absolument, le lobbying « citoyen/électeur » commence à se faire sentir, face au lobbying commercial, et cette réaction en est un premier signe....

            PS : j’ai précisé dans post que je me faisais « l’avocat du diable » ; -)

        2 autres commentaires
  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 22h47 le 03/05/2010
    • Expert 24356
      Chercheur

    Il est de bon ton de mettre toutes les multinationales dans le même panier. Mais personnellement je préfère largement l’attitude de BP qui reconnaît ses responsabilités que celle de Total qui dans le cas de l’Erika comme d’AZF n’a jamais accepté de donner un centime d’euro autrement que sous la contrainte de la justice.
    Je pense aussi que la justice américaine a l’avantage, contrairement à la notre, d’etre aussi sévère avec les puissants (PDG, riches héritières ou grands réalisateurs) qu’avec les gens ordinaires, et je pense que ce n’est pas pour rien dans l’attitude de BP. Parce qu’en France, dès qu’il y a une catastrophe, il n’y a jamais personne pour assumer car ils savent très bien qu’ils ne risquent quasiment rien avec un bon avocat (au pire 1000€ d’amende et 1 mois de prison avec sursis si le juge est sévère).

    • féric
      féric répond à kevangel
      entre 40 et 41
      • Posté à 19h22 le 04/05/2010
      • Internaute 58677
        entre 40 et 41

      Vous pouvez apprécier l’action de BP mais ne présumer pas pour autant ces intentions, tout ceci est bien calculé. Dans le monde sauvage des groupes industriels, aucune action n’est faite dans un autre but que celui de la rentabilité.
      En ce qui concerne la justice américaine, l’histoire des Etats-Unis attesterait plutôt du contraire. Depuis l’invasion au XVième siècle jusqu’à nos jours, la justice comme le pouvoir a toujours servi les puissants et lorsque des concessions ont été faite c’était toujours parcequ’il n’y avait aucune autre solution. En France, c’est la même chose.

      • kevangel
        kevangel répond à féric
        Chercheur
        • Posté à 08h24 le 05/05/2010
        • Expert 24356
          Chercheur

        Justement, je trouve que des commentaires comme le votre réconfortent Total. Ils se disent que ca sert à rien d’assumer ses responsabilités parce que des gens comme vous ne les verront pas d’un meilleur jour, et ca leur coutera beaucoup d’argent pour rien. A force de mettre tout le monde dans le meme panier on décourage ceux qui font des efforts et on encourage les plus pourris et les plus cyniques.
        C’est pareil pour les hommes politiques. A force de dire « tous pourris », ce sont toujours les pires qui sont réélus et les hommes politiques méritants sont dénigrés pour rien.
        Je pourrai citer Google également, qui se fait toujours critiquer alors qu’ils font des efforts, tandis que Yahoo continue à censurer sans scrupule et sans jamais s’attirer de critiques.

         
        • féric
          féric répond à kevangel
          entre 40 et 41
          • Posté à 08h55 le 05/05/2010
          • Internaute 58677
            entre 40 et 41

          Vous avez raison, je ne verrais pas BP d’un meilleur jour parcequ’elle s’est précipité pour annoncer qu’elle assumerait toute la responsabilité, simplement parceque je considère cela normal. En revanche, je trouve la justice française dans l’affaire Total écœurante, la lenteur du processus, ce comportement de gamins qui cherchent tous les moyens de nier l’évidence, qui refuse d’assumer jusqu’au bout. En vous répondant, je tenais juste à vous faire remarquer que BP n’est pas un saint et ne s’en rapproche pas dans cette action. S’il convient de la félicité comme il se doit, il ne faut pas oublier pour autant que c’est une multinationale dont la mécanique la pousse à économiser partout ou cela est possible.
          Concernant les hommes politiques, ce sont les hommes qui n’ont pas de pouvoir qui sont méritants. Le pouvoir ou l’argent n’a jamais rendu l’homme meilleur, bien au contraire. Il y en a peut-être de moins pire que d’autres...

        • Pas lolo
          Pas lolo répond à kevangel
          fasciné
          • Posté à 19h06 le 07/05/2010
          • Internaute 29635
            fasciné

          Lisez donc ceci :

          Lien

        2 autres commentaires
    • talsimi
      talsimi répond à kevangel
      • Posté à 19h38 le 04/05/2010
      • Internaute 101200

      C’est bien de reconnaître ses responsabilités... Mais précisément, ça change quoi, dans le cas présent ? Vont-ils réellement nettoyer pour autant ? Et s’il n’y avait pas de pression de l’opinion publique pour qu’ils nettoient, auraient-ils eu cette « prise de responsabilité » ? J’ai un gros doute là dessus !
      Ensuite quant à la justice, ça reste à voir... Pour un Goldman Sachs, combien d’autres sont passés à travers les mailles du filet ?

