Le logiciel libre indésirable dans l'exposition « Contrefaçon »
un internaute
C’est une simple borne audio, qui devait trôner dans un coin de l’exposition « Contrefaçon » inaugurée ce mercredi à la Cité des sciences de La Villette, à Paris. Mais les adeptes du logiciel libre pourraient bien en faire un casus belli contre l’Institut national de la propriété industrielle (INPI)
Isabelle Vodjdani, artiste et enseignante à Paris I, avait été chargée par les organisateurs de rédiger un court texte d’introduction à l’univers du copyleft, de l’open source et des licences GNU avant de l’enregistrer en studio. Vendredi, elle reçoit un mail signé par Blandine Savrda, la commissaire, l’informant que son travail a finalement été abandonné.
Le message est clair quant à la raison de ce changement de dernière minute :
« Notre partenaire principal, l’INPI, est farouchement opposé à ce que l’exposition donne la parole aux défenseurs du “libre”. Nous avons essayé de discuter et d’argumenter avec eux mais l’INPI reste intransigeant sur sa position.
Nous sommes donc obligés, avec grand regret, de ne pas présenter votre parole que vous aviez, aimablement, accepté de rédiger et d’enregistrer. »
Dans une tribune publiée sur Transactiv.exe, Isabelle Vodjani regrette ce choix, et reproduit le texte mis au point avec l’équipe de la Cité des sciences.
« C’est une expo de propagande, pour un public captif »
Au téléphone, la co-rédactrice de la licence Art libre explique en quoi le monde du « libre » avait toute sa place dans le cadre d’une expo où se côtoient reproductions de tableaux, baskets Nike contrefaites et photos retouchées :
« Le fait qu’un petit volet sur le libre ait été prévu au départ montre que les concepteurs avaient conscience qu’on ne peut pas traiter ce sujet-là sans en toucher un mot.
Se contenter de dire “ça, c’est interdit”, “ça, c’est très mal”, sans présenter des pratiques plus positives dans le domaine de la propriété intellectuelle, sans donner dans la nuance, ça me parait assez énorme.
C’est une expo de propagande, où on va emmener des cars d’écoliers, un public captif. Le tout au service d’un lobby qui veut défendre une certaine conception du droit d’auteur. »
« Ne pas apporter de la confusion dans l’esprit du public »
Au service communication de l’INPI, on se défend d’avoir influencé ce choix :
« Au sein de l’institut, on n’utilise que du libre ! On a travaillé avec tout un tas d’experts, le thème de la contrefaçon touchant plein de domaines. Le choix de retirer finalement ce texte partait d’une bonne intention : on ne voulait pas apporter de la confusion dans l’esprit du public entre l’univers du libre et des pratiques illégales. »
Même version du côté du service de presse de la Cité des sciences, où l’on rappelle que l’institution s’investit beaucoup dans ce domaine. Son Carrefour numérique organise par exemple des « Ubuntu parties », pendant lesquelles des experts aident des débutants à installer Linux sur leur machine :
« L’évoquer de manière sommaire au sein de l’expo n’aurait pas eu de sens. On a voulu rester light, on s’adresse à Monsieur et Madame tout le monde. »
Une institution sous pression des bailleurs de fonds ?
Et le message cité par Isabelle Vodjdani, qui incrimine l’INPI ?
« C’est un texte écrit rapidement, après une “revue de projet” avec tous les partenaires. On s’est sûrement mal exprimé. »
L’intéressée a également reçu, après la diffusion de son texte sur Internet, « un mail compréhensif de la part de la direction des expositions, regrettant que texte ne soit pas lisible ». Elle reconnaît les efforts de la Cité, et regrette que l’équipe de l’institution soit « sous pression » de ses bailleurs de fonds privés et publics.
L’affaire survient quelques mois après la création d’un établissement public commun entre structure du parc de la Villette et le Palais de la découverte, l’autre grande institution parisienne dédiée à la science. Une fusion contestée par le personnel de ce dernier et une série de scientifiques de renom.
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- Sur transactiv-exe.org""Contrefaçon" : la Cité des sciences censure le Libre à la demande de l’INPI" sur Transactiv.exe
- Sur pcinpact.com"L'INPI censure le Libre : Interview d'Isabelle Vodjdani" sur PCinpact
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Konopsoproctotrype putatif
Konopsoproctotrype putatif
Où l’on voit qu’un institut (l’INPI) similaire à de nombreux autres organismes qui parsèment la France et l’Union européenne, se transforme très facilement en outil de propagande.
L’INPI a un rôle technique ; cependant, cette technique, théoriquement « neutre » et sensément destinée à donner toute sa place à la voix de l’ « expert », se met très aisément au service des intérêts que cette technique (le brevetage) sert.
Cette technique dispose d’un arsenal de légitimation : ils ont le droit de propriété inscrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ils ont l’histoire de l’évolution du droit de la propriété intellectuelle, ils ont une théorie économique qui dit que le marché ne fonctionne que lorsque les droits de propriété sont parfaitement établis... ils ont en quelque sorte une culture, un peu inscrite en nous, et qu’ils n’hésiteront pas à graver si ça ne rentre pas parfaitement.
D’où cette capacité qu’ils ont à produire de beaux discours, qui s’intègre dans cet « univers de bonnes intentions » de la technocratie - on donne sa voix à tous ceux qui ont des connaissances techniques sur un sujet (tenants de la rigueur sur les brevets et partisans des diverses formes de copyleft et d’open source), et qui peuvent contribuer, qu’importe si en réalité leurs définitions des objectifs du débat sont complètement différentes.
Je ne peux m’empêcher de tracer le parallèle avec le modèle de prise de décision au sein de l’Union européenne, acteur incontournable dans le domaine de la propriété intellectuelle, qui fait de l’ouverture à toutes les influences un principe de fonctionnement, sans que la transparence y soit toujours de la partie.




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