enquete 15/11/2007 à 02h00

Photojournalisme : « Trop de people, pas assez de rêve »

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Paris photo 2007 ouvre ses portes dans un contexte de crise de vocation et de gros sous pour la profession.


Manifestation indépendantiste à Tbilissi, en Géorgie, en 1989 (Patrick Zachmann/Magnum)

« Nous sommes dans une période de grand questionnement. On se demande comment on va continuer à exercer notre métier. » Jean-Luc Luyssen, de l’agence Gamma, est inquiet, comme beaucoup de ses confrères. Le photojournalisme est confronté à une crise à la fois technologique, économique et à une quête de sens.

Sur chaque événement, un passant prend des photos et les diffuse. Magnum Photos, la coopérative fondée en 1947 autour d’Henri Cartier-Bresson et Robert Capa, conserve son aura et son succès, mais les grandes agences en « A » -Gamma, Sipa et Sygma- qui faisaient de Paris la capitale du photojournalisme dans les années 70, ont perdu la majorité de leurs effectifs et leur indépendance. Le reportage photo au long cours fait moins recette que la photo people.

Paradoxalement, le festival Visa pour l’image de Perpignan bat tous les records. Il a attiré plus de 3 millions de visiteurs depuis son ouverture, en 1989, en augmentation chaque année jusqu’aux 183287 entrées de la dernière édition, en septembre. « Les gens se pressent pour voir des photos dont tous les journaux me disent qu’elles n’intéressent personne », s’étonne son directeur, Jean-François Leroy. Ce qui le frappe le plus touche à l« ’écriture » photo :

« Cette année, 157 photographes m’ont proposé des séries sur les Don Quichotte du canal Saint-Martin. Que du portrait. »

Pour lui, cette évolution de la photo pose problème : « L’accumulation d’histoires individuelles ne me raconte aucune histoire collective. » Jean-Luc Luyssen, qui constate la même évolution, s’interroge : « On ne va pas tous se mettre à faire du portrait ? “

‘NIveau zéro de l’information’

Pour le photographe de Gamma, on assiste en ce moment à ‘une disparition du photojournalisme de terrain au profit d’une photo qui lisse. Pour moi, c’est le niveau zéro de l’information’. En cause, selon lui, ‘la philosophie du people qui arrive sur une autre partie du news, le politique’. La ‘philosophie du people’, c’est le contrôle de l’image par des attachés de presse ou par les objets des photos eux-mêmes. Quitte à accepter quelques retouches, et, du coup, que l’information cède le pas à la communication.

Chef du service photo de Télérama après avoir dirigé pendant dix ans celui de Libération, Laurent Abadjian a trouvé ‘dingues’ les dernières photos de Cécilia Sarkozy : ‘Ce n’est plus réél.’ ‘C’est du people contrôlé’, confirme Jean-François Leroy. ‘Je n’ai rien contre le people. Le problème, c’est quand toute l’actu devient people. Aujourd’hui, il y a trop de people, et pas assez de rêve.’

Autre ancien chef du service photo de Libération, Louis Mesplé (qui tient le blog ‘On est là pour voir’ sur Rue89) considère que les supports de presse sont responsables de cette dérive :

‘Il faut délier les photographes de leur support. Les premiers sont sur le terrain, alors que les seconds font du people car ils sont liés à l’idéologie du moment.’

Pour lui, c’est certain : ‘Ce n’est pas l’opinion qui dicte leur conduite aux médias, ce sont les médias qui forment l’opinion.’ Pour Laurent Abadjian, la baisse de la place accordée aux conflits explique en partie le recul du photojournalisme :

‘Les journaux parlent de moins en moins des conflits, car depuis la chute du mur de Berlin, ceux-ci engagent de moins en moins de débat d’idée. Aujourd’hui, il s’agit surtout de conflits régionaux que le public a du mal à comprendre, et qui renvoient à un sentiment d’impuissance. C’est difficile de prendre position, et le lecteur se sent exclu. Pour moi, c’est la raison la plus importante de la perte d’espace du photojournalisme dans la presse.’

Dans ces conditions, comment parler des conflits ou de l’actualité internationale ? ‘Soit par le prisme d’un ’people’ qui s’engage, soit en suivant un acteur ou une victime de l’actu’, continue le journaliste de Télérama. Il cite en exemple le travail d’Olivier Jobard (agence Sipa), qui a suivi le parcours d’un immigrant du Cameroun jusqu’en France. ‘Une vieille recette de Life, qui marche parce que le sujet a une colonne vertébrale.’

Publicité et marketing ont pris le pouvoir

Plus que la crise de sens ou la concurrence des amateurs -qui ont signé ‘les images les plus fortes du 11-Septembre’ selon Laurent Abadjian-, le problème du photojournalisme est avant tout économique. Résultat, ‘la publicité et le marketing ont pris le pouvoir dans les rédactions’, estime Patrick Zachmann, membre de Magnum Photos depuis 1990. Laurent Abadjian raconte que lorsqu’un sujet sort un peu de la norme : ‘Les services marketing nous disent que ça risque de faire baisser les ventes. Le marché est fragile, le lecteur est volatile.’

‘Une loi criminelle’ sur les pigistes


Göksin Sipahioglu, fondateur de Sipa (Audrey Cerdan/Rue89)

L’application de la loi sur les pigistes a aussi fait des dégâts sur les agences de photojournalisme autrefois indépendantes : sur le produit de la vente d’une photo, la moitié de ce qui revient à l’agence part en charges sociales. ‘C’est une loi criminelle’, juge Göksin Sipahioglu, le fondateur de l’agence Sipa, qu’il a revendue en 2001 à l’industriel Pierre Fabre.

‘Ce qui est pertinent pour les articles ne marche pas pour les photos, qui sont vendues plusieurs dizaines de fois.’

Selon lui, le coût élevé des reportages est le premier frein à l’essor du photojournalisme (voir la vidéo)

 :

Aujourd’hui, le paysage du photojournalisme est donc dominé par les trois agences filaires -AP, AFP et Reuters-, qui produisent peu de grands reportages, et par Getty Images et Corbis (propriété de Bill Gates, qui a absorbé l’agence Sygma), qui font peu de news. Gamma appartient de son côté à Green Recovery, un groupe spécialisé dans la reprise d’entreprises en difficulté, qui rassemble aussi les agences Rapho ou Keystone sous le nom d’Eyedea.

