France Télévisions ne pourra pas cacher les secrets de sa régie
France Télévisions exigeait le retrait de documents internes publiés par Mediapart, mais la justice lui a donné tort ce samedi. Selon ces documents, pour mettre la main sur la régie publicitaire du groupe public, Stéphane Courbit et Publicis ne débourseront en fait que 2,6 millions d’euros. Très loin des 16 millions annoncés officiellement.
Les documents révélés par Mediapart relancent les soupçons de conflit d’intérêts. France Télévisions va céder sa régie à Publicis, premier groupe de pub français, et à Stéphane Courbit, ancien complice d’Arthur chez Endemol, aujourd’hui propriétaire du fonds d’investissement La Financière Lov, et très apprécié de Nicolas Sarkozy.
Stéphane Courbit et Publicis verseront d’abord 16 millions d’euros, pour reprendre 70% du capital de France Télévisions Publicité. Dans un second temps, ils apporteront 4 millions d’euros lors d’une augmentation de capital.
La trésorerie de France Télévisions Publicité réduit la facture
Seulement, selon les documents internes publiés par Mediapart, France Télévisions Publicité dispose d’une trésorerie de 13,4 millions d’euros. La prise du contrôle ne coûtera donc que 2,6 millions d’euros à Stéphane Courbit et Publicis.
Dès la mise en ligne des documents, vendredi, France Télévisions a saisi la justice en référé pour obtenir leur retrait. Le tribunal lui a donné tort ce samedi.
Contacté par Rue89, le président de Mediapart, Edwy Plenel, réagit :
« C’est étonnant d’invoquer la confidentialité des affaires. France Télévisions est une société publique, financée par l’impôt - la redevance -, et elle réclame le secret des affaires s’agissant de la privatisation d’une société publique. »
Alain Minc actionnaire d’un des repreneurs
Mediapart avait également révélé qu’Alain Minc détenait 3% de la Financière Lov. Or, c’est lui qui aurait conseillé à Nicolas Sarkozy de supprimer la publicité sur France Télévisions.
Edwy Plenel dénonce « un conflit d’intérêts » :
« Alain Minc, l’homme qui conseille l’Elysée est aussi celui qui conseille le bénéficiaire, Stéphane Courbit, qui était au Fouquet’s (le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy, ndlr). Il est intéressé directement à l’enrichissement de M. Courbit. »
Malgré la fin de la pub sur le service public, France Télévisions Publicité a encore de quoi susciter les intérêts. La régie continuera à gérer le sponsoring et la pub hors antenne (sur le web, notamment). Et si les écrans publicitaires ont disparu à l’antenne en soirée, leur suppression avant 20 heures est désormais incertaine. Officiellement, la pub doit avoir entièrement disparu du service public au 30 novembre 2011.
► Mis à jour le 20/02/2010 à 19h30 : précisions sur le contenu des documents révélés par Mediapart et l’avenir de France Télévisions Publicité.
► Corrigé le 20/02/2010 à 21 heures : la suppression définitive de la publicité sur France Télévisions n’est pas prévue pour 2012, mais 2011.
- 19249 visites
- 60 réactions


























Jeune Travailleur Sur Diplômé
Jeune Travailleur Sur Diplômé
Oui et non,
Évidemment oui quant à l’existence de conflits d’intérêt difficilement réfutables, oui quant au gain « potentiel » mais substantiel que pourrait capter Monsieur Courbit en cas de maintien de la publicité avant 20H sur les chaines nationales, gain qui serait aussi en partie capté par France Télévisions, en tant qu’actionnaire à 30% de France Télévisions Publicité et plus encore, par le biais d’un complément de prix si la situation de France Télévisions Publicité venait à s’améliorer. Oui finalement quant au caractère absurde de cette privatisation si la publicité venait à être maintenue et quant au choix étonnant du repreneur, un financier n’ayant que peu d’expérience dans la régie audiovisuelle...
Mais non, non, non et non, l’opération n’a pas couté 2,6 millions d’euros (16 millions versés par la Financière Lov moins les 13,4 millions de trésorerie). De manière très simple :
1/ Monsieur Courbit n’est qu’actionnaire à 70% de la structure une fois la transaction effectuée. Il ne peut donc prétendre qu’à 70% des 13,4 millions soit 9,4 millions.
2/ Monsieur Courbit ne peut pas se servir dans les caisses de France Télévisions comme si c’était son porte monnaie. Ce cash pourrait lui revenir sous la forme d’un dividende. Or, France Télévisions Publicité, dans un contexte de déclin de son activité (suppression de la publicité en journée, future suppression de la publicité TV sur toutes les chaines nationales) supposant une forte diminution de ses effectifs, peut elle réellement verser des dividendes ? Est ce que les représentants de l’Etat siégeant au Conseil d’administration prendraient le risque de valider ce type de décision qui ne manquerait pas de susciter une grande colère chez les salariés du groupe et dans l’opinion ? Cela semble douteux. Cela irait contre l’intérêt social de la société. Qui plus est, pour verser un dividende, il faut disposer de réserves suffisantes, il semble incertain que le groupe dispose en l’état de réserves suffisantes pour ce type de dividende.
3/ Dans l’éventualité de la suppression totale de la publicité sur les chaines nationales, France Télévisions Publicité verrait son chiffre d’affaires réduit significativement (peut être plus de 50% ou 60% de son chiffre d’affaires). Si le repreneur s’est engagé à ne pas procéder à des restructurations d’ici 2011 ou 2012, ces restructurations seront inéluctables passée cette date. Or cela a un coût. On peut l’estimer très sommairement à une vingtaine de millions d’euros (100 000 euros par salarié pour environ 200 salariés en métropole). Il ne fait pas de doute que les 13,4 millions de trésorerie sont à mettre en face de cette dette potentielle de 20 millions. Si la suppression de la publicité est maintenue, naturellement...
Désolé pour l’aspect un peu technique de ces considérations, mais il n’est pas rare que les journalistes, même de qualité, commettent un certain nombre d’approximations dès qu’il s’agit de finance et de gros sous, sujet ô combien sensible...




Partager