enquete 26/03/2010 à 15h35

Comment Alcatel se connecte à la junte birmane

LesInrocks.com"
Paul Moreira | Journaliste

Pour Canal+, Paul Moreira a enquêté sur les liens de la firme française avec la dictature. Un travail ardu, dans un pays hypercontrôlé.


Des vendeurs de journaux à Rangoon (Soe Zeya/Reuters)

(De Rangoon, Birmanie) Je l’appelle Myo. Ce n’est pas son vrai nom. En vérité, je ne sais pas comment il s’appelle. Je ne sais pas où il habite. Je ne connais pas son numéro de téléphone.

Mon unique moyen de le joindre : une carte SIM qu’il a glissée dans son téléphone portable et que j’ai achetée à mon propre nom. Ce sont mes coordonnées à moi que la fille du magasin a notées, l’adresse de mon hôtel qu’elle transmettra au ministère de l’Intérieur. Myo reste invisible.

La police peut bien m’arrêter, fouiller mes notes, m’abandonner déshydraté de trouille dans une cellule saturée de moustiques : je ne sais rien qui leur permettrait de remonter jusqu’à lui. Myo applique les gestes de la clandestinité comme une procédure routinière, sans l’emphase dont le cinéma userait pour camper son personnage.

« J’ai en tête l’équipe des braqueurs de “Reservoirs Dogs” »

J’ai en tête l’équipe des braqueurs de « Reservoir Dogs », le film de Tarantino. Ils préparaient un hold-up et ignoraient par sécurité leurs identités mutuelles. A chacun un nom de couleur (« I don’t wanna be Mr. Pink ! », « je ne veux pas être M. Rose »).

Myo n’a pas vu « Reservoir Dogs », il n’a pas aimé « Inglourious Basterds » mais il vénère Tony Soprano. Un ami lui a rapporté un coffret DVD piraté de Bangkok. Grâce à Internet et à la révolution numérique, Myo s’évade chaque jour de son pays prison.

Il se fond dans la foule des rues de Rangoon, un peu voûté, une chemisette, des tongs de velours, un « longyi », cette sorte de jupe masculine que portent tous les Birmans. Rien qui détonne.

Myo est mon guide, mon « fixer », mon traducteur. C’est lui qui m’a aidé à enquêter en Birmanie. Sans l’aide de son réseau, je n’aurais jamais pu remonter jusqu’à une entreprise française majeure. Jamais pu mettre en évidence comment cette entreprise collaborait à l’appareil de surveillance mis en place par les militaires.

Pour protéger Myo, je joue le vacancier promené par son guide

Ici, la police politique est partout. Les mouchards aussi. Dans ce pays au charme décati, rythmé de pagodes couvertes d’or, peuplé de moines bouddhistes doux et sereins, on peut partir en prison longtemps, très longtemps, pour de simples crimes de la pensée. Avec les journalistes, le régime est particulièrement sévère.

Les reporters étrangers sont interdits de visa. Nous rentrons comme touristes après avoir signé un formulaire grisâtre qui nous engage à respecter les lois du pays sous peine de sanctions.

Nous ne risquons pas grand-chose. Une saisie du matériel, peut-être quelques jours de prison suivis d’une expulsion.

Pour les Birmans qui nous accompagnent ou ceux qui nous adressent la parole, le tarif n’est pas le même. Pour protéger Myo, je joue le vacancier promené par son guide. Je souris tout le temps, nez en l’air, et je balade une petite caméra vidéo comme un sac à main. Je sais faire l’imbécile avec un naturel étonnant.

Aung San Suu Kyi, la seule qu’ils ne peuvent emprisonner

« Combien tu prends si on se fait attraper ? » Je lui avais posé la question dès le premier jour. Nous étions attablés, faussement nonchalants, dans un restaurant au bord du lac Inye. Sur l’autre rive, la maison de Aung San Suu Kyi, belle bâtisse anglo-birmane baignant dans son jus, renfermant depuis quatorze années une femme, symbole de l’opposition inflexible de tout un peuple au pouvoir des militaires.

En 1990, elle avait gagné les seules élections démocratiques de l’histoire du pays, mais les militaires les avaient annulées d’un coup d’Etat. Ils avaient changé le nom du pays en Myanmar et avaient assigné la dame à résidence dans la maison là-bas au loin.

Suu Kyi est sans doute la seule Birmane qu’ils ne peuvent pas mettre en prison. Elle est la fille du héros national, le grand Aung San qui arracha l’indépendance du pays aux Britanniques. En 1991, elle est honorée du prix Nobel de la paix. Pas suffisant pour détordre les militaires birmans. A part pour quelques brèves périodes d’ouverture, elle est restée détenue à domicile.

Myo nous avait emmenés jusqu’ici pour prendre quelques images. Son visage semblait taillé dans la pierre, inexpressif mais cadenassé. Il ne s’était même pas tourné vers moi pour me répondre :

« Si nous sommes arrêtés, je prendrai probablement entre sept et dix ans de prison... Ça dépend de ce que vous direz sur moi... »

Nous avons quitté le restaurant. J’ai voulu monter dans le taxi stationné juste devant. Il a doucement pincé ma chemise pour m’en détourner. « Non... »

Nous avons laissé filer les voitures et hélé le troisième taxi qui roulait dans l’avenue. Zéro risque. Je déduis : le taxi stationné ici n’est peut-être pas là par hasard. S’ils savent que nous sortons du restaurant sensible, ils peuvent vouloir nous emmener à notre prochain rendez-vous et donc savoir avec qui nous sommes en contact.

Myo déploie une panoplie de petites combines pour semer les filatures. Je les repère avec admiration les unes derrière les autres. Une fois seulement, j’ai senti qu’il touchait juste. Postés devant un hôtel, deux quidams trop banals et attentionnés que nous avons dû semer très vite.

Aung, 27 ans dont sept passés en prison

Il convient de ne pas tout décrire, de ne pas se laisser contaminer par ce syndrome paranoïaque particulier à la Birmanie-Myanmar : le regard qui scanne en permanence à 360 degrés, jusqu’à la migraine, les flics cachés derrière le moindre vendeur de bétel, la moindre attention perçue comme une curiosité suspecte...

« Burma head » (« tête birmane »), disent les vieux journalistes anglosaxons en poste en Asie depuis longtemps et rompus aux séjours birmans sous un faux visa de touriste.

Dans un lieu sécurisé, je rencontre un étudiant, un leader important de la résistance. Un clandestin. Appelons-le Aung. Il a 27 ans et déjà sept années de prison derrière lui. Le voici avec un étranger, journaliste, dans une pièce à issue unique, sans possibilité de fuite.

Si nous avons été suivis à notre insu, si brusquement des hommes en civil envahissent l’appartement, alors il repartira, menottes aux mains et chaînes aux chevilles, pour une peine plus longue encore.

Alors qu’il s’avance vers moi, je remarque sa démarche, faussement calme, entre la détermination, la frayeur et un étrange fatalisme. Aung le dissimule mais je le sens lutter intensément contre sa propre peur. S’il est là, c’est après un accord formel de la direction politique de son organisation, Generation Wave.