La solution économique réside dans des structures les plus légères possibles. Dans les pas de Magnum, différents types de coopératives portent un photojournalisme exigeant, comme VII, créée par James Nachtwey, ou Noor (créée en septembre sous l’égide de Stanley Greene). Des collectifs comme Tendance Floue ou L’Oeil Public sont installés, et une fédération de pigistes comme Fedephoto fonctionne bien. Tous ont compris que le renouveau passe par des activités rémunératrices -comme la publicité ou le ‘corporate- pour financer les reportages. Mais aussi par une différenciation par rapport au ton photographique des grandes agences, de plus en plus standardisé.

Salon Paris Photo, au Carrousel du Louvre, jusqu’au 18 novembre. Entrée 15 euros. Renseignements pratiques sur le site web.

Vidéo : Audrey Cerdan (Rue89)

Photo de Une : A la fashion week de New York (Lucas Jackson/Reuters)

Merci à Patrick Zachmann (Magnum) pour la mise à disposition gracieuse de sa photo.

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  • Philippe Leroyer
    Philippe Leroyer
    auteur & photographe
    • Posté à 04h38 le 15/11/2007
    • Internaute 3582
      auteur & photographe

    Je viens de me prendre une belle claque, de celle qui retourne la tête, sur la partie traitant du portrait. Forcément, faisant principalement du portrait, je me sens concerné... et un peu con, sincèrement.
    Comme quoi, à 3 : 56, on peut voir pas mal de ses habitudes (plus que convictions ici) balayées pertinemment en 5 lignes.
    J’aurais souhaité tout de même y ajouter un bémol modeste : le portrait, c’est ce qu’il y a de plus simple à faire... lorsqu’il ne se passe rien.
    Partir sur le théâtre des opérations, là où l’on peut ramener de la photo plus profonde, plus porteuse de sens, plus « active » demande non seulement une volonté (qui fait défaut à la base à de nombreux photographes qui préfèrent la facilité du portrait en bas de chez eux) mais également des moyens (que tout le monde n’a pas). Pour ma part, si j’ai la volonté, les moyens me manquent actuellement cruellement.
    Ce n’est pas une véritable excuse non plus, bien sûr.
    De même que d’aller au-delà du portrait, dans un travail photographique de fond sur un sujet qui se trouve à portée géographique, demande un travail journalistique beaucoup plus important. Donc des moyens.

    Assez parlé de mon jardin et de ma petite pierre personnelle ceci dit.
    Le malaise, le problème auxquels se confrontent les professions de l’image d’actualité sont bien plus complexes évidemment.
    Cet article en donne un très bon aperçu, notamment au travers de l’interview de Göksin Sipahioglu.

    Un aspect de la réflexion m’a rappelé une plainte lue à plusieurs reprises dans les commentaires ici, à savoir la disparition du journalisme d’investigation.
    C’est avant tout un problème économique.
    D’un côté, la responsabilité aux « décideurs » éditoriaux et leur frilosité face à la dictature des chiffres et de l’humeur estimée du lectorat.
    D’un autre, la responsabilité au lectorat... qui non seulement se tourne en priorité et en masse vers la presse people, mais également vers les sources d’informations gratuites (laissant de fait l’entier pouvoir financier entre les mains des annonceurs, des actionnaires, et des groupes financiers).

    Un autre aspect est l’immédiateté obligatoire aujourd’hui de l’information.
    D’expérience, en couvrant un évènement d’actualité que couvrent plusieurs photographes, si vous voulez avoir une chance de vendre votre photo, il faut qu’elle soit partie au plus tard 20 minutes après avoir été prise.
    Plus de recul, tout à chaud, ne parlons même pas de qualité, de tri, de retouches de base...
    Bien sûr les médias ont une part de responsabilité (un des aspects contre-productifs de la concurrence... le premier l’emporte). Mais le public aussi, qui après avoir vu des images immédiates d’un évènement veut passer à autre chose sous peine d’ennui.

    Alors oui, tout le monde a une part de responsabilité.
    - Rue89 a une part de responsabilité en offrant un accès gratuit à l’information, se privant ainsi de la seule entrée d’argent indépendante.
    - J’ai une part de responsabilité en proposant gratuitement mes photos à ce site, court-circuitant ainsi le travail d’autres photographes.
    - Vous, lecteurs, avez une part de responsabilité en « consommant » la presse (papier ou internet) gratuite.
    Mais tout le monde a une bonne raison.
    - Rue89 exploite un créneau qui permet de diffuser à grande échelle une information plus indépendante que celle des grands groupes.
    - Je m’offre une vitrine dans l’espoir de percer ainsi dans un milieu plus que fermé.
    - Vous faites des économies sans vous couper de l’information.
    Chacun y voit donc un intérêt plus ou moins personnel, sans pour autant voir, ou sans vouloir prendre en considération, le prix final à payer.
    Car dans un monde capitaliste (sans jugement sur cette notion) la gratuité n’existe pas. Elle est un leurre, une illusion... qui se paie toujours. Tôt ou tard. Par quelqu’un ou quelqu’un d’autre.
    Ici, le prix est payé par les professionnels d’une part, qui se trouvent asphyxiés, et d’autre part par la « production » elle-même, qui voit son niveau qualitatif chuter dramatiquement. Ce qui revient en pleine tronche du public au bout du compte.

    Mais si demain rue89 devenait payant (oh, pas forcément très cher), ce qui permettrait, entre autres, de payer les gens qui y contribuent, combien d’entre vous, lecteurs, seraient prêts à mettre la main à la poche et continuer à consulter quotidiennement ces pages ?

    (en attendant, Paris-Photo aura mes 15 euros d’entrée vendredi, c’est un passage obligé et que je recommande à tous ceux d’entre vous que la photo intéresse un tant soit peu).

