Pédophilie : l'Eglise n'est pas une communauté de « parfaits »

Benoît XVI délivre sa bénédiction « urbi et orbi » (« à la ville et au monde ») ce lundi, place Saint-Pierre (A. Bianchi/Reuters)
Les révélations en cascades sur les affaires de pédophilie un peu partout dans le monde, et cette semaine encore en France, donnent lieu à un certain traitement par la presse -ou une partie de la presse.
De multiples affaires, en des lieux différents, à des dates diverses, à divers degrés de gravité, deviennent, sur le mode journalistique du feuilleton, UNE affaire : celle de la pédophilie dans l’Eglise catholique.
Ce traitement est-il mesuré ? Prend-il en compte l’ensemble des données ? Fait-il justice à une réalité multiple ? Ecoute-t-on de la même oreille tous les protagonistes ? Assurément non.
A partir de ces affaires, beaucoup de commentateurs, relayés par des caricaturistes, ont-ils émis des jugements outrageants et péremptoires ? En ont-ils tiré des conclusions définitivement négatives sur l’Eglise catholique et sur son chef, le pape ? Assurément oui.
Il ne s’agit pas de pointer les manquements ou les fautes de la presse en général : ce serait faire, en miroir, la même chose qu’elle : UNE affaire.
Il s’agit simplement, par la parole, une parole claire et mesurée, forte au milieu des invectives et des amalgames, d’en appeler à la vérité. C’est le sens de ce texte volontairement bref [l’« Appel à la vérité », ndlr] qui ne glose pas, qui dit en peu de mots, non pas l’appartenance à un parti, à une corporation, mais une confiance dans la foi et l’amour.
Ce ne sont pas les victimes qui crient le plus fort
Ce n’est pas à une institution que nous adhérons. De celle-là et de ses prêtres, nous savons bien la faillibilité, le péché. C’est à la foi et à l’amour dont l’Eglise, à nos yeux, est et demeure, par le Christ, la dépositaire.
Dire cette foi et cet amour à l’instant même ou s’affirme le scandale de la pédophilie -du non-amour absolu- et l’indignité de certains ecclésiastiques, est le défi que nous devons, dans la douleur, dans la compassion, mais pas dans le doute, relever.
Remarquons-le : ce ne sont pas les victimes qui crient le plus fort. Elles, elles demandent légitimement justice et réparation. Les cris et les invectives viennent d’ailleurs, de ceux qui s’improvisent accusateurs publics et rêvent de faire eux-mêmes justice.
Qualifier le procès d’expéditif est un euphémisme : on décrète une culpabilité forcément collective, conséquence directe de l’organisation hiérarchique de l’institution ecclésiale.
Mais dénoncer ces amalgames et cette négativité ne suffit pas.
Il faut encore donner de la voix, ne pas la laisser recouvrir par la rumeur, la malveillance systématique, la brutale moquerie, l’appel au lynchage. Et en même temps, il faut refuser de se retrancher, loin de la plainte et de la souffrance des victimes, derrière les hauts murs d’une forteresse assiégée…
Car quoi qu’on dise, quoi qu’on répète à l’envi, l’Eglise est ouverte sur le monde, elle est à son écoute, plus qu’aucune autre institution humaine. Ses règles et ses lois, sa tradition, ne visent pas au maintien de quelque hégémonie ou pouvoir qui s’exercerait en sa propre faveur.
Conformément à l’enseignement de saint Paul, c’est sa faiblesse même qui est sa force. De même, elle ne prétend pas, sur le plan humain, à un savoir absolu, mais en revanche, elle sait que sa vocation est entièrement tournée vers le Bien, pas le sien mais celui de l’homme.
La comparaison avec l’antisémitisme n’est pas la position de
l’Eglise
Elle sait sur quelle pierre elle est bâtie, selon quelle Révélation et selon quelle parole de vérité elle vit et agit.
Cette vie et cette action ne sont pas à l’abri du Mal, sous toutes ses formes.
Pas non plus à l’abri des paroles hâtives, comme celle de ce prédicateur de la Maison pontificale, établissant un désolant parallèle entre les attaques contre l’Eglise dans les affaires de pédophilie et l’antisémitisme, dans son homélie lors de la messe de la Passion.