 ? La suite : sur Internet, les blogueurs birmans prennent de gros risques

« La police est moins présente, mais il y a l’électronique »

Aung parle un anglais fluide dans un chuchotement intense et répète deux fois les phrases importantes. Il m’explique que le système génère plus de peur que de surveillance réelle. L’Intelligence Service birman aurait intégré des moyens technologiques.

- « Les gens vivent dans un état de peur irraisonnée. Une peur irraisonnée... La police politique est moins présente qu’il y a quinze ans, à l’époque de NeWin, le dictateur précédent. Mais il y a un élément nouveau : l’électronique. Les Birmans sont convaincus que le pouvoir les contrôle à l’aide d’appareils, de caméras.

Par exemple, il y a eu un référendum pour le changement de constitution. Les gens ont accepté la proposition des militaires parce qu’ils étaient convaincus qu’on les filmait pendant qu’ils votaient. Des jeunes pourtant très fort en technologie se font arrêter par dizaines.

- Ils ont arrêté des blogueurs ?

- Oui, la dernière grande vague d’arrestations a eu lieu à l’automne 2009, principalement des gens de médias, des journalistes sur internet. Personne ne sait où ils sont. Internet est très important mais la junte le sait, ils bloquent les mails, les sites, les articles.

Il y a une rumeur : le gouvernement possède la technologie qui lui permet d’espionner les mails et d’avoir accès aux données personnelles.

- Vous pensez qu’ils le font ?

- Oui, je le crois. Si vous envoyez un mail, il faut écrire le sujet. Si c’est sensible ou s’il y a le mot démocratie dedans, un software va vous identifier et rentrer dans vos données personnelles.

- D’où viennent ces moyens technologiques ? Qui les leur fournit ?

- On ne sait pas très bien, on parle de Chinois et de Russes. »

Phone Latt, jeun blogueur, a pris vingt ans de prison

Le pouvoir birman a ouvert le pays au tourisme depuis 1993. Hôtels, tourisme, dollars... Dans le mouvement, il a autorisé depuis peu l’ouverture de quelques dizaines de cybercafés.

La résistance s’est ruée sur internet. Pour s’organiser. Pour passer des messages à l’extérieur. Très vite, nombre d’entre eux se sont fait identifier. Ils remplissent les prisons.

Phone Latt, un jeune blogueur célèbre, a pris vingt ans. Ce n’est pas le seul. Sont tombés aussi des cameramen clandestins qui alimentaient le quartier général de la résistance en Norvège : Democratic Voice of Burma.

Ce sont eux qui avaient envoyé ces images indélébiles de la « révolution de safran », en septembre 2007. Des heures et des heures de téléchargement de fichiers Quicktime avec la peur de se faire attraper par les services secrets qui tournaient autour des cafés internet. Tout autiste qu’elle soit, la dictature connaît le pouvoir des images.

La chasse aux images de la mort d’un journaliste japonais

Pendant ces quelques jours de 2007, n’importe qui avec une caméra devenait une cible militaire légitime. Un journaliste japonais, sans doute confondu avec un Birman, est tué le 27 septembre.

Sous quatre angles différents, les cameramen de la résistance filment l’événement. Quand les militaires s’aperçoivent de leur bavure, ils vont tout mettre en oeuvre pour que les images ne sortent pas du pays. Pendant trois jours, ils ferment totalement les communications. Plus de téléphone ni d’internet.

Mais la résistance a trouvé un autre moyen de faire passer les images. Ainsi, dans les journaux télévisés du monde entier, on a pu voir un soldat fusillant un journaliste à bout portant, en pleine rue. Le vrai visage du pouvoir birman.

Nombre des cameramen birmans qui prirent tous les risques pendant ces jours de feu sont aujourd’hui juste de l’autre côté de la frontière, à Mae Sot, en Thaïlande.

Les infos qui « fuitent » sont nombreuses, y compris à haut niveau

Les informations destinées à l’opposition viennent parfois de très haut. Le régime fuit comme une passoire. « Ils sont une toute petite clique à se partager les richesses du pays », m’explique Myo. Ils font beaucoup de jaloux. Dès le deuxième cercle, des gens veulent leur perte et ils balancent tant qu’ils peuvent.

En janvier 2010, un officier travaillant clandestinement pour la résistance, Win Naing Kyaw, a été condamné à mort. Il aurait envoyé par mail des documents sensibles sur le voyage d’une délégation de militaires birmans en Corée du Nord. Une rencontre dont personne ne devait entendre parler.

Tout est passé par internet. Comment le pouvoir a-t-il identifié la source de l’envoi ? Mystère.

A Oslo, un des chefs de la résistance, Khin Maung Win, explique qu’il se livre une véritable cyberguerre avec les militaires birmans :

« Je préfère ne pas rentrer dans les détails. C’est un domaine dans lequel les deux camps se combattent à l’aide de technologies modernes. C’est dangereux quand vous ne savez pas correctement manipuler les technologies de l’information.

Un ordinateur, ça se pénètre, ça se hacke, ça se pirate. Ça peut coûter très cher. »

 ? La suite : la vidéo du mariage fastueux de la fille du dictateur Than Shwe, symbole de l’opulence des généraux

Les militaires ont longtemps refusé la modernité

Longtemps, les militaires birmans sont restés hermétiques à la modernité. L’ancien dictateur Ne Win, une sorte d’Ubu roi crépusculaire, gouvernait entouré de sorciers, d’astrologues et de numérologues.

Son numéro fétiche était le 9. Ainsi, sous son règne, la Birmanie était le seul pays au monde dont les billets de banque étaient des multiples de 9 : 90, 45... Le 9 marquait toutes les décisions importantes.

Ne Win est mort, et la nouvelle génération de militaires a compris que la technologie pouvait leur servir d’arme. Mais les gamins qui leur font face sont des guépards numériques et les ridiculisent aussi souvent que possible.

Myo m’emmène dans un cybercafé complice. Signe de tête discret au patron. Presque sans nous regarder, il indique le fond de la salle. « Il faut savoir où on met les pieds et se méfier. Les patrons de cybercafés ont ordre de signaler les sites que leurs clients fréquentent. Mais ils sont très nombreux à ne pas le faire. »

Myo passe un bon quart d’heure à contourner les pare-feux et les systèmes de blocage. Nous nous cognons sans cesse sur une page blanche avec, en lettres rouges, toujours le même bandeau : « Access denied » (« accès refusé »). Toutes les messageries mail occidentales sont access denied : Gmail, Hotmail, Yahoo... Tous les sites d’information : access denied.