  • Anonyme

    merci de la parte d’un vieux photographe (30 ans d’activité, ex de la pub) ... je suis encore bien payé parfois, mais je me rende compte que quelque chose change pour moi et en général
    Je donne volontiers de cours ... demain à CAFA a Pékin, pour chercher de voir la solution des jeunes ... c’est qu’est sure, c’est qui’ils sont sure de la trouver ... je dévine un melange de youtube et Rue89 ... je voudrais bien être là

  • Anonyme

    Photojournalisme : « Trop de people, pas assez de rêve »
    L’article de Philippe Leroyer à bien résumer cette situation et « les responsabilités ».
    Le titre de votre article implique la question et sa réponse.
    Pour ce qui concerne le rêve et la poésie il existe un photographe qui est dans cette tendance ;
    voici son site et son blog. Je tiens à dire que je ne le connais pas personnellement . Son blog est particulièrement intéressant car il présente chaque jour une photo de nos vies ».
    Je m’y rend quotidiennement et je retrouve cette poésie qui manque en matière de photos ici ou la.
    Son site : Lien
    Son Blog : Lien
    Merci pour votre article.
    Etienne Lejeune ( Prof d’art plastique à Besançon)

    • Anonyme

      En effet, je suis d’accord avec vous. J’ai souvent vu des photos de lui sur l’excellent blog de Pierre Assouline « La république des livres. »Lien
      Et son travail photographique est effectivement d’une qualité rare.
      Séverine Gurney.

    • Anonyme

      Tout à fait d’accord au sujet des photos d’Henri Zerdoun. Son nouveau blog offrant une photo quotidienne étend la gamme du rêve offert déjà dans ses séries et livres. Je m’y rend tous les jours pour respirer.

      Lionel Dersot

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 08h07 le 15/11/2007
    • Internaute 7181
      actif et militant ?
  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 08h10 le 15/11/2007
    • Internaute 7181
      actif et militant ?
  • Anonyme

    Je relève une certaine contradiction dans votre titre, trop de people pas assez de rêve, alors que les sujets people sont fait pour faire rêver et que le « vrai » photojournalisme servirait à prendre conscience ou faire réfléchir. De toute façon le traitement de l’info par l’écrit, la video ou la photo me semble se dégrader sans cesse, les différents médias rabachent les mêmes sujets dans une hiérachisation douteuse, personnellement le m’informe auprès de titres ou de sites qui me semblent les plus indépendants possibles, notamment des annonceurs publicitaires et de l’idéologie dominante. Quant à ma pratique de la photographie ce n’est pas elle qui fait bouillir la marmite...

    • Anonyme

      Entièrement d’accord avec 8h42, il y a de moins en moins d’information de qualité, qu’elle passe par la photo, le texte, la vidéo ou le son.

      Cela va d’ailleurs aussi au delà du journalisme : Il n’y a plus de place dans notre pays que pour des lècheurs de cul. Dans bon nombre d’institutions privées ou publique, regardons qui a fait carrière et comment... le critère de qualité et de compétence est rarement celui qui prime.

  • Chlore
    Chlore
    Plurium interrogationum
    • Posté à 09h30 le 15/11/2007
    • Internaute 21035
      Plurium interrogationum

    Désolé mais je n’attends pas du rêve d’une photo du moins pas celle d’un photojournaliste !
    Juste qu’elle me raconte une histoire vraie et utile à l’information et à la compréhension (connaissance) du monde dans lequel nous vivons. Après, qu’elle fasse rêver ou cauchemarder est une autre... histoire

  • Anonyme

    Magnum... merci de ne pas oublier les autres fondateurs : George Rodger et David « Chim » Seymour. En les omettant vous illustrez parfaitement la responsabilité de la presse : faire dans le célèbre et le connu, moins fatigant.

    Par cet article, vous abordez un problème qui date déjà d’une bonne dizaine d’annees, la mort du photojournalisme.
    M. Mesplée déclare les supports responsables : vrai !
    Ils sont à l’origine de la disparition du métier (et de la dérive vers le people, image ou texte).
    M. Abadjian ajoute une vérité : plus de débats d’idées. Mas sur ce point la raison est différente : un couvecle a été refermé sur l’info et pas seulement du fait des politiques ou des financiers. Parler des conflits est devenu impossible, on le voit même ici.

  • Anonyme

    N’est-ce-pas paradoxal de déplorer la crise économique du photo-journalisme et d’illustrer ce propos par une photo gracieusement « mise à disposition » ?
    Louise

    • Pierre Haski
      Pierre Haski
      Cofondateur Rue89
      • Posté à 11h24 le 15/11/2007
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Non, c’est juste une illustration involontaire du propos, c’est-à-dire le fait qu’il n’y a pas encore de modèle économique sur l’internet qui puisse prendre le relais de ce ue ne fait plus la presse traditionnelle sur la photographie. On aimerait, mais on en a pas (encore) les moyens. Le vrai paradoxe, c’est que ceux qui en ont les moyens ne veulent plus.

      • antoinelecanut
        • Posté à 15h05 le 15/11/2007
        • Internaute 220

        Pierre, tu avouras qu’il y a pour le moins un coté « piquant » dans cet article, que je trouve par ailleurs très intéressant.
        D’une part il pointe, comme une des nombreuses causes du déclin du photojournalisme, le fait que « sur chaque événement, un passant prend des photos et les diffuse », alors que c’est quand même, au moins en partie, un peu le principe de fonctionnement de Rue89 ; et que d’autre part on remercie « Patrick Zachmann (Magnum) pour la mise à disposition gracieuse de sa photo. »
        Ne sommes nous pas là en pleine contraction, à minima sur le point financier, par rapport à ce que veut dénoncer cet article.