Depuis, le Vatican a précisé que ces paroles ne pouvaient en aucun cas définir la position de l’Eglise et l’auteur de ces paroles, le père Catalamessa, s’est excusé. Mais les lois de l’emballement médiatique sont rudes, intangibles : on retiendra à charge le faux-pas et on oubliera les mises au point…
Ce qu’on nomme la « sainteté » de l’Eglise se manifeste, comme le soulignait le père Varillon, en ceci qu’elle ne redoute pas d’être souillée par le contact des pécheurs.
« Si elle les fuyait, si elle tendait à se constituer, loin d’eux, en communauté des prédestinés, elle ressemblerait plus aux Pharisiens qu’à Celui qui, pour cela même, les fustigea. »
L’Eglise n’est ni aveugle, ni naïve
Appartenir à l’Eglise du Christ, c’est savoir (apprendre) que cette Eglise n’est pas une communauté de « parfaits ». Et que d’ailleurs, elle ne s’est jamais prétendue telle.
L’Eglise est donc cet espace où le mal, en tous ses visages, en tous ses masques, est repéré, connu, reconnu, condamné. Le silence qui a pu prévaloir, en certains lieux, à certains moments, ce silence qui est si violemment et si clairement récusé par le pape (et par les évêques de France), contredit cette connaissance.
De grâce, que l’on fasse crédit à l’Eglise de n’être ni sotte ni naïve, ni aveugle !
Patrick Kéchichian a signé cet « appel à la vérité », un texte « d’intellectuels, journalistes, artistes et personnalités de la société civile, chrétiens ou non chrétiens » invitant les médias à un traitement plus déontologique des affaires de pédophilie au sein de l’Eglise catholique.
La carte Pearltrees des articles sur l’Eglise et la pédophilie :
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professeur
professeur
En tant que catholique pratiquante, je trouve le traitement médiatique actuel particulièrement bienvenu et nécessaire pour obliger l’institution ecclésiale à affronter de face le problème qu’elle a avec la sexualité et le corps.
Car le noeud gordien du problème se trouve là.
Le mépris du corps et de la sexualité fait que l’institution attire à elle des personnes qui ont de gros problèmes identitaires et sexuels, et que cela provoque depuis des siècles des crimes que rien ne pourra jamais réparer.
On ne peut pas prêcher l’amour du prochain d’un côté et de l’autre, attenter et détruire l’intégrité physique et l’intimité d’un enfant, d’un ado, d’un homme ou d’une femme.
Sinon quelle crédibilité a-t-on ?
Bien sûr que l’Eglise n’est pas parfaite. Ce n’est pas cela qu’on lui demande. Juste de n’être plus dans le déni et l’hypocrisie vis à vis de la sexualité et du corps.
Faut-il vous rappeler que depuis l’avènement de B16, ses orientations visant le rassemblement avec les plus conservateurs et intégristes, la restauration d’une vision sectaire et radicale, de plus en plus de catholiques rejettent l’institution et une pratique communautaire ?
Les affaires pédophiles ne sont pas les seules déceptions des catholiques pratiquants vis à vis de l’institution.
C’est l’attitude fermée de l’Eglise institutionnelle et réactionnaire qui cause son isolement. Parce qu’elle a remplacé Dieu par un pouvoir qu’elle voudrait absolu et en cela ne vaut pas mieux que les intégristes des autres religions du Livre.
Nous catholiques progressistes, nous ne retrouvons plus le visage de l’Eglise depuis des années. L’Eglise est devenu un repaire tradi de pharisiens, un état qui ne représente plus qu’un gouvernement monarchique qui tente vainement de sauver ses privilèges et qui pour cela soutient tous les gouvernements réacs et les dictatures les plus odieuses possibles, qui campe sur des positions sexistes, qui nie les droits des femmes et des enfants. C’est une institution qui a gommé Dieu au profit du pouvoir. Jésus, Dieu, l’Esprit Saint n’ont rien à voir avec cette dérive institutionnel. Rien du tout. Sauf qu’ils sont les premiers crucifiés de voir une telle abomination. Et nous catholiques pratiquants sommes scandalisés et profondément meurtris.
Jusqu’à quand le successeur de Pierre continuera-t-il d’avoir la nuque raide et l’ouverture au monde bloquée dans la peur et le mépris ?




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