Une vidéo du mariage fastueux de la fille du dictateur

Grâce à des proxys indiens, Myo parvient à contourner les checkpoints électroniques. Il veut me montrer un film formidable : le mariage de Thandar Shwe, l’opulente fille de l’actuel dictateur Than Shwe. La vidéo aurait dû rester un souvenir familial. (Voir la vidéo)

On y voit le dictateur s’empiffrer au milieu de centaines de convives alors que sa fille est chargée de parures en diamants : collier, bracelets, bagues, barrette à cheveux... Quelques kilos de cailloux scintillants filmés au plus près par une optique macro. (Voir un extrait de la vidéo)

Le film a fuité et s’est retrouvé sur Internet. Idem pour les maisons des privilégiés du régime, leurs voitures de sport, une cave remplie à ras bord de dollars soigneusement rangés (difficile d’être sûr de la provenance de cette dernière image). Myo me montre tout cela en rigolant silencieusement de sa drôle de grimace.

Je repense aux obsessions de certains notables parisiens à l’encontre d’Internet, son populisme supposé, ses affabulations, ses excès... Le généralissime Than Shwe est d’accord. Cette scandaleuse insolence est décidément intolérable.

Alcatel Shangai Bell aide le régime à installer un réseau Internet

Sur un site de l’opposition birmane, Irrawady News, je trouve une information étrange. Alcatel Shanghai Bell, la filiale chinoise d’Alcatel, serait en train d’aider le régime à mettre en place un réseau internet.

Le site annonce que les militaires aurait pour objectif de prendre le contrôle des télécommunications. D’abord via un site exclusivement militaire, Hantawaddy, qui serait ensuite étendu à tout le pays.

Alcatel ? La boîte française ? ... Qu’est-ce qu’elle viendrait fabriquer dans un pays aussi dictatorial que la Birmanie ? Sur un terrain aussi sensible que les télécommunications ?

Règle de base, ne jamais prendre les informations de l’opposition pour argent comptant. A l’hôtel, je profite d’une bonne connexion internet pour aller à la pêche aux infos sur le site d’Alcatel.

Une boîte considérable. Une multinationale. Les Français d’Alcatel ont fusionné avec les Américains de Lucent. Sur leur site corporate, aucune référence à la Birmanie. Ils signalent pourtant une présence dans cent cinquante pays, tous religieusement listés.

En Chine, Alcatel Shanghai Bell est bien leur filiale, puisque la maison mère la possède à 50,1 %. Ignorent-ils ce que fabriquent les Chinois ?

 ? La suite : à la recherche de l’antenne d’Alcatel à Rangoon

Sur son site, Alcatel veut apparaître éthique, écolo, durable

En fouillant un peu sur leur site, je réalise à quel point Alcatel veut apparaître comme une boîte éthique, écolo, soucieuse de développement durable.

On trouve des codes de bonne conduite et des engagements moraux à foison, top priorité aux droits de l’homme, et même un rappel en forme de menace du gouvernement des Etats-Unis aux employés américains : il leur est interdit de travailler en Birmanie-Myanmar, ils doivent le signaler, demander une dérogation. Sinon, ça peut aller jusqu’à la prison...

Gros doutes, quand même, sur les informations de l’opposition. Myo me dit :

« J’ai entendu dire qu’ils ont leurs bureaux à l’hôtel Sedona, un établissement de luxe où les militaires font leurs affaires. Je ne peux pas y aller avec toi, je vais être identifié... »

J’enfile un polo Lacoste, un air de riche Occidental qui est ici comme chez lui et j’erre dans les couloirs. Un gars en T-shirt noir me prend en filature pendant cinq bonnes minutes. Il abandonne quand il voit que je me rends au spa pour me renseigner sur les tarifs.

Je visite tout l’hôtel... Aucune référence à la présence d’Alcatel Shanghai Bell. Au business center, d’où l’on peut envoyer les fax, on me lâche l’info. Ils sont au cinquième étage des Business Suites.

Les opposants birmans sont une source étonnamment fiable

En effet, c’est là que je découvre leurs bureaux. Le logo familier d’Alcatel. Prétextant une petite visite de compatriote, je rentre. Sans dire que je suis journaliste, j’engage la discussion avec un cadre chinois.

Je demande à rencontrer des Français. Il me répond que les ingénieurs français, quand ils viennent, préfèrent loger à l’hôtel Inye, de l’autre côté du lac. Il me laisse entendre qu’ils débordent de projets avec les militaires birmans mais qu’il n’est pas facile de travailler avec ces types-là, ils veulent développer internet tout en cherchant à tout contrôler... Ici, me glisse le cadre chinois, c’est comme la Chine avant l’ouverture.

Les informations des sites d’opposition étaient donc correctes. J’apprenais pas à pas que les militants de l’opposition birmane représentent une source étonnamment fiable. Sans doute dégoûtés par la propagande épaisse du gouvernement, ils nourrissent un souci vétilleux du fait juste et développent une maestria numérique qui me sèche.

« Alcatel Shanghai Bell a agi comme un consultant technique »

Les jours suivant m’arrivent en pièces jointes une série d’informations très précises et authentifiées par des documents officiels. Les militaires ont rasé un morceau de jungle dans le centre du pays, au nord-est de Mandalay. Un lieu hors d’atteinte dont un check-point contrôle l’entrée. Tout près de leurs installations militaires sensibles, ils ont bâti une cyberville : Yadanabon. C’est là qu’ils veulent centraliser toutes les communications du pays.

Ainsi, les serveurs numériques se trouveront sous leur contrôle. Ils se préparent à créer un nouveau fournisseur d’accès internet (FAI). Evoquant ce nouveau portail, un document officiel précise :

« Nous assurons ainsi une meilleure sécurité, notamment par le filtrage des sites web. »

J’en déduis que les officiels birmans sont plus soucieux de leur sécurité que de celle des internautes de la résistance. Enfin, noir sur blanc dans le même article, « Alcatel Shanghai Bell a agi dans ce projet comme un consultant technique »...

 ? La suite : A Paris, Alcatel officiellement pas très au courant des activités de sa filiale chinoise en Birmanie

« Il me semble qu’on a plus de bureaux là-bas »

Les Chinois de la filiale Shanghai Bell se prépareraient à mettre le nec plus ultra de la haute technologie française occidentale à la disposition des militaires birmans... Opération clandestine et que la firme ne mentionne nulle part dans les informations qu’elle fournit.

Que sait la direction d’Alcatel de ce projet ? Quelques semaines plus tard, de retour à Paris, je rentre en contact avec le porte-parole d’Alcatel, Laurent de Segonzac. Au premier abord, il semble tout ignorer de la présence de sa boîte en Birmanie :

« Non, je crois qu’on n’y est plus, c’était il y a dix ans dans le cadre d’un projet régional mais on est repartis, il me semble qu’on n’a même plus de bureaux là-bas... »

Je lui envoie les documents en ma possession. Après vérification, bien obligé de se rendre à l’évidence, il confirme que l’opération existe bel et bien :

« Le gouvernement chinois finance ce projet pour lequel notre filière chinoise a installé cette infrastructure. Nous en avons simplement fourni l’infrastructure. Son exploitation ne relève pas de nos prérogatives. Nous déployons un réseau de télécommunications et on fait en sorte qu’il marche, c’est tout. »

« Integrated Lawful Interception », l’option mouchard

Le porte-parole d’Alcatel rappelle que le développement des télécommunications en Asie a toujours été à la racine de l’ouverture et du développement économique :

- « Mais vous mettez aux mains des militaires une technologie qu’ils peuvent tourner à leur avantage pour contrôler davantage la population...