        Cordialement,

        Antoine

  • Anonyme

    Qu’avez-vous lu ces dernières 24 heures sur internet, sur quels sites vous êtes vous rendus, combien de chaînes de TV avez-vous regardé, combien d’articles avez-vous parcouru dans les journaux, combien de radios avez-vous zappé ?
    Le même nombre peut-être que les précédentes 24 heures, car nous faisons presque toujours le même trajet. Après un réveil au son de France Info, nous entrons très tôt dans le monde de l’image : un coup de matinale sur Canal, une visite sur Rue89, un oeil dans le quotidien régional, ... un retour sur FR3 région, un passage éclair sur LCI...
    Finalement on retient approximativement le trajet mais assez mal ce qu’il nous a fait découvrir, encore moins ce qu’il nous a permis de comprendre. On s’informe, on se tient au courant. On voit beaucoup : de l’image pro, de l’image amateur sans distinction, sans exigence, sans se demander ce qui a le plus de prix (contenu informatif). On se rince à l’œil (la gratuité est la clé du problème). Si le lecteur ne met pas la main à la poche, c’est l’industriel qui le fera, c’est aussi la facilité qui règnera (règne déjà) : un boulevard pour le people. Le phénomène ne fait que s’accélérer avec l’extraordinaire puissance de feu d’internet. Faut-il à tout prix chercher à remporter ce sprint permanent ? Est-ce la solution pour des médias de qualité, est-ce la voie pour ne pas se contenter de satisfaire notre inclination au voyeurisme et à la facilité (la consommation) ?
    Et les photos pros ont quelque chose que les autres n’ont pas : il suffisait de voir la rétrospective 2001-2006 de l’agence Reuters au Prix des correspondants de Guerre de Bayeux (14) (Lien). Une grande claque ! Le photojournalisme n’est pas mort, il est nécessaire et il intéresse. Il faut qu’il se trouve une nouvelle place et de nouveaux espaces.
    Le Bouffon

    A lire sur le sujet : Lien

    • Anonyme

      La gratuité donne effectivement les cordons de la bourse et donc un certain pouvoir aux annonceurs pour dicter le contenu.

      Mais faire payer le lecteur, ce relève déjà de l’hypothèse dans la mesure uù il existe une concurrence gratuite, ce n’est pas non plus privilégier la qualité et le contenu.

      Les newzmagazines ont vu leur ventes chuter, regarder LIFE qui s’est éteint après des décennies de bons et loyaux services et de reportages (y compris photo).

      Entre un magazine CLOSER ou PUBLIC à un euro et un journal X, à supposer que quelqu’un veuille le lancer, qui fasse du reportage-photo sur les conflits africains ou la banlieue, que croyez-vous que le lecteur moyen va acheter, en quelques secondes, sur le quai de la gare en attendant son train....

      C’est comme promouvoir un service public télévisuel de qualité, tout le petit monde parisien et journalistique troue çà formidable mais personne ne regarde.

      Ou alors c’est le joujour de nos Princes, porté à bout de bras par le contribuable, style TV5 ou RFI.

      Le problème du photojournalisme c’est surout qu’il donne à voir le monde et l’homme, ce qui est, les chiffres de vente parlent d’eux-même, beaucoup moins intéressant que HOLLYWOOD et Paris HILTON.

      Le fait que de nombreux photoreportages ou travaux de fond, qui demandent non pas forcément beaucoup de moyens mais surtout du temps et de la maturation, se retrouvent au FESTIVAL de PHOTOJOURNALISME ou chez des galeristes parisiens, est symptomatique de son statu actuel : une relique de musée, remplacée par la vitrine clinquante du people qui se regarde le nombril et qui est en une des présentoirs parce qu’il s’est fait refaire les seins.

      Le journaliste n’y est pour rien, c’est la loi de proximité, non ?

      Une société qui se regarde le nombril lit des nouvelles de stars qui parlent de leurs nombrils.

      Des lecteurs qui ont arrêté de penser lisent la production des rédactions qui ne les forcent pas à réflechir.

      C’est humain, je suis bien d’accord avec vous pour le reste, Le Bouffon.

  • Anonyme

    Helas, ce probleme est general.

    Si on (les médias) arretait de faire croire au citoyen lambda qu’il suffit de chanter dans sa douche pour etre chanteur, de faire rire son entourage pour etre comique, d’avoir de longues jambes pour être top modele, d’avoir son blog pour etre écrivain ou journaliste et d’avoir un appareil photo (quelque soit sa forme) pour être photo reporter, le monde se porterait vraisemblablement bien mieux.

    Hugo C Toorop.

  • Anonyme

    Bonjour,

    Sans faire de pub, voici deux supports et évolutions du métiers de photojournaliste intéressantes :

    Lien

    Lien

    Le reportage photo trouvera complètement sa place sur le Web et peut-être de nouveau dans la presse imprimée lorsque les grands médias en auront fini avec le copier/coller de leur version papier sur le Web.

    Bonne journée à tous

    Dan

    • leblase
      • Posté à 13h47 le 16/11/2007
      • Internaute 22335

      Je suis d’accord avec toi sur le fait que c’est aux journalistes d’être acteurs de leur métier.
      Un autre exemple d’évolution :

      Lien

      Bonne journée

      Leblase

  • Anonyme

    Article très intéressant. Le web pourrait être un débouché, mais je déplore toujours l’éloignement des crédits photo. Un journaliste rédacteur (j’en suis un) tolérerait-il d’avoir sa signature repoussée en fin de canard, comme le photographe de Magnum ici voit son crédit renvoyé en fin d’article ?

    • Augustin Scalbert
      Augustin Scalbert
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 19h14 le 15/11/2007
        rédacteur
      • Journaliste 27
        Journaliste

      Non, en fin d’article c’est un remerciement. Le crédit est -conformément à la charte graphique de Rue89- sur la photo elle-même : placez votre souris dessus, et vous verrez une légende et le crédit.

  • Antonin Leguar
    • Posté à 15h33 le 15/11/2007
    • Internaute 4883

    La préférence pour le portrait est indissociable de l’émergence du « storytelling management » (voir notamment Christian Salmon « Une machine à fabriquer des histoires » Le Monde Diplomatique novembre 2006 Lien).
    En particulier, des économistes ont montré que non seulement l’histoire personnelle est plus efficace que les données générales pour susciter des dons humanitaires, mais encore que l’ajout de données générales à une histoire personnelle réduit l’impact de cette dernière (« To Increase Charitable Donations, Appeal to the Heart – Not the Head » Knowledge@Wharton June 27, 2007 Lien).

