La mort de Jean Ferrat, le PCF perd sa plus belle voix
Le Parti communiste français a perdu une voix, a perdu sa voix. Jean Ferrat l’a longtemps incarnée : pas une fête de l’Huma, pas un meeting du PCF sans le chanteur aux grandes moustaches et à la voix grave, ami d’Aragon et de l’URSS, mais aussi poète et compositeur. Le chanteur est mort samedi à l’age de 79 ans.
Jean Ferrat incarne une époque française. Dans la chanson comme dans la politique. Celle d’une chanson engagée, de paroles à thème, celle aussi des affrontements classe contre classe, bloc contre bloc, une époque qui sentait bon la guerre froide et le manichéisme, où il fallait choisir son camp et s’y tenir.
Dans les années 50, Jean Ferrat choisit Louis Aragon et la patrie du socialisme, Thorez et Staline. Il chantera la révolution russe et la femme qui est l’avenir de l’homme. Le cœur d’une génération de communistes, à une époque où le PCF représentait plus de 20% de l’électorat français, a vibré en entendant Jean Ferrat chanter « Potemkine » et la révolution léniniste, ici mis en image avec des extraits du film d’Eisenstein sur la mutinerie du cuirassier russe en 1905. (Voir la vidéo)
Jean Ferrat était issu d’un milieu modeste, et a commencé à travailler à l’âge de 15 ans, lorsque son père, juif, a été déporté à Auschwitz d’où il n’est jamais revenu. Devenu le chanteur emblématique du Parti communiste, il a maintenu un mode de vie modeste de rigueur, comme en atteste ce délicieux reportage télévisé de 1964 dans lequel Anne Marie Carrière ironise affectueusement sur ce bel intérieur d’Ivry avec vue sur les HLM. (Voir la vidéo)
Mais la France de l’époque, c’était aussi des luttes idéologiques, et Jean Ferrat était exposé comme tous les compagnons de route du PCF, à la dénonciation de ses silences sur les violations des droits de l’homme du bloc soviétique.
Ici, le comique Thierry Le Luron chante une parodie de Jean Ferrat en dénonçant l’internement des intellectuels dissidents en URSS dans les hôpitaux psychiatriques. (Voir la vidéo)
Suite aux remarques de plusieurs Riverains, je rajoute une chanson qui a effectivement sa place ici : « Le bilan », de 1979, où il prend ses distances avec le stalinisme. Tardivement diront certains, mieux que beaucoup d’autres malgré tout, en effet... (voir la vidéo)
Ces échos de batailles du passé, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, comme l’a chanté quelqu’un d’autre, ne doivent pas faire oublier non plus la poésie et la beauté des mots, souvent ceux d’Aragon dont il fut proche. Un peu désuet aux oreilles de 2010, mais qui peut encore susciter l’émotion.
Pour ce chanteur privé de père par les nazis, cette chanson qu’il avait composée et écrite, intitulée « Nuit et brouillard », avait assurément un sens particulier. (Voir la vidéo)
Depuis plus de deux décennies, il s’était retiré en Ardèche. Son époque, musicale comme politique, était passée.
Dessin : Chimulus
►Mis à jour à 19h45, avec l’ajout de la vidéo de la chanson « le bilan ».
►rectificatif à 00h30 : Nuit et brouillard attribué par erreur à Aragon.
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Je les ai déjà postées sur la brève. En voilà une dans la gueule de l’identité nationale à la mode d’aujourd’hui :
... et en voilà une autre pour montrer le communiste respectable qu’était Ferrat :
(Et j’espère que tout le monde va reposter les siennes, parce que c’est encore en l’écoutant qu’on lui rend le mieux hommage !)




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