- Qu’est-ce qu’il vaut mieux ? Des communications restreintes ou pas de communications du tout ? »

Dans les routeurs internet qu’Alcatel propose partout sur la planète est présenté un dispositif très peu connu du grand public : « Integrated Lawful Interception ». Traduction : un système d’interception légale intégrée.

A quoi ça sert ? Alcatel en fait la réclame de manière on ne peut plus explicite sur son site. Verbatim :

« Partout dans le monde, les gouvernements et les autorités ont besoin de détecter et de poursuivre les actes criminels et le terrorisme. Une des principales sources d’informations est le réseau de communications. Les opérateurs de réseaux sont obligés de fournir des dispositifs d’interception légaux. (...)

Dans un contexte de plus en plus complexe, la coopération entre les opérateurs de réseaux et les autorités doit être renforcée.

Alcatel-Lucent amène un savoir-faire exceptionnel en télécommunications et constitue un conseiller fiable et un pourvoyeur de solutions pour les autorités d’un pays... »

Un outil dangereux entre les mains des militaires au pouvoir

La Lawful Interception -LI dans le monde codé des télécommunications- est tout simplement un interrupteur, un switch, un système qui permet aux autorités d’écouter vos conversations, de lire vos mails ou d’assister à vos tchats.

Cette mesure peut se justifier dans un Etat de droit menacé par Al-Qaida ou qui souhaite mettre en taule les pédophiles. Un Etat qui agit uniquement sur réquisition judiciaire.

Mais qu’en est-il en Birmanie ? Là où le droit a été taillé sur mesure pour protéger les intérêts d’une toute petite clique de militaires totalement dépourvus d’humour ou de sens critique, là où on peut prendre vingt ans de prison pour avoir tenu un blog, pour avoir simplement usé de sa liberté de pensée ?

En enquêtant davantage sur le dispositif, je découvre qu’Alcatel l’a mis à la disposition des Chinois et a élaboré pour eux des interfaces spécifiques. Le gouvernement chinois représente le meilleur allié des généraux birmans.

« Ils m’ont dit qu’ils ne posaient pas le dispositif au Myanmar »

Sachant que les Chinois de Shanghai Bell sont aux commandes en Birmanie, avec du matériel français, je pose la question au porte-parole d’Alcatel :

« Vous allez installer le dispositif LI pour les militaires birmans ? »

Je suis obligé d’expliquer ce qu’est un LI, mon interlocuteur n’en a jamais entendu parler. Au bout de quelques minutes, il comprend. Il me répond qu’il va poser la question aux Chinois de Shanghai Bell présents sur le terrain.

Le lendemain, il me rappelle d’une voix cauteleuse :

« Je leur ai demandé : ils m’ont dit qu’ils ne posaient pas le dispositif au Myanmar... C’est ce qu’ils m’ont dit, hein... »

Peu après cette conversation, les autorités birmanes ont identifié une nouvelle blogueuse. Elle a été jugée très vite et condamnée à treize années de prison. Fin février, le pouvoir a transféré l’activité internet du Myanmar dans la cyberville militaire de Yadanabon. Tous les jours, j’échange quelques mots anodins par messagerie électronique avec Myo. Juste pour voir s’il est libre. Jusqu’à maintenant, tout va bien.

 ? Birmanie : résistants, business et secret nucléaire documentaire de Paul Moreira - Canal+ - vendredi 26 à 22h25.

En partenariat avec LesInrocks.com

Publié initialement sur
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  • Désinscrit le 19 avril
    • Posté à 16h37 le 26/03/2010
    • Internaute 39070

    « Une sorte de “teaser” efficace puisqu’elle donne envie de connaître la suite. » super angoissant non ? On dirait 24 heures chrono, mais c’est surtout un sujet sérieux... Lien

    • tweesty
      tweesty répond à Désinscrit le 19 avril
      Gaucher et contrarié
      • Posté à 17h32 le 26/03/2010
      • Internaute 83901
        Gaucher et contrarié

      C’est justement parceque c’est un sujet tout-ce-qu’il-y-a-de-sérieux (et important) que j’ai envie de connaître la suite.
      Dommage qu’on n’ait pas droit à ce type d’information sur les chaînes publiques.
      D’ailleurs, les grandes chaînes privées ne font pas beaucoup mieux. Je me suis récemment laissé aller à regarder un reportage affligeant et sans aucune objectivité sur le Vénezuela sur M6. Rien de très surprenant quand on sait que le présentateur est un anti-gauchiste forcené.
      Le problème, c’est qu’une majorité de téléspectateurs prennent ce qui y est dit pour argent comptant.

  • niquo
    niquo
    secret
    • Posté à 19h51 le 26/03/2010
    • Internaute 106008
      secret

    Salut,

    je n’ai pas non plus Canal+ et ne le souhaite pas. Il y a assez de télés poubelles pour s’en payer une ....
    Par contre sur Arte il y a eu dernièrement un reportage très intéressant sur la Birmanie « Birmanie : au bord du précipice », traitant de la révolte des moines bouddhistes (la révolution safran en 2007), rapidement soutenus par la population. Ce mouvement a été très durement réprimé.
    Quant à ces sociétés françaises ou multinationales, dénoncer leurs pratiques ne suffit pas. Et rien ne les arrêtera tant qu’il y aura du profit à se faire.
    Et nos gouvernants facilitent toutes ces saloperies !

    • Tokani
      Tokani répond à niquo
      Oldmole
      • Posté à 21h44 le 26/03/2010
      • Internaute 71184
        Oldmole

      Comment des Religieux « obscurantistes....“pourraient ils en Birmanie , au Tibet ou autrefois au Cambodge et en Pologne contribuer à libérer les masses Populaires abruties par ‘l’opium du peuple ? ? ? ?
      Tu frises ici le blasphème Bobo Camarade...

       
      • niquo
        niquo répond à Tokani
        secret
        • Posté à 09h14 le 27/03/2010
        • Internaute 106008
          secret

        je ne sais pas trop ce que tu fais sur ce fil sinon étaler ton ignorance crasse.
        va faire un tour là : Lien, tu y reviendras peut-être moins con, bobo camarade !

  • niquo
    niquo
    secret
    • Posté à 20h19 le 26/03/2010
    • Internaute 106008
      secret

    encore moi ....
    et plus récemment , toujours sur Arte, j’ai également vu un reportage sur les karens, minorité birmane de l’est du pays dont on brûle les villages et tue la population. Ils se réfugient en Thaïlande et à proximité :

    Lien

    par rapport à ma première réponse, Generation Wave, cité dans l’article, a permis de témoigner de ce qu’il se passait en Birmanie.

    Pour finir, il y a 1 chaine qui permet de s’informer et il ne faut pas hésiter à la regarder ..... ou alors un bon canard ou un bon livre.

  • jccman
    • Posté à 10h31 le 27/03/2010
    • Internaute 71353

    D’où l’intérêt du peer-to-peer. Moi j’habite pas en France, et c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour voir ce genre de reportage.