    Le photographe d’art allemand Andreas Gursky traite magnifiquement de la perception contemporaine de l’opposition entre individus et groupes en soulignant l’individualité de visages désindividualisés (Andreas Gursky (a conversation with Veit Gorner) « … I generally let things develop slowly » (included in the book published by Cantz Verlag) PostMedia Lien & Andreas Gursky (propos recueillis par Michel Guerrin) « Andreas Gursky, le grand spectacle de la banalité » Le Monde, 21 février 2002).

    Je ne pense pas que les références que je communique résoudront les problèmes posés par cet article mais peut-être aideront-elles son auteur et ses lecteurs à approfondir leur réflexion. En particulier, le fait que je reconnaisse la puissance discursive du story telling management n’implique ni que je m’en réjouisse, ni que je pense qu’il n’est pas possible de lui opposer d’autres procédés rhétoriques. Bien sûr, il n’est pas possible d’altérer les photos à fonction documentaire comme le fait Gursky, mais peut-être est-il possible d’y subvertir le storytelling management par des moyens que j’ignore puisque je ne suis pas photographe professionnel.

    • Augustin Scalbert
      Augustin Scalbert répond à Antonin Leguar
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 19h19 le 15/11/2007
        rédacteur
      • Journaliste 27
        Journaliste

      Merci, Antonin, pour votre commentaire, qui me permet effectivement d’approfondir ma réflexion. Votre remarque sur le don humanitaire est intéressante quand on la met en regard de ce que dit Laurent Abadjian dans l’article...

      Par ailleurs, signalons qu’une critique du dernier livre de Christian Salmon sur le storytelling sera très bientôt en ligne sur Rue89.

  • Anonyme

    On en a marre de Leroy et de Sipahioglu en vieux papes du photojournalisme.

    Le photojournalisme racoleur et le people ne sont pas très éloignés.
    Leroy en donneur de leçon du photojournalisme, ça me fait bien rire.

    Cette année à Visa pour l’Image, dans une grande expo sur les banlieues, on pouvait voir la photo de 3 jeunes jouant à la playstation avec la légende suivante :
    « Les jeux vidéos empêchent les jeunes de traîner dans la rue. »
    Toute l’expo était de cette teneur.

    Nous avons besoin aujourd’hui d’une vrai réflexion sur le photojournalisme.
    .

    « Je n’aimerais pas être dans la peau d’un photoreporter, car leur position est extrêmement ambiguë. Ils sont à la fois dans l’événement et en dehors. Leur implication est éphémère. Ils sont a priori solidaires des victimes et de la détresse humaine mais leur place naturelle est de l’autre côté, avec ceux qui regardent et laissent faire. Ils sont irresponsables au sens où ils n’interviennent pas. Leur irresponsabilité est proche de celle du consommateur des photos. Ils tendent aux victimes le miroir de leur détresse avant d’envoyer l’image de l’ » autre côté « pour être commercialisée et consommée.

    Il y a une forme de meurtre dans la photo de presse. Tous ces gens qui crèvent de faim et donnent leur image, jamais on ne pourra payer la dette qu’on leur doit. Surtout dans une économie mondialisée. Cette douleur photographiée est un gisement de matières premières qui permet de faire tourner l’économie de l’information. Le témoignage est une justification. Il n’existe que si nous vivons dans un temps de mémoire, qui induit recul et jugement. A partir du moment où nous vivons dans un temps réel, où les événements défilent comme dans un travelling, le temps de la réflexion est court- circuité. L’écran a brisé la distance entre l’événement, l’image, la perception. L’écran fait écran à l’imagination. Et quand l’imagination n’est plus possible... »

    Jean Baudrillard in Le Monde

  • Erwan69100
    • Posté à 16h42 le 15/11/2007
    • Internaute 14567

    pour le journalisme écrit comme pour le photojournalisme, le gros problème c’est aussi la retranscription de l’information. Les deux professions perdant lentement leur réflexion et le recul nécessaire pour créer des informations pertinentes et justes. De moins en moins de fond pour beaucoup de forme. Une réponse à la demande des lecteurs ?

    J’ai une citation (un peu bêbête) qui me plait bien :
    « La population s’avilit uniquement parceque l’on travaille à l’avilir »

  • Anonyme

    La « crise du photojournalisme », vaste sujet qui anime bien des débats ! Mais au delà des diagnostics qui se recoupent (en vrac : la photo amateur bradée, la réduction des budgets, l’hégémonie de la photo d’actualité au détriment du reportage, la concurrence de la vidéo, etc.), on ne voit guère de solution. Le paradoxe, c’est que le photojournalisme de qualité se retrouve enfermé dans des expos, galleries et « beaux livres », alors que sa vocation est de montrer, de témoigner, d’expliquer, de faire réagir, et donc, de toucher un maximum de gens. Que Nachtwey obtienne un succès critique (mérité) avec son bouquin « L’Enfer », c’est bien, mais qui va l’acheter ? ! Quand Luc Delahaye ne prend plus qu’une poignée de photos par an exposées uniquement en grand format, qui les voit ? ! Si les photojournalistes ne sont plus reconnus que par leurs pairs, on tourne en circuit fermé.

  • Nicolas Brousse
    Nicolas Brousse
    Etudiant à Paris
    • Posté à 18h57 le 15/11/2007
    • Internaute 118
      Etudiant à Paris

    Les quotidiens mettent en première page des photos nulles, mal prises, un photographe qui a prend ces photos à coup de vent... je trouve ça hors du commun. Et, c’est tout à fait juste, c’est devenu du « people ». C’est triste car la photographie est un concept fabuleux et la photo est un science, une philosophie qui, hélas, se détruit peu à peu.

  • Anonyme

    Trop de people en France... oui mais il ne faut pas oublier que la loi Guigou (je crois) empêche de faire des photos dans la rue librement donc en France le photographe ne fait plus que majoritairement du people ou du portrait. Il en a un peu assez de se déplacer avec un kilo d’autorisation à faire signer ou récolter un procès pour une barque, une façade, la BNF, un regard, etc.

    Il y a eu un travail intéressant d’un photographe de Magnum sur la banlieue en Grande-Bretagne et en France. Tous les visages « made in France » étaient barrés du désormais célèbre rectangle noir, contrairement à ceux « made in GB ».

