Mères porteuses : « Allez concevoir ailleurs si j'y suis ! »
L’affaire Mennesson n’est pas close avec l’arrêt rendu ce jeudi 18 mars par la cour d’appel de Paris, au contraire. La justice a reconnu la filiation au couple, dont les jumelles sont nées en 2000 d’une mère porteuse en Californie, mais a annulé leur inscription à l’état civil français. Une situation que regrette le sociologue Bertrand Pulman.
Bertrand Pulman
L’avocate du couple Mennesson, Nathalie Boudjerada, juge cette décision « contradictoire » mais estime que si la filiation avait été annulée, « cela aurait été pire » et annonce leur pourvoi en cassation pour faire reconnaître la gestation pour autrui (GPA).
Pour comprendre l’ambiguïté de la position française sur cette technique de procréation, prohibée depuis les lois de bioéthique de 1994, Rue89 a interrogé le sociologue Bertrand Pulman, qui vient de publier « Mille et une façons de faire les enfants », la révolution des méthodes de procréation » (Calmann-Lévy, 2010).
Que vous inspire la décision de la cour d’appel de Paris ?
La cour a voulu reconnaître la situation de fait. Cet arrêt contrasté montre que la cour a fait preuve d’humanité et de bon sens, en reconnaissant que les époux Mennesson assument pleinement le rôle de parents. Elle n’a cependant pas voulu aller à l’encontre de la législation. Malheureusement, l’intérêt supérieur des enfants n’a pas été suffisamment pris en compte et laisse les fillettes dans l’indétermination juridique, dix ans après leur naissance.
Les pouvoirs publics français savent que s’ils légalisaient les enfants Mennesson, bien d’autres parents ayant eu recours à la GPA demanderaient à régulariser la situation de leurs enfants. Aux yeux de la législation française, la mère est celle qui accouche.
Les associations estiment que 200 à 300 couples par an partent à l’étranger pour avoir recours à des mères porteuses, je pense qu’ils sont au moins une centaine.
Rappelons que les femmes qui ont recours à la gestation pour autrui sont confrontées à des situations terribles, des pathologies peu communes (maladie congénitale ou hystérectomie), et il serait regrettable qu’on empêche la science et la médecine de remédier à la situation dans lesquelles elles se trouvent. Tout se passe comme si la France disait à ces gens « Allez concevoir ailleurs si j’y suis ! ».
Tout ce qu’on peut faire médicalement ne doit pas nécessairement être autorisé. Comment faut-il aborder cette question sur le plan éthique ?
Bien sûr, toutes les expériences ne doivent pas être autorisées. La gestation pour autrui est autorisée dans d’autres pays et interdite en France depuis les lois de bioéthique de 1994. Celles-ci doivent être révisées cette année.
En Grande-Bretagne, où cette pratique n’a jamais été interdite, on compte une centaine de naissances par an et très peu de problèmes. Une psychologue suit un échantillon d’enfants depuis trois ans et on n’a pas connaissance de difficultés particulières. Aux Pays-Bas, elle est autorisée depuis 1994 de manière très encadrée (il n’y a pas de rémunération possible de la gestatrice) et il n’y a pas de problèmes insurmontables.
Pourquoi cette question divise-t-elle autant en France ?
C’est un des sujets qui touche le plus notre intimité et sur lequel on sent le plus le « polythéisme des valeurs » : il est trop subjectif et passionnel, je pense qu’il est vain d’espérer arriver à un consensus.
Ce qui me frappe en France, c’est que le cadre général est plutôt celui de la prohibition, alors que les Anglo-saxons sont beaucoup plus pragmatiques. Vue de l’étranger, cette culture de la prohibition et de la discussion préalable paraît très curieuse. Sans parler de l’écart considérable entre les normes et les grands principes éthiques affichés en France, et les aspirations et pratiques de franges importantes de la population.
Pensez-vous que l’on va vers une légalisation des mères porteuses ?
La couverture du livre de Bertrand Pulman Un sondage
Pour l’instant, les associations qui militent pour la légalisation n’en parlent pas mais aux Etats-Unis, plus de la moitié de ces grossesses se font pour des couples homosexuels.
Une partie de la société française craint d’ouvrir les vannes pour des raisons médicales au départ, et ensuite de devoir s’adapter pour des raisons de convenance à des couples homosexuels.
Moi, je pense que c’est inévitable. Il faut se rendre compte que 30 000 à 300 000 enfants, selon les sources, vivent déjà dans des foyers de parents homosexuels. D’une certaine façon, l’heure n’est plus à se demander si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais à s’adapter à la situation. Certains sont dans la nostalgie d’un ordre familial classique qui n’a en réalité jamais existé.
- Sur Rue89Faut-il légaliser les mères porteuses ? Les dix clés du débat
- Sur Rue89Légaliser les mères porteuses : à tout riverain son éthique
- Sur nouvelobs.comLa décision de la cour d'appel
- Sur free.frLe site du comité de soutien pour la légalisation de la GPA (Gestation pour autrui) et l'aide à la reproduction assistée
- Sur leparisien.frLes Mennesson réclament leur statut de parents, sur LeParisien.fr
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Non la France n’est pas en retard, au contraire elle est en avance pour protéger la dignité des personnes et de leur corps !
C’est non aux utérus sur pattes à louer à travers le monde !
Ce n’est pas parce que d’autres femmes ont fait naître des enfants n’importe comment ici ou ailleurs, qu’en France qu’il faut légitimer cette méthode de production intensif d’enfant par ventre interposé !
Les femmes ne sont pas des pondeuses sur pattes ! Ni des fabriques de viande à vendre à la découpe.
Il va falloir inculquer à ces femmes malades de ne pouvoir être « mère » que leur existence ne saurait se réduire au statut de « mère à tout prix » ! Des centaines de milliers de femmes ne maîtrisant pas leur fécondité ont déjà fait naître des centaines de milliers d’enfants abandonnés et qui vivent misérablement dans des orphelinats. La véritable générosité, altruisme est dans l’adoption de ces malheureux !
A ces femmes égoïstes qui veulent faire fabriquer un bébé au détriment de la santé physique et psychique d’autres femmes, il serait temps qu’elles apprennent de leur faire comprendre et inculquer une bonne fois pour toutes qu’on ne peut pas avoir un enfant à n’importe comment ! Ce n’est pas un objet de consommation courante ou un doudou pour combler les failles de leurs névroses !
L’enfant a des droits légitimes, le premier étant celui de ne pas avoir été l’objet d’une marchandisation, et se voir cédé tel un objet qu’on se refile ou être abandonné !
A lire d’urgence le livre de S Agacinski « corps en miettes »




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