Des crottes de singes pour reboiser la forêt amazonienne
De prime abord, on pourrait se dire que ça ne sert à rien de savoir ce que chie un singe en pleine forêt péruvienne. Sauf que le sort de la flore amazonienne passe en partie par ces précieuses crottes. A Iquitos, dans le nord-est du Pérou, Laurence Culot, de l’université de Liège, s’est adonnée à des observations peu conventionnelles.
Cette chercheuse en biologie du comportement travaille sur l’interaction entre petits singes et graines à faire germer. Durant plusieurs mois, du matin au soir dans cette zone la moins peuplée du Pérou, elle a pisté des tamarins afin d’examiner leurs selles et observer comment ces petites bêtes, en se nourrissant de fruits et
de graines, les dispersaient dans la forêt au gré de leurs déplacements et de leurs moments de relâche. (Voir la vidéo)
Le tamarin, un jardinier dans la forêt
Laurence Culot a établi que ces petites bêtes peuvent jouer un rôle essentiel dans la reforestation des zones dévastées par l’homme. Les tamarins, moyennant une activité intestinale certaine, éparpillent les graines préalablement ingurgitées et entretiennent ainsi le développement de la flore forestière.
Au fil de leurs escapades, il n’est plus rare pour ces boules de poils à longue queue de se retrouver face à des espaces où leur forêt primaire, originelle, a disparu. Déboisées, ces zones n’intéressent même pas très longtemps les cultivateurs locaux : sans arbres, la fertilité des sols disparaît.
Le hic, c’est que les tamarins ne peuvent pas jouer leur rôle de jardinier juste après le départ de l’homme. Il faut en effet compter en moyenne six années avant d’avoir des arbustes suffisamment robustes pour supporter le poids de ces animaux. Et leur faciliter un peu la tâche, ce ne serait pas possible ?
Faire pousser des couloirs végétaux
Des tamarins à Iguitos, au Pérou (Laurence Culot/DR)
Il semblerait que si, grâce à la création de couloirs forestiers. Les associations environnementales et les gouvernements intéressés peuvent accélérer la reforestation des zones sinistrées en développant des voies végétales propices au déplacement des animaux. Mais encore faut-il les y attirer.
C’est là que les recherches de la docteure Laurence Culot interviennent :
« Il faut y planter des espèces végétales qui produiront de la nourriture à des périodes bien particulières.
Lors de mon étude, j’ai bien noté que les tamarins ne s’aventuraient dans ces forêts secondaires [forêts se développant après une perturbation, d’origine humaine dans ce cas-ci, ndlr] qu’à la saison sèche. Pour la simple et bonne raison qu’ils y trouvaient, à cette époque de l’année, une nourriture faisant défaut dans la forêt primaire.
Ces couloirs forestiers sont donc un bon moyen pour faire pénétrer ces animaux au cœur des zones déboisées. »
Soutien mutuel entre ONG et chercheurs
Parfois abstraite, la recherche fondamentale peut amener à la mise en place d’applications ou, tout du moins, à la proposition de pistes de réflexion face à un problème. Marie-Claude Huynen, professeure dans la même unité que Laurence Culot, souligne :
« Nous sommes souvent en contact avec des organismes comme le WWF ou avec bon nombre d’autres chercheurs. Les congrès, les colloques : on s’y croise tous.
On est dans un mouvement d’apports mutuels avec les organisations environnementales. Ils ont leurs propres chercheurs mais viennent quand même vers nous à la recherche d’infos. Nous, on peut profiter d’un certain apport financier de leur part afin de développer nos recherches. »
Certains pays d’Asie ou d’Afrique comme la République de Guinée ont mis en place des couloirs forestiers à la fois pour faciliter la reforestation et désenclaver des groupes d’animaux isolés.
Photos : des tamarins à Iguitos, au Pérou (Laurence Culot/DR)
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enfin retraité
enfin retraité
Excellent article ; en est il de même dans les couloirs de nos institutions ?




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