dope story 3/5 07/11/2007 à 10h21

« Pour savoir où piquer, tu coupes la fesse en quatre »

Julien Marival | Journaliste




Illustration : Serge Bloch.

« Je m’injectais la cortisone en intramusculaire. J’ai toujours préféré la prendre en piqûres plutôt qu’en cachets, parce que c’est moins douloureux pour l’estomac. Je ne voulais pas non plus trop m’esquinter. D’accord, je me suis dopé durant toute ma carrière en semi-pro mais je n’ai jamais abusé des piqûres. Je me suis toujours dit : “Prends-en le moins possible”. Le problème quand tu utilises trop un produit, c’est qu’il ne fait plus effet. Tu vas alors prendre autre chose en plus puis autre chose.

“Mais un produit peut en contrarier un autre. Ça, tu le comprends avec l’expérience. Le tout est de trouver son produit et de le consommer avec modération. Moi, c’était la cortisone, sous l’appellation Kenacort 80 Retard. Un excellent rapport qualité-prix, 15 euros l’ampoule et des effets qui durent trois semaines. A l’époque, elle était encore indécelable. J’ai appris il y a quelques années que ce n’est plus le cas.

‘L’injection en intramusculaire dans la fesse, ça aussi, ça s’apprend. Il faut faire attention à ne pas toucher le nerf sciatique. Pour l’éviter, tu coupes ta fesse en quatre et tu te mets la flèche’ bien au centre. Les premières fois, tu as peur mais rapidement, tu es content de te piquer. Tu es même excité parce que tu sais que le produit va te donner des sensations incroyables sur le vélo.

‘J’ai aussi touché au amphétamines, c’est un bon complément de la cortisone’

‘Dans la foulée de la cortisone, j’ai aussi touché aux amphétamines. Dans le peloton, il y en a toujours prêts à te refourguer des trucs pour se faire du fric. Les amphèt’, c’est un bon complément de la cortisone, parce que c’est un produit actif qui va te speeder sur le court terme. Utile en critérium ou pour faire de longues sorties l’hiver, quand la motivation n’est pas trop là à cause du froid.

T’en avales deux ou trois et tu pars rouler six heures. Si ça fait pas effet tout de suite, c’est que ton corps est en hypoglycémie. Il suffit alors de manger un peu et ça va monter. Mais tu peux pas en prendre tous les jours, parce que tu as vite les nerfs trop à vif. A l’époque, tu pouvais te procurer ce genre de carburant en pharmacie. Les médicaments s’appelaient Captagon ou Dinintel, un coupe-faim qui marchait bien. Mais après l’affaire Festina en 1998, l’Etat a décidé de les retirer du marché.

J’ai pris de la cortisone et des amphétamines pendant cinq saisons, de 20 à 25 ans. Mais je n’ai rien voulu prendre d’autres, même pour espérer passer pro. Le reste me faisait peur et de toute façon les produits les plus efficaces comme l’EPO étaient trop chers pour moi. Je m’étais fait remarquer par de nombreux clubs français et j’ai fini par signer à l’ACBB, le plus grand de tous. J’avais deux vélos à disposition et tout l’équipement que je voulais.

En 1993, j’ai rencontré ma femme et j’ai arrêté le vélo à l’été. Je voulais pas la traîner tous les week-ends sur des courses aux quatre coins de la France. En lâchant le guidon, j’ai aussi lâché les produits. Sans effet secondaire ni effet de manque. J’ai pris un travail à plein temps, dans l’entretien de climatiseurs.’

A suivre demain : reprise de la compétition... et du dopage

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Illustration : Serge Bloch

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  • Anonyme

    L’escalade. Une envie de vomir en lisant à quel point il est facile de se piquer, et à quel point on peut prendre du plaisir au dopage. Je parlais d’accoutumance hier, on y est. Mais Luc semble avoir eu suffisamment les pieds sur terre pour arrêter les produits en même temps que le vélo. Ce n’est pas facile de ne pas devenir un junkie.

    Thomas GREDAT

  • k_reno
    k_reno
    Voyageur
    • Posté à 11h58 le 07/11/2007
    • Internaute 15813
      Voyageur

    Pour ce témoignage simple et précis, qui permet de mieux comprendre les mécanismes du dopage cycliste.

    Dans la même logique, je serais curieux de connaître les effets possibles à long terme sur la santé du cycliste de ces différentes substances, et en particulier l’impact sur l’espérance de vie ou la qualité de vie.