      • kevangel
        kevangel répond à talsimi
        Chercheur
        • Posté à 08h33 le 05/05/2010
        • Expert 24356
          Chercheur

        « Vont-ils réellement nettoyer pour autant ? Et s’il n’y avait pas de pression de l’opinion publique pour qu’ils nettoient, auraient-ils eu cette “prise de responsabilité” ? J’ai un gros doute là dessus ! »

        Oui ils ont annoncé qu’ils nettoieraient.
        Dans le cas de l’Erika, Total n’a rien fait malgré la pression de l’opinion publique. Vous devez reconnaitre la différence. Ou alors vous encouragez les gens comme Total qui ne font rien puisque ceux qui font des efforts sont mis dans le meme panier.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h54 le 03/05/2010
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    En fait le talon d’Achille de la socièté BP n’est pas dans les indemnités qu’elle versera, même si celles ci sont importantes (estimation entre 3 et 15 milliards de dollars), mais dans une dépréciation brutale du cours de son action.
    Les bénéfices trimestriels, les assurances ainsi que les fonds prévus par les pétroliers Américains en cas de catastrophe peuvent largement subvenir aux besoins. Par contre une baisse importante des actions porterait un coup fatal à l’Entreprise.
    La communication est une arme indispensable pour éviter les désagréments à l’exemple de Toyota qui dépense actuellement des budgets faramineux pour remonter sa cote auprès des consommateurs après ses déboires de constructeur.

    • Hulk
      Hulk répond à padiran
      Gros con de droite
      • Posté à 00h08 le 04/05/2010
      • Internaute 108405
        Gros con de droite

      Ca n’a pas grande importance que l’action baisse à court terme, en dehors de rendre la boite plus vulnérable à une OPA (ce qui les ferait remonter illico), et de faire râler ses cadres dirigeants qui voient leurs options perdre leur valeur.

      • padiran
        padiran répond à Hulk
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 00h33 le 04/05/2010
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        La perte est estimée quand même à 20 milliards de dollars par dépréciation des actions et Tony Hayward remplace, ce soir, John Browne démissionnaire, courage fuyons !

         
        • Hulk
          Hulk répond à padiran
          Gros con de droite
          • Posté à 00h38 le 04/05/2010
          • Internaute 108405
            Gros con de droite

          Ca n’a aucune importance. Ca remontera, c’est le moment d’acheter du BP.

          • padiran
            padiran répond à Hulk
            Chroniqueur Grolandais
            • Posté à 00h47 le 04/05/2010
            • Internaute 5159
              Chroniqueur Grolandais

            Non, il faut encore attendre que le cours s’effondre et que BP soit racheté par un fond de pension Sénégalais ou un fond souverain du Turkménistan

            • Hulk
              Hulk répond à padiran
              Gros con de droite
              • Posté à 00h50 le 04/05/2010
              • Internaute 108405
                Gros con de droite

               ; -)

              Aucun risque. Après l’écume médiatique, leurs avocats vont entrer en action, et tu verras que ça ne leur coûtera pas si cher finalement. Et l’action remontera...

              • alberich
                alberich répond à Hulk
                fumiste
                • Posté à 07h33 le 04/05/2010
                • Internaute 84604
                  fumiste

                Tout à fait, pour commencer la quasi intégralité des frais de la catastrophe en elle même (nettoyage etc.) seront couverts par les assurances.

                Resteront les indemnisations et là entre les pieuses intentions annoncées et la réalité, les montants vont diverger et surtout ne vont pas être payés rubis sur l’ongle dès aujourd’hui mais au bas mot dans plusieurs années.

                Il ne faut pas croire que BP soit plus vertueux que la moyenne des pétroliers et va se mettre a tenir table ouverte !

              • padiran
                padiran répond à Hulk
                Chroniqueur Grolandais
                • Posté à 12h05 le 04/05/2010
                • Internaute 5159
                  Chroniqueur Grolandais

                Sur ce coup là je pense que tu as raison, mais bon j’aurais ma revanche.

        5 autres commentaires
  • Aller à la page
  • 1
  • 2