  • article33
    article33
    Bourbon's addict
    • Posté à 23h54 le 15/11/2007
    • Internaute 19553
      Bourbon's addict

    Pour aller un chouilla plus loin que la contradiction relevée par plusieurs internautes sur la question de la « mise à disposition gracieuse » d’une photo de Magnum, je réitère ici une question restée sans réponse la semaine dernière :

    Faut-il comprendre dans la réponse de Pierre Haski -qui évoque le manque de moyens des sites webs- que le partenariat Rue89/Tendance Floue annoncé la semaine dernière (Lien) est fait à titre gracieux ?

    De grâce Rue89, si vous voulez jouer le jeu du making-of, il faut le faire de manière un peu plus consistante !

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à article33
      Cofondateur Rue89
      • Posté à 14h49 le 16/11/2007
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Pas de secrets dans cette affaire : ce partenariat n’implique aucune dimension financière à ce stade. Comme vous le savez, Rue89 n’a que six mois d’existence, et n’a pas encore les moyens de payer l’utilisation de photos d’agences telles que TF. Tendance Floue aide au développement de Rue89 en nous ouvrant ses archives, mais aide aussi à faire avancer la réflexion sur la place et l’usage de la photo sur un site internet d’info. Nous essayons de réfléchir ensemble à ce sujet resté largement « orphelin » sur le web, comme nous l’avait dit un des photographes de Libé lors de notre lancement. On est même en régression sur la plupart des sites, par rapport à la presse écrite qui a depuis longtemps défini une place à la photo, même si elle n’a plus vraiment les moyens de ses ambitions. Donc merci à TF de jouer le jeu de cette expérimentation, qui, espérons-le, fera progresser la prise de conscience sur la place et le rôle de la photographie sur un site d’info. Une démarche ouverte à tous, photographes ou simples amateurs, qui veulent faire avancer cette réflexion. Contactez nous.

    • Anonyme répond à article33

      Bla bla bla

  • Anonyme

    Trop de people ?
    Oui et surtout une main mise sur l’information et les supports de presse par des financiers. Ce qui a sans doute pour effet de limiter les photographes dans leur travail (contrôle de l’information). La logique d’information devient une logique de com - marketing.

    Trop de portrait ?
    L’avis de Jean-François Leroy est comme d’habitude exacerbé. L’an dernier il se plaignait d’avoir reçu trop de photos de personnes tendant la photo d’un disparut (sur Tchernobyl je crois).
    Il y a une formidable hypocrisie à Perpignan lorsque l’on voit se pavaner (le mot est faible) directeur photo, rédacteur qui se trouve concerné 1 semaine par an par le photojournalisme de fond alors que ce sont ces même personnes qui ne s’engage jamais lorsqu’il s’agit de publier lesdits reportages de peur de lasser leur lectorat ou dégouter leurs annonceurs.
    La presse magazine ne produit plus de reportage. Elle a peine de quoi les payer. Ce n’est pas le photojournalisme qui est mort, c’est l’âme des gens qui compose ses rédactions et qui n’ont plus leur mot à dire.

    Une mode des images qui ne veulent rien dire
    Pour avoir un coté décalé et se dire que l’on a réinventé la photo de presse. C’est cela la photo de presse aujourd’hui. C’est de la facilité et du faux intellectualisme branché.

    Un statut précaire
    Le statut des photographes a été précarisé. On paye en agessa (au lieu de payer en salaire) comme cela les entreprises de presse paye moins de charge.

    Le photojournalisme est mort pour ceux qui voudront considérer qu’il l’est. Cela n’a jamais été facile de tout temps et c’est à nous de trouver des voies alternatives de financement et de publications quitte à partir moins mais en gardant la même exigence de qualité dans l’écriture.

    Je trouve surtout que c’est la presse magazine qui est morte.

  • Anonyme

    D’abord il ne faut pas confondre le portrait et avec ce qu’on peut voir dans la presse actuellement. La photo ce n’est pas que le photojournalisme ! En revanche c’est le gagne-pain de M. Leroy.
    Replongez-vous dans le travail de Diane ARBUS.
    Pour le dernier trimestre 2007, Sipa press a un procès par mois, de la part de ses employés ou ex-employés. Si M. Sipahioglu comme le nouveau propriétaire de Sipa et comme la plupart des patrons des agences respectaient un peu plus les photographes, par rapport au droit social, la profession s’en porterait que mieux !

  • Anonyme

    Le Photo journalisme... un métier du siècle dernier. La photo n’est plus un art inaccessible, avec une technique « snobinarde ». Et oui, le photo journalisme n’est plus un monde clos. Fini les grands noms inutiles, maintenant la technique a vulgarisé le métier... Reste le studio. That’s all.

  • Anonyme

    Il est intéressant de remarquer combien le débat sur la mort supposée ou non du photojournalisme passionne. Les propos de J.F Leroy comme d’autres ne concernent en réalité qu’une partie de ce photojournalisme moderne, et ne prennent guère en compte une réalité économique qui, comme pour de nombreux autres secteurs, dicte les pratiques.
    Aujourd’hui qu’en est-il ? Les agences françaises, les « A » de Sygma, Gamma, Sipa (par ordre d’apparition), ont perdu leur prestige mais pas seulement. Elles ont également perdu leur utilité, leur légitimité, leur vitalité, et pour certaines leur crédibilité aux yeux des photographes.
    La faute n’en revient ni à Internet, ni à la globalisation, ni aux « Américains ». La faute en revient aux managements erratiques, aux abus de statuts, aux salariés trop payés, et à une certaine idée que la presse ne DOIT pas être rentable, comme si l’argent devait en quelque sorte être le poison de l’information.
    Dans le détail. Le management laxiste des agences ces dernières années ont conduit celles-ci à se reposer sur les acquis des années 80, les archives accumulées par les photographes. Une manne que certains pensaient éternelle, liée au destin brillant des agences.
    Las, la technologie et ses progrès ne font pas de place à l’orgueil. Les dirigeants, pour la plupart d’ailleurs des journalistes ou des photographes, n’ont pas compris que le modèle de distribution allait se mondialiser via internet. Le mythe des 3 A ne pouvait succomber à cette vague numérique, et, drapées dans un ego sans nom, les agences se sont enterrées vivantes !
    Combiné à cela, et c’est un phénomène très français, le statut et les salaires consentis aux photographes staffer de ces agences ont contribué à alourdir considérablement la charge financière, déjà lourde du fait de la numérisation tardive des archives analogiques, tout en interdisant aux « cadres » les possibilités de réduire la voilure sereinement via licenciements.
    Résultat, le coût du photographe staffer étant prohibitif et non-réductible, combines fiscales et entorses légales se sont multipliées pour financer les salaires de photographes devenus de moins en moins rentables.
    Est venu se rajouter à cela, un marché français réduit au simple hexagone (ventes et intérêt), et le sentiment chez les staffer que rien ne pouvait leur arriver puisqu’ils avaient un CDI !
    Aujourd’hui, certains de ces dinosaures sont encore là, les fourchettes de rémunération peuvent varier entre 5000 et 7000€ mensuel, matériel compris (environ 10.000€ tout compris) pour une rentabilité parfois très contestable.
    Quelques agences semblent exiger une véritable rentabilité de la part de leurs salariés, et de fait, tirent leurs épingles du jeux.

