Coups de fil, dossiers : le piège du travail à la maison
Consulter ses e-mails après dîner, répondre aux appels pro le week-end ou préparer la réunion du lendemain... A quel moment finit la journée de travail ?
Scott Schieman (sociologue à l’université de Toronto), Melissa Milkie, (université du Maryland) et Paul Glavin (université de Toronto) ont conduit une étude pour essayer de mesurer les intrusions de la vie professionnelle dans la sphère privée, demandant aux personnes interrogées à quelle fréquence ressentent-elles que leur travail interfère avec leur vie familiale ou avec leurs loisirs. Près de la moitié des salariés nord-américains interrogés ramènent du travail à la maison « de temps en temps » ou « fréquemment ».
Une discrimination « à l’envers »
A la différence de la plupart des inégalités professionnelles, le travail à domicile touche plutôt les « biens lotis ». Plus le niveau d’études est élevé ou le rôle dans l’entreprise important, plus les intrusions du travail à la maison sont fréquentes. Les professions libérales emportent aussi plus souvent du travail à domicile que dans d’autres secteurs.
On pourrait penser que ceux qui ont plus de contrôle sur leur temps de travail parviennent plus facilement à ne pas se laisser envahir chez eux. Au contraire, ceux qui maîtrisent leurs horaires de travail sont aussi plus susceptibles d’emmener du boulot chez eux.
Les travailleurs étrangers ou les jeunes semblent en revanche moins touchés par le phénomène.
Frontières poreuses
En France, aucune étude chiffrée n’existe sur le sujet. Pourtant, les exemples ne manquent pas.
Myriam travaille dans la finance. Pour elle, travailler de chez elle fait partie du quotidien :
« Je n’ai qu’une seule boîte e-mail pour le boulot et le reste. Donc quand je suis sur mon ordinateur chez moi et que je vois un mail du bureau, je réponds souvent tout de suite. Et puis comme je suis célibataire, j’ai rarement des activités que je ne peux pas mettre en attente quelques minutes. »
Grégory lui, travaille dans la publicité. Il vit moins bien de devoir prolonger sa journée chez lui :
« Je prends souvent des RTT le mercredi après-midi pour rester avec mes enfants. Mais quand un client m’appelle (j’ai un portable pro payé par ma boîte), je ne peux pas ne pas décrocher ou je vais m’arracher les cheveux à l’idée de rater un contrat. C’est un peu le piège. Je ne paie plus des fortunes en téléphone mais au final, je passe une bonne partie de mes RTT à travailler ».
L’époque du dossier de 3 kilos est finie
Ces interférences entre sphère professionnelle et sphère privée ont été facilitées par l’arrivée de nouvelles technologies, nous explique Didier Demazière, sociologue au Centre de sociologie du travail :
« L’époque où celui qui voulait travailler à la maison rapportait un dossier de 3 kilos est finie. Maintenant, on rentre chez soi et on allume son ordinateur. La multiplication des moyens de communication a créé une disponibilité latente et permanente et a rendu poreuse la ligne entre vie professionnelle et personnelle. »
Pour lui, plus qu’une politique managériale initiée par les entreprises, les salariés sont poussés à travailler aussi de chez eux de manière plus implicite :
« Aujourd’hui, où que vous soyez, vous êtes toujours joignable. On observe un phénomène d’auto-mobilisation basé sur la culpabilité : “Tout le monde sait que je peux vérifier mes mails professionnels depuis chez moi, donc je les regarde”. Le mélange des genres est en train de devenir la règle. »
Et vous ? Emportez-vous du travail chez vous ? Comment réglez-vous la question de la séparation de votre vie professionnelle et de votre vie personnelle ?
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internaute
internaute
Je n’aimais deja pas les devoirs a la maison pendant les etudes alors j’evite...
Mais plus serieusement, pour completer (humblement) ce sujet, il faut aussi le mettre en parallele l’intrusion du travail dans la sphere privee avec l’intrusion du privee dans la sphere professionnelle !
Bien sur, ce n’est pas la meme chose (on en fait pas de « pauses » boulot a la maison) mais dans mon cas je pense que je perds autant de temps « pro » a faire des trucs perso, que je perds de temps « perso » a faire des trucs pros.




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