  • jpouille
    jpouille
    Fils du vent
    • Posté à 16h34 le 26/03/2010
    • Internaute 31114
      Fils du vent

    Apres Total Alcatel a faire amis amis avec des bouchers sanguinaires.Et vous savez qui soutient la junte ? la Chine, c’est pas facile de trouver le compromis democratie/ liberalisme. je pense que c’est incompatible...

  • jpouille
    jpouille
    Fils du vent
    • Posté à 16h38 le 26/03/2010
    • Internaute 31114
      Fils du vent

    Ben alors Pierrrrrre ? ? ? ? ? t’es pas la ? ? ? tu lis pas ca ? ? ? ? ?
    et aussi, c’est sur Rue 89, un sacre film a voir, tu devrais y jeter un coup d’oeil.... C’est tres educatif....
    Lien

    • jabier
      jabier répond à jpouille
      consultant dans les Landes
      • Posté à 17h27 le 26/03/2010
      • Internaute 31087
        consultant dans les Landes

      Fait la sieste l’Pi5r, Chutt ! Laissons le

    • nilocas Zarkosy
      nilocas Zarkosy répond à jpouille
      Âne à la retraite
      • Posté à 18h34 le 26/03/2010
      • Internaute 13422
        Âne à la retraite

      Courageux not’ Pierrrrre , mais pas téméraire faut pas exagérer quand même ! ! hein qu’c’est vrai mon¨Pierrrrrot ? ?

  • redbouldog
    redbouldog
    nada
    • Posté à 16h52 le 26/03/2010
    • Internaute 67532
      nada

    La France et l’Europe ont une putain de politique hypocrite,allez acheter du rubis aux rebelles Shan et vous pouvez en prendre pour 5 ans de prison en Europe,allez acheter du pétrole à la Junte et la c’est légal.
    Monde de merde.

  • A déménagé le 13-9 2
    A déménagé le 13-9 2
    Poète disparu..
    • Posté à 17h19 le 26/03/2010
    • Internaute 81138
      Poète disparu..

    On se croirait dans un « James Bond »...

    Franchement, je félicite les journalistes et les indicateurs qui prennent des risques pour dénoncer les dérives des régimes.

    Leur travail n’est pas reconnus à sa juste valeur, et ils ne sont pas assez protégés, à mon sens.

    Bravo à eux, et merci pour cet article.

    • Pi.K
      Pi.K répond à A déménagé le 13-9 2
      Vilain Parisien
      • Posté à 17h57 le 26/03/2010
      • Internaute 105016
        Vilain Parisien

      Pas vraiment un James Bond. James Bond est dans le spectacle, l’outrance, quand ce n’est dans le grand-guignol (bon, ça n’empêche que j’aime bien me mater un 007 de temps à autre, c’est du bon divertissement). Là, c’est plus « sous-marin », discrétion maximum, ne pas se faire remarquer, aucune vague. D’où l’intérêt, aussi bien pour les opposants que pour le régime, de maîtriser les flux d’information, tout particulièrement internet.

      Sinon, protéger les journalistes, c’est assez complexe : pour ne pas se faire repérer, il faut être d’une totale discrétion, et rester très isolé. Si on est protégé, le « protecteur » constitue le signe que le « protégé » a son importance, et peut faire repérer involontairement le « protégé ». Qui se retrouve encore plus en danger que s’il n’avait reçu aucune protection : les « surveillants » prêtent plus d’attention à quelqu’un qui est « marqué ». À l’inverse, quelqu’un qui agit seul court finalement moins de risques d’être repéré indirectement.

      • spartak
        spartak répond à Pi.K
        (comité libertaire lyophilisé)
        • Posté à 22h15 le 26/03/2010
        • Internaute 84113
          (comité libertaire lyophilisé)

        Et puis surtout James Bond est un sbire de luxe des puissances occidentales, pas un ami des droits de l’homme (et de la femme... ?).
        Je dis ça et en même temps je n’en rate pas un à la TV, sublime perversité des produits culturels de l’Occident décadent.

  • jabier
    jabier
    consultant dans les Landes
    • Posté à 17h23 le 26/03/2010
    • Internaute 31087
      consultant dans les Landes

    Alcatel Lucent ? La boite idéale pour fliquer, surveiller, caporaliser les Birmans.
    Les pagodes couvertes d’or, les gentils moines bouddhistes…le VILLAGE est installé. Le pays, je suppose, est couvert de caméras de télé assistance pour la sécurité des Birmans.
    Un très beau pays sur. Faut aimer l’ambiance lourde et la kitcherie des dictateurs.
    Ce mariage chantilly...à gerber !

  • Noir
    Noir
    Indécis
    • Posté à 20h09 le 26/03/2010
    • Internaute 53499
      Indécis

    Je peux confirmer à quel point l’atmosphère du pays est à l’hystérie collective. Difficile, quand on se rend en Birmanie, de ne pas en revenir légèrement tremblant. La beauté iridescente de ce pays est un écrin fallacieux où se nichent la paranoïa, la peur et le dénuement.

    Ce qui suit est long, mais je tenais à le partager, d’autant que je doute qu’il soit encore possible de réaliser le même parcours.

    En 2005, alors étudiants à Hanoï, mon amie et moi nous sommes rendus là-bas par voie terrestre. Chang Raï, au Nord de la Thaïlande est ( ou était ?) l’un des rares accès au pays. En plein triangle d’or, le chaland thaï vient, à la journée, s’approvisionner de marchandises contrefaites de l’autre côté de la frontière, à Tachilek. Encastrée dans ses vallées et remplie de contrebandiers, elle figure selon moi au pinacle des villes frontalières putrides.

    Devant nos visas de tourisme, le fonctionnaire, perplexe, tente de nous dissuader de continuer. De l’autre côté, apprenons nous, nous devrons gagner l’aéroport le plus proche pour survoler des territoires « interdits » (pourquoi ? « Oh, il y a des problèmes de sécurité »). Résignés à dépenser plus pour comprendre plus, nous décidons cependant de continuer, au regret du garde frontière qui se mue alors en véritable tour opérateur : vous irez là puis là et pas ailleurs. Nous voilà contraints de signer un document où nous nous engageons à ne « pas nous immiscer dans les affaires intérieures du pays », vieille antienne locale qui figure, découvrirons nous plus tard, à longueur de panneaux pour désigner les « ennemis de la Nation ».

    Je reçois l’instruction étonnante de me rendre de l’autre côté de la frontière, les mains dans les poches, sans mes papiers et alors que mon amie est assignée dans la guérite, afin de chercher un taxi qui viendra s’engager à nous transporter à l’aéroport. Bon. Errant comme une âme en peine, un moto taxi me recueille pour me conduire à plusieurs kilomètres, où je trouve mon taxi qui se fera dûment enregistrer au poste frontière.

    Voilà pour une mise en bouche. Effarant, même pour nous qui venions du Vietnam, pas connu non plus pour ses effusions démocratiques.

