Elections régionales : le triple échec de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy en plein discours sur l’avenir des territoires ruraux à Morée, le 9 février (Philippe Wojazer/Reuters)
Quelle que soit la manière dont on aborde le résultat du premier tour des élections régionales, il marque d’abord et avant tout un échec cinglant pour Nicolas Sarkozy. Il faut avoir la langue de bois de François Fillon pour considérer qu’il n’est pas possible « de tirer un enseignement national de ce scrutin » : il sera bien le seul à ne pas le faire.
C’est un triple échec personnel pour le président de la République :
- sa stratégie de réunion de toutes les composantes de la majorité présidentielle pour s’imposer dès le premier tour a capoté. Elle se retrouve derrière le seul PS, et n’a plus de réserves de voix pour le deuxième tour.
- sa stratégie de faire du FN à la place du FN en lançant de manière si catastrophique le débat sur l’« identité nationale » à quelques mois des régionales a eu un effet boomerang : c’est le parti de Jean-Marie Le Pen qui en profite pour se refaire une santé en retrouvant un score à deux chiffres.
- l’activisme présidentiel tourne dans le vide. L’UMP a eu l’illusion du triomphe lors des élections européennes, profitant du mauvais état des socialistes. Nicolas Sarkozy a eu beau dire à la veille du scrutin qu’il ne changerait pas de cap avant une mystérieuse « pause » fin 2011, il est clair que le message de rejet d’un style et d’une politique est clair, brutal, et sans appel. Et le président ne pourra pas ne pas en tenir compte.
Nicolas Sarkozy espérait remodeler la France à son image, il voulait incarner la « rupture ». Il risque fort de n’être qu’une parenthèse en train de se refermer.
Le fort taux d’abstention jette une énorme ombre sur ce scrutin. Non pas tant pour minimiser la défaite de la majorité présidentielle comme tentent de le faire les ténors UMP sur les plateaux télé, mais pour donner la mesure de la crise de la société française. La remontée du FN est l’autre visage de cette crise.
« Insurrection civique »
Jean-Luc Mélenchon a eu une bonne formule, dimanche soir, en parlant d’« insurrection civique », une sorte de « qu’ils s’en aillent tous » ! Tous, c’est-à-dire une classe politique qui n’a pas été capable, d’alternance en alternance, d’apporter des réponses aux problèmes croissants des Français.
Martine Aubry ne s’y est pas trompée en lançant un appel solennel aux abstentionnistes du premier tour, sur le ton du « je vous ai compris », pour qu’ils se mobilisent au deuxième tour pour confirmer l’avance de la gauche.
Une fois de plus, la gauche se trouve face à une immense responsabilité, celle de proposer une alternative crédible à une droite qui reçoit en plein visage le message négatif des Français. On ne construit pas une alternative sur un taux d’abstention aussi massif : la gauche a gagné, mais tout reste à faire.
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On ne va pas bouder son plaisir : une claque à la droite sarkozienne, ça fait toujours plaisir. Certains ont craint (ou ont fait mine de craindre, allez savoir) que Sarkozy soit un dictateur rampant, on dirait bien plutôt qu’il est en voie de giscardisation accélérée.
Finalement, il nous aura pondu une série impressionnante (et sans précédent !) de lois inutiles, quelques (pas beaucoup) réformes emblématiques dont il est encore trop tôt pour mesurer les effets, mais il semble qu’il échoue à remodeler la France à son image, pour reprendre la formule d’Haski. Avec un peu de persiflage, on pourrait presque soutenir que c’est plutôt la France (et pas forcément la plus aimable, d’ailleurs, voir les résultats du FN) qui remodèle Sarkozy à son image.
Le FN, justement : autant il est maintenant incontestable que Sarkozy avait siphonné le vote FN, autant on se rend compte qu’il s’agissait d’un fusil à un coup. Face à l’absence de réserve électorale, on peut se demander comment l’UMP va s’en dépêtrer.
D’autre part, ce soir, il était assez amusant de lire l’appel de Fillon au développement durable et à l’écologie qui n’est ni de droite ni de gauche une semaine après le très fameux jugement présidentiel selon lequel l’environnement, ça commence à bien faire. Ce qui pourrait paraître anecdotique ne l’est pas tant que cela : ça ressemblerait presque à un recadrage du Président par son Premier ministre. Je trouve ça amusant.
Mais du côté de la gauche, il me semble qu’il y a aussi des leçons à tirer.
D’abord, on peut constater l’impasse que constitue la stratégie d’alliance avec le Modem. Bayrou paraît enferré dans une démarche exclusivement personnelle et on ne voit pas bien pour quelles raisons le PS devrait lui passer les plats. Que ce soit Cohn-Bendit lui-même, qui comptait au nombre des thuriféraires de cette alliance, qui oublie l’orange dans l’énumération des couleurs de la gauche, voilà qui en dit long.
Ensuite, les résultats croisés du NPA et du FdG montrent assez (me semble-t-il) qu’il y a une aspiration à une gauche qui participe à la gestion sans renier les ambitions de la transformation sociale. Il appartiendra au NPA de se décider sur sa volonté ou non de participer aux exécutifs, en gros sur sa volonté d’être utile dans le champ politique ou pas, ce qui serait pour lui une révolution copernicienne. Quant au FdG, ce sont des résultats simultanément encourageants et décevants. Encourageants, parce qu’il existe et qu’il montre l’étendue du travail qui reste à faire ; décevants, parce qu’on pouvait espérer mieux, notamment en nombre d’élus. Pour lui, les négociations d’entre-deux-tours risquent d’être délicates.
Enfin, Aubry n’a pas explosé en vol, ce qui est déjà une bonne nouvelle, mais c’est à peu près tout. Le démantèlement du PS en baronnies semble confirmé, comme en attestent à des degrés différents les résultats de Frêche ou de Royal qui, tous les deux, ont beaucoup joué sur la personnalisation du scrutin.
Bref, il y a du boulot.




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