    • Paracelsus
      Paracelsus répond à k_reno
      • Posté à 14h53 le 07/11/2007
      • Internaute 13958

      Les effets biologiques à long terme vont être directement lié à la nature des produits consommés ainsi qu’à la quantité. Cela semble enfoncer une porte ouverte mais c’est vraiment le point essentiel. Pour certain produits comme la cortisone, les problèmes rennaux sont souvent légion avec éventuellement une mise sous dialyse voire une transplantation.
      La grande difficulté vient des mélanges de molécules (amphétamines + cortisone) qui peuvent avoir des effets imprévisibles...
      Souvent, les organnes tel le foie, les reins et le coeur sont malmmenés par le dopage. Des cancers peuvent survenir.

  • Anonyme

    le dopage est aussi une forme de roulette russes : comment savoir ce qu’on s’injecte ? Les risques, etc ...
    Merci pour ce récit très interessant car authentique.

  • marabbeh
    marabbeh
    au comptoir du café du commerce
    • Posté à 14h32 le 07/11/2007
    • Internaute 20412
      au comptoir du café du commerce

    Intéressant aussi le commentaire d’hier (le dernier) sur les effets principaux et secondaires de la cortisone et de l’EPO. Je me demande s’il y a aussi des effets psychologiques. Ou peut-être sont-ils dû à l’arrêt du dopage ? En particulier quelle serait la cause de la mort de Pantani ?

    • Anonyme répond à marabbeh

      Concernant Pantani, je ne pense pas que son décès doive intervenir dans le débat. Non qu’il ait été clean, on sait très bien qu’il ne l’était pas. Mais d’après un reportage de « Secrets d’actualité », diffusé il y a un peu plus d’un an sur M6, il semble qu’au moment de sa mort, Marco Pantani n’était pas seul dans sa chambre d’hôtel. Officiellement, il est mort d’une overdose. Reste à savoir dans quelles circonstances...

      Thomas GREDAT

    • Anonyme répond à marabbeh

      Merci !

      Pour la mort de Pantani, aucune idée : ce serait une mort subite par infarctus.

      SANS PORTER DE JUGEMENT quel qu’il soit, (je ne connais pas le dossier !) si EPO il y a eu, le risque d’infarctus pourrait avoir été très sérieusement augmenté. EPO + entrainement en altitude veut dire envolée du taux d’hématochrites.

      Si les effets l’EPO peuvent être diminués en perfusant de grande quantité de sérum iso, il n’y a pas d’effet d’accoutumance notable, sauf, éventuellement un perte de tonus. Mais même en surveillant la formule sanguine, d’autre organes sont mis à mal, en particulier la rate, qui entre autres, stock des hémacies en cas d’hémorragie massive.

      La cortisone peut engendrer des effets secondaires, à suivre en milieu hospitalier, la réponse étant essentiellement symptomatologique.

      Tout dépend des doses et de la durée du traitement non-contrôlé...

      Les amphétamines (utilisées comme « coupe-faim ») sont le poisons des neurones (la réversibilité peut n’être que partielle) : il y a accoutumance, donc augmentation des doses et le pronostique est principalement d’ordre psychiatrique. Le comportement du consommateur est rapidement et sérieusement altéré.

      Pour faire simple, imaginez que vous rajoutiers 20% d’huile de ricin (très haut pouvoir lubrifiant mais se dégrade très vite) dans un moteur.
      Celui-ci a été calculé pour tourner à 7800t/mn maxi. Vous pourrez le faire tourner à 9000t/mn pendant... un certain temps. Lequel ? Tout dépend du moteur...
      En tous cas, je peut vous affirmer que votre moteur sera très abîmé, voire mort.

      Et le fonctionnement du corps humain est infiniment plus complexe que celui d’un moteur ! On peut un peu « jouer » avec lui et il fait tout pour rétablir son équilibre fonctionnel. Si on dépasse ses limites correctives, quelque chose fini par « casser ». C’est obligatoire.

  • Anonyme

    Que des coureurs se dopent pour mon plaisir de spectateur, ça me rend mal à l’aise. On a envie de leur dire, ne prenez plus rien, tout en sachant que la pression est trop forte ...

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 15h24 le 08/11/2007
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    Je fais du sport pour le plaisir. Le plaisir d’être capable de réussir à atteindre les objectifs que l’on s’est donné.
    Même si il m’arrivait de finir dernier dans un semi marathon, je m’en fiche !
    Même si je met 10 minutes de plus pour arriver en haut d’un col, je m’en fiche !
    Le tout c’est d’avoir le plaisir, de se prouver, que l’on est capable d’atteindre l’objectif.
    Et cette joie vaut mieux que toutes les amphétamines et autres trucs.