    Le lendemain, nous ferons 150 kilomètres qui en paraîtront le triple : tous les 20 kilomètres, un poste de sécurité avec gardes armées et barrières, à chaque fois l’obligation de montrer patte blanche, en plus des contrôles inopinés de groupes militaires surgissant de la jungle. Ils mènent la chasse aux minorités Shan rebelles. À nos côtés, un couple birman dont nous nous demanderons s’ils ne sont pas là pour nous avoir à l’oeil. Le début de la méfiance qui, en Birmanie, n’a pas de fin.

    À Keng Tung, nous trouvons une petite ville morte après 18h, des rues sans éclairage, et voyons l’indigence des pouvoirs publics quand chaque foyer dispose de son propre groupe électrogène. Pourtant les bâtisses sont belles, témoignent du passé colonial de cet ancien lieu de villégiature situé à proximité de sources bouillonnantes. Pas d’occidentaux à l’horizon, à l’exception de quelques ONG et de leurs jeeps rouges et blanches.

    Un saut d’avion le lendemain, pour rejoindre, après le triangle d’or, le triangle des dollars, où le lac Inle et les anciennes villes impériales ont conduit le gouvernement à autoriser le tourisme, et à engranger les devises étrangères. Les nôtres aussi, bien sûr. Nous trouvons là de jeunes touristes, chez qui le débat est âpre : venir en Birmanie où s’abstenir ? Insoluble. Je reste pourtant songeur devant les propos de ce jeune backpacker anglais qui avance que la beauté typique du pays s’évanouirait sans la dictature et les restrictions à l’entrée. Ah.

    C’est que déjà, nous trouvons des voix pour partager leurs souffrances. Un taxi qui, après quelques questions précautionneuses, me répondra que je peux lui demander tout ce que je veux, « il n’y a pas de micro dans son taxi ». Et d’obtenir des réponses étonnamment précises de cet homme cultivé. Il nous dit notamment comment le gouvernement birman organise des migrations de ses citoyens vers les chantiers de la Malaisie, en échange d’une caution gigantesque ( de l’ordre de 10000 dollars) et de leur famille, caution de chair du candidat à l’exil, sommé à terme de revenir au bercail. Entre autres choses, bien pires. Il nous laisse à l’auberge, et nous réfrénons notre collusion toute jeune à l’approche du gérant.

    À Rangoon, nous voulons rencontrer des étudiants, et voir ce qu’il reste de leur activisme, 17 ans après la sanglante répression à leur encontre. Nous trouvons le campus de sciences humaines, situé non loin du lac Inya aux abords duquel « réside » Aung San Suu Kyi. Cinq minutes passées dans son enceinte suffiront pour alerter des employés de la sécurité, qui nous refouleront énergiquement en nous enfournant sans ménagement dans un taxi. Aux abords du lac, nous irons vers les étudiants, tentant de parler de nous comme des étudiants d’un pays voisin. Dur dur, pas un seul ne parle anglais.

    Plus tard, un homme se rapprochera de nous dans la rue, dans un café au centre de Rangoon. Évoluant en cercles concentriques autour de nous, il aura, je pense, justement interprété la teneur d’une vive discussion. Il se propose de nous guider, nous expose un CV d’ex agent double, de « fixer » d’un journaliste de Libération, nous dit que le gouvernement à tout fait pour « désangliciser » les étudiants, mais qu’il peut nous faire rencontrer un étudiant anglophone. Jouant aux touristes, nous pratiquons les mêmes techniques décrites par Paul Moreira. L’étudiant sera, malheureusement, peu loquace. Question de langue, encore...

    Aux abords de la demeure d’Aung San Suu Kyi, je prends une photo discrète du poste de garde. Immédiatement repérés, nous sommes filés un moment par un militaire. À l’ambassade de France, nous tentons d’obtenir des statistiques démographiques. On y sait très peu de choses, « moins qu’ailleurs car nous sommes des officiels », mais un gendarme nous remarque et s’étonne que des français se livrent à ce genre de tourisme. Il tient à consigner notre identité, « on ne sait jamais ».

    En quittant le pays, on en ressort, il faut bien le dire, soulagé de ne pas avoir été pris, à tort ou à raison. Restent des interrogations à n’en plus finir. Notamment celles-ci, et elle choquera peut-être : j’ai recueilli le témoignage, à la campagne, de bouddhistes qui me disaient donner la majorité de leurs ressources au temple. Les « robes safrans », qui se sont soulevées pour des questions de niveau de vie, ne participent-elles pas en réalité du fonctionnement du régime, parachevant le triptyque féodal de la junte et de ses vassaux régionaux ?

  • Alexandre Marchand
    Alexandre Marchand
    Etudiant en journalisme
    • Posté à 17h59 le 26/03/2010
    • Internaute 88733
      Etudiant en journalisme

    Remarquable article, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu quelque chose comme ça ! Je regarderai votre émission depuis l’Inde par le Net avec le plus grand intérêt (d’autant plus que je me rends en Birmanie d’ici quelques mois)

  • nilocas Zarkosy
    nilocas Zarkosy
    Âne à la retraite
    • Posté à 18h37 le 26/03/2010
    • Internaute 13422
      Âne à la retraite

    Et que pense not’sinistre des Affaires Etrangères ? ? ?

    réponse : « La Birmanie il n’y a pas plus démocrate “

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 18h39 le 26/03/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Excellente enquête.
    La société Thalès travaille déjà avec la chine, et fournit des brouilleurs d’émissions radio. Business et censure...

  • Namvina
    Namvina
    jeune sans avenir
    • Posté à 18h58 le 26/03/2010
    • Internaute 109249
      jeune sans avenir

    C’est bien là toute l’hypocrisie des gouvernements occidentaux, qui ne cessent de brandir les droits de l’homme pour dénoncer les pays qui ne sont pas à leur botte, mais d’un autre côté soutiennent les grandes multinationales dans leur mondialisation et collaboration avec les pires dictatures.
    Total, Alcatel, mais encore tellement d’autres...
    Lien

    • Hulk
      Hulk répond à Namvina
      Gros con de droite
      • Posté à 21h14 le 26/03/2010
      • Internaute 108405
        Gros con de droite

      Pas seulement les gouvernements. Les populations occidentales participent de cette même hypocrisie, vu que ces activités fournissent des débouchés, donc des emplois et contribuent à notre prospérité.

      • Numerosix
        Numerosix répond à Hulk
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 21h58 le 26/03/2010
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Ben non , puisque les entreprises se targuent de respecter l’ écologie, le développement durable de lapîn , équitable de cheval et carrément affichent les droits de l’homme sur leurs site comme écrit dans l’article .
        Et qu’en plus quand elles ne possèdent pas directement les journaux , les radios et les télés , elles font du chantage à la pub .
        Et c’est sans compter les ministres des affaires étrangères et autres qu’elles ont grassement rémunérés pour qu’ils renvoient l’ascenseur . Et les moyens qu’on met pour faire élire un Président de la république nain dont la seule politique n’est même plus de faire celle pour laquelle il a été élu par une frange majoritaire de crétins bernés , mais de continuer a faire ce pourquoi on l’ a fait élire ..