    MAIS

    La grande majorité des photographes ne sont pas salariés, pas plus d’ailleurs qu’ils ne sont nantis ou ultra-payés.
    Bien des photographes gagnent à peine de quoi faire vivre leur famille, se voient parfois spoliés de leurs droits moraux et patrimoniaux par des agences peu scrupuleuses qui agissent en toute impunité loin des regards de l’inspection du travail.

    LA REALITE c’est qu’aujourd’hui la France n’est plus le pays du photojournalisme. Si la capitale migre en fonction des point chauds de l’actualité, la plateforme économique est désormais aux Etats Unis. Là bas les photographes font preuve d’une vivacité et d’une énergie confondante, et dont bien de nos collègues français devrait s’inspirer. Malgré l’absence de picture Mag, les histoires fleurissent et chacun y va de son essai photographique multimédia sur internet, de son expo ou de sa projection. Les photographes « people », en surnombre, travaillent 6jours sur 7 toute la journée réalisant parfois entre 4 et 5 sujets par jours.
    Les initiatives sur Internet se multiplient, les réseaux de discussion se renforcent et les associations de photographes font valoir leurs positions.
    N’en déplaise à certains, et même si la stratégie de l’agence concernant le volet musical dernièrement ajouté reste des plus suspect, Getty Images fait du REPORTAGE. Du VRAI photojournalisme. Polaris, Redux, Atlaspress, WPN, ZUMA Press sont des agences TRES présentes et se battent quotidiennement face aux géants de l’industrie.
    Même constat en Allemagne, en Grande Bretagne, Espagne ou Italie, je ne parle pas de la Chine.
    L’état d’esprit est POSITIF, et ne cherche pas à se retrancher sur des positions légales absurdes qui paralysent un système entier, empêche les jeunes talents d’émerger au profit de vieilles figures du photojournalisme cramponnées à des acquis dont plus personne ne profite.

    LE PHOTOJOURNALISME VA BIEN MERCI, c’est le photojournalisme Français qui meurt et que l’on ne finit pas d’enterrer années après années aux détriments des jeunes pousses.

    Bien sûr on ne peut nier un certain marasme de l’industrie en général, mais les solutions existent. Elles passent par la ré appropriation d’une profession par ses professionnels. Elle passe par une communication neuve et une ré affirmation des nouveaux enjeux.
    Elle passe par une unification des photographes et une prise de contrôle de leur outil de distribution.

    Dernier point, si le metier à peur des amateurs, il doit bien se rendre compte qu’aujourd’hui, si les amateurs connaissaient les revenus des professionnels... ils ne chercheraient certainement pas à se prendre pour des pros !
    Notre profession est en danger, parce que nous la méprisons nous même, et parfois, que nous méprisons nos propres collègues.

    • Philippe Leroyer
      Philippe Leroyer
      auteur & photographe
      • Posté à 15h01 le 18/11/2007
      • Internaute 3582
        auteur & photographe

      Très intéressant... et bien argumenté. Merci pour cet apport.
      Ceci dit, comme souvent, cela aurait encore plus servi votre propos si ce n’était resté sous la signature « courageux anonyme ».
      (Oui, je continue de dire que de savoir qui est l’intervenant aide à placer son intervention dans un contexte non dénué d’intérêt)

      Je dis ça, hein...
       :)

    • Anonyme

      « LA REALITE c’est qu’aujourd’hui la France n’est plus le pays du photojournalisme. Si la capitale migre en fonction des point chauds de l’actualité, la plateforme économique est désormais aux Etats Unis. Là bas les photographes font preuve d’une vivacité et d’une énergie confondante, et dont bien de nos collègues français devrait s’inspirer. »

      Je suis pour d’accord avec ceci....

      MAIS.... il ne faut pas être aussi naïf toutefois. Etant moi même ancien journaliste et ayant fait depuis l’Ecole de Guerre Economique entre temps, je ne peux que relever votre confondante naïveté dans votre analyse concernant les objectifs américains réels en matière de « reformatage culturel de l’info par l’image » en France. « Shapping the mind » est bien leur devise dans le contexte actuel de guerre de l’info !

      Et les rachats massifs d’agences au début des années 2000 était bien un plan parfaitement concerté. Ils n’ont eu qu’à surfer en effet sur l’inconsistance des anciens patrons d’agences aux bilan financiers médiocres, pour les soumettre justement financièrement, via des rachats massifs ou des prises de participations d’Hedge Fund agressifs.

      De tout temps, via le truchement de ses diverses fondations, le Département d’Etat Américain encourage la production d’images et de reportages pro-américain, dans le monde, adoptant un point de vu très AMERICAIN ! Les agences françaises exprimaient à leur goût, une vision beaucoup trop alternative allant souvent contre les intérêts et la stratégie économique américaine. Il leur a fallu faire quelque chose et vite !

      Ceci n’a pas été rendu très compliqué, compte tenu de l’incompétence crasse de bon nombre de petits patrons d’agences. Le manque de liquidité et les mauvais investissements ont fait le reste à n’en pas douter !

