Comment BASF est passée de la cassette à la patate OGM
Il y a 20 ans, le groupe chimique faisait dans la VHS ; aujourd’hui, il commercialise Amflora. Histoire d’une mutation génétique.
Amflora est le petit nom de la pomme de terre transgénique issue des labos de BASF et qui vient d’être autorisée par la Commission européenne. Mais qu’on ne s’y trompe pas : le chimiste n’est pas en train de se reconvertir dans l’agro-alimentaire, ni d’envahir nos assiettes, la pomme de terre en question étant, pour l’instant, destinée à un usage strictement industriel.
Ce qui intéresse dans ce tubercule, ce n’est pas sa capacité à devenir un gratin ou une frite mais son amidon, qui, génétiquement transformé, a de nouvelles vertus, selon BASF :
« L’amidon d’Amflora rend le papier plus brillant, le béton et les adhésifs plus résistants dans le temps. »
Quand on demande à BASF comment ils sont passés de la cassette à la patate, la question leur semble incongrue. « Vous connaissez très mal BASF », nous répond l’attachée de presse :
« On ne fait pas du tout de produits grand public, seulement du B to B, [business to business, soit d’entreprise à entreprise, ndlr].
La cassette est la seule exception à cette règle, presque un accident de parcours. »
Un accident de parcours ? Plutôt le moyen d’accéder à une notoriété restée « intacte » à l’image de la publicité ci-dessous. (Voir la vidéo)
Un business qui n’aurait jamais dépassé « 1% de tout BASF », affirme la firme, et sur lequel le chimiste ne s’est pas attardé :
« En 1934, Telefunken a créé le magnétophone et demandé à BASF d’inventer la bande, puis Philips à la fin des années 60 nous a demandé de faire la cassette audio et vidéo, mais on a revendu l’activité à Emtec il y a plus de dix ans et c’est toujours resté peanuts dans notre activité. »
Des peintures aux pesticides
Le groupe allemand a près de 150 ans et a été lancé par ses inventions de colorants pour textiles qui ont remplacé, à partir des années 1860, les pigments naturels, végétaux ou minéraux, très chers. Puis le chimiste s’est implanté dans les engrais, les cosmétiques et les plastiques et irrigue désormais de très nombreux domaines :
« On amène le gaz de Gazprom en Europe, on retrouve nos produits aussi bien dans les peintures automobiles que dans les cosmétiques ou les pesticides. »
Et justement, c’est par la branche « biotechnologie végétale » qu’est arrivée la pomme de terre Amflora. Son intérêt, explique un porte-parole de la société :
« La pomme de terre contient 20% d’amidon, et grâce à l’inversion d’un gêne, nous avons trouvé un moyen simple et peu coûteux de séparer l’amylose et l’amylopectine pour ne garder que ce dernier, un polymère qui sera très utile dans l’industrie, papetière et cosmétique notamment. »
Résistance à des médicaments ?
Même si elle ne sera pas commercialisée dans l’alimentation, les écologistes s’inquiètent de la première autorisation donnée à une plante OGM par Bruxelles depuis douze ans.
BASF va faire pousser ces pommes de terre sur une centaine d’hectares en 2010 en Allemagne, Suède, République tchèque et Pays-Bas. De son coté, la France va attendre l’avis du haut conseil de biotechnologies et demande le « renforcement de l’expertise communautaire ».
Car ce qui inquiète surtout les écologistes, ce sont les risques de dissémination dans l’environnement. Greenpeace souligne ainsi que cette pomme de terre, une fois disséminée, « pourrait augmenter la résistance de certaines bactéries à des médicaments, comme des traitements contre la tuberculose. »
Et la députée européenne (MoDem) Corinne Lepage de dénoncer la « déclaration de guerre [de Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne] à l’égard des citoyens européens majoritairement opposés aux cultures OGM » destinée à « satisfaire les lobbies ».
- Sur Rue89Chantal Jouanno : pas d'OGM dans la future loi Grenelle 2
- Sur lemonde.frL'innocuité de la pomme de terre transgénique mise en cause, sur LeMonde.fr
- Sur boursier.comLevée de boucliers contre "la patate OGM"
- Sur wikipedia.orgLa fiche Wikipédia sur la cassette audio (en anglais)
- Sur slate.frLa drôle de guerre de la pomme de terre OGM allemande, sur Slate.fr
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Chercheur
Chercheur
Article intéressant, il ne faut effectivement pas tout confondre. Les OGM de Monsanto sont beaucoup plus dangereux à long terme car ils s’attaquent à l’indépendance alimentaire des pays en soumettant l’agriculture à son diktat. Le problème des OGMs n’est pas tant leur éventuel toxicité mais plutot leur nuisance environnementale à cause de l’utilisation accrue de pesticides et/ou la contamination des espèces existantes.
Ce qui me pose problème dans cette affaire de patate OGM, c’est qu’on n’a pas trouvé un moyen de les produire en milieu totalement confiné. Il est évident que des cultures en plein champ vont forcément contaminer l’environnement. Donc ca ne me dérange pas dans l’absolu que ces patates puissent etre cultivées, elles peuvent surement améliorer la production industrielle et la rendre moins polluante. Mais il faut absolument trouver un moyen de garder la production dans des milieux fermés. Bien sur pour Barroso toutes ces considérations sont un peu compliquées, tout ce qui compte c’est le pognon.




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