        Ne parlez pas de populations libres qui participent et de démocratie depuis votre trône avec votre bonnet en or dans votre palais construit dans un champignon hallucinogène , Monsieur le Schtroumpfissime , on connait votre ’histoire ..

  • alabergerie
    alabergerie
    http://alabergerie.wordpress. (...)
    • Posté à 20h01 le 26/03/2010
    • Internaute 81339
      http://alabergerie.wordpress. (...)

    Bon, concrètement, qu’est-ce qu’on fait, nous les chiens de consommateurs  ? Ne pourrait-on mordre  ?
    — Je jure solenellement de ne plus acheter ni rien faire qui puisse aider AlcaLu à gagner des sous  !
    J’espère sincèrement que cet article ne se contentera pas de prendre la poussière dans les archives de la Rue. Faut le signaler autour de soi  !

    • Deamon7
      Deamon7 répond à alabergerie
      Petit agité
      • Posté à 10h00 le 27/03/2010
      • 49273
        Petit agité

      Je jure solenellement de ne plus acheter ni rien faire qui puisse aider AlcaLu à gagner des sous !

      Actuellement la quasi-intégralité des réseaux 2G et 3G en France sont d’origine Alcatel. Ainsi que la majeure partie des réseaux Internet haut-débit, fibre optique, etc...

      Bon courage.

  • spartak
    spartak
    (comité libertaire lyophilisé)
    • Posté à 22h10 le 26/03/2010
    • Internaute 84113
      (comité libertaire lyophilisé)

    « Grâce à Internet et à la révolution numérique, Myo s’évade chaque jour de son pays prison. »
    Et nous c’est à cause des mêmes outils qu’on accepte de rester dans nos enclos, c’est drôle.

  • Bardamu
    Bardamu
    difficile
    • Posté à 00h27 le 27/03/2010
    • Internaute 25491
      difficile

    Je vire mon commentaire parce que je n’avais pas lu l’article entier.

  • Wangyoann
    Wangyoann
    Professeur de français et (...)
    • Posté à 02h51 le 27/03/2010
    • Expert 101444
      Professeur de français et (...)

    Et que penser des entreprises françaises implantées en Chine et qui collaborent honteusement avec les autorités locales dans le flicage et le contrôle des étrangers ? ? De cette collaboration étroite qui permet à nos grands groupes de se développer dans cet immense pays, quelles sont les sommes payées par ces entreprises sous la forme de pots-de-vin (coup de pouce indispensable pour qui veut se développer en Chine) pour aider à leur expansion ? De tout cela, on ne dit rien, pourtant ce sont ces pratiques honteuses et inadmissibles qui permettent à la corruption d’étendre ses filets toujours un peu plus dans un pays déjà miné par ce fléau ! !

    Pour des infos originales sur la Chine, venez nous voir sur notre blog, en tapant tout simplement notre nom sur un moteur de recherches ! !

    Wangyoann

    • Cubitus
      Cubitus répond à Wangyoann
      Cadre
      • Posté à 11h38 le 27/03/2010
      • Internaute 109926
        Cadre

      Vous reprochez quoi a Alcatel ? Construire un reseau de telecommunication dans un pays qui n’en a pas est plutot une bonne chose. Cela va justement permettre aux journalistes et aux citoyens d’acceder a Internet depuis ce pays. Le « Lawful Interception » existe dans tous les reseaux de telecom, dans tous les pays. Je ne vois vraiment pas en quoi Alcatel serait criticable dans tout ca ?

      • Wangyoann
        Wangyoann répond à Cubitus
        Professeur de français et (...)
        • Posté à 14h01 le 27/03/2010
        • Expert 101444
          Professeur de français et (...)

        Moi je ne reproche pas grand chose à Alcatel, je me pose la question suivante : « comment cette entreprise française a pu décrocher ce contrat » ? N’ayant pas la réponse, je ne lui reproche rien ; toutefois il est fort à parier que « corruption et compagnie » doivent être des arguments convainquant ?
        En Chine, ce sont des arguments plus que convainquant, qui vous ouvrent beaucoup de portes ! Et en Birmanie ?

        Wangyoann

    • rubbish
      rubbish répond à Wangyoann
      • Posté à 12h55 le 27/03/2010
      • Internaute 31794

      Entièrement d’accord, et parlons aussi du Vietnam. Le guide du routard que j’utilisais en 2005 indiquait que le systeme de controle et de censure de l’internet était fournit pas la France. Je ne sais pas si c’est toujours le cas et je n’ai pas trouvé d’infos à ce sujet sur le net. Si quelqu’un en sait plus...

    • kambody
      kambody répond à Wangyoann
      expat
      • Posté à 19h32 le 27/03/2010
      • Internaute 90219
        expat

      Après Total.. tout est possible.

      Puisque si c’est pas lui c’est un autre.. très belle argumentation !

      pffff

  • Benjamain
    Benjamain
    précaire
    • Posté à 04h20 le 27/03/2010
    • Internaute 37988
      précaire

    super article, j’espère qu’il fera réagir Alcatel

    • francky91
      francky91 répond à Benjamain
      • Posté à 09h33 le 27/03/2010
      • Internaute 41413

      petite précision qui ne change rien au fond de l’affaire mais qui vaut le coup d’etre précisé :
      Alcatel est une entreprise à capitaux franco-américains, avec un conseil d’administration largement américain

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 08h56 le 27/03/2010
    • 49273
      Petit agité

    Une vidéo ma foi pas trop mal. Pas le reportage du siècle, mais ça reflète assez bien ce qui m’a été raconté par les gens qui ont voyagé là-bas. D’ailleurs je vais aller y passer un week-end un de ces quatre.

    Lienenvoyé par Lien. - Lien

  • Psyfou
    Psyfou
    pas glop
    • Posté à 08h41 le 27/03/2010
    • Internaute 102931
      pas glop

    Bravo. Du travail de journaliste. C’est si rare. Je tairai pour cette fois toute mon acrimonie vis à vis de votre corporation.

  • confortablynumb-
    confortablynumb-
    le monde tel que nous le (...)
    • Posté à 09h01 le 27/03/2010
    • Internaute 67096
      le monde tel que nous le (...)

    C’est quand méme scandaleux que des multinationales et autres grosses societés puissent étres autorisé à faire du« bizness » avec des dictatures.
    Tout ça au nom du profit, alors qu’il devrait y avoir un blocus économique total de la part de tout les états dit « démocratique »
    peut étre que ces dictatures seraient alors obliger de faire profil bas. et de respecter les droits de l’hommes, mais faudrait il pour ça que justement les Etats dit démocratiques montrent le bonne exemple pour justement pouvoir donné la leçon, ce qui n’est pas toujours le cas.