      Dommage que beaucoup de journalistes ne possèdent absolument aucune culture du renseignement en france, afin de considérer enfin ces processus de « soumission culturel » avec beaucoup plus de dicernement !

  • Anonyme

    Pour placer mon intervention dans son contexte, je suis photographe d’agence.

    • Anonyme

      On l’avait tous deviné... Je suis moi même un ancien du staff de la rédaction d’un magazine d’actu appartenant à un grand groupe !

      Pour ton information dans ce domaine des psyop’s et autres opérations d’influences à travers les médias, je ne peux que t’orienter vers la lecture des sites suivant, afin que tu puisses investiguer par toi même ces thématiques d’influences complexes et non-conventionnelles :

      Lien,
      infoguerre.com, ege.fr,
      site de l’IHEDN,
      site de l’IRSE : Lien,
      le site spyworld : Lien, Lien, SGDN : Lien,

      ainsi que les blog et moteurs suivant :

      Lien,
      Lien,
      Lien, Lien, Lien, Lien,
      Lien,
      Lien

      .... etc

  • Anonyme

    En ce qui concerne le filtre politique Américain appliqué à l’info je ne peux qu’être d’accord avec « Courageux Anonyme 21/11 14h18 ». En somme, ce n’est pas sur la façon dont est traité l’information aux Etats-Unis que je plaçait mon point de vue, mais plutôt sur la capacité de la profession à s’organiser, se fédérer et s’animer. il suffit de faire un comparatif entre les deux associations Freelens (La française et l’Allemande), on peut noter que nos amis d’outre-Rhin sont eux aussi nettement plus dynamique que nos collègues français. A voir également la NPPA (US), la WHNPA (US) Editorial Photographers (UK) et j’en passe... les « Club de la presse » français n’ont qu’a bien se tenir.

    Par ailleurs, si la guerre d’influence médiatique est aujourd’hui menée tambour battant par le gouvernement US, il ne faut pas oublier que l’AFP, service d’information unique en son genre et dont l’Etat Français est le propriétaire, est depuis longtemps un des bras diplomatique de l’hexagone, destiné à promouvoir et diffuser la culture et les valeurs françaises à travers le monde.

    Enfin, si lors de la première Guerre en Irak, Luc Delahaye (Magnum) et une dizaine d’autres photographes Européens baptisés les « FTP » (Fuck The Pool) avaient pu échapper au filtre passe-bas de la censure militaire Américaine, il est bon de souligner qu’aucune des images qu’ils ont produit à cette époque n’ont été publié. Preuve que ce ne sont pas les photo-journalistes et leur éthique qu’il faille remettre en cause, mais bien les éditeurs d’information.

    Quant à la vague de rachat de 2000, et notamment celle de Sygma par Corbis, elle n’a eu pour effet que de retarder l’émergence d’une réalité économique dépassant le cadre de l’industrie photographique, à savoir la perte de vitalité et de compétitivité Française sur la scène internationale.
    Les efforts de sauvetage par les autorités françaises de la dernière « Grande » agence qu’était Gamma ont d’ailleurs été dévastateurs. Après s’être vu imposé la reprise du « paquet d’agence » pour des raisons de patriotisme économique, GHFM en a délaissé la gestion et a creusé un peu plus profond le trou dans lequel le photo journalisme français allait être enterré.
    Fût-elle pour préserver l’exception culturelle et le regard critique des photographes européens, cette manœuvre n’a servi qu’a en précipiter la décrépitude !
    Hélas.

    • Anonyme

      Il va vraiment falloir que l’on se rencontre cher anonyme, car votre prose me semble fort instruite sur ces thématiques qui me sont chères comme vous ! :)

      Pour ma part, ce que j’avançais dans le post précédent et le fait de mes acquis de connaissances en matière d’infoguerre et d’opérations d’influence, issues de mon passage à l’Ecole de Guerre.

      Le patriotisme économique comme la défense de nos intérêts bien compris, sont vécu chez nous, comme une bataille d’arrière cours, faute d’une vraie culture du renseignement pour l’essentiel...

      Alors que les anglo saxon en ont fait depuis longtemps un metier de seigneurs et leur cheval de bataille depuis Clinton, avec entre autre la réorientation de leurs forces et de leurs effectifs sur des terrains plus économiques (Advocacy Center, etc...)

      Les éditeurs d’informations sont tous aux ordres du marché et de ses exigences grandissantes en terme de rentabilité. Ce modèle économique lui même nous a été « inculqué » il y a plus de 50 ans, telle une arme dormante, au sein de nos propres institutions, pour ravir notre puissance d’alors et structurer nos sociétés en devenir selon des critères profitant à nos « adversaires et amis ».

      Aujourd’hui, les jeux sont fait ! Les agences US régulent, alimentes, et pilotent les flux d’images. Et cela bien sagement de New York, « en bon père de famille »...

      Bien que l’AFP (ou encore France 24) a bien la mission que vous dite, leur approche et les investissiments qui y sont consacrés sont ridicules et tous voués à l’échec dans un contexte stratégique asymétrique du « faible contre le fort » !

      Le français ne pense l’action qu’à travers ses institutions, quand les autres sont à l’initiative via des collectifs civils.

      Chez nous, l’état n’est pas stratège en matière de culture et d’économie. Il ne comprends mot quand on lui parle d’influence offensive, de guerre subversive, d’info dominance, de modèle culturel, d’attaque informationnelle sur le terrain psychologique, etc...

      Normal, nos élites ont toutes été nourries par les thématiques économiques anglo-saxonne (Plus de 90% des publications économques annuelles en la matière sont d’origine US). Les cabinets de cotations et les grands indices sont tous anglo-saxon.... Les bourses du monde sont leurs propriétés via des participation en actions.

      Pourtant, il s’agit bien la du monde ou nous vivons !

      Qu’ajouter ? Peut être ceci : David fini souvent par terrasser Goliat, même avec les moyens les plus rudimentaires. Du moment qu’il sait attendre son heure.

      Mais dans le contexte actuel du photo journalisme, cela risque fort de prendre malheureusement un temps infini.....

      Un ex-journaliste que ne le regrète vraiment pas de ne plus l’être !