  • freakfeatherfall
    freakfeatherfall
    moonchild
    • Posté à 09h43 le 27/03/2010
    • Internaute 21024
      moonchild

    super reportage
    on aimerait en voir plus - je sais c’est bcp demandé
    ms zemmour & co jmen bat les couilles perso

  • jerry.commanche
    • Posté à 10h41 le 27/03/2010
    • Internaute 63891
      quidam

    Ca s’appelle Myanmar, pas la Birmanie. la « Birmanie » est une déformation française du nom anglais Burma qui est une déformation du mot « bamar », le nom du peuple majoritaire de ce pays qui n’avait pas de nom d’antan (comme la plupart des autres pays).
    La presse asiatique parle toujours de Myanmar, qui n’est, en fait, que la version litteraire du « pays des Bamars ». Et oui, ils ont une langue littéraire ! Ils ont aussi une longue histoire et culture. Et le mémoire qui avec ! Ca surprend ? Vraiment ? C’est un pays multinational, avec en plus des bamars, de karens, de kachins, des shans etc. etc.
    Bref situation très très complexe, avec un gouvernement dominée par les militaires, tous plus ou moins disciples du général Aung-san, le père de Suu-kyi, lui il y a 50 ans assassiné probablement par les britanniques. Ce régime cherche à garder l’ensemble uni. Il le fait certes mal, comme d’autres dans le monde. Les changements y viendront, de manière radicale, du fait des peuples du coin. Européens ou nordamericains s’abstenir SVP, sauf ceux qui vraiment connaisseurs !
    En tout cas, il n’y a pas là de quoi justifier que les donneurs de leçons occidentaux, journalistes, ces dizaines de milliers d’ONG (non-gouvernementaux financièrement aisés), et autres faiseurs d’opinion persiste à étaler leur ignorance désormais légendaire. Les peuples de Myanmar ont nul besoin des conseils des européens ou nord-américains ignorants, mais imbus de leurs importance. Sachez par exemple que le parti d’Aung-san Suu-kyi n’a pas de programme politique ou économique digne de ce nom. D’ailleurs, il n’en avait aucun jusqu’à l’an dernier. Pour des libérateurs potentiels, c’est très fort ! Ah, mais ils ont du pognon, ces dissidents « birmans » abrités en Thailande ou en Norvège (si, si il y a même une radio !). Oh, ces dollars et ces euros sonnants et trébuchants !
    Le Myanmar est certes un pays pauvres, mais le niveau de vie est peut-être mieux qu’en Inde. Vérifiez les indicateurs du développement humain du PNUD, chers donneurs de leçons.
    Ce n’est pas parce que nos maîtres nord-américains décident de cibler le Myanmar pour des raisons géostratégiques (comme il le font pour la Corée du nord, le Sudan, ou l’Iran entre autres) que nous devons danser à leurs sombres musiques. Ca plairait aux « savants » d’Europe ou d’Amérique si les chinois ou les indiens montaient des ONG (grassement financé par les G) pour les faire intervenir dans le problème basque, corse ou d’autres qui vont apparaître à l’avenir sous nos cieux ? Ca ne plairait pas et ils ne le font pas. Encore qu’à l’époque des communistes, ils s’épaulaient mutuellement.
    La morale de cette histoire ? Eviter de jouer aux donneurs de leçons sur des choses dont on ignore l’essentiel. A propos, Paul Moreira voudrait-il des idées des sujets à traiter sur les méfaits des régimes français depuis 300 ans, et leurs conséquences toujours douloureuses ? Il y a des dizaines ! Il a été viré comme leader de « Lundi investigation » de Canal plus, après que cette émission ait montré des cadavres suite aux fusillades en Côte d’Ivoire par des troupes françaises. En 2004, je crois. D’abord c’était très gênant pour Paris de le montrer tel quel. Ensuite, Gbagbo, le président ivoirien, était aidé par les israéliens qui ont provoqués ces tueries pour trainer le gouvernement francais dans la boue. Alors Françafrique ? Israel et son horrible repression des palestiniens ? Il y a mille autre sujets de ce type, sans cravacher des vieux chevaux fatigués et lointains ! ! Alles les « savants », encore un effort !

  • buffalo_soldier667-
    buffalo_soldier667-
    Célibertin
    • Posté à 11h35 le 27/03/2010
    • Internaute 88424
      Célibertin

    Bande de bobos, mai vous croyez quoi. Votre confort se fait au détriment des autres. Si vous êtes pas content, ben vous avez qu’à adopter un ptit noir affamé de Somalie.
    Si tout le monde vivait comme nous, ben ça fait longtemps que la terre aurait implosé.
    J’en ai plus que marre de vos articles pour bobos.
    Engagez-vous alors... MSF recrute toute l’année.

  • Alexad
    • Posté à 12h04 le 27/03/2010
    • Internaute 8145

    Un excellent reportage bravo.

  • gotjy
    • Posté à 14h32 le 27/03/2010
    • Internaute 19716

    Il faut reconnaitre la qualité du travail de Mr Paul Moreira qui fait honneur à la profession de JOURNALISTE,il à toujours été excellent sur canal pour « spéciales investigations“que beaucoup de ses soit-disant confrères prennent exemple sur cet homme (n’est-ce pas Pernaud,Ferrari,Poujadas et consors planqués derrière leurs prompteurs,ce qui est beaucoup moins dangereux)
    Ce type d’information devrait avoir une plus large diffusion ,mais est-ce rentable ou intoiérable pour certain lobbies.

  • Mongino
    Mongino
    Universitaire
    • Posté à 17h47 le 27/03/2010
    • Expert 109980
      Universitaire

    Excellent article. Rappelle les combats des opposants birmans depuis les révoltes de 1988 et les combats d’Aung San Suu Kyi. A lire aussi : Chasseurs de dragons d’Olivier Weber (Payot Voyageurs). Un incroyable récit de voyage sur la route de l’héroïne qui passe aussi par Rangoon et par les maquis des guérillas du Triangle d’or.

  • KP469
    KP469
    citoyen
    • Posté à 17h58 le 27/03/2010
    • Internaute 89551
      citoyen

    La France vend des armes à toutes les dictatures du monde entier. Peut-on vraiment être surpris par ce qui est « dévoilé » dans cet article ?

    J’ai du mal à comprendre pourquoi cet article a fait autant de « buzz »

  • Toubib 53
    • Posté à 19h52 le 27/03/2010
    • Internaute 17298

    Pour Alcatel comme pour Total la seule importance est de faire du fric même avec les pires dictatures du globe ... Quoique pour Alcatel si superbement planté par son génial PDG ( gavé de retraite chapeau, stock options, indemnités de départ) il y a du boulot sur la planche quand on constate la mirobolante évolution de son cours en bourse ... en pleine croissance négative ... dirait une ministre des finances hexagonale ....

  • Julien Potron
    Julien Potron
    Salarié
    • Posté à 07h39 le 29/03/2010
    • Internaute 35865
      Salarié

    De l’info comme on les aime.

    Merci.

  • Pierrot19
    Pierrot19
    Citoyen du monde
    • Posté à 10h35 le 29/03/2010
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      Citoyen du monde

    Alcatel-Lucent dément formellement avoir livré une solution dédiée au filtrage des communications au Myanmar

    Merci de publier le communiqué de presse officiel de Alcatel-Lucent sur